Avec, à la présentation, Charline Vanhoenacker, pour qui le cinéma est « à la fois un refuge et une évasion », la première Cérémonie des René du Cinéma, qui aura duré près de 3h20, a vu décernés, sur la scène du Studio 4 de Flagey et au sein du chapiteau érigé non loin, pas moins de vingt-sept prix, soit autant de trophées, œuvres du plasticien belge Vincent Solheid. Avec cinq nouvelles récompenses : deux remises par les membres de l’Académie André Delvaux – Meilleurs acteur et actrice dans une série – et trois décernées par le public : Meilleur film, Meilleure série, et Coup de cœur, un acteur ou une actrice présent·e dans un film ou une série étant ici mis·e en avant.
Nous vous faisons revivre, aujourd’hui, la cérémonie et son black carpet… comme si vous y étiez !
Grand gagnant de la soirée, On vous croit, réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, remporte pas moins de huit récompenses. Suivent ensuite les films Reflet dans un diamant mort, avec quatre prix pour cinq nominations, et les films Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, Aimer perdre (deux trophées pour trois nominations : ceux des Meilleurs espoirs féminin et masculin, pour María Cavalier-Bazan et Maxi Delmelle) et la série Pandore, avec deux récompenses attribuées à chacune de ces œuvres.
Nominé à huit reprises, le film Kika de Alexe Poukine remporte quand même le René du Meilleur premier film, Maldoror de Fabrice du Welz, nominé, lui, six fois, quittant Flagey avec le René de la Meilleure musique originale pour la partition de Vincent Cahay.
Jeunes mères et L’intérêt d’Adam sont, quant à eux, les oubliés de ces premiers René, alors qu’ils étaient pourtant nominés, respectivement, à sept et six reprises.
On vous croit
Le coréalisateur du film, Arnaud Dufeys, venu recevoir seul le René du Meilleur scénario original ou adaptation, Charlotte Devillers n’ayant pu être présente, a salué l’initiative « assez unique » du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’est l’aide aux longs métrages réalisés dans des conditions de production légères, qui a donné à la production de On vous croit « une force et un sentiment d’urgence qui a nourri le film ».
La comédienne française Vimala Pons, lauréate cette année du César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans L’attachement de Carine Tardieu, pour qui « tourner en Belgique a été jubilatoire », a repris les paroles de Simone Weil, selon laquelle « l’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». Elle a ensuite remis le René de la Meilleure actrice, un prix qui, à ses yeux, « vient célébrer une qualité très rare : l’attention aux autres », à Myriem Akheddiou, qui n’a pas manqué de remercier ses réalisateur et réalisatrice « pour ce cadeau de rôle » dans un film au sein duquel « le jeu, les acteurs ont été mis au centre ». Non sans ajouter que « une société qui tolère l’abandon d’une partie de ses membres fabrique elle-même son propre enfer ».
Myriem Akheddiou a également été élue « Coup de cœur du public », remerciant ce dernier, dont « la sympathie et l’enthousiasme la touchent », ajoutant ensuite que « le kif le plus dingue pour un acteur, c’est pouvoir se transformer et changer de registre ».
Se déclarant « absolument dingue du cinéma belge », aimant « son mélange de poésie et de violence », la comédienne française Michèle Laroque a remis le René de la Meilleure réalisation à Arnaud Dufeys.
Déclarant avoir été « très bien entouré » sur On vous croit par des personnes pour lesquelles il s’agissait souvent, du premier long métrage de fiction, il a ajouté qu’il rêvait de tourner avec Myriem Akheddiou depuis qu’il l’avait découverte dans Le Jeune Ahmed des frères Dardenne et que c’était « fascinant de la voir pendant le tournage derrière le combo ».
Aussi lauréat, par ailleurs, des René du Meilleur film du public, du Meilleur montage pour Nicolas Bier, ainsi que du Meilleur acteur dans un second rôle pour Laurent Capelluto, On vous croit a, au terme de la soirée, été déclaré Meilleur film par le réalisateur Frédéric Fonteyne et Sergi López, son acteur dans Une liaison pornographique et Tango libre.

