Tandis que la 79e édition du Festival de Cannes bat son plein, nous avons choisi de mettre en avant combien le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook se devait d’en être le président du Jury Longs Métrages. En se penchant sur son cinéma et sur la place majeure que le réalisateur coréen occupe au sein de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), ainsi que sur son film culte, Old Boy. Avec, entre autres, deux de nos vidéos : la Minute Cinéma qui leur est consacrée et l’interview du cinéaste lors du 35e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).
Park Chan-wook au BIFFF, où il a été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau Crédit photo : 35e BIFFF – Francesco Serafini
Pourquoi Park Chan-wook est président du Jury à Cannes cette année
Vingt-deux ans après son Grand Prix à Cannes pour Old Boy, Park Chan-wook devient ainsi, cette année, le premier réalisateur sud-coréen à présider le Jury des Longs Métrages du Festival. Une consécration pour celui qui continue d’influencer le cinéma et la pop culture mondiale !
En 2004, surgissait un véritable ovni : Old Boy (올드보이). Un film choc à tous les niveaux : déflagration visuelle, humour noir, violence dérangeante et bande-son naviguant entre tango, valse et techno. Quentin Tarantino, alors président du Jury du Festival de Cannes, y défendit le film avec ferveur. C’est ainsi qu’à seulement deux voix près, Old Boy aurait décroché la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.
Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook retrouve la Croisette pour la cinquième fois, à présent en tant que président du Jury. Un moment historique pour ce cinéaste autodidacte, sans parcours académique en cinéma, devenu au fil des années l’un des habitués du Festival et de son palmarès : Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009 et Prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022.
Pourquoi ce cinéma fascine-t-il autant ?
Après Old Boy, le cinéma coréen cesse d’être considéré comme marginal. Les productions sud-coréennes s’imposent désormais autant que les grandes productions occidentales. Park Chan-wook devient alors un des symboles majeurs de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), aux côtés de Bong Joon-ho, le réalisateur de la Palme d’or 2019 : Parasite.
Leur point commun ? Des univers immédiatement reconnaissables : violence stylisée, intensité émotionnelle, critique sociale et récits imprévisibles. Mais, surtout, des films qui marquent durablement les spectateurs.
À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes pensées pour une standardisation mondiale des récits, le cinéma coréen a longtemps assumé sa singularité culturelle. Et c’est précisément cette identité forte qui lui a permis de devenir universel.
Une particularité qui influence le cinéma coréen
La Corée du Sud possède une particularité peu connue : les armes à feu y sont strictement interdites. Cette spécificité a fortement influencé le cinéma et les séries coréennes, poussant les scénaristes et réalisateurs à imaginer des scènes d’action plus physiques, inventives et chorégraphiées.
Les affrontements privilégient ainsi les poings, les couteaux ou les objets du quotidien plutôt que les fusillades classiques. Sans cette contrainte culturelle, la mythique scène du couloir de Old Boy n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.
À l’origine : un manga japonais
Pour la petite histoire, Old Boy est adapté d’un manga écrit par Garon Tsuchiya (alias Karibu Marei) et illustré par Nobuaki Minegishi, publié en 1997.
Park Chan-wook transformera profondément le personnage principal. Il renomme d’abord le héros Oh Dae-su, un nom pouvant être traduit par « avancer un jour à la fois », et en fait un homme pathétique, incapable de gérer correctement son enfermement. Une approche très différente du manga original, où le personnage apparaît beaucoup plus froid et impassible.
Autre changement majeur : dans le manga, le protagoniste n’est ni marié, ni père de famille. Deux détails loin d’être anodins puisqu’ils transforment profondément le récit… et surtout son final !
Quand BTS rend hommage à Old Boy
Depuis plus de vingt ans, la Corée du Sud développe une stratégie culturelle redoutablement efficace. Cinéma, séries, musique, mode ou jeux vidéo : la « K-culture » est devenue l’une des industries culturelles les plus influentes au monde.
Après Old Boy, le triomphe mondial de Parasite, Palme d’or en 2019, donc, puis Oscar du meilleur film l’année suivante, marque un nouveau tournant historique. Dans le même temps, Squid Game conquiert les plateformes mondiales, tandis que la K-pop devient un phénomène planétaire, porté notamment par le groupe BTS.
Difficile, dès lors, de ne pas voir un symbole dans le clip hommage de BTS reprenant le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy. Notez que le groupe y remplace le célèbre marteau du film par plusieurs objets emblématiques de la culture coréenne.
Le clip de BTS, hommage à Old Boy
Cette référence illustre parfaitement la manière dont la pop coréenne s’appuie sur le prestige du cinéma sud-coréen pour nourrir son propre imaginaire. Chaque succès renforce alors les autres, faisant de la Hallyu un véritable écosystème culturel.
La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et cette année, en le choisissant pour présider son Jury des Longs Métrages, le Festival de Cannes rend hommage à l’un de ses plus grands génies artistiques : Park Chan-wook !
Samantha Pirard
Un autre regard sur Old Boy
Avec notamment, au casting, le trio d’acteurs et d’actrice composé de Choi Min-sik, Yoo Ji-tae et Gang Hye-jung, Old Boy fait partie de la trilogie que Park Chan-wook a choisi de consacrer à son thème le plus cher : la vengeance. Initiée en 2003 avec Sympathy for Mr. Vengeance, cette saga comprend, outre Old Boy, le film Lady Vengeance, commis en 2005.
Précisons d’emblée que si chacun des films de cette trilogie est rudement efficace, Old Boy en est sans conteste la pièce maitresse.
Choi Min-sik, percutant pour le moins, est le Oh Dae-su de Park Chan-wook
Si Old Boy s’inscrit quelque peu dans la même lignée que Kill Bill : Volume 1, le film du réalisateur sud-coréen n’a rien à envier au travail de Tarantino. Il méritait d’ailleurs à Cannes, cette année-là, tellement plus la Palme d’Or que le très bon Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. On ne réécrit pas l’histoire.
Old Boy fait partie de ces œuvres qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Jouissif au possible, d’une grande violence – nécessaire à son scénario en béton –, clos par un final dantesque et porté par un acteur principal au sommet de son art en la personne de Choi Min-sik, qui avait déjà brillé dans le film Ivre de femmes et de peinture, le film mérite absolument les quatre étoiles que nous lui accordons !
Bienvenue en enfer !
Jean-Philippe Thiriart
Notre Minute Cinéma
N’hésitez pas à découvrir la Minute Cinéma de En Cinémascope dans laquelle nous vous proposons une présentation critique de Old Boy et de son réalisateur, ainsi que de l’expo qui célébrait, voici un peu plus de deux ans, au Cinéma Galeries, les 20 ans du film.
J.-Ph. T.
Notre interview de Park Chan-wook
Enfin, nous nous invitons à visionner notre interview de Park Chan-wook au 35e BIFFF. Non sans remercier Haetal Chung, du Centre Culturel Coréen de Bruxelles, interprète ce jour-là de Park Chan-wook !
Retour sur VALEUR SENTIMENTALE, dernier Grand Prix à Cannes, disponible sur Sooner, avec l’interview de son réalisateurhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/05/Valeur-Sentimentale.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Très grand succès dans nos salles, le film multi primé Valeur Sentimentale – entre autres Meilleur film européen aux Prix du Cinéma européen, Oscar du Meilleur film international (pour neuf nominations) et Grand Prix lors de la dernière édition du Festival de Cannes – est disponible sur Sooner.
Valeur Sentimentale parle, avec brio, des relations familiales, des traumatismes et de la reconstruction du lien. Nous avons rencontré son réalisateur, Joachim Trier.
Également coscénariste de Valeur Sentimentale, aux côtés de Eskil Vogt, et déjà auteur, notamment, de Julie (en 12 chapitres), le cinéaste dano-norvégien est entre autres revenu pour nous sur l’expérience cannoise, Festival dont la nouvelle édition – la 79e – débute aujourd’hui.
Le film est notamment interprété par le quatuor d’acteurs composé des comédiennes Renate Reinsve, Inga Ibsdotter Lilleaas et Elle Fanning, et du comédien Stellan Skårsgard, père de Bill Skårsgard, que nous avons interviewé il y a peu.
