Événements

Affiche du 41e FIFF Namur, du 30 septembre au 4 octobre 2026 : une cinéaste et sa caméra, et le cheval Bayard, emblème du Festival

Le 41e FIFF s’ouvre aujourd’hui : Namur fait son cinéma le temps d’une semaine !

Le 41e FIFF s’ouvre aujourd’hui : Namur fait son cinéma le temps d’une semaine ! 2048 1152 Jean-Philippe Thiriart

Officiellement, le 41e Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) s’ouvre aujourd’hui, mercredi 30 septembre. Dans les faits, les plus jeunes festivaliers ont pris un peu d’avance sur leurs aînés, le FIFF Campus ayant démarré lundi. De quoi faire vibrer la capitale wallonne durant une semaine entière au rythme d’un cinéma venu des quatre coins de la Francophonie. Avec, en guise de fil rouge cette année, le lien, amoureux ou familial.

Resserré sur cinq jours pour le grand public, avec 83 séances dont 47 ouvertes à toutes et à tous, ce 41e FIFF se veut, selon Nicole Gillet, sa déléguée générale, « plus court mais tout aussi fort ».

Namur, plus belle ville de Wallonie, de Belgique, voire du monde ? Notre YouTube Short tranche la question en toute objectivité… ou presque ! Et pour replonger dans les éditions précédentes, (re)découvrez nos bilans des 40e, 39e et 38e FIFF !

Namur et son FIFF, en moins de 30 secondes chrono !
Crédit vidéo : En Cinémascope – Patricia Büsch

L’ouverture et la clôture

Isabelle Huppert en figurante : il fallait oser ! C’est pourtant le point de départ de Ni vue, ni connue, la nouvelle comédie de Marc Fitoussi, qui a l’honneur d’ouvrir le bal. Face à elle, Sandrine Kiberlain joue… Sandrine Kiberlain. Habitué du FIFF, où il avait notamment présenté Pauline détective en 2012, le cinéaste français y salue les figurants et, surtout, les actrices, qu’il décrit comme « des combattantes ». Notez que le film sortira dans nos salles le 7 octobre, soit dans tout pile une semaine.

Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain dans Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi


Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain dans Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi
Crédit photo : Avenue B

Le samedi 3 octobre, après l’annonce du palmarès, place au film de clôture : Demain, je tombe amoureux, de Martin Provost, venu présenter Bonnard, Pierre et Marthe à Namur voici trois ans. Fabrice Luchini y campe un professeur de lettres dieppois qui, le jour de sa retraite, se voit bien contraint d’appliquer à lui-même ses propres leçons sur l’amour. Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni et Carole Bouquet lui donnent la réplique. Le film sortira chez nous le 9 décembre.

Fabrice Luchini en combinaison de surf, devant des cabines de plage, dans Demain, je tombe amoureux, de Martin Provost


Fabrice Luchini dans Demain, je tombe amoureux, de Martin Provost
Crédit photo : Christine Tamalet – Les Films du Kiosque

Nicole Garcia, invitée Coup de cœur

Absent depuis quelques années, l’invité Coup de cœur fait son retour. Après Jean Rochefort, Isabelle Huppert ou encore Vanessa Paradis, c’est Nicole Garcia, déjà venue au FIFF en 2016, qui reçoit cet honneur. Elle y présente 7h40 ce matin-là, avec Marion Cotillard et Théodore Pellerin, un film dont l’image est signée par le Belge Yves Cape. Le public pourra aller à sa rencontre demain, jeudi 1er octobre à 18h, dans la salle Tambour du Delta, où Géraldine Nakache sera reçue le samedi 3 octobre.

Théodore Pellerin et Marion Cotillard dans 7h40 ce matin-là, de Nicole Garcia


Théodore Pellerin et Marion Cotillard dans 7h40 ce matin-là, de Nicole Garcia
Crédit photo : Trésor Films, StudioCanal, France 3 Cinéma et Artémis Productions

La compétition et le jury

Huit films sont en lice pour les Bayard. Parmi eux, Si tu penses bien, de Géraldine Nakache, Le Corset, de Louis Clichy, et 15/18, de Cédric Kahn, triplement primé ici en 2023 pour Le Procès Goldman, dans lequel il dirigeait le comédien belge Arieh Worthalter. Côté belge, on guettera Un détour par Diane, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, Prix Orizzonti du Meilleur film à la Mostra de Venise voici quelques semaines. Six ans après avoir ouvert le 35e FIFF avec Une vie démente, puis signé Le Syndrome des amours passées, le duo revient à Namur par la grande porte.

Scène d'Un détour par Diane, d'Ann Sirot et Raphaël Balboni


Un détour par Diane, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, Prix Orizzonti du meilleur film à Venise

Pour les départager, un jury entièrement belge présidé par le réalisateur César Diaz, Caméra d’or à Cannes en 2019 pour Nuestras madres. À ses côtés : le producteur et réalisateur Hugo Deghilage, le cinéaste Arnaud Dufeys, coréalisateur de On vous croit, l’humoriste et autrice Fanny Ruwet et la comédienne Fantine Harduin, que l’on a notamment vue dans Adoration, de Fabrice du Welz, et avec laquelle En Cinémascope aura le plaisir de s’entretenir cette année à Namur.

Les FIFF Campus, FIFF Pro et FIFF OFF

Parrainé par l’humoriste belge Sacha Ferra, vainqueur du concours « Namur is a Joke » en 2021, le FIFF Campus accueille les jeunes depuis lundi, et jusqu’à ce vendredi, journée lors de laquelle les professionnels se retrouveront pour la Journée du cinéma belge du FIFF Pro.

Quant au chapiteau de la Place d’Armes, il vivra au rythme du FIFF OFF, des DJ sets aux rencontres avec les invités, en passant par un bingo drag-queen.

Enfin, le dimanche 4 octobre, les festivalier pourront découvrir ou redécouvrir les films primés lors de cette cuvée 2026 du Festival.


Qui pour succéder à On vous croit, Bayard d’or 2025 ?
Réponse samedi soir à Namur !
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Infos pratiques

Dates

Du mercredi 30 septembre au dimanche 4 octobre (FIFF Campus depuis le lundi 28 septembre)

Lieux

Le Caméo, le Delta et le Chapiteau, Place d’Armes

Prix

Place à la séance : 10 € (6 € pour les 18-35 ans)
L’Illimité du FIFF : 70 € (110 € pour le Duo et 50 € pour les 18-35 ans)
Pass Découverte : 35 € (4 places + une 5e offerte)

Où acheter ses tickets ?

Sur la billetterie en ligne et sur place, aux billetteries du Festival

Enfin, n’hésitez pas à nous suivre sur notre compte Instagram, notre chaîne YouTube et notre page Facebook !

Plus d’infos : fiff.be

Excellent Festival à vous !

Jean-Philippe Thiriart

Crédit vidéo
Captation et montage : Patricia Büsch
Merci à Florence Manente !

Crédit de la photo de couverture : l’affiche du 41e FIFF, signée Ugo Aceto

Pierre de Maere sur le tapis bleu de la 11e cérémonie des Magritte du Cinéma

Pierre de Maere sort son nouvel album : il nous chantait Michel Legrand aux Magritte du Cinéma

Pierre de Maere sort son nouvel album : il nous chantait Michel Legrand aux Magritte du Cinéma 1600 900 Jean-Philippe Thiriart

Ce vendredi 25 septembre 2026, Pierre de Maere sort son nouvel album, Ave de Maere. Pour l’occasion, nous avons ressorti de nos archives une séquence tournée en février 2022 sur le tapis bleu de la 11e cérémonie des Magritte du Cinéma. Quelques minutes avant de monter sur scène, le chanteur belge nous avait accordé une courte interview et chanté un extrait de La Chanson de Maxence, signée Michel Legrand pour Les Demoiselles de Rochefort.

Le nouvel album de Pierre de Maere, fait d’histoires vraies

Plus de trois ans et demi après Regarde-moi, sorti en janvier 2023 et certifié platine, Ave de Maere compte douze titres. Le clin d’œil à « Ave César » n’a rien d’un hasard : le chanteur y voit un résumé de son état d’esprit, entre conquête du monde et conquête de soi.

L’écriture a changé de nature. Son premier album racontait surtout des fantasmes. Celui-ci s’appuie sur des histoires vécues : des premières fois arrivées sur le tard, une adolescence rattrapée, des premières amours et quelques désillusions. Pierre de Maere a aussi gardé la main sur la fabrication. Il a participé aux productions aux côtés de son frère Xavier et a imaginé lui-même l’univers visuel du disque.

Trois singles ont ouvert la voie. Je pense à vous, sorti au printemps. J’aurais fini par te plaire a suivi quelques semaines plus tard et, plus récemment, est arrivé Opinel. Côté scène, la tournée passera par l’Ancienne Belgique, à Bruxelles, les 1er et 2 décembre.

Février 2022, avant que tout s’emballe

Retour quatre ans et demi en arrière. Le 12 février 2022, les Magritte du Cinéma tiennent leur 11e cérémonie au Square, à Bruxelles, sous la présidence du documentariste Thierry Michel. Covid oblige, seuls les nommés sont conviés dans la salle.