Manu Dacosse, lauréat du René de la Meilleure image pour Reflet dans un diamant mort
Reflet dans un diamant mort
D’abord lauréat du René des Meilleurs costumes pour le travail de Jackye Fauconnier, pour qui ce prix récompense « un travail d’équipe » car « on n’est rien les uns sans les autres », le film coréalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani a ensuite reçu celui des Meilleurs décors pour le travail de Laurie Colson, réceptionné en son nom par ses conominés, Eve Martin et Emmanuel De Meulemeester. Pour Laurie Colson, Reflet dans un diamant mort a eu « le goût du risque, la saveur de l’audace », elle qui voit « avant tout une famille » dans l’industrie du cinéma belge. Quant à Emmanuel De Meulemeester, il a exprimé le souhait que « le cinéma puisse continuer à contribuer à changer le monde ».
Le directeur photo du film, Manu Dacosse, a dit, lui, tout devoir à son duo de réalisateur et réalisatrice « notamment grâce au découpage de leur film ». Il est récompensé du Prix de la Meilleure image pour la quatrième fois, la troisième dans le cadre de sa collaboration avec le duo de cinéastes, après ceux reçus pour L’étrange couleur des larmes de ton corps en 2015 et Laissez bronzer les cadavres en 2019.
Enfin, quatrième René pour le film, celui du Meilleur acteur, remis à Yannick Renier par les Barons Nader Boussandel et Mourade Zeguendi. Dressant le constat que la télévision couleur était arrivée dans nos foyers il y a une soixantaine d’années, Mourade Zeguendi a exhorté à mettre « un peu de couleurs dans la télé ! » Yannick Renier a, lui, précisé, en évoquant ses réalisatrice et réalisateur, que « Hélène et Bruno, c’est une vraie famille », après avoir vécu « une expérience unique, dans un film unique ».
Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau
Film sans dialogue ayant bénéficié d’un savant travail sur le son, Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau a été récompensé du René du Meilleur film étranger en coproduction, ainsi que de celui du Meilleur son, justement, décerné au trio composé de Philippe Charbonnel, Gurwal Coïc-Gallas et Bertrand Boudaud, ce dernier ayant une pensée pour le réalisateur Rémy Belvaux, qui l’a « mis dans le long métrage belge » avec le film culte C’est arrivé près de chez vous.

L’équipe son de Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau
Élue Meilleure actrice dans un second rôle pour Nino, récemment sacré César du Meilleur premier film et réalisé par Pauline Loquès, Salomé Dewaels a remercié sa réalisatrice, grâce à laquelle, « pour la première fois » elle a « eu l’impression de pouvoir être complètement elle-même à travers un rôle », celle-ci lui donnant la « liberté d’être imparfaite, fragile et vivante ».
Kika d’Alexe Poukine a été élu Meilleur premier film, prix remis à la réalisatrice par une membre du public sous le chapiteau des René. Le film signe le passage à la fiction d’Alexe Poukine, qui avait en fait déjà réalisé quatre longs métrages documentaires.
Le René de la Meilleure série a été réceptionné sur scène par une grande partie de l’équipe de Baraki (saison 2), Julien Vargas, cocréateur de la série voyant dans ce prix une récompense pour « tous ceux qui ont fait un travail de dingue dans des conditions difficiles ».

L’équipe de Baraki, sacrée Meilleure série
Décerné par le chef cuisinier San Degeimbre et l’activiste Adelaïde Charlier, pour laquelle le documentaire « dit le spectacle de la vie », le René du Meilleur documentaire est allé à Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez, déjà nominé aux Oscars l’an dernier. Venue accompagner sur scène le réalisateur du film, Marie Daulne, qui prête sa voix au rôle de Andrée Blouin, militante de la décolonisation et du panafricanisme, a précisé que le film « ne crée pas », mais « témoigne des faits », exhortant à remettre « de l’humain dans nos histoires ».
Après une interprétation intense sur scène, Camille Yembe, pour qui « la musique décuple les émotions », a remis le René de la Meilleure musique originale à Vincent Cahay, pour la BO de Maldoror. Ce dernier en a profité pour souligner qu’il travaillait avec son réalisateur Fabrice du Welz depuis plus de vingt ans, leur aventure professionnelle commune ayant démarré en 2005 avec Calvaire.