Il y en a un peu plus : je vous le mets ? Retour sur le 44e BIFFF en… 43 critiques de films !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/05/001-Luger.jpeg1024508Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
African Kung Fu Nazis 2 ★★ Sebastian Stein & Ninja Man (Ghana/Allemagne/Japon)
Deuxième film de la Z Movie Night, cette suite improbable assume totalement son délire et son absurdité. L’expérience se montre assez inégale, avec plusieurs moments plus creux où l’attention peut décrocher. Malgré cela, le film conserve une certaine efficacité dans son grand n’importe quoi permanent. Il est pleinement conscient de sa propre crétinerie et tente d’être généreux avec le spectateur. Le résultat n’est clairement pas bon sur le plan cinématographique, mais reste divertissant par instants. Le climax, totalement absurde, résume parfaitement l’esprit du projet.
Jules de Foestraets
Beast of War ★★ Kiah Roache-Turner (États-Unis)
Même si son niveau global reste franchement assez faible, ce survival mêlant requins et soldats durant la Seconde Guerre mondiale fait partie des rares films de requins de bonne facture. Les squales sont bien visibles, ce qui est toujours un bon point pour une œuvre de ce type et l’ensemble se montre efficace et plutôt généreux. Rien de transcendant toutefois, mais tous les films ne doivent pas l’être : il est parfois agréable de voir une œuvre qui cherche simplement à faire passer au public un agréable moment, en proposant un concept simple et efficace. Le film remplit honorablement son contrat et offre exactement ce que l’on attend de ce type de production.
J.d.F.
Corporate Retreat ★★ Aaron Fisher (États-Unis)
Les cadres d’une entreprise participent à une retraite de team building dans un luxueux centre de séminaire sis au milieu du désert californien. Mais le jeu auquel ils sont conviés s’avère sadique et mortel, au sens premier du terme. Aaron Fisher, jusqu’à présent plus habitué aux romances aussi bien en tant qu’acteur que réalisateur, s’est entouré pour son premier film d’horreur d’une petite galerie d’acteurs comprenant quelques vétérans, comme Rosanna Arquette (Pulp Fiction) et Alan Ruck (Speed, Star Trek : Générations, Twister), et des représentants de la nouvelle génération : Odeya Rush (Chair de poule, le film, Lady Bird), Kirby Johnson (L’Exorcisme de Hannah Grace), Sasha Lane (le Hellboy de Neil Marshall, Twisters), etc. Leurs personnages vont subir diverses atrocités, montrées avec une certaine gradation dans l’aspect horrible et graphique : cela va de l’empoisonnement à l’obligation de s’énucléer un œil à l’aide d’une cuillère dans un temps imparti très bref. Sur une durée adéquate pour ce genre de films (1h29), Fisher rythme bien son film, propose suffisamment de petits rebondissements et fait montre d’un sadisme ludique, ce qui fait que l’amateur d’horreur n’a pas le temps de s’embêter et profite avec plaisir du spectacle.
Sandy Foulon
Corporate Retreat ★★★ Aaron Fisher (États-Unis)
Film très classique dans son récit, Corporate Retreat donne à suivre un team-building qui dégénère, les employés devant survivre à des épreuves mortelles préparées par l’ancien CEO. On est clairement sur Saw qui rencontre The Office. L’originalité n’est donc pas au rendez-vous et on peut honnêtement voir venir les différents rebondissements et deviner qui va y passer. Néanmoins, le film est bien mené, d’une grande générosité et on ne s’ennuie pas une seconde. Certaines scènes d’hémoglobine sont également assez impressionnantes. L’humour est présent et fonctionne bien, apportant un vrai plus à l’ensemble. Finalement, le film donne exactement ce que l’on attend de lui et reste efficace, prouvant que les recettes les plus simples peuvent encore fonctionner. Il s’agissait d’une première mondiale et une grande partie des membres de l’équipe était venus présenter le long métrage, tous très heureux d’être là, pour un des nombreux moments marquants de cette édition du BIFFF.
J.d.F.
Deathgasm 2 ★ Jason Lei Howden (Nouvelle-Zélande)
Cette comédie horrifique peine à convaincre. Le film se veut volontairement bête et régressif mais ne parvient pas à faire rire. Si quelques références au premier volet sont évoquées, son visionnage n’est pas nécessaire pour comprendre l’histoire et vu la qualité de cette suite, cela ne donne pas envie de découvrir son aîné. Sans être une horreur totale, Deathgasm 2 reste une potacherie vulgaire qui s’oublie directement après avoir été visionnée. C’est dommage car tout n’est pas à jeter, on remarque une certaine envie de bien faire ainsi qu’une forme de générosité dans le ton, l’équipe derrière le long métrage est passionnée de musique métal et de cinéma de genre et cela se voit, mais ne suffit pas à relever l’ensemble. Le film demeure très bête et primaire dans son humour comme dans son écriture, peinant à proposer quelque chose de réellement marquant ou original.
J.d.F.
Deathstalker ★★★ Steven Kostanski (Canada)
Un film d’une générosité assez folle, comme on n’en fait plus de nos jours. Impossible de ne pas être enchanté par l’énergie débordante qui émane de celui-ci. Deathstalker rend hommage aux films d’heroic fantasy kitsch des années 80 et le fait avec un vrai sens du fun. Il s’agit d’une véritable lettre d’amour au cinéma décomplexé de ces années-là. On ne s’ennuie pas une seconde et c’est très agréable de se retrouver dans cet univers de fantasy. Les décors sont très beaux, parfois même très spectaculaires et reposent en grande partie sur des effets pratiques, ce qui renforce le charme de l’œuvre. Le second degré est bien présent, le film ne se prend pas au sérieux et parvient souvent à faire rire. Il s’agit très clairement de l’une des meilleures séances de minuit que le BIFFF ait proposées. Un très bon moment qui ne peut que nous faire attendre un Deathstalker 2 !
J.d.F.
Dolly ★★★ Rod Blackhurst (États-Unis)
Chase invite sa compagne Rachel à une randonnée dans la forêt, avec, en tête, l’idée de la demander en mariage. La nature est ressourçante, la vue, superbe, le soleil brille : le moment aurait pu être idyllique, si ce n’était la présence d’une redneck demeurée portée sur le meurtre brutal et obsédée par les poupées : elle arbore un masque de poupée en porcelaine, décore les sous-bois avec de vieilles poupées glauques et se met en tête de faire de Rachel son nouveau joujou. Tourné en 16mm, ce qui lui donne un cachet vintage appréciable, Dolly est un hommage hyper respectueux aux classiques du survival horrifique, Massacre à la tronçonneuse en tête (le personnage de Dolly, la tueuse, interprété par l’actrice et catcheuse non binaire Max the Impaler, est clairement le pendant féminin de Leatherface, jusqu’à sa carrure impressionnante). Tous les codes du genre sont là, il en est un représentant dans sa plus pure expression, sans gras, sans fioriture. Le film est généreux, brutal, gore, jouant sur l’esthétique grotesque (l’allure de l’antagoniste, les décors de la cabane) pour mettre mal à l’aise. Les spectateurs voulant de l’innovation à tout prix peuvent passer leur chemin, les puristes recherchant l’application talentueuse et enamourée des recettes éprouvées seront, quant à eux, comblés.
S.F.
Dolly ★★ Rod Blackhurst (États-Unis)
Troisième film de la Night, bien que moyen dans l’ensemble, Dolly se révèle être un divertissement sympathique, qui s’oubliera assez vite, mais qui fonctionne sur le moment. Le scénario manque d’originalité et rappelle des histoires déjà vues de nombreuses fois. Cependant, le film se montre efficace dans son exécution. Il démarre rapidement et ses séquences de violence font mal et parviennent réellement à nous prendre aux tripes. La générosité de l’œuvre lui permet de maintenir notre attention jusqu’au bout. L’atmosphère est très pesante et on est souvent sous tension car on s’attache à l’héroïne principale. L’ensemble divertit donc correctement sans chercher à faire plus et on est loin d’être face à un film d’horreur révolutionnaire.
J.d.F.