Pierre de Maere a 20 ans. Son premier EP, Un jour, je, vient de sortir, et Un jour je marierai un ange commence à faire parler de lui. Le titre sera certifié disque de diamant en France l’année suivante.

Ce soir-là, il est invité à reprendre La Chanson de Maxence, écrite par Michel Legrand et Jacques Demy pour Les Demoiselles de Rochefort (1967). Dans le film, c’est Jacques Perrin qui incarne Maxence, ce marin poète à la recherche de son idéal féminin. Pierre de Maere la chante dans une version piano-violoncelle arrangée par son frère.

Juste avant de rejoindre la scène des Magritte, il s’arrête devant notre caméra, nous salue, tout sourire, d’un « Bonjour, bonsoir », puis nous chante un extrait du morceau qu’il s’apprête à interpréter. La version longue ci-dessous reprend l’échange dans son intégralité, avec l’extrait complet.

Des Demoiselles de Rochefort à Ave de Maere

Revoir ces images aujourd’hui a quelque chose de touchant. Les Magritte eux-mêmes n’existent plus sous ce nom : depuis janvier dernier, les récompenses du cinéma belge francophone s’appellent les René du Cinéma.

Quant au jeune homme qui chantait Legrand entre deux remises de trophées, il a depuis été sacré révélation masculine aux Victoires de la Musique 2023. Son premier album a été certifié platine, et il s’est invité sur une version de These Walls de Dua Lipa.

Le goût de l’image, lui, est resté. Chez Pierre de Maere, le visuel compte presque autant que la chanson, et il signe lui-même celui de ce nouvel album. Le voir, ce soir de février, se glisser dans l’univers en couleurs de Jacques Demy n’a finalement rien de surprenant.

Ave de Maere est disponible depuis ce vendredi 25 septembre. Les deux vidéos sont sur cette page et sur notre chaîne YouTube, avec nos autres interviews.


Crédits vidéos

Le Short
Montage : Patricia Büsch
Merci à Florence Manente

La vidéo complète
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Image : Gerardo Marra
Montage : Gerardo Marra et Jean-Philippe Thiriart

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession 1366 911 Samantha Pirard

Après avoir partagé avec vous son choix de chanson pour Morville, son personnage dans Vigilante, nous mettons de nouveau Eddy de Pretto en avant, avec notre critique de ce thriller belge, dont il est de tous les plans.
Présenté en première mondiale au Festival du Film Francophone d’Angoulême, puis en avant-première belge au BRIFF, Vigilante est produit par la société bruxelloise Kwassa Films.

Vigilante   ★★

Réalisé par Olivier Pairoux
Avec Eddy de Pretto, Damien Chapelle, Roxane Mesquida, Zacharie Chasseriaud, Léontine Clerbois, Johan Heldenbergh, Tom Audenaert

Thriller

1h31

Un sujet brûlant. Un acteur qui crève l’écran. Une ville qui devient un personnage à part entière. Vigilante est le deuxième long métrage du réalisateur belge Olivier Pairoux. On est loin du style familial pop à la Goonies de son premier film : SpaceBoy (2021). Ici, changement de registre total : on est dans un polar âpre et sombre.

Eddy de Pretto, capuche sur la tête et caméra au poing, dans une scène de nuit de Vigilante d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

On suit Morville (Eddy de Pretto), YouTubeur à la vie privée chaotique, chasseur de pédophiles autoproclamé. Lui et ses potes, Steve (Zacharie Chasseriaud) et Xavier (Damien Chapelle), se font passer pour des ados sur le web afin de piéger, en flagrant délit, les prédateurs qui y pullulent.

Le film est volontairement tourné de nuit, pour l’essentiel. Un choix qui colle à la noirceur du sujet et des personnages. Jamais graveleux, jamais complaisant. Au fil de l’intrigue, Morville perd de son tranchant. Ses potes, eux, perdent de leur candeur de justiciers. Ces chasseurs ne finissent-ils pas par faire obstacle à des enquêtes policières plus larges ? Et à force de côtoyer des individus peu recommandables, ne glissent-ils pas eux-mêmes vers des zones plus troubles ?

Eddy de Pretto et Damien Chapelle dans Vigilante, thriller belge d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto et Damien Chapelle
Crédit photo : Kwassa Films

Dégâts collatéraux

Ce que le film montre également, c’est l’onde de choc sur les familles. Exposer un homme en pâture sur les réseaux, c’est aussi entraîner des proches qui n’ont rien vu venir. Une compagne dont la vie bascule. Des enfants harcelés à l’école pour les fautes d’un père.

Eddy de Pretto, la révélation

Eddy de Pretto trouve dans ce rôle un terrain à sa mesure : sensibilité à fleur de peau, rage incontrôlable, engagement physique, lui qui n’a jamais été un bagarreur dans l’âme.

Il explique que « la beauté du cinéma, c’est d’abord de faire passer un message. » « L’idée, c’était de transmettre l’émotion d’un type débordé par sa propre sensibilité, qui ne sait plus quoi en faire, et qui déverse tout ça dans une quête folle : traquer et exposer des pédophiles », précise-t-il.

Roxane Mesquida dans Vigilante d'Olivier Pairoux


Roxane Mesquida
Crédit photo : Kwassa Films


Léontine Clerbois, la nièce entraînée dans la spirale

N’oublions pas la jeune actrice Léontine Clerbois, qui incarne la nièce de Morville. La jeune ado se retrouve happée par cet environnement malsain. Morville, en voulant justement la protéger, finit par l’y impliquer directement. Un choix scénaristique qui renforce encore le propos du film sur les ravages que peut causer une obsession, même animée des meilleures intentions.

Olivier Pairoux, casque sur les oreilles, dirige Eddy de Pretto sur le tournage de Vigilante


Olivier Pairoux et Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

Le libre arbitre, le vrai sujet du film

Au bout du compte, c’est le libre arbitre qui structure tout le film. Fait-on réellement ses propres choix, ou cède-t-on à la pression extérieure : sociale, familiale, numérique, collective ?

Un film intéressant sur un sujet brûlant d’actualité.

Samantha

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Olivier Pirard

Crédits vidéo
Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Bryan Lassudry
Montage : Jean-Philippe Thiriart
Coproduction : Patricia Büsch

La 9e édition du BRIFF se clôture sur un record de fréquentation

La 9e édition du BRIFF se clôture sur un record de fréquentation 1280 960 Samantha Pirard

Après neuf jours placés sous le signe du cinéma, le BRIFF clôture sa 9e édition sur une note particulièrement réjouissante : une fréquentation en forte hausse !

Les séances ont régulièrement affiché sold-out très rapidement. Au total, plus de 23 000 spectateurs ont délaissé le beau soleil de septembre pour pousser les portes de l’UGC De Brouckère, du Palace, du Cinéma Galeries, de l’Aventure et du Jacques Franck. Et ce chiffre ne tient pas compte du public venu profiter des projections en plein air au Mont des Arts et sur la place Bethléem.

Côté programmation, le BRIFF 2026, c’était 52 longs métrages et 16 courts métrages venus des quatre coins du monde.

Tapis rouge pour la Cérémonie de Clôture du BRIFF 2026 à l'UGC De Brouckère


Crédit photo : Patricia Büsch

Et comme chaque année, de nombreux invités ont répondu présents à l’appel du Festival : Sara Giraudeau, SABU, Jean-Hugues Anglade, Sonia Rolland, Eddy de Pretto, Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit, Yoann Blanc, Laura Wandel, Valéry Carnoy, Bérangère McNeese, et bien d’autres encore !

Le BRIFF comptait également un Jury International, composé d’Alexe Poukine, Frédéric Fonteyne, Myriem Akheddiou et Zinedine Soualem. Ce dernier n’a d’ailleurs pas caché son plaisir de passer quelques jours dans la capitale belge.

Une cérémonie de clôture de toute beauté

Pour clôturer cette 9e édition, direction la magnifique salle « Grand Eldorado » de l’UGC De Brouckère, le samedi 12 septembre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le public était au rendez-vous : salle archicomble, en effet, pour découvrir le palmarès de ce BRIFF 2026.

Notre Salut, d'Emmanuel Marre


Notre salut, Grand Prix du 9e BRIFF
Crédit photo : Kidam et Michigan Films

Le Grand Prix a été décerné à Notre salut, du réalisateur belge Emmanuel Marre tandis que le Prix du Jury revient quant à lui à Markus Schleinzer pour Rose, porté par l’incroyable Sandra Hüller.

Rose, de Markus Schleinzer, avec Sandra Hüller


Rose s’est vu décerner le Prix du Jury

Mais le film qui a particulièrement marqué cette édition est sans conteste La Bucolie. Ce long métrage coréalisé par Tom Boccara et Wided Ouassale a raflé le Prix du Public national, ainsi que les Prix de la Meilleure actrice pour Wided Ouassale et du Meilleur acteur pour Tom Boccara.

Wided Ouassale et Tom Boccara dans La Bucolie


La Bucolie a reçu pas moins de trois Prix

Une belle récompense pour ces deux comédiens qui se connaissent depuis l’enfance. Un joli clin d’œil à leur amitié, mais aussi au cinéma burlesque et au cinéma muet. Ici, les corps portent la narration en lieu et place des mots.