L’équipe de Julian, lauréat du René du Meilleur film flamand avec, au centre, sa réalisatrice Cato Kusters
Déjà élu Meilleur film aux Ensors, les Prix qui viennent récompenser, dans le nord du pays, le meilleur de la fiction, du documentaire et de l’animation, Julian, réalisé par Cato Kusters s’est, cette fois, vu décerner le René du Meilleur film flamand. Il a été produit par Michiel et Lukas Dhont et coproduit par Jean-Pierre et Luc Dardenne, et Delphine Tomson.
Le duo de policiers de la série La Trêve composé de Lara Hubinont et Karim Barras a décerné les René des Meilleure actrice et Meilleur acteur dans une série à Anne Coesens et Yoann Blanc pour la qualité de leur jeu dans Pandore (saison 2). Anne Coesens a estimé « bon d’avoir un service public qui ose le débat et qui est là pour rassembler et pas pour diviser » tandis que Yoann Blanc a vu dans Pandore « une série qui nous raconte nous, aujourd’hui, et Bruxelles ».

Alice D’Hauwe, réalisatrice de La moisson, et son René du Meilleur court métrage de fiction
Les courts métrages
Décernés par Yoann Zimmer et Mara Taquin, pour laquelle le court métrage est « un endroit de recherche et de liberté », les René des Meilleurs courts métrages ont été décernés, en fiction, à La moisson de Alice D’Hauwe, comédienne qui passait ici pour la première fois derrière la caméra et dédia son prix « à toutes les personnes qui traversent la perte et le chemin vertigineux de la résilience ». En documentaire, à Réunion de famille de Jean Forest, présent avec un os de poulet porte-bonheur (si si !). Et, en animation, à Autokar de Sylwia Skiladz, film d’animation en 2D qui faisait partie, cette année, des 15 finalistes pour l’Oscar du Meilleur court métrage d’animation, et s’inspire de la migration de la réalisatrice de la Pologne vers la Belgique quand elle était enfant.
Un bel hommage a été rendu à Émilie Dequenne, en présence de sa famille, Charline Vanhoenacker et Frédéric Fromet, qui est venu l’accompagner sur scène, chantant avec tendresse que « nous avions la bonté, l’empathie dans les yeux d’Émilie », ajoutant ensuite que « d’humanité remplie, nous t’aimons fort, Émilie ! »

Sylwia Skiladz et son René du Meilleur court métrage d’animation pour Autokar
Les René sur Sooner…
Retrouvez différents films en lice pour ces premiers René du Cinéma sur Sooner, avec, disponibles « à la carte », notamment : Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, Jeunes mères, Maldoror, Merckx, On vous croit, Rabia, Reflet dans un diamant mort, et Soundtrack to a Coup d’État.
… et près de chez vous jusqu’au 8 avril !
Dans le cadre de la Tournée des René du Cinéma, organisée par La Quadrature du Cercle, vous pourrez ainsi découvrir, sur grand écran, les films :
Vitrival ce mercredi 1er avril à 20h au Centre culturel de Welkenraedt ;
On vous croit
– le jeudi 2 avril à 14h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy,
– le vendredi 3 avril 2026 à 20h au Centre culturel d’Éghezée,
– le samedi 4 avril à 10h30 au Cinéma Vendôme à Ixelles, organisé par « Les Samedis du Ciné » (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys),
– le dimanche 5 avril à 18h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy, et
– le mardi 7 avril à 20h30, précédé du court métrage Autokar, au Centre culturel de Durbuy (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys) ;
Soundtrack to a coup d’État le vendredi 3 avril à 20h30 au Travers Emotion à Incourt ;
Kika le dimanche 5 avril à 20h au Jacques Franck – Centre culturel de Saint-Gilles ; et
Nino, précédé du court métrage La Moisson, le mercredi 8 avril à 19h à La Vénerie – Centre culturel de Watermael-Boitsfort (en présence de l’acteur Gaëtan Lejeune).
Rendez-vous a d’ores et déjà été donné l’année prochaine !
Jean-Philippe Thiriart
Crédit photos : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Crédit vidéo : En Cinémascope – Patricia Büsch
Photo de couverture : l’équipe du film On vous croit, tout sourire