Evil Dress (El Vestido) ★★ Jacob Santana (Espagne)
En préambules, on voit une petite fille farfouiller dans un grenier, tomber sur une vieille robe d’enfant rangée dans une caisse et être happée par une force obscure. Ensuite, on passe à Alicia, maman divorcée qui emménage avec sa fille Carla dans une grande maison vétuste. Carla va trouver la fameuse robe et semblera subir l’influence grandissante d’une force surnaturelle. La mère est jouée par Belén Rueda, grande actrice espagnole (Mar adentro, L’Orphelinat, Les Yeux de Julia), mais qui semble un peu trop âgée pour ce rôle de maman d’une fillette, tandis que la vieille voisine est interprétée par Elena Irureta, actrice née au Pays basque, que l’on retrouve dans un autre film présenté cette année au BIFFF : Gaua, alias The Night pour l’international (belle actualité !) (voir critique ci-dessous). Derrière le vernis du fantastique, Santana parle de la peur de perdre son enfant, du harcèlement scolaire et des violences domestiques. Il a donc des choses intéressantes à dire et le fait via un film à l’allure soignée, mais trop classique pour réellement marquer.
S.F.
Flush ★★ Grégory Morin (France/Royaume-Unis)
Centré sur un homme se retrouvant la tête coincée dans une cuvette de WC, Flush tient étonnamment bien sur la durée. Les acteurs sont convaincants et malgré une certaine répétitivité, le rythme reste suffisamment soutenu pour maintenir l’attention. Les rebondissements sont nombreux et l’humour fonctionne la plupart du temps. Le scénario comporte néanmoins plusieurs facilités et demande une suspension d’incrédulité assez importante. Un film moyen, mais finalement plus correct qu’il n’y paraît. Étonnant qu’un long métrage se reposant sur une idée pareille parvienne à tenir relativement bien la route.
J.d.F.
The Forbidden City (La Città proibita) ★★★ Gabriele Mainetti (Italie)
Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) est de retour avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille. Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser. Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’action impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Città proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !
S.F.
The Forbidden City (La Città proibita) ★★★ Gabriele Mainetti (Italie)
L’une des grandes attentes de ce festival. L’idée de marier le film de kung-fu et le film de mafieux italien est intéressante et fonctionne plutôt bien. Les scènes d’action sont très impressionnantes et d’une intensité assez magistrale. The Forbidden City démarre en fanfare avec une séquence de combat tout simplement grandiose qui prend véritablement aux tripes. Le film atteint des sommets dans sa mise en scène lors de ses moments de bravoure. Cette introduction laissait présager un très grand film. Hélas, même si il n’est jamais ennuyeux, il ne parvient pas à maintenir cette qualité sur la durée, souffrant de baisses de rythme. Si les personnages possèdent un certain charisme, les dialogues sont souvent très longs et répétitifs. Le récit aurait gagné en fluidité si il avait été davantage resserré. L’histoire, assez classique et parfois un peu confuse dans sa construction, peine à totalement embarquer. L’ensemble reste solide et efficace, mais laisse une légère frustration.
J.d.F.
Friday the 69th ★★ Alex Montilla (États-Unis)
Premier film de la Z Movie Night, cette proposition assume pleinement son ton débile et potache. Certains passages du film se révèlent effectivement assez drôles, notamment dans sa manière de rendre hommage aux slashers des années 80 tout en les tournant en dérision. Cependant, le fait d’être conscient de sa propre bêtise ne suffit pas à en faire un bon film. L’ensemble reste une grosse potacherie très grasse, qui abuse de son concept sans vraiment se renouveler. Le film souffre également d’une durée excessive, d’au moins vingt minutes, ce qui finit par peser.
J.d.F.
Fuck My Son!★ Todd Rohal (États-Unis)
Passé en toute logique en séance de minuit, Fuck My Son!, basé sur une BD de Johnny Ryan,constitue LA sensation trash de cette 44e édition du BIFFF. Non pas que le film soit bon en soi, mais il va très loin dans le dégueulasse. Une mère et sa jeune fille se font enlever et séquestrer par une vieille dame (jouée par un acteur masculin, Robert Longstreet, vu dans Take Shelter et Doctor Sleep), dans le but de forcer cette maman à avoir des relations sexuelles avec son fils, dont aucune femme ne veut (on comprendra pourquoi quand on découvrira son aspect…). Rohal joue à fonds la carte du cinéma grindhouse avec le gimmick des deux paires de lunettes différentes à chausser selon qu’on veut une version soft ou une version dénudée de certaines scènes (élément fictif, bien entendu), les moments psychédéliques et la promotion du film basée sur son aspect sulfureux. L’unique objectif semble être de dégoûter les spectateurs, via l’apparence monstrueuse, pustuleuse et baveuse du fils, et son absence totale d’hygiène, le générique d’ouverture, les poupées cartoonesques constituées de morceaux de charcuterie douteux (de quoi faire grimacer les vegans) et la bande-son qui met en avant rots, pets et bruits spongieux. Petite précision utile : les scènes de coït ne revêtent pas un caractère pornographique (explicite non simulé), car elles sont soit en hors-champs, soit le résultat d’effets spéciaux. À propos de ceux-ci, on notera qu’ils sont le résultat du travail, entre autres, de deux spécialistes connus des amateurs de gore : Robert Kurtzman et Gabriel Bartalos. Un micro-budget à l’intérêt limité, mais qui fait le pont entre le cinéma de John Waters et celui de la Troma.
S.F.
Fuck My Son★ Todd Rohan (États-Unis)
Présenté comme le film le plus dégoûtant et extrême du festival, Fuck My Son mérite en partie cette réputation. Oui, car il se montre souvent répugnant et d’un mauvais goût assez prononcé, allant loin dans ce qu’il propose. Mais non, car l’ensemble ne se prend jamais réellement au sérieux et se révèle bien plus drôle qu’effrayant. Le réalisateur veut tellement nous faire comprendre que son œuvre est subversive qu’il ne cesse de rajouter des couches de vulgarité, jusqu’à l’overdose. On se demande vraiment l’intérêt du machin et comment on peut investir de l’argent dans un tel projet. Le film oscille ainsi entre malaise, rires jaunes et dégoût.
J.d.F.
Gibier★★★ Abel Ferry (France)
Abel Ferry, réalisateur français qui avait signé le survivalVertige en 2009, est de retour à l’horreur avec ce Gibier, dans lequel des activistes de la cause animale sont pris en chasse par le propriétaire d’un abattoir et candidat aux élections, accompagné de ses sbires, bien décidé à détruire les images compromettantes récoltées par les jeunes militants. Le scénario laisse l’occasion à chacun des deux camps antagonistes d’exposer ses arguments, ce qui donne un minimum de chair à l’ossature, et montre comment la situation va totalement déraper pour franchir allègrement le point de non-retour. Passée l’exposition où nous faisons rapidement la connaissance du petit groupe de défenseurs des animaux, la tension s’installe et ne faiblira pas jusqu’à la fin. Ferry signe donc un nouveau survival efficace, porté par des acteurs crédibles, dont notre Olivier Gourmet national en « chef » qui veut protéger ses arrières coûte que coûte, qui ne lésine pas sur les effets sanglants, que ce soit pour montrer ce qu’il se passe dans l’abattoir ou pour expliciter l’escalade de violence lors de cette traque au gibier humain. Une bonne série B horrifique française, cela fait toujours plaisir !
S.F.
Gosh!! ☆ Joe Odagiri (Japon)
Ce film japonais, diffusé qui plus est à minuit, rendant l’expérience d’autant plus épuisante, est l’un des plus mauvais films de cette édition. Le voir jusqu’à la fin fut une véritable épreuve. L’ensemble se veut décalé et complètement absurde, mais ce n’est jamais amusant. Des saynètes, toutes aussi grotesques les unes que les autres s’enchaînent jusqu’à donner la nausée. Le spectateur reste surtout affligé face au spectacle proposé. L’ensemble est un vrai désordre, totalement insensé, dans lequel il est impossible de se retrouver. Le film défile en effet devant nos yeux sans qu’on comprenne grand-chose. L’expérience devient rapidement éprouvante et l’on attend surtout que cela se termine. Reste une photographie et des décors plutôt maîtrisés, mais cela ne suffit clairement pas à sauver le film. À éviter.
J.d.F.