Tom Boccara et Wided Ouassale au BRIFF 2026


Tom Boccara et Wided Ouassale
Crédit photo : Samantha

Et pour finir… une invitation !

La soirée s’est poursuivie avec la projection de The Invite, comédie d’Olivia Wilde qui réunit à l’écran la réalisatrice aux côtés de Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton.

Une 9e édition riche, intense et particulièrement réussie, qui laisse déjà entrevoir une 10e qui s’annonce… en or !

Samantha

Photo de couverture : Samantha

VIGILANTE : Eddy de Pretto choisit la chanson de Morville

VIGILANTE : Eddy de Pretto choisit la chanson de Morville 1080 608 Jean-Philippe Thiriart

Sous influence, sous surveillance

Vigilante, le deuxième long métrage d’Olivier Pairoux, sort ce mercredi 9 septembre dans les salles belges. Eddy de Pretto y tient son premier grand rôle au cinéma. Nous l’avons rencontré à Bruxelles et lui avons notamment posé une question importante à nos yeux : celle de la chanson de son répertoire qui pourrait accompagner son personnage. Sa réponse tient en trente secondes, et elle en dit long sur le film !

Présenté en première mondiale au Festival du Film Francophone d’Angoulême, dans la section « Premiers Rendez-vous », puis en avant-première belge au BRIFF le 5 septembre dernier, Vigilante arrive dans nos salles. Six ans après SpaceBoy, hommage familial et solaire au cinéma d’aventure, Olivier Pairoux change complètement de terrain. Le thriller noir qu’il signe ici s’attaque à une pratique dont les vidéos circulent depuis plusieurs années déjà sur les réseaux : celle des internautes qui se font passer pour des enfants afin de piéger des prédateurs, puis diffusent le résultat en ligne.

Morville, trentenaire solitaire, a cessé d’attendre quoi que ce soit d’un système qu’il juge défaillant. Il traque, il expose, il ruine des vies. Quand l’un de ses camarades de traque se fait sauvagement agresser, il repart au combat, et le récit bascule vers un terrain qui lui échappe. Nous n’en dirons pas davantage sur la façon dont Olivier Pairoux resserre l’étau, la découverte de celle-ci faisant partie du dispositif choisi par le réalisateur belge, qui signe également le scénario de « Vigilante ».

Reste la question qui traverse tout le film : jusqu’où peut-on aller quand on décide de rendre la justice à la place de la justice ?

C’est ici qu’intervient notre rencontre avec Eddy de Pretto. Le 4 septembre, cinq jours avant la sortie du film, le chanteur français dévoilait « Sous Influence », premier extrait d’un quatrième album à venir. Le morceau interroge la part de nos décisions qui nous appartient réellement, quand le regard des autres et le besoin d’être accepté s’en mêlent. Nous lui avons demandé laquelle de ses chansons ferait la bande-son personnelle de Morville.

« Vigilante » a été produit par Kwassa Films, la maison bruxelloise à qui l’on doit également « Young Hearts » d’Anthony Schatteman et « Rabia » de Mareike Engelhardt, en coproduction avec la société québécoise Art & Essai. Autour d’Eddy de Pretto, Olivier Pairoux a notamment réuni Damien Chapelle, Roxane Mesquida, ainsi que quatre comédiens belges : Zacharie Chasseriaud, Léontine Clerbois, Johan Heldenbergh et Tom Audenaert. Thomas Rentier signe la photographie, Maarten Janssens le montage, et le duo The Penelopes la musique originale. Quant au tournage, il s’est déroulé en Belgique en février 2025.

Un film en salles en Belgique depuis le 9 septembre 2026.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo
Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Bryan Lassudry
Montage : Jean-Philippe Thiriart
Coproduction : Patricia Büsch

Le BRIFF : 9e édition, 9 jours et un changement de saison !

Le BRIFF : 9e édition, 9 jours et un changement de saison ! 2560 1708 Samantha Pirard

Dès ce vendredi 4 septembre, et jusqu’au samedi 12, le Brussels International Film Festival (BRIFF) investit Bruxelles pour neuf jours de cinéma, de rencontres et de découvertes. Après avoir changé ses dates, le Festival quitte juin pour septembre et entend bien faire de cette rentrée cinématographique un véritable rendez-vous festif.

Au programme : avant-premières, cinéma belge et international, compétitions, rétrospectives, projections en plein air et rencontres avec de nombreux invités, sans oublier les activités au Village.


Garance
Crédit photo : Marie-Camille Orlando

Un festival qui regarde le monde en face

Cette 9e édition continue de mêler cinéma engagé et découvertes dans trois cinémas bruxellois : l’UGC De Brouckère, le Cinéma Palace et le Cinéma Galeries.

Trois compétitions seront au cœur du Festival : la Compétition Internationale, la Compétition Nationale, qui met les talents belges à l’honneur, et la Directors’ Week, consacrée aux jeunes cinéastes européens.

Côté international, le BRIFF s’ouvrira avec Notre Salut d’Emmanuel Marre, Prix du Scénario à Cannes. Le film, porté par Swann Arlaud et Sandrine Blancke aborde la France de 1940 et ses zones grises.


Notre salut
Crédit photo : Kidam et Michigan Films

Focus Ireland et Once Upon a Time

Cette édition propose également Focus Ireland, une section qui met en avant la vitalité du cinéma irlandais et qui fait écho à la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne.


The Quiet Girl

Once Upon a Time rappelle le parcours de cinq réalisatrices ayant marqué le 7e art à travers des longs métrages comme Persepolis, Sambizanga, La Crise ou encore Une vie manifeste.

Le cinéma belge en première ligne

Impossible de parler du BRIFF sans parler de cinéma belge. Parmi les films programmés : Ceci n’est pas un film français de Tom Adjibi, The Silent Treatment de Caroline Strubbe, Kwibuka, se souvenir de Jonas d’Adesky, Frontera de Judith Colell, Comme un château fort de Lou Colpé et Gregor, le nouveau film d’animation de Manuel Gomez.

Bref, de quoi rappeler que le cinéma belge ne manque ni d’idées ni d’audace.


Kwibuka

Séances Spéciales

Le BRIFF aime aussi sortir des cases. Les Séances Spéciales réunissent justement des films inclassables, souvent traversés par de grandes questions de société.

Parmi les rendez-vous à ne pas manquer : Vigilante d’Olivier Pairoux, thriller porté par Eddy de Pretto, qui interprète ici son premier rôle au cinéma. Le film suit un homme qui traque des prédateurs sexuels sur les réseaux sociaux et interroge sur la frontière entre justice et vengeance. Eddy de Pretto sera présent à Bruxelles.

Autre temps fort : Garance de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos, qui explore le parcours d’une femme confrontée à ses addictions, ses joies et ses blessures. Le film sera projeté en présence de Jeanne Herry et, sous réserve, de Sara Giraudeau.

Un BRIFF pour toutes les générations

Le Festival ne s’adresse pas uniquement aux cinéphiles aguerris. Avec son volet Youth & Families, le BRIFF ouvre grand ses portes aux enfants et aux familles : ateliers, initiations à la critique et activités autour de l’image.

Et cette année, les plus petits sont encore mieux servis puisqu’une séance est ajoutée pour les enfants dès 3 ans.

Un festival qui se vit aussi hors des salles

Le Festival, c’est aussi le Village du BRIFF, qui sera une nouvelle fois installé place De Brouckère. Avec sa terrasse en accès libre, ses concerts et ses rencontres, tout est prévu pour prolonger les discussions après les projections.

Et pour profiter du cinéma sous les étoiles, direction le Mont des Arts, où deux projections gratuites en plein air permettront de partager, au coucher du soleil, films grand public et classiques du 7e art.


Cette année encore, le BRIFF promet donc un cinéma éclectique, sensible, engagé et surtout vivant. Une belle manière de commencer la rentrée !

Plus d’infos : briff.be

Samantha

Photo de couverture : Eddy de Pretto dans Vigilante
Crédit photo : Olivier Pirard

Retour sur le dernier Offscreen Film Festival et… ses films !

Retour sur le dernier Offscreen Film Festival et… ses films ! 1000 1414 Sandy Foulon

Comme nous vous l’annoncions ici, la 19e édition de l’Offscreen Film Festival s’est déroulée du 11 au 29 mars dernier, principalement à Bruxelles. La sélection rétro, assez politique cette année, a pu faire voyager les spectateurs de l’Espagne aux États-Unis en passant par Hong Kong. Le module intitulé Exorcising Franco: Spanish Genre Cinema 1968-1983, fort instructif, nous a permis de découvrir nombre de films espagnols méconnus. Les programmateurs ont eu la bonne idée d’y inclure le documentaire Exorcismo: The Transgressive Legacy of Clasificada ‘S’ (voir ci-dessous), qui constituait la parfaite introduction à cette thématique. Son réalisateur, Alberto Sedano, était l’un des invités de cette édition. Il a non seulement présenté son film, mais a aussi introduit certaines fictions projetées dans ce cadre. Le module dédié à John Woo a quant à lui bénéficié de l’expertise de Julien Sévéon, venu faire une lecture avant la projection de The Killer et une présentation passionnée de À toute épreuve. La thématique Only in America? Delusions of Democracy renforçait la dimension politique de cette édition avec quelques grands thrillers paranoïaques des années 70.