The Home ★★ James DeMonaco (États-Unis)
James DeMonaco, connu pour sa saga des The Purge alias American Nightmare, se lâche plus que jamais dans l’horreur avec The Home, qui place le jeune délinquant au grand cœur Max, jamais remis de la disparition de son grand frère quand il était enfant, dans un home pour une peine de travail d’intérêt général. Dans ce lieu, où il sympathise avec une des vieilles résidentes, il va se rendre compte que quelque chose d’horrible se trame. Voilà une histoire qui présente d’étranges similitudes avec celle d’American Carnage, présenté au BIFFF en 2022. Dans chacun des deux films, on trouve en effet un ou plusieurs jeunes, braves, mais considérés comme délinquants, l’implication du gouvernement, la punition consistant à travailler dans une résidence pour personnes âgées, le comportement bizarre des pensionnaires et du personnel, des expériences secrètes, la question problématique de l’âge… De quoi se poser des questions. Hormis ce bémol, The Home se révèle être un pur film d’horreur qui fait passer un bon moment à l’amateur du genre, bien rythmé, généreux en gore et en gros plans qui feront tourner de l’œil tous les trypanophobes, ou bélonéphobes, qui auraient l’idée masochiste d’y jeter un coup d’œil (l’affiche n’est pas mensongère !). Parmi les seniors, on reconnaît John Glover (Fantômes en fête, Gremlins 2 : La nouvelle génération, L’Antre de la folie), Mary Beth Peil (la série Dawson, Mirrors), Ethan Phillips (Critters, la série Star Trek : Voyager) et Jessica Hecht (Mémoire effacée, My Soul to Take).
S.F.
Imposters ★★★ Caleb Phillips (États-Unis)
Caleb Phillips, scénariste et réalisateur d’Imposters, propose ici un concept relativement original. Alors qu’un couple reçoit le voisinage pour fêter leur installation dans leur nouvelle maison, leur bébé disparaît. Personne n’a rien vu de suspect. Deux semaines plus tard, suivant les indications d’un homme qui a habité leur maison alors qu’il était enfant, la jeune maman éplorée s’enfonce dans les profondeurs d’une grotte située dans la forêt jouxtant leur demeure. Elle en ressort blessée, tenant le bébé bien vivant dans ses bras, mais affirmant ne pas se souvenir de ce qu’il s’est passé entre son entrée dans la grotte et sa sortie. Un peu plus tard, le papa, constatant que le bébé n’a plus sa tache de naissance caractéristique, commence à se demander s’il s’agit réellement de son fils… Un film qui d’abord intrigue, puis donne le vertige quand on pense aux possibilités et prolongements potentiels ouverts par le concept. Mais Philipps évite scrupuleusement de partir dans tous les sens : il canalise son énergie pour rester focalisé sur ce couple et son bébé. À noter que le rôle de la maman est tenu par Jessica Rothe, qui incarnait l’héroïne de Happy Birthdead et sa suite et qu’on avait pu voir également dans la comédie musicale La La Land.
S.F.
Incomplete Chairs ☆ Kenichi Ugana (Japon)
Mettant en scène un tueur en série construisant une chaise avec des cadavres, Incomplete Chairs n’a clairement aucun intérêt. C’est mou, inutilement violent et les personnages sont plats, en plus de ne pas être développés correctement. L’ensemble est vide, répétitif et souffre d’un manque évident de moyens, notamment au niveau des effets, très cheap. Le rythme, très mal géré, n’aide pas, rendant Incomplete Chairs particulièrement ennuyeux. L’idée de départ pouvait intriguer, mais elle est ici exploitée sans imagination. Une proposition difficile à recommander. À éviter.
J.d.F.
Karmadonna ★ Aleksandar Radivojević (Serbie)
Yelena, enceinte grâce à une insémination artificielle, reçoit un appel téléphonique de Siddharta, alias le Bouddha. Dégoûtée de sa création, la divinité, après lui avoir fait une petite démonstration de ses pouvoirs, et utilisant le bébé à venir comme moyen de pression, va la contraindre à tuer une série de salauds. Aleksandar Radivojević, scénariste de A Serbian Film, passe à la réalisation avec ce Karmadonna et a le mérite de proposer quelque chose d’original, tant par son histoire que par sa réalisation. Il n’a pas perdu son sens de la provocation (femme enceinte malmenée, désacralisation d’une grande figure de la sagesse…) et en profite pour déverser son fiel et régler ses comptes (personnalité médiatique bidon mais abusant de son statut, surenchère des réseaux sociaux, détournement cupide de figures de la spiritualité…). Cependant, le film peine à pleinement convaincre, la faute à un côté trop bavard, une progression dramatique qui piétine par moments et une réalisation qui en fait trop (certains mouvements de caméra élaborés paraissent un peu gratuits). Une satire chaotique, très noire et violente, qui aurait dû être davantage canalisée.
S.F.
Kraken★★ Pål Øie (Norvège)
Seize ans après avoir présenté son Hidden, Pål Øie était de retour au BIFFF avec Kraken, un film de monstre géant. Johanne, une biologiste marine, est envoyée dans une ferme piscicole située dans un fjord pour un contrôle. Divers phénomènes inquiétants ont lieu dans la région : les poissons deviennent fous et s’échouent sur le rivage, des morceaux d’une espèce animale inconnue générant de la bioluminescence apparaissent et, surtout, des morts, bien humains, ceux-là, sont retrouvés dans ces eaux. Pål Øie avait envie de filmer la beauté des fjords et d’exploiter la figure mythologique du kraken. Il combine ces deux éléments dans ce film, qui est d’un bon niveau. On se régale visuellement des décors naturels époustouflants, mis en valeur par la jolie photo de Sjur Aarthun, collaborateur régulier du réalisateur norvégien. Certains défauts viennent cependant un peu atténuer la réussite du film. Le déroulement de l’histoire est trop convenu, les références cinématographiques sont trop abondantes et la créature-vedette n’est pas assez mise en avant dans son intégralité (effets de flou pour les quelques plans larges et focalisation proportionnellement excessive sur des bouts de tentacules). Le positif l’emporte tout de même.
S.F.
Luger ★★★★ Bruno Martín (Espagne)
Luger constitue le meilleur film vu lors de cette édition. Thriller d’action espagnol très nerveux et d’une redoutable efficacité, Luger est une vraie pépite, qui mérite amplement les récompenses obtenues lors de ses différents passages en festivals. Le scénario n’est pas spécialement original, mais il est extrêmement bien ficelé et il est impossible de s’ennuyer, tant la tension est palpable tout le long. Les personnages débordent de charisme, le rythme prend aux tripes et l’action se montre brutale et sans concession. Le film parvient aussi à intégrer des touches d’humour qui fonctionnent très bien. Les dialogues sont brillamment écrits et fonctionnent à la perfection. Quand on sait que ce long métrage a été réalisé avec un budget très limité, cela force le respect. Luger est une magnifique réussite, maîtrisée de bout en bout et d’une générosité assez folle.
J.d.F.
The Mortuary Assistant ★ Jeremiah Kipp (États-Unis)
Ne tournons pas autour du pot : The Mortuary Assistant est un nouvel exemple d’adaptation ratée de jeu vidéo. Un rappel qu’un bon jeu vidéo ne fait pas forcément un bon film même si, comme dans le cas présent, le créateur de celui-ci est intervenu au scénario et à la production. De quoi est-il question ? D’une jeune femme qui vient d’être engagée comme assistance dans une morgue. Lors de sa première nuit passée seule sur son lieu de travail, elle va être confrontée à des cadavres qui se relèvent de leur table d’autopsie et à une possession démoniaque. La réalisation est terne au possible, Kipp ne parvient pas à rendre son personnage principal attachant, malgré le joli minois de Willa Holland (Légion : L’Armée des anges, le remake des Chiens de paille), tout est éculé, ça manque de peps, les codes du jeu vidéo retranscrits ici ne fonctionnent pas et, en lieu et place de la peur attendue, c’est un sentiment grandissant d’ennui qui gagne le spectateur à mesure que le film se déroule. Du gâchis.
S.F.
The Mortuary Assistant ☆ Jeremiah Kipp (États-Unis)
Plus mauvais film de cette édition du Festival, The Mortuary Assistant peut être qualifié de gênant, tant ses tentatives de créer de la tension échouent lamentablement les unes après les autres. Le scénario est quasiment inexistant et difficile à suivre, tandis que le rythme, très lent et mou, n’aide pas à s’impliquer dans le récit. Les procédés horrifiques sont grotesques et prêtent davantage à rire qu’à effrayer. Le film se prend beaucoup trop au sérieux. Ajoutez à cela un jeu d’acteurs tout simplement désastreux et vous comprendrez que la salle ait semblé assez consternée par le spectacle proposé. Heureusement, l’ambiance du BIFFF permet parfois de rendre l’expérience plus supportable face à ce type de proposition.
J.d.F.
The Night (Gaua) ★★★ Paul Urkijo Alijo (Espagne)
Dans le Pays basque du 17e siècle, une jeune femme, Kattalin, tente d’empoisonner son macho de mari et de fuir sa chaumière. Traversant la forêt environnante, elle est poursuivie par une inquiétante créature, puis rencontre trois vieilles femmes, qui se mettent à raconter des histoires entendues dans le village, histoires qui la concernent directement. Nous avons déjà eu l’occasion de dire tout le bien que nous pensons de Paul Urkijo Alijo (voir, notamment, notre critique de son long métrage précédent, Irati, passé par le 41e BIFFF) et son nouveau film vient encore une fois confirmer son talent. Après Errementari, et Irati, donc, il continue d’explorer le folklore basque qui lui est cher, tout en actualisant, dans ce cas-ci, le propos du grand classique Häxan, La Sorcellerie à travers les âges. Tourné essentiellement en décors naturels, Gaua nous immerge dans l’univers des contes sombres, ce que souligne le beau travail du chef opérateur Gorka Gómez Andreu. Il évoque les ravages de l’Inquisition, la condition de la femme d’alors, tout en mettant en scène créatures de la nuit, possession, paganisme, sorcellerie, sabbat et divinité cornue. La distribution, emmenée par une Yune Nogueiras convaincante (et qui semble aimer les films de sorcières puisqu’elle a joué avant cela dans Les Sorcières d’Akelarre), permet de revoir quelques vétéranes, comme Elena Irureta (voir Evil Dress) et Ane Gabarain (Mes chers voisins, 800 Balles). Amoureux de folk horror, voici un nouvel incontournable !
S.F.
Night of the Reaper ★★ Brandon Christensen (États-Unis)
Moins bon film de cette Night du BIFFF, Night of the Reaper souffre principalement d’un rythme trop lent. L’envie de créer une atmosphère pesante, qui s’installe progressivement, est louable, mais cela ne fonctionne pas et on a du mal à comprendre où le film veut nous emmener, l’ennui se faisant vite sentir. L’intrigue se veut complexe, mais elle se révèle inutilement alambiquée et difficile à suivre. La révélation finale manque aussi d’impact. L’ensemble se réveille légèrement dans sa dernière partie, où l’action se lance enfin, mais cela arrive hélas beaucoup trop tard. Tout n’est pas à jeter : la photographie est soignée, le casting est impliqué et on remarque une vraie envie de raconter une histoire forte. Dommage que le pari ne soit pas réellement réussi.
J.d.F.
Obsession ★★★★ Curry Barker (États-Unis)
Film de clôture de ce 44e BIFFF, Obsession est la plus belle surprise du Festival, juste après Luger. De très bonne facture, il nous a fait oublier le lamentable Opus de l’année dernière. Nous suivons un homme qui souhaite que la femme qu’il aime tombe amoureuse de lui. Malheureusement, la situation va vite devenir hors de contrôle. Sa bien-aimée développera en effet une obsession maladive et dangereuse envers lui. Le film traite bien son sujet et se montre original dans sa forme. Certaines séquences parviennent même à instaurer une vraie tension et à provoquer un malaise palpable. L’actrice Inde Navarrette livre une prestation particulièrement marquante. Certains passages glacent véritablement le sang. Le concept aurait pu donner quelque chose de forcé ou de ridicule, mais il n’en est rien : il s’agit d’une vraie pépite horrifique dont on se souviendra longtemps. Une belle réussite.
J.d.F.
Oddities ★★ Tyler Savage (États-Unis)
Deux amies, Rosie et McKenna, qui mènent une vie dissolue, se mettent dans un sacré pétrin : lors d’une fête, elles tuent accidentellement l’associé d’un dealer local et s’enfuient à l’aide d’une auto contenant de la drogue et une arme, bientôt suivies par une voiture de police. Mais le pire est à venir : lors d’une halte dans un magasin d’antiquités, elles tombent entre les griffes d’une vieille dame adepte d’un culte exigeant des sacrifices humains. Oddities n’est pas un grand film d’horreur, mais il est fun et bien rythmé. Et, surtout, il bénéficie de la présence de l’actrice Adrienne Barbeau (Fog, New-York 1997, Creepshow), faite Chevalière de l’Ordre du Corbeau par les organisateurs du festival lors de la présentation de la séance, qui fait montre d’une belle énergie malgré son âge, face aux plus jeunes Lilimar et Lovie Simone (The Craft : Les Nouvelles Sorcières, la suite tardive de Dangereuse Alliance), qui se débrouillent bien, par ailleurs. Un autre argument de poids, et c’est le cas de le dire, est la divinité lovecraftienne mise en scène par Tyler Savage. Le thriller du début se mue donc en horreur surnaturelle, pour un sympathique divertissement.
S.F.
Plus fort que le diable ★★★ Graham Guit (Belgique/France)
Cette comédie d’humour noir, qui a dans l’ensemble été assez mal reçue par le public, nous a pourtant semblé très sympathique. Le film propose un mélange de genres assez unique, naviguant constamment entre des moments très drôles et d’autres beaucoup plus violents et sombres. Ce contraste fonctionne très bien et donne une véritable identité à l’ensemble. On pourrait peut-être lui reprocher une excessivité lors de certains passages, comme si le réalisateur voulait constamment rappeler au spectateur que son œuvre est subversive. Cependant, ça ne gâche pas le long métrage, qui assume pleinement son délire et va au bout de ses idées sans retenue. Le casting est brillant et semble prendre un réel plaisir à jouer, ce qui renforce l’énergie du film. Une proposition marquante et efficace, bien meilleure que sa réputation le laisse entendre.
J.d.F.
Ready or Not 2: Here I Come ★★ Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (États-Unis)
Cette suite sympathique et divertissante fonctionne surtout grâce à son casting et à son humour noir toujours aussi grinçant. Samara Weaving est excellente et semble s’amuser comme une folle. On reste cependant sur une redite totale du premier, qui n’apporte pas grand-chose et recycle largement ses idées. Le petit effet de surprise n’est plus là, ce qui affaiblit l’ensemble. Le personnage de la sœur, assez inutile au récit, devient même parfois agaçant. Les interactions entre les deux héroïnes où leur passé est mentionné sont assez inintéressantes et alourdissent le rythme. Malgré ses défauts, Ready or Not 2 reste agréable et son esprit est fidèle à celui du premier opus. Si vous avez apprécié le premier volet, il y a de fortes chances que celui-ci fonctionne également pour vous. En revanche, si vous n’étiez déjà pas convaincu alors, cet épisode ne vous plaira pas davantage. En bref, ce Ready or Not 2 permet de passer un bon moment. Suite classique mais qui fonctionne bien, elle offre au spectateur exactement ce qu’il attend, sans jamais chercher à surprendre.
J.d.F.
The Red Mask ★★★ Ritesh Gupta (États-Unis)
Belle réussite pour ce slasher qui utilise le procédé de la mise en abyme. Il se montre même supérieur à certaines suites récentes de Scream, la franchise qui a véritablement initié ce concept dans le cinéma d’horreur. Le film propose une réflexion sur les communautés de fans toxiques et sur le cinéma de genre en utilisant ses propres codes, tout en jouant avec les attentes du spectateur. Même si le procédé a déjà été exploité à de nombreuses reprises, l’ensemble parvient ici à rester original et intéressant. La mise en abyme fonctionne bien et apporte une vraie dynamique au récit. Le film prouve qu’il est encore possible de renouveler ce type de proposition avec efficacité.
J.d.F.
The Restoration at Grey Manor ★ Glenn McQuaid (Irlande)
Ce film se révèle malheureusement être une grande déception. Le réalisateur avait l’ambition de réaliser une plongée psychologique dans le mental de personnages torturés, mais il s’est pris les pieds dans le tapis. Son film se veut étrange, subversif et intelligent, mais apparaît surtout poussif et d’une lourdeur assez désagréable. Les personnages sont tous plus détestables les uns que les autres et les messages que le film tente de faire passer sont délivrés sans aucune subtilité. Si la rivalité entre les différents protagonistes est amusante au début, elle finit par lasser. Quelques idées sont sympathiques sur le papier, mais elles sont rapidement gâchées par un mauvais rythme et par la prétention qui émane de l’œuvre. L’ensemble donne une impression de film qui se regarde le nombril en laissant les spectateurs sur le bord de la route. Une proposition très laborieuse.