La Belgique n’en était pas oubliée pour autant, notamment via une double séance consacrée au cinéaste Harry Kümel, qui n’a malheureusement pas pu être présent en personne suite à un souci de santé.

La sélection des nouveautés, les Offscreenings, proposait quant à elle un large éventail de pays : Japon, Thaïlande, Colombie, États-Unis, Suède, Grèce, Hongrie, Royaume-Uni… De quoi pour le moins se dépayser ! Dans la sélection ci-dessous, nous avons fait la part belle aux productions espagnoles car c’était le plus gros « morceau » du festival, rempli de film rares par chez nous, tout en proposant un petit échantillon des autres grandes thématiques de cette année.

Balearic   ★
Ion De Sosa (Espagne/France)


Quatre adolescents s’aventurent d’abord sur un terrain privé sur lequel une villa vient d’être construite aux abords d’une belle piscine déjà fonctionnelle dont ils espèrent bien profiter, comptant sur le fait que les propriétaires n’ont pas encore emménagé. Mais soudain, trois bergers malinois s’en prennent aux jeunes impudents, qui se réfugient au milieu de l’eau. Ensuite, tout le film se focalise sur des riches qui font la fête plus loin dans les montagnes, sans se préoccuper du feu de forêt qui se rapproche de leur périmètre. Vers la fin, un événement étrange survient. Le film entier fonctionne en tant que parabole sociale pointant du doigt les élites qui prennent du bon temps en toute inconscience pendant que le peuple trinque. L’ennui, c’est qu’entre le début et la conclusion, qui sont chacun intéressants, c’est le grand vide. Rien de notable n’intervient. La construction scénaristique, qui délaisse les personnages initiaux, perd les spectateurs, qui n’ont que quelques aspects techniques et artistiques (la photo, quelques plans expérimentaux où l’image est déformée et colorée de manière monochrome) et quelques inserts de chiens inquiétants auxquels se raccrocher. On peut se sentir floués.

Creation of the Damned (El Refugio del miedo)   ★
José Ulloa (Espagne)


Ce film de science-fiction espagnol reflète la peur de la menace nucléaire typique de la Guerre froide (menace toujours très présente de nos jours, ceci dit). Un couple et leur fils, un jeune homme, et un couple d’amis qu’ils recevaient lorsque la catastrophe tant redoutée a eu lieu, sont cloîtrés dans l’abri antiatomique aménagé chez eux, en attendant d’hypothétiques nouvelles de l’extérieur via les ondes radio. Le script se focalise sur la mécanique de groupe face à cette cohabitation forcée : les tentatives de distractions, les divergences de réactions et de points de vue, les tensions qui s’installent… Souffrant d’un manque d’action, Creation of the Damned n’évite pas l’écueil d’une telle situation mise en scène, à savoir le fait de vite tourner en rond, sans apporter suffisamment d’éléments scénaristiques neufs qui maintiendraient l’attention. Heureusement, le cast ne manque pas d’intérêt, entre Patty Shepard, l’une des égéries du cinéma de genre espagnol de cette époque, Graig Hill, ayant tourné dans beaucoup de westerns et notamment dans le giallo Terreur sur la lagune, et Teresa Gimpera (Fata Morgana, Último Deseo).

La Créature (La Criatura)   ★★★
Eloy de la Iglesia (Espagne)


Film d’Eloy de la Iglesia datant de la période dite de la transition, qui s’étend de la mort du Général Franco en 1975 à l’année 1982, tout comme The Priest, également projeté dans le cadre du festival, La Créature est une œuvre forte, osée, hautement sulfureuse par sa thématique principale : l’amour malsain, y compris dans sa dimension physique, d’une femme pour un chien. Après avoir subi une fausse couche suite à une grosse frayeur causée par un canidé, Cristina décide d’adopter celui qui la suit partout alors qu’elle est en séjour à la mer et qui appartient à la même race que celui qui l’avait agressée. Le toutou, qu’elle baptise Bruno, nom prévu pour l’enfant qu’elle a perdu, prend une place prépondérante dans sa vie, au point de reléguer son mari, Marcos, au second rang. Celui-ci est un présentateur de télévision aimant sincèrement sa femme, mais partageant les idées politiques franquistes (catholicisme, patriarcat, droiture morale, etc.). Après une période où il épousait davantage les codes du cinéma de genre, de la Iglesia s’en éloigne, tout en restant transgressif. La Créature est un drame sur un couple qui part à vau-l’eau. Il est bien réalisé, rythmé comme il faut et interprété avec talent. La qualité est là. Certains pourront être rebutés par le tabou brisé de la zoophilie, mais, faut-il le préciser, le « pire » est laissé à l’imagination des spectateurs. Plusieurs lectures se superposent : interprétation psychologique de la femme connaissant une dépression consécutive à sa fausse couche qui amène des fêlures dans son esprit, interprétation politique (transgression comme rébellion contre le franquisme)… Un film plus riche qu’on ne pourrait le penser, donc.

Egghead Republic   ★★
Pella Kågerman et Hugo Lilja (Suède)


Film d’ouverture du festival, Egghead Republic est dû au duo suédois qui avait réalisé Aniara : L’Odyssée stellaire, film de science-fiction spatial projeté à l’Offscreen Film festival en 2019. On est ici dans une autre veine de la science-fiction, plus douce.
Sonja est engagée – sans être payée pour cette mission – par le patron d’un média très en vue pour l’accompagner, avec deux cameramen, pour un reportage dans une zone du désert kazakh jadis frappée par une bombe nucléaire et sur laquelle des rumeurs folles circulent (comme par exemple la présence de centaures radioactifs). Sous escorte militaire et munis des précautions nécessaires contre les radiations (combinaisons, pilules d’iode etc.), le groupe s’enfonce dans cette contrée…
Kågerman et Lilja posent les bases d’un univers qui ne manque pas d’intérêt, mais ne développent pas suffisamment un certain nombre de pistes scénaristiques qui auraient pourtant mérité de l’être. On ressort donc de la séance avec un sentiment de frustration. C’est le principal reproche qu’on adressera au film, qui n’en demeure pas moins sympathique. L’actrice Ella Rae Rappaport, dans le rôle principal, apporte au tout une fraîcheur qui mérite une mention spéciale.

Exorcismo: The Transgressive Legacy of Clasificada ‘S’   ★★★
Alberto Sedano (Espagne)


Voici un documentaire intéressant et utile, qui permet de découvrir tout un pan méconnu du cinéma espagnol. Il prend la peine d’expliquer tout le contexte historique qui précède puis dans lequel s’insère cette classification ‘S’ : la guerre civile, l’arrivée au pouvoir du Général Franco, la mise en place de la censure, son évolution, les valeurs auxquelles il fallait adhérer et la mort du dictateur, qui ouvre cette période particulière qu’est le transition démocratique en Espagne, de 1975 à 1982. C’est donc durant cette dernière période qu’a existé ce système de classification des films où l’on retrouve les films classés ‘S’, catégorie qui regroupe les films sensibles : érotiques, fort violents… Après cette première partie fort à-propos pour mieux appréhender le phénomène, Sedano revient sur les principaux films concernés. Dans la dernière partie, il se concentre sur trois figures majeures de ce cinéma-là : José Ramón Larraz, Jesús Franco et Ignacio F. Iquino. Le réalisateur prend le temps de bien tout détailler : le tout accuse une durée de 122 minutes, sans que l’ennui ne se fasse ressentir. La voix off explicative est assurée par rien de moins qu’Iggy Pop. Un documentaire bien structuré, clair et abordable. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut le retrouver dans le coffret Exorcismo: Defying a Dictator & Raising Hell in Post-Franco Spain édité par Severin Films (qui est toutes zones).

I Hate My Body (Odio mi cuerpo)   ★★
León Klimosky (Espagne/Suisse)


Suite à un grave accident de voiture, un macho typique de l’Espagne franquiste se retrouve entre les mains d’un chirurgien fou qui, constatant les dommages irréparables du corps, décide de transplanter son cerveau intact dans le corps parfaitement conservé d’une femme récemment décédée. Le désormais « homme dans un corps de femme » parvient à s’échapper de la clinique où il était enfermé contre son gré et va tenter de mener une nouvelle vie normale, en commençant par exemple par chercher du travail. Personne n’étant au courant de l’opération extravagante qu’il a subie, tout le monde le prend pour une femme. Il va ainsi subir tous les préjugés sexistes, les comportements inappropriés, les discriminations et le harcèlement sexuel dont peuvent être victimes les femmes dans ce contexte social. Voilà donc un film intéressant en ce qu’il permet essentiellement au public masculin de mieux se rendre compte de ce que sont susceptibles de vivre au quotidien les femmes. Le parallélisme avec la situation des personnes qui possèdent les attributs objectifs d’un genre, mais qui se sentent appartenir à l’autre genre est également évident. La réalisation de Klimovsky fait le travail et la fin du film est percutante.