J.d.F.
Saccharine ★★★ Natalie Erika James (Australie)
Après Relic et L’Appartement 7A (préquelle de Rosemary’s Baby), l’australo-américaine Natalie Erika James persévère dans le genre avec ce Saccharine (qu’elle a scénarisé, produit et réalisé) qui se centre sur Hana, étudiante en médecine obsédée par l’idée de perdre du poids. La jeune femme se rend compte que les cendres de cadavres humains détiennent d’étonnantes propriétés amincissantes et s’empresse de les tester sur elle. Mais le fantôme de la femme obèse dont elle réduit des morceaux de corps en cendres va lui poser des problèmes. Dit comme ça, on peut penser au point de départ d’une comédie horrifique, mais ce n’est pas le cas : le ton de Saccharine est sérieux. Le film est porté par une Midori Francis (Grey’s Anatomy) investie, épaulée par Madeleine Madden (le film familial Dora et la cité perdue) et Danielle Macdonald (Skin). La réalisatrice compose des plans marquants, oscillant entre le dégoûtant (les tout gros plans sur la nourriture ingérée de manière maladive et ceux révélant l’intérieur des corps) et le surréalisme (les plans du corps féminin nu exposant ses organes dans une pose alliant Eros et Thanatos, reproduisant un tableau exposé). Un bon représentant de cette petite vague actuelle d’horreur féminine questionnant le corps et l’obsession de l’apparence physique dont l’un des sommets est The Substance, qui avait une trame comparable (obsession de la beauté physique, traitement miracle, conséquences horribles).
Le Sifflet (Whistle) ★★★ Corin Hardy (Canada/Irlande)
Nouveau film du réalisateur de La Nonne, Le Sifflet s’inscrit de plain-pied dans l’horreur adolescente, qu’il illustre avec savoir-faire. Un groupe de lycéens découvre un artefact maudit, un sifflet en forme de crâne, datant de la civilisation aztèque. Une des filles de la petite bande ne peut s’empêcher de souffler dedans en présence des autres. Cet acte apparemment anodin va avoir des conséquences mortelles. Scénarisée par le romancier, scénariste et réalisateur Owen Egerton (son sympathique Blood Fest, projeté au BIFFF en 2019, exploitait déjà l’univers des attractions foraines horrifiques qu’on retrouve dans l’une des séquences marquantes du présent film), d’après une de ses propres nouvelles, cette coproduction canado-irlandaise apparaît comme un mélange entre La Main et les Destination finale. Un univers bien balisé, certes, mais Hardy soigne les aspects visuels (cocorico : le directeur de la photographie, Björn Charpentier, est belge), avec quelques beaux décors (la maison de la veuve remplie d’antiquités, le parc forain et, surtout, son grand labyrinthe construit avec des ballots de paille), et sonores, met en scènes des morts impressionnantes et deux histoires d’amour, l’une naissante, l’autre impossible, qui apportent une petite touche de sensibilité. Cerise sur le gâteau : la présence du toujours sympathique Nick Frost, dont le nom du personnage (Mr. Craven) constitue un clin d’œil qui n’échappera pas aux fans. Un petit regret : que la mythologie du sifflet ne soit pas plus exploitée. Quoi qu’il en soit, voilà un film avec un bon potentiel commercial (y aura-t-il des suites ?).
S.F.
Le Sifflet (Whistle) ★★★ Corin Hardy (Canada/Irlande)
Ce petit film d’horreur n’a, certes, rien d’innovant : il s’agit d’un pur produit de studio qui n’a aucunement la prétention de révolutionner le genre. Il puise clairement ses inspirations dans des sagas populaires. On pense notamment à Destination finale et, dans une moindre mesure, à Smile. Malgré cela, l’ensemble reste très sympathique. Le film est rythmé, efficace et souvent drôle. Sa grande force réside dans ses mises à mort, certaines étant franchement inventives et particulièrement jouissives. Sans être un chef-d’œuvre, le film offre au spectateur un moment très plaisant et remplit parfaitement son rôle de divertissement. Le public endiablé a contribué à faire de cette séance une expérience marquante.
J.d.F.
Sister ★★ Sung-moon Jin (Corée du Sud)
Remake coréen du britannique La Disparition d’Alice Creed, Sister met en scène trois personnages : deux ravisseurs, Hae-ran (Ji-so Jung, vue dans Parasite et The Cursed: Dead Man’s Prey) et Tae-su (Soo-hyuk Lee) et la femme qu’ils ont kidnappée, So-jin (Joo-young Cha), fille d’un homme très riche auquel les deux complices comptent demander une rançon. Un plan simple de prime abord, mais qui va se compliquer en cours de route. Il s’agit du premier film de Sung-moon Jin, qui a tenu à changer le sexe d’un des kidnappeurs par rapport au film original afin d’obtenir une dynamique différente entre les personnages. De deux hommes, on passe ainsi à un homme et une femme. On obtient un thriller qui se laisse suivre sans ennui, mais qui ne se hisse pas au niveau de son modèle et ne possède pas non plus l’intensité qu’on trouve souvent dans les grands films du genre provenant de ce pays. Il faut dire que son ambition est d’emblée plus modeste que ces derniers, avec un parti pris minimaliste : nombre ultra restreint de personnages, peu de lieux de tournage différents, action quasiment tout le temps en huis-clos et durée de l’histoire elle aussi limitée. C’était déjà le cas pour sa source d’inspiration, mais l’effet de surprise jouait forcément plus et c’était géré de manière plus efficace. Rien de déshonorant, mais rien de marquant non plus.
S.F.
Sisu : Le Chemin de la vengeance (Sisu 2) ★★ Jalmari Helander (Finlande/Royaume-Uni/États-Unis)
Suite au succès du premier Sisu, qui avait déjà été projeté au BIFFF, de même que Père Noël Origines et Big Game, du même réalisateur, ce deuxième opus a débarqué avec fracas au Palais 10. On continue d’y suivre le trajet d’Aatami Korpi qui, en 1946, retrouve sa maison, dans laquelle sa famille s’était fait massacrer, et la démonte dans le but de la reconstruire dans une zone plus sûre, non contrôlée par l’Union Soviétique. Une volonté de nouveau départ qui sera contrariée par Igor Draganov, l’homme qui a exterminé sa famille, bien décidé à l’anéantir. Helander signe un road movie à l’action pétaradante au parfum de Mad Max : Fury Road, avec un héros mutique, implacable, se relevant toujours des innombrables blessures qui lui sont infligées, tel un Terminator humain, et des plans gores bien sentis. La distribution offre une belle confrontation de trognes, entre Jorma Tommila, Stephen Lang (les Avatar) et Richard Brake (Kingsman : Services secrets, plusieurs films de Rob Zombie, dont 31) en officier du KGB (ce qui constitue un anachronisme, au passage). Un pur plaisir de festival, régressif et électrisant, qui offre à ses spectateurs précisément ce qu’ils étaient venus voir.
S.F.
Sleep No More ★★★ Edwin (Indonésie)
Projeté lors de la dernière séance du BIFFF, ce film indonésien repose sur un concept intéressant : celui d’employés se faisant posséder par un démon par manque de sommeil. Le film aborde en filigrane les conditions de travail dans le pays. Le début est assez lent et le style particulier peut dérouter mais une fois lancé, le film se révèle plutôt surprenant et efficace, bénéficiant d’effets spéciaux et de maquillages magnifiquement réalisés. L’ensemble ne donne pas forcément envie d’être revu, mais il n’en reste pas moins une découverte intéressante, constituant une conclusion solide pour le Festival.
J.d.F.