The Killer of Dolls (El Asesino de muñecas)   ★★
Miguel Madrid (Espagne)


Paul est le fils du jardinier d’une comtesse française. Renvoyé de ses études de médecine, il reste dans la maison de ses parents, qui s’absentent pour quelque temps. Le jeune homme entretient une relation problématique avec les poupées : ayant subi un traumatisme lié à celles-ci alors qu’il était enfant, il les hait, tout en les collectionnant et en arborant à certains moments un masque de poupée. Pendant qu’il se lie d’amitié avec un garçonnet jouant dans le parc et qu’il fait connaissance avec la fille de la comtesse, des meurtres ont lieu dans les alentours.
Ce film est un proto-slasher brassant nombre de tropes chers au giallo : le trauma, les poupées, la sexualité déviante etc. Malgré diverses maladresses (par exemple, la visite de l’atelier de confection de mannequins truffée d’inserts repiqués de l’introduction produisant des faux-raccords flagrants ou bien encore les lieux, censés être français, mais clairement identifiables comme étant espagnols), il est plaisant grâce à son rythme, ses scènes de meurtre, ses décors intérieurs et extérieurs, qui fournissent une plus-value artistique appréciable, la charmante présence de Helga Liné (Terreur dans le Shanghaï Express) et la beauté juvénile d’Inma de Santis. Le jeu de David Rocha, dans le rôle de Paul, apporte une grandiloquence marquée et sera remarqué par Luis Buñel, qui le fera tourner dans Cet obscur objet du désir.

De komst van Joachim Stiller   ★★
Harry Kümel (Belgique/Pays-Bas)

Le réalisateur des chefs-d’œuvre du fantastique belge Les Lèvres rouges et Malpertuis avait signé en 1976 cet Avènement de Joachim Stiller coproduit par la BRT qui est certes plus mineur que les deux films susmentionnés, mais qui mérite néanmoins amplement qu’on s’y arrête. Nonobstant le format d’image carré et la quasi-absence d’effets spéciaux, il étonne pour une œuvre produite par la télévision d’alors : multiplication des lieux, tant intérieurs qu’extérieurs, nudité affichée à l’écran…
Kümel propose du fantastique non démonstratif, qui fonctionne par petites touches insolites et intrigue tout du long. Le personnage principal, Freek, un journaliste habitant Anvers, est témoin de faits étranges se déroulant dans sa ville et reçoit une lettre de la poste datant de 1919, envoyée par un mystérieux Joachim Stiller évoquant un événement précis que Freek vient tout juste de vivre dans le présent. Qui est ce Joachim Stiller ? Et que lui veut-il exactement ?
Le réalisateur anversois n’a pas son pareil pour filmer nos vieilles villes du nord. L’ancrage local est accru par l’utilisation du flamand et la présence de certaines personnes du cru hautes en couleur. Une sous-intrigue concernant un galeriste et un peintre dément apporte des ruptures tonales étonnantes : on se retrouve soudain face à du cabotinage rappelant Benny Hill, alors que le reste est sérieux. Malgré sa durée conséquente (durée variable selon les versions, celle projetée étant celle de 153 minutes), le spectacle n’ennuie jamais, il envoûte.

Mad Foxes (Los Violadores)   ★
Paul Grau (Espagne/Suisse)


Long métrage de 1981 produit par Erwin C. Dietrich (connu notamment pour être le producteur de nombreux Jess Franco), Mad Foxes est un pur film d’exploitation : petit budget, thèmes racoleurs et succession de scènes crapoteuses. Il donne à voir une surenchère de violence entre, d’une part, un jeune riche se baladant en Corvette et, d’autre part, un gang de motards néo-nazis. Tout le catalogue de ce qui faisait le bonheur des cinémas de quartier spécialisés de l’époque y passe : nudité frontale gratuite, viol, vengeance, plans sanglants, bikers violents, fétichisme des symboles nazis, karaté et on en passe. Ingrédients qui renvoient à autant de sous-genres du cinéma d’exploitation : rape and revenge, bikesploitation, nazisploitation, etc. Pour l’anecdote, le professeur de karaté qui ne rechigne pas au vigilantisme est joué par le réalisateur lui-même, Paul Grau. Un homme qui a par ailleurs officié en tant que directeur de production pour des joyeusetés telles que Les Putains de la ville basse ou Les Bourgeoises de l’amour. Cela situe le personnage. En clair, Mad Foxes compense son manque de budget, le jeu approximatif de ses acteurs et sa réalisation sans génie par sa folie et sa générosité. C’est ce qu’on appelle un plaisir coupable.

Network : Main basse sur la TV (Network)   ★★★★
Sidney Lumet (États-Unis)


Projeté dans le cadre du module « Only in America? Delusions of Democracy », Network : Main basse sur la TV est un grand film sur les coulisses des mass media. Un présentateur télé vieillissant, voyant sa cote baisser, apprend qu’il va se faire licencier. Profitant de ses derniers moments à l’antenne, il annonce son intention de se suicider en direct. On voit alors comment les responsables de la chaîne vont s’arranger pour le transformer en nouvelle poule aux œufs d’or. D’après un scénario de Paddy Chayefsky (Au-delà du réel), Sidney Lumet cisèle un film d’une rigueur et d’une pertinence rare, aidé par des dialogues ultra percutants, des acteurs et des actrices brillant·e·s (Faye Dunaway, Peter Finch, William Holden, Robert Duvall…) et une mise en scène pas du tout tape-à-l’œil, mais très pensée, très mature. Constat d’une lucidité aiguë de phénomènes qui n’en étaient qu’à leurs débuts à cette époque-là et qui n’ont fait que s’amplifier d’une manière vertigineuse depuis, ce film anticipe par la même occasion la télé-réalité et d’autres réalités modernes peu enthousiasmantes. Il montre aussi comment un cri de rage, un mouvement de rébellion, est récupéré cyniquement par le système capitaliste pour en tirer un maximum de profit. À voir et à revoir.

Une balle dans la tête (Bullet in the Head)   ★★★★
John Woo (Hong Kong)

Hong Kong, 1967. Trois amis d’enfance, Ben, Paul et Frank, habitués à se serrer les coudes, décident de partir pour le Vietnam, espérant faire fortune là-bas grâce aux trafics qui y ont cours en ces temps de guerre. Sur place, rien ne va se passer comme prévu. Ils vont faire l’expérience de la pègre locale, des attentats terroristes, des manifestations réprimées dans le sang et des méthodes des « Viêt-congs ».
Une balle dans la tête est un classique du cinéma d’action, confectionné d’une main de maître par John Woo et ses équipes, qui a conservé, 36 ans après sa sortie, sa puissance inouïe. Woo situe son histoire dans le passé, mais c’est pour mieux parler de manière détournée de la situation du présent d’alors de Hong Kong (massacre de la place Tian’anmen en Chine, peurs liées à la Rétrocession à venir…). En plus de ces préoccupations politiques, il traite avec talent et avec une force peu commune de l’évolution d’une relation d’amitié virile et du traumatisme de la guerre. Les innombrables gunfights et effets pyrotechniques chers à leur auteur sont toujours impactants. Plus qu’un film d’action magistral, Une balle dans la tête est un constat amer et un cri de rage qui n’ont pas fini de résonner.

Une bougie pour le diable (Una Vela para el diablo)   ★★
Eugenio Martín (Espagne)


Dans un petit village espagnol reculé, deux sœurs tiennent un hôtel où séjournent les touristes attirés par le charme de l’endroit. Vieux jeu, très à cheval sur les principes moraux issus du catholicisme, elles s’en prennent à leurs clientes qui bafouent ceux-ci.
La situation de départ est prometteuse et le suspense fonctionne bien à diverses reprises, mais le film souffre d’un gros ventre mou. Le réalisateur Eugenio Martín n’hésite pas à insister sur l’hypocrisie des deux bigotes en montrant l’une rendre des visites à son amant secret (du sexe hors mariage !), et l’autre revêtir nuitamment des tenues sexy, ce qui la comble de volupté (ce qu’elle reproche sévèrement à ses clientes en journée). Cette production datant de 1973, l’une des dernières années du règne du dictateur Franco, il n’est pas difficile de comprendre ce qui est visé à travers ces vieilles filles. Martín s’autorise un peu d’érotisme et quelques petites éclaboussures de sang, mais il faut plus voir Une bougie pour le diable comme un thriller que comme un pur film d’horreur. En tout cas, point de surnaturel démoniaque ici, contrairement à ce que le titre peut laisser croire. Il est parfois décrit comme un giallo à l’espagnole, mais sans l’aspect whodunit cher au genre. Une légère déception pour notre part, qui mérite néanmoins le coup d’œil.

The Virgin of the Quarry Lake (La Virgen de la Tosquera)   ★★
Laura Casabé (Argentine/Mexique/Espagne)

Quatrième long métrage de fiction de la réalisatrice Laura Casabé, The Virgin of the Quarry Lake déroule son histoire dans l’Argentine de 2001. Natalia, jeune femme de seize ans, vit chez sa grand-mère, dans un quartier modeste envahi de SDF peu rassurants, et passe son temps libre à traîner avec une petite bande de potes. Elle désire le beau Diego, mais n’est pas la seule du groupe à être intéressée par lui. Le sentiment de jalousie va faire irruption et aller crescendo…
Si les aspects sonores et visuels (notamment la photographie) sont appréciables, le film déçoit parce qu’il ne s’y passe pratiquement rien. Il n’est qu’une longue attente avant un bref déchaînement de violence final. Séquence terminale qui fait écho, d’une certaine façon, à une scène située au début. Le fantastique est présent, mais de manière trop discrète et ponctuelle pour le fantasticophile. Touche qui a quelque chose de « carriesque ». À voir donc plutôt comme une chronique adolescente hispanique que comme un pur film de genre.

Sandy Foulon

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Journée nationale du clown aux USA : Retour sur ÇA et ÇA : CHAPITRE 2

Journée nationale du clown aux USA : Retour sur ÇA et ÇA : CHAPITRE 2 1200 800 Jean-Philippe Thiriart

Journée nationale du clown aux États-Unis oblige, nous avons choisi de nous concentrer sur les deux volets du reboot de Ça, adaptés du roman éponyme culte de Stephen King. Une œuvre qui fête, cette année, ses 40 ans ! En ce jour spécial et pour célébrer cet anniversaire, vous vous proposons aujourd’hui nos critiques des films Ça et Ça : Chapitre 2, réalisés par Andy Muschietti.

Coulrophobe ou pas, bonne découverte de nos critiques et, nous vous le souhaitons, belle (nouvelle) plongée dans les films Ça version Muschietti !

N’hésitez pas, en outre, à découvrir notre interview de Bill Skarsgård, qui interprète le clown maléfique Pennywise (Grippe-Sou) pour Dead Man’s Wire (La Corde au cou), de Gus Van Sant, film dont il joue le personnage principal !

ÇA t’apprendra à faire le clown !

Ça   ★★★

Réalisé par Andy Muschietti
Avec Bill Skarsgård, Jaeden Martell, Finn Wolfhard

Drame horrifique

Interdit aux moins de 12 ans

2h14


Ça, c’est bouillant. Pesant. Planant.
Flottant, violent, intrigant, retournant, à l’humour… décapant !

Sorti en salles en 2017, Ça est l’adaptation du célèbre roman éponyme de Stephen King publié en 1986. Ce premier volet du reboot n’est que le deuxième long métrage du réalisateur argentin Andy Muschietti, qui s’était fait connaitre du grand public en 2013 avec son virevoltant Mama. Couronné d’un succès tant public que critique, Mama avait remporté le Grand Prix ainsi que le Prix du Public au 20e Festival International du Film Fantastique de Gérardmer.

L’acteur principal de Ça, Bill Skarsgård, n’est autre que le fils de Stellan Skarsgård, Golden Globe du Meilleur acteur dans un second rôle pour Sentimental Value, de Joachim Trier. Âgé alors de 27 ans, il joue le rôle de Grippe-Sou (Pennywise en anglais), un clown peu sympathique, c’est peu de le dire !
Jaeden Lieberher est Bill Denbrough, adolescent de quatorze ans à la mèche rebelle et à la sensibilité exacerbée, qui accroche fortement le spectateur. Quant à Sophia Lillis, elle campe le rôle de Beverly Marsh, jeune fille déjà bien dans ses baskets qui, pour échapper à un père tyrannique, a dû grandir plus vite que les enfants de son âge. Elle rejoindra les six garçons qui composent la bande de Bill pour former le « Club des Ratés » et tentera, avec eux, de faire faire face à leurs plus inavouables peurs.


Ça appartient au genre horrifique. Mais nous rejoignons Andy Muschietti, qui préfère d’abord parler de film dramatique avant de parler de film d’horreur. Le réalisateur joue fortement sur la tension psychologique, une tension tangible entre enfants – donnés à voir comme normaux et assez équilibrés – et adultes – tous présentés, cette fois, comme des êtres largement déséquilibrés aux pulsions pratiquement incontrôlables. Cela a pour conséquence de rendre l’atmosphère du film pour le moins crispante.

Les codes habituels du genre horrifique sont bien présents. Cependant, il est également intéressant de noter que Ça présente aussi des caractéristiques du thriller policier. La bande d’enfants souhaitera en effet comprendre les circonstances des disparitions d’enfants inexpliquées qui touchent leur petite ville, Derry, tous les vingt-sept ans. Tiens, tiens, l’âge de Bill Skarsgård au moment du tournage du film… Cette recherche leur fera découvrir l’horreur et les obligera à affronter leurs peurs les plus enfouies.


Les passages plus calmes alternent assez judicieusement avec les moments de tension. Ces instants plus joyeux à l’humour assez présent, qui viennent rythmer le film, ne sont toutefois pas une raison suffisante pour emmener les enfants découvrir les aventures d’un clown à mille lieues de ceux que l’on découvre avec joie dans les cirques.

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

ÇA s’en va et… ÇA revient !

Ça : Chapitre 2   ★★★

Réalisé par Andy Muschietti
Avec Bill Skarsgård, James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader, Xavier Dolan

Horreur

Interdit aux moins de 12 ans

2h50


Le deuxième volet des aventures de Bill Denbrough et de ses amis Eddie Kaspbrak, Ben Hanscom, Richie Tozier, Stan Uris, Beverly Marsh et Mike Hanlon est sorti en 2019 pour le plus grand frisson de plaisir des amateurs de films d’épouvante.

Vingt-sept ans après une série de meurtres venus frapper la petite ville, Grippe-Sou le Clown est de retour à Derry. C’est alors que les disparitions inquiétantes reprennent et commencent à alerter Michael Hanlon, le seul membre de la bande à être resté vivre dans la bourgade de Derry. Il se remémore alors la promesse que ses amis et lui s’étaient faite. Ils s’étaient jurés que si le clown surnommé « Ça » par les enfants revenait hanter Derry, ils se réuniraient tous dans la ville de la terreur pour éliminer le clown et faire en sorte que, jamais plus, il ne revienne. Michael va donc tenter de réunir la bande des sept pour faire disparaitre Grippe-Sou à tout jamais. Ses souvenirs seront difficiles à gérer et voir la vérité en face s’avèrera pour le moins compliqué.


Pour cette suite, le réalisateur Andy Muschietti a décidé de faire appel à des acteurs de renom. On retrouve naturellement le Suédois Bill Skarsgård dans le rôle de Grippe-Sou. À ses côtés, James McAvoy – le Professeur Charles Xavier de la deuxième série des X-Men, sortis en salles entre 2011 et 2019, et qui crève l’écran dans le Split de M. Night Shyamalan (2016) – interprète le rôle de Bill Denbrough. L’acteur britannique confère la profondeur nécessaire à ce personnage aussi hanté par le souvenir de Ça que déterminé à aider les jeunes habitants de Derry à se débarrasser de l’abominable clown. Dans le rôle de Beverly Marsh, Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, Molly’s Game), qui avait déjà joué sous la direction de Muschietti dans Mama. Elle apporte à Ça : Chapitre 2 une touche de féminité et de perspicacité, bien nécessaire à la bande d’amis plongés entre horreur et incompréhension. Bill Hader, Isaiah Mustafa, Jay Ryan, James Ransone et Andy Bean complètent ce casting remarquable de justesse.


Dès les premières minutes du film, le spectateur est replongé dans l’ambiance terrifiante de Derry. L’histoire est connue des amateurs de Stephen King. Le film est assez long – près de trois heures – mais on ne voit pas le temps passer. Le réalisateur est à nouveau parvenu à faire en sorte que les rebondissements s’enchaînent avec une belle réussite. On notera tout de même la difficulté à introduire au sein de cette l’histoire celle d’une peuplade ancienne ayant également eu affaire à Grippe-Sou. Ce rapport au passé est sans doute l’élément le moins bien agencé.

On remarquera aussi l’efficacité avec laquelle les nombreux flash-backs sont disséminés tout au long du film. Ils nous montrent les peurs et les souvenirs douloureux des différents membres de la bande. Chacun d’entre eux sera, à un moment donné, confronté à son passé et devra parvenir à le surmonter pour continuer à avancer.


Ça : Chapitre 2 nous invite à partir à la rencontre, à travers ces amis, d’autant de personnages qui, malgré leurs vieux démons, parviennent à faire preuve de résilience pour continuer à pouvoir avancer dans leurs vies respectives. Mais prenez garde : ce très vilain clown pourrait bien ne pas vous laisser un souvenir très joyeux et vous faire, au contraire, flotter dans une peur envahissante durant les jours qui suivront votre visionnage du film… et bien plus encore peut-être !

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

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Crédits vidéo :
Captation et montage : Patricia Büsch
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Merci à Florence Manente !

Nos cotes :
☆             Stérile
★             Optionnel
★★         Convaincant
★★★      Remarquable
★★★★   Impératif

GOHAN : Un chien errant, trois destins

GOHAN : Un chien errant, trois destins 1600 1122 Samantha Pirard

Gohan ★★★★

Réalisé par Chayanop Boonprakob, Atta Hemwadee et Baz Poonpiriya
Avec Yasushi Kitajima, Poe Mamhe Thar, Jinjett Wattanasin, Tontawan « Tu » Tantivejakul

Drame, comédie feel-good

2h21

Sorti cette semaine sur nos écrans, Gohan s’impose comme un drame feel-good thaïlandais construit en trois volets et réalisés par un trio de cinéastes : Chayanop Boonprakob, Baz Poonpiriya et Atta Hemwadee.