Sword of Vengeance (Volja sinovljeva) ★★★ Nemanja Ćeranić (Serbie)
Sword of Vengeance a connu une production compliquée. Débutée en 2017, stoppée par manque de fonds, reprise quelques années plus tard, mais pas aidée par la pandémie de COVID-19, envisagée aussi en tant que mini-série, elle a fait l’objet d’une première sortie en 2024 sous le titre international de Son’s Will, pour un résultat d’une durée jugée excessive, avant d’être retravaillée pour en arriver à la présente version. Inspiré d’un poème épique serbe transposé dans un futur post-nucléaire, le film de Nemanja Ćeranić met en scène un musicien, accompagné de son fils, qui chante, pour une petite assemblée réunie dans une taverne, les exploits du héros Jolan. Dans un monde dévasté par une énième guerre mondiale et les pluies acides, les survivants se sont organisés en différents clans dominés par le Maître de la Cité, qui règne de manière tyrannique. Jolan, dont le clan a été massacré, se met en quête de sa sœur, qui vit désormais dans la Cité. Malgré les remaniements dont il a fait l’objet, Sword of Vengeance apparaît toujours comme étant trop long et souffre de scènes redondantes. Il reste néanmoins un bon post-apo, ambitieux et manifestement pionnier pour le cinéma serbe. Il combine références occidentales et tradition du sabreur japonais, un peu comme si Mad Max devenait un expert du katana. Espérons qu’il fasse des émules !
S.F.
The Toxic Avenger ★★★ Macon Blair (États-Unis)
Premier film de la fameuse Night du BIFFF, cette nouvelle interprétation d’un classique de la comédie d’horreur de la mythique société de production Troma se révèle plutôt sympathique. D’une générosité réjouissante, en plus d’être drôle et riche en excès gore, le film transpire d’un vrai amour pour les années 80. Il ne faut pas avoir vu l’original pour comprendre que cette version est très fidèle à son esprit et cherche à lui rendre hommage. On sent toute la bonne volonté de l’équipe derrière le film et cela fait plaisir de voir un remake aussi respectueux du matériau d’origine. Le casting est solide : on retrouve notamment Peter Dinklage dans le rôle-titre et Kevin Bacon dans la peau du méchant, tous deux parfaits. Malgré tout, un léger sentiment de manque subsiste, difficile à expliquer, qui empêche d’en faire une réelle pépite. Peut-être aurions-nous voulu en voir encore plus. Cela reste néanmoins une réussite globale. Espérons qu’une suite, encore plus folle, voit le jour.
J.d.F.
Vieja loca ★★ Martín Mauregui (Argentine)
Film d’horreur basé sur une idée plutôt intéressante autour de la démence et de ses dérives, Vieja loca nous invite à suivre une vieille femme rendue folle et dangereuse après des années d’abus subis de la part de son mari. Le thème des violences conjugales est pertinent et parfois bien traité, apportant une certaine gravité au récit. L’actrice principale s’en sort très bien et donne de la crédibilité à son personnage. Le principal problème vient des personnages secondaires, peu attachants, qui empêchent de vraiment s’investir émotionnellement. Nous sommes, par exemple, supposés nous inquiéter pour la victime, torturée par la vieille dame, et avoir de l’empathie pour elle mais ce n’est pas le cas. Le final reste néanmoins assez réussi et marquant. Dommage, car le film avait un vrai potentiel. Il reste, finalement, simplement correct.
J.d.F.
We Bury the Dead ★★ Zak Hilditch (Australie/États-Unis)
Les États-Unis ayant déclenché par erreur une arme de destruction massive révolutionnaire, la population de la Tasmanie a été éradiquée. Certains de ses morts reviennent cependant à un semblant de vie. Ava fait partie des civils volontaires qui aident l’armée à enterrer les cadavres et à signaler la présence des « ressuscités », qui s’avèrent plus agressifs que prévu. Sa motivation : elle sait que son mari se trouvait pour raisons professionnelles dans un hôtel de l’île lorsque la catastrophe est survenue. Zak Hilditch, dont on se souvient pour son Final Hours (BIFFF 2015), tente une approche du film de zombies qui ne fasse pas trop « vu et revu ». Le ton choisi est sérieux, le metteur en scène se focalisant sur les aspects psychologiques et dramatiques, sans pour autant faire totalement l’impasse sur les aspects plus physiques (attaques isolées de morts-vivants, maquillages, effets spéciaux). Daisy Ridley, bien connue pour son personnage de Rey dans la troisième trilogie des Star Wars, incarne avec détermination la protagoniste Ava. Sa quête insensée de son époux constitue le cœur du film, qui relègue les zombies au second plan, ce qui peut générer quelques frustrations. En somme : pas mal, mais manquant de mordant.
Le 44e BIFFF est mort, vive le BIFFF ! Retour sur le palmarès et critiques de films priméshttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/01-2.jpg18001200Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Le 44e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) s’est clôturé le samedi 18 avril au Palais 10 du Heysel avec l’annonce du palmarès, suivie de la projection de Obsession, pépite horrifique réalisée par Curry Barker, dont nous vous proposerons la critique dans notre prochain article. La soirée s’est ensuite poursuivie avec le traditionnel Bal des Vampires.
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Accueillant plus de 60 000 spectateurs, soit une hausse de près de 30%, le BIFFF a, une nouvelle fois, mis à l’honneur une série d’œuvres audacieuses et innovantes du cinéma de genre, venant confirmer, une fois de plus, la richesse et la diversité du cinéma fantastique, mettant en lumière des talents émergents comme confirmés.
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Le palmarès
Longs métrages
Compétition internationale
Golden Raven (Corbeau d’Or) : Never After Dark de Dave Boyle Silver Ravens (Corbeaux d’Argent) : Tristes Tropiques de Hoon-jung Park (voir critique ci-dessous) et Nirvanna The Band The Show The Movie de Matt Johnson
Compétition européenne
Silver Melies (Méliès d’Argent) : Nightborn de Hanna Bergholm Mention spéciale : Pinocchio Unstrung de Rhys-Frake Waterfield
Compétition Black Raven (Corbeau Noir – Compétition Thrillers)
Black Raven : Sicko (voir critique ci-dessous) de Aitore Zholdaskali Mention spéciale : Zhazha de Darkhan Tulegenov
Compétition Emerging Raven (Corbeau Émergeant – Compétition Premiers et deuxièmes films)
Compétition White Raven (Corbeau Blanc – Compétition présentant des films qualifiables de « singuliers »)
White Raven : You Are the Film de Makoto Ueda Mention spéciale :Yesterday Island de Sam Voutas (voir critique ci-dessous)
Prix de la Critique
Yesterday Island
Le Jury de la critique, composé de Francis De Laveleye, Jessica Matthys et Geoffrey Claustriaux, aux côtés de Jonathan Lenaerts, Communication manager et Film manager du Festival Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Prix du Public
You Are the Film
Courts métages internationaux
The Quinta’s Ghost (El Fantasma de la Quinta) de James A. Castillo
Courts métrages européens
Méliès d’Argent : Bait (Señuelo) de Marta G. Ayerbe
Courts métrages belges
Grand Prix et Prix du Jury jeunesse : Drosera de Maud Carpentier et Boris Tilquin
Mention spéciale du Jury : Once in a Full Moon de la Bande James Bond
Mention spéciale du Jury jeunesse : Home Sweet Home de Émilie Devetter et Nicola Florin
Prix BeTV : Les Immaculés de Émilie Devetter et Baptiste Pelletier
Prix du Jury Cinergie : La Rivière des Ourses de Anaïs Mauzat
Jean-Philippe Thiriart
Nos critiques de films primés
Mārama ★★ Taratoa Stappard (Nouvelle-Zélande)
S’il possède de vraies qualités, ce film ne parvient pas à complètement convaincre. On ne peut pourtant pas lui retirer sa bonne volonté et son envie de traiter un sujet fort. L’actrice principale livre une prestation sensationnelle, portant le film avec intensité. Le récit suit, au 19e siècle, une femme d’origine maorie enquêtant sur son passé, dans une quête de vengeance personnelle. La photographie est belle et soignée, mettant bien en valeur les décors naturels. Cependant, le rythme se révèle très lent, parfois mou, et peine à maintenir l’attention sur la durée. Mārama ne dépasse pas l’heure et demie et parvient tout de même à ennuyer, ne décollant véritablement que dans sa dernière partie. L’ensemble n’est donc pas mauvais mais reste loin d’être extraordinaire.