Le film suit Gohan, un chien blanc abandonné, au fil de trois périodes de sa vie. Dès l’ouverture, alors qu’il n’est encore qu’un chiot (Kori), Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima. Rien d’extraordinaire en apparence, et pourtant tout le film commence dès ces premières minutes.

Il pose alors son idée centrale : un animal peut, sans mots mais avec beaucoup d’amour, transformer durablement une vie humaine.

Trois vies, trois volets : entre fiction et réalité

La deuxième partie change de décor et de tonalité. Gohan, devenu adulte et rebaptisé Brownie, est recueilli dans un refuge pour chiens pendant la Covid. Il y rencontre Namcha, une jeune Birmane, interprétée par Poe Mamhe Thar, employée clandestinement.

Jeune adulte, Gohan rencontrera Namcha, une jeune Birmane travaillant clandestinement en Thaïlande.

Cette partie aborde avec finesse des thématiques contemporaines : travail clandestin, crise sanitaire, mais aussi exploitation et monétisation des animaux sur les réseaux sociaux. Le film s’inspire d’ailleurs de la réalité, puisque Meechok, qui incarne Gohan adulte, est lui-même un chien devenu populaire sur TikTok.

La troisième vie du chien l’amène au seuil de la vieillesse auprès de deux étudiants en art, qui le rebaptisent Hima (« neige » en thaï). Cette dernière partie, plus douce, aborde le sujet du deuil. Elle est portée par Putthipong Assaratanakul et Tontawan Tantivejakul, déjà réunis dans How To Make Millions Before Grandma Dies. Le chien Hima, quant à lui, y joue son propre rôle. Ancien chien errant, il fut adopté par l’un des réalisateurs.

Une émotion maîtrisée

Malgré la diversité de ses thèmes (abandon, crise sociale, exploitation, deuil, résilience), Gohan ne se disperse jamais. Le récit reste cohérent. Le film fonctionne par vagues émotionnelles, alternant douceur, humour discret et moments plus sombres. L’humour étant omniprésent, il permet de ne jamais tomber dans le mélodrame. On s’attache rapidement à Gohan et on le suit avec beaucoup de plaisir dans ses différentes vies.

Au seuil de la vieillesse, Gohan trouvera un nouveau foyer auprès de jeunes étudiants en art.

Gohan est un film lumineux et délicat. À travers les trois vies de son héros canin, il interroge notre capacité à aimer, à réparer et à évoluer au contact de l’autre.

Comme le résume le réalisateur Baz Poonpiriya : « Un chien n’est pas seulement un animal de compagnie, c’est aussi le reflet de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. ».

Un film simple en apparence, mais profondément humaniste.

Samantha

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Le tout jeune Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima.

INCENDIES ressort en salles dans sa version restaurée 4K : interview de son réalisateur Denis Villeneuve

INCENDIES ressort en salles dans sa version restaurée 4K : interview de son réalisateur Denis Villeneuve 2010 1156 Jean-Philippe Thiriart

Un Incendies qui a enflammé nos cœurs !

Incendies   ★★★★

Réalisé par Denis Villeneuve
Avec Lubna Azabal, Rémy Girard, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Abdelghafour Elaaziz

Drame
2h03

Voici un peu plus de quinze ans, nous nous entretenions avec Denis Villeneuve. Une très belle rencontre pour plonger dans ce film qui nous a énormément touchés avec le réalisateur de, notamment, Prisoners, Sicario, Blade Runner 2049, la saga Dune (le troisième volet débarque sur nos écrans dans tout juste six mois) et le prochain James Bond – excusez du peu. Pour la force de son intrigue ainsi que pour l’incroyable interprétation de l’actrice principale du film, la Belge Lubna Azabal, d’abord. Mais aussi pour la construction du film. Cette dernière s’avère en effet, elle aussi, très intéressante, dans la mesure où Denis Villeneuve parvient à nous faire voyager, sans cesse, dans les différents temps de l’histoire de cette famille dont le spectateur découvrira les passé, présent et futur en même temps que les deux enfants du personnage central du film, Nawal Marwan (bouleversante Lubna Azabal).

Multiprimé, Incendies avait remporté le Prix du Public lors de l’édition 2010 du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et allait représenter, quelques mois plus tard, le Canada aux Oscars.


En Cinémascope : Comment définiriez-vous votre film ?

Denis Villeneuve : C’est un passage à l’âge adulte. C’est l’histoire de jumeaux qui, à la mort de leur mère, décident de remonter son histoire pour découvrir un père et un frère dont ils ignoraient l’existence.

E.C. : Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’adapter Incendies au cinéma, au départ l’œuvre du dramaturge libanais Wajdi Mouawad ?

Denis Villeneuve : J’ai eu un énorme coup de foudre pour la pièce. J’ai été époustouflé, ébahi par la beauté et la force, la puissance du texte. C’est un texte qui parle de l’intimité. Ce qui m’a bouleversé dans ce texte, c’est le discours que Wajdi portait sur la colère, comment la colère voyage de génération en génération dans une même famille, dans un même peuple. J’ai trouvé ça extrêmement pertinent et puissant comme thème. Ça a été instantané : on appelle donc ça un… coup de foudre !

E.C. : Quel a été l’apport de Wajdi Mouawad, lors des différentes phases de la création du film ?

Denis Villeneuve : Wajdi m’a donné carte blanche. Quand je l’ai approché, il a été touché mais il n’était pas sûr que c’était une bonne idée d’adapter Incendies pour l’écran parce qu’il venait d’adapter Littoral, sa pièce précédente. Je crois qu’il avait trouvé le cinéma assez lourd. Il était lui-même en train d’écrire une nouvelle pièce – Forêts – qui le happait complètement. Il m’a donné les droits de Incendies mais en me disant que j’allais le faire seul, que j’allais être obligé de remonter l’histoire, d’effectuer le même chemin que lui. Il est parti à Paris et puis il m’a laissé travailler sur Incendies. C’est un immense cadeau parce que je n’avais pas le poids de son regard derrière moi. Il m’a permis de faire des erreurs. Je dirais donc que sa participation à l’écriture du scénario s’est faite principalement au début du processus parce qu’il me donnait des pistes : certains photographes, certains textes, certains passages de la bible… C’était très excitant pour moi parce qu’il m’ouvrait l’atelier initial, l’atelier de la genèse de Incendies. C’est vrai qu’il m’a donné les clés de base : tout ce qu’il avait espéré au départ. C’est un cadeau énorme ! Il m’a vraiment donné son access, son intimité créatrice. Puis, il m’a laissé avec cela et je me suis débrouillé. Je ne savais pas faire autrement de toute façon !

E.C. : Sur quels points rejoignez-vous Wajdi Mouawad en matière de mise en scène et en quoi vous êtes-vous éloigné de la sienne ?

Denis Villeneuve : C’est une très bonne question ! Je dirais que Wajdi avait créé, dans sa mise en scène, des images d’une très grande force, une force très théâtrale, qui n’étaient pas adaptables au cinéma dans un cadre naturaliste. Cela n’aurait pas du tout fonctionné. C’était très important pour moi de respecter les thèmes et la structure dramatique, que je trouvais très belle, et que j’ai modifiée par rapport au temps et à l’espace pour modeler le scénario, le film. Je suis resté le plus proche possible de la quête du personnage de Nawal. La quête de Nawal était la référence de départ parce que c’était le personnage de base. Et la bible, je la traînais quotidiennement avec moi sur le plateau. Ça a été ma référence tout au long du processus de fabrication du film. La pièce et le film sont complètement différents. Je me suis complètement approprié la pièce. J’ai carrément bousillé la poésie de Wajdi, un texte absolument magnifique, que j’ai volontairement massacré pour arriver à en extirper des images et puis à faire du cinéma ! Ce qui est lié, ce sont vraiment les personnages principaux et puis les thèmes de base. La pièce était beaucoup plus touffue. Elle contenait beaucoup plus de violence. Il y avait nombre d’événements supplémentaires. Le film est plus concis et peut-être plus simple que la pièce. J’ai parfois résumé quatre pages de texte en une image.


E.C. : Êtes-vous d’accord avec moi si je vous dis que les mots « traumatisme » et « thérapie » sont deux des mots-clés du film ?

Denis Villeneuve : Ça me fait extrêmement plaisir de vous entendre dire cela ! Je pense que c’est la première fois qu’un journaliste me parle de « thérapie ». C’est tout à fait le cas ! C’est un texte qui parle de guerre, du Moyen-Orient et de conflits qui me sont très éloignés. Mais il parle aussi de la famille. Et c’est par l’angle de la famille, par l’angle de l’intimité dans une famille, que j’ai pu aborder ce texte. Dès lors, j’ai accentué ce thème dans le film. Il y a un rapport à la thérapie. Pour moi, un des premiers pas, en thérapie, consiste à retourner aux origines de la colère. L’idée, c’est de se dégager de ces colères névrotiques qui viennent en soi entraver la véritable liberté, qui nous empêchent d’être de véritables adultes. Et je trouve que ces thèmes sont très présents dans le cinéma d’une manière ou d’une autre. Dans Incendies, ces thèmes étaient vraiment bien articulés. Et moi, ça m’a profondément touché. Je rajouterais que Wajdi m’avait dit que pour être capable d’adapter la pièce, il fallait que je fasse un travail d’introspection important pour être capable de transposer le théâtre au cinéma. Et ne fût-ce qu’entrer en relation avec le texte sous le bon angle, ça m’a pris des mois.

E.C. : Quelles options principales avez-vous délibérément choisies à l’heure de scénariser et puis, de réaliser Incendies ?

Denis Villeneuve : Il y a un point très important. La pièce se déroulait dans un Liban imaginaire. Tout le monde devinait que c’était le Liban parce que Wajdi est d’origine libanaise. Mais le Liban n’était jamais nommé. Tous les lieux sont des lieux inventés. Les événements sont une très grande transposition de la réalité. À un moment, j’ai été très tenté de « marier » l’histoire, l’histoire du Liban. J’ai eu très envie d’incarner le film dans Beyrouth. J’allais me casser la gueule pour plusieurs raisons et j’ai eu de l’aide, des conseils de mes amis libanais et de Wajdi. J’ai réopté pour l’imaginaire, pour des régions imaginaires. C’est la grande question qui s’est posée dans la scénarisation.

E.C. : Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous avez structuré votre récit, en y imbriquant une série de sous-récits ?

Denis Villeneuve : La structure de la pièce travaille sur deux présents : le présent des jeunes et le présent de la mère. Personnellement, je n’aime pas les flashbacks au cinéma. Mais ici, je trouvais que les choses étaient vraiment bien articulées. J’ai trouvé cette structure dramatique vraiment en accord. Elle est originale parce que si l’on observe bien les choses, on constate quelque chose de particulier à ce niveau-là dans la pièce, que j’ai essayé de restituer dans le film. On suit le parcours de la fille et puis on la quitte. On entre alors en relation avec la mère dans le même état émotif que dans celui dans lequel on a quitté la fille. On suit un parcours avec la mère, qui nous amène au prochain état de la fille. Il y a une espèce de dialogue, de réciprocité, d’échange dramatique et émotif entre les deux temps. J’ai essayé de conserver ça le plus possible. J’ai été obligé de modifier cette structure mais cette idée, cette manière de raconter l’histoire, était, à l’origine, dans la pièce.


E.C. : Vous avez conquis un public assez large, là où le film a été présenté. Estimez-vous que le sujet que vous traitez dans Incendies est universel et si oui, en quoi ?

Denis Villeneuve : C’est une bonne question. Je pense que les idées de Wajdi sont déjà très fortes à la base. Son théâtre voyage beaucoup. Je ne peux pas m’approprier cela. Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Le film fonctionne grâce à la beauté des idées de Wajdi Mouawad. Si le film est vendu partout dans le monde, c’est grâce à ses idées à lui. Ce sont elles qui font que le film a ce succès. Je pense que cela touche toutes les personnes, qu’elles soient de n’importe quel peuple. À l’intérieur même d’une famille, le rapport entre le parent et l’enfant est toujours à la base de la construction d’un être humain. C’est tellement universel comme propos, le rapport entre l’enfant et son parent, la colère qui est engendrée chez l’enfant par le comportement de l’adulte, le silence, l’absence de l’adulte… C’est quelque chose qui voyage partout. Ce que je trouve assez admirable, c’est que Wajdi était capable d’en parler, que ce soit dans l’intimité, comme je le disais plus tout, mais aussi de l’illustrer, de travailler dans un espace beaucoup plus large qu’une région ou un pays en conflit, de parler de cette idée de colère, qui hante une société mais aussi un individu.

E.C. : Quelques mots sur deux de vos acteurs à présent, si vous le voulez bien.
Pourriez-vous d’abord nous parler de la façon dont vous avez travaillé avec votre actrice principale, la Belge Lubna Azabal, et nous expliquer pourquoi vous l’avez choisie, elle, pour interpréter le rôle de Nawal Marwan ?

Denis Villeneuve : En réalité, j’ai fait un casting à Paris et c’est Constance Demontoy, la directrice de casting à Paris, qui m’a donné la clé. Je donne son nom parce que ces gens-là ne sont jamais nommés. C’est elle qui m’a dit qu’elle allait, certes, me faire rencontrer une série de comédiennes. Mais elle m’a surtout très clairement fait comprendre que Nawal Marwan, c’était Lubna Azabal. Il était impératif, pour elle, que je rencontre Lubna. J’ai eu un entretien avec elle et j’ai été très impressionné par sa présence et par ce qu’elle dégageait. On a parlé de la pièce de théâtre de Wajdi et on a fait un bout d’essai. On dit souvent que « Casting is everything! » mais je pense que c’est vrai ! Quatre-vingt-quinze pourcent de la direction de comédiens, c’est le casting au départ. Et Lubna Azabal avait cette force intérieure, ce feu. Elle a quelque chose de gitan. En anglais, on dit une « drive ». Au-delà du fait que c’est une excellente comédienne, c’est quelqu’un qui est capable de faire passer beaucoup avec juste un regard. Pour moi, c’est très important. À l’écran, elle dégageait quelque chose de très fort. Il est important qu’on puisse croire que ce personnage-là traverse la guerre et est issu d’un village modeste à la campagne sur une frontière au Moyen-Orient. Quelqu’un qui subit une grande violence et est capable d’avoir un écho de résilience par rapport à cette violence-là. On sent qu’il y a derrière la comédienne une force, une capacité d’adaptation. Je sentais ça chez Lubna. Et j’estime que les gens qui ont vu la pièce et qui vont voir le film vont nécessairement avoir des déceptions parce que ce sont deux objets complètement différents. Ils vont avoir des deuils. Mais il y a un deuil qu’ils n’auront pas, et c’est ma grande fierté dans le film, c’est que Nawal Marwan, c’est Lubna Azabal. J’en suis intimement convaincu. C’est très touchant parce qu’à la première du film, à Montréal, la femme qui a créé Nawal Marwan au théâtre était là et elle a trouvé Lubna extraordinaire. Elle a trouvé que c’était vraiment l’incarnation de Nawal, qu’on ne s’était pas trompé du tout.

L’intuition joue un grand rôle à l’heure de choisir un comédien. Par la suite, pour le travail avec le comédien, j’aime beaucoup répéter. Mais ce qui est essentiel à mes yeux, c’est d’entrer en relation avec la personne, comprendre la tête qui est devant moi, comprendre quel genre de vocabulaire je dois utiliser pour aller rejoindre cette personne et pour créer une certaine complicité. Il faut que j’acquière la confiance de l’autre. Je dois être en lien avec cette personne pour être capable de la diriger. Tous les acteurs sont différents. On n’avait pas tout l’argent du monde pour faire le film et on a souvent manqué de temps. Plusieurs scènes ont été tournées à une vitesse incroyable puisqu’on faisait parfois une ou deux prises seulement. Et Lubna s’est montrée très engagée et très combative. Comme une parachutiste, elle ne pose pas de questions, elle saute dans le vide et puis elle atterrit. C’est une actrice très intuitive. Il faut que tout l’aspect cérébral soit fait pendant la préparation. Il ne faut ensuite plus poser de questions. Il faut agir. Il faut vivre.


E.C. : Dans Incendies, vous dirigez également Rémy Girard…

Denis Villeneuve : Rémy, j’avais pensé à lui dès l’écriture du scénario, pour le rôle du notaire Lebel. C’était le seul que j’avais choisi en écrivant le scénario. Rémy a été parfait. J’étais très heureux qu’il accepte le rôle. C’est un comédien très connu chez nous.

E.C. : Un véritable monstre sacré du cinéma québécois !

Denis Villeneuve : Oui, c’est ça ! C’est un habitué des grands rôles. Et puis il s’est complètement donné, dans une grande générosité, avec une énorme présence ! J’ai adoré travailler avec lui. On m’avait mis en garde en me disant qu’il pouvait être redoutable et puis il s’est avéré être un ange sur le plateau. C’était très touchant pour moi parce qu’il faut savoir que le notaire Lebel est un personnage qui m’est très cher pour toute une série de raisons. Une d’entre elles est que mon grand-père était notaire. Son frère était notaire. Mon père était notaire. Mes oncles sont notaires. Ma tante a marié un notaire. Bref, je suis entouré de notaires ! Mon frère est avocat… Je suis entouré d’un monde que je connais fort bien. Je me souviens que quelqu’un m’avait dit dans une salle, l’autre jour, que le personnage incarné par Rémy Girard était très… notaire ! Presqu’un peu trop, presque caricatural. Mais j’ai tout de suite répondu à cette personne que c’était tout le portrait de mon père. Que si mon père descendait dans un camp de réfugiés au Moyen-Orient, il aurait sa cravate ! (il rit) C’est vraiment un personnage qui m’est très cher.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo :
Captation et montage : Patricia Büsch
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Merci à Florence Manente !

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