Jules de Foestraets
Mum, I’m Alien Pregnant ★★ Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)
Cette comédie trash est basée sur le court métrage Help, I’m Alien Pregnant, du même duo de réalisateurs. Mary, une jeune femme qui habite toujours chez sa mère, apprend que le fils d’une de ses voisines possède un pénis extraterrestre, ce qui l’émoustille fortement car son grand fantasme, ce sont les hentai remplis de tentacules phalliques. Après avoir croisé le timide jeune homme dans la buanderie collective, elle se retrouve accidentellement enceinte (on vous passe les détails…). Elle va tout faire pour avorter de ce bébé non désiré, mais la petite créature qui croît à un rythme anormal dans son ventre va s’accrocher à la vie. Avec cette mère loufoque qui ne laisse aucune intimité à sa fille, cette autre maman n’assumant pas avoir eu des relations sexuelles avec un être venu d’ailleurs et ces deux « Tanguy », les THUNDERLIPS dressent une petite galerie de personnages décalés. Au-delà de l’humour, il y est question de la notion de consentement, de la volonté ou non d’être parent et du devoir d’assumer pleinement son rôle de père. Les effets spéciaux, qui participent grandement au charme du film, font la part belle aux déformations du corps, aux organes génitaux « autres » (soulignés par maints gros plans) et aux effets qu’ils ont sur leur environnement direct. Mention spéciale au cocon, repris sur l’affiche du film. Un nouvel exemple réussi de body horror.
Sandy Foulon
Mum, I’m Alien Pregnant ★★★ Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)
Mum, I’m Alien Pregnant est un très sympathique petit film, qui montre encore une fois la folle inventivité du cinéma néo-zélandais. C’est fun, les personnages sont très drôles et les situations souvent génialement absurdes. Tout est dans le titre et le film offre exactement ce que l’on est venu chercher. Les acteurs s’en donnent à cœur joie et semblent prendre un vrai plaisir à jouer, ce qui se ressent à l’écran. Ce n’est toutefois pas parfait. Le film est issu d’un court métrage et cela se ressent dans sa structure parfois répétitive. Mais ne boudons pas notre plaisir : il s’agit d’une œuvre originale et truffée de séquences très drôles. Le récit ne tombe jamais dans la vulgarité outrancière alors qu’il aurait pu facilement céder à ce piège. L’ensemble se révèle donc très divertissant et permet de passer un excellent moment.
J.d.F.
Pinocchio: Unstrung ★ Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)
Faisant partie d’un phénomène culturel plus large (cinéma, littérature, illustration, etc.) consistant à explorer la face sombre des personnages de contes et de dessins animés dont les droits sont tombés dans le domaine public, le cinéma d’exploitation a récemment trouvé un nouveau créneau avec cette multiplication de versions horrifiques à bas prix des personnages-clés ayant bercé notre enfance : Steamboat Willie: Blood on the Water, The Dark Domain: Mickey-vs-Winnie, Popeye the Slayer Man, etc. La société de production britannique Jagged Edge Productions est l’une des pourvoyeuses de cette vague de films avec son concept du Twisted Childhood Universe (ou Poohniverse), qui a débuté avec Winnie-the-Pooh: Blood and Honey, s’est prolongé avec la suite de celui-ci ainsi que Bambi: La Vengeance et Le Cauchemar de Peter Pan, et s’apprête à prendre de l’ampleur avec de nombreux projets annoncés, tels que Poohniverse: Monsters Assemble, Awakening Sleeping Beauty ou Snow White Returns. Pinocchio: Unstrung prend place dans cet univers mis en place par Rhys Frake-Waterfield et son associé Scott Chambers. Suite au décès d’un ami de son petit-fils James, Geppetto fabrique un pantin en bois doué de vie afin que James ait un ami qui ne soit plus soumis aux contingences de la mortalité. Pinocchio, mal conseillé par la fée et Jiminy Cricket, désirant être un garçon de chair et de sang et faisant de l’excès de zèle dans sa volonté de défendre James, va se mettre à tuer différentes personnes que croise son ami humain. La formule est déjà bien rodée : une introduction en animation, un personnage traditionnellement gentil qui, pour une raison X ou Y, commet un massacre, un univers sombre, du gore, une petite touche sexy… Tout est basique, on est dans l’antithèse de l’elevated horror. Ce qui sauve essentiellement ce Pinocchio, c’est sa générosité dans le gore et sa volonté manifeste de s’appuyer pour une bonne part sur des effets spéciaux pratiques. Un autre atout réside dans son cast, car Frake-Waterfield a réussi à obtenir Richard Brake (voir Sisu : Le Chemin de la vengeance) dans le rôle de Geppetto et Robert Englund pour la voix de Jiminy Cricket. Pas encore un vrai bon film, mais on note une amélioration par rapport à Winnie-the-Pooh: Blood and Honey.
S.F.
Pinocchio: Unstrung ★★★ Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)
Dans la lignée des adaptations horrifiques de classiques tombés dans le domaine public, ce Pinocchio s’inscrit dans le fameux « Poohniverse ». Si les premiers essais étaient très médiocres, une nette progression se fait sentir. Se révélant étonnamment très sympathique, ce film est sans doute, jusqu’à présent, le meilleur de cet univers étendu. L’ensemble est drôle, très violent et particulièrement cruel. Les séquences d’hémoglobine sont d’une inventivité folle et vont très loin dans l’exagération. Les dialogues avec la version maléfique de Jiminy Cricket, doublé par le génial Robert Englund (l’interprète de Freddy Krueger dans Les Griffes de la nuit) sont particulièrement savoureux. Ce Pinocchio version horreur assume pleinement son côté ridicule et multiplie les idées absurdes avec une grande générosité. Les effets, notamment les animatroniques, sont, en outre, de très bonne qualité. Une proposition imparfaite mais vraiment divertissante.
J.d.F.
Sicko ★★ Aitore Zholdaskali (Kazakhstan)
Sicko nous invite à suivre un couple simulant un cancer pour obtenir des dons. Il démarre très bien, avec un traitement intelligent du thème de la corruption et une descente aux enfers d’une intensité marquante. Cependant, le film bascule progressivement dans une brutalité bien trop excessive et parfois de très mauvais goût. Les violences faites aux femmes apparaissent gratuites et ressemblent plus à du voyeurisme qu’à autre chose. Le réalisateur a l’air de prendre beaucoup de plaisir à nous montrer les sévices subit par l’épouse. Sous couvert de dénonciation, l’ensemble tombe dans une forme de complaisance très dérangeante et même inappropriée. Le propos perd ainsi en impact alors qu’il aurait pu être traité de manière bien plus subtile. C’est dommage car cette thématique aurait mérité mieux.
J.d.F.
Tristes Tropiques ★★ Hoon-jung Park (Corée du Sud)
Hoon-jung Park, scénariste de J’ai rencontré le diable, qui a aussi écrit et réalisé New World, met en scène un gang d’assassins surentraînés depuis leur enfance qui, à l’annonce de la mort de leur maître, se déchirent et tombent également sous les coups d’autres organisations criminelles. Le personnage principal est un jeune sourd-muet aux airs de benêt qui a un don : il entend des sons quelques secondes avant que ceux-ci ne se produisent, ce qui lui permet notamment d’anticiper bien des dangers. Les relations tissées entre les personnages sont intéressantes, parfois touchantes. Avec ses dialogues envahissants par moments et ses flash-backs, des longueurs se font ressentir. Ajoutés à cela, les ralentis utilisés à certains moments donnent franchement mal aux yeux. Heureusement, Tristes Tropiques compense cela, du moins partiellement, par de bonnes scènes d’action, bien filmées, violentes, voire généreusement sanglantes. Pour l’anecdote, « Tristes Tropiques », qui est le nom du gang principal, dont les membres ont été entraînés dans la forêt tropicale, est un clin d’œil au livre homonyme de Claude Lévi-Strauss.
S.F.
Yesterday Island ★★★ Sam Voutas (Australie)
Pour être honnête, nous nous attendions à un film ennuyeux et poussif et cela n’a pas été le cas. Ce film, qui nous restera en tête pendant longtemps, constitue une très bonne surprise. Encore une fois, nous avons affaire à un cinéaste qui parvient à faire des prouesses avec un très petit budget. Le film exploite le thème de la boucle temporelle, idée déjà exploitée de nombreuses fois dans le septième art, mais abordée ici avec ingéniosité et intelligence. Le récit fonctionne bien et parvient à maintenir l’intérêt en jouant avec les variations de son concept. On en vient facilement à se demander ce que l’on aurait fait à la place des personnages. On reste toujours au même endroit et, pourtant, on ne s’ennuie jamais. Sam Voutas exploite très bien cet environnement énigmatique et lui donne vie grâce à des décors très soignés. Très agréable surprise, cette proposition simple mais efficace et intelligente est à découvrir !
Rencontre avec Bill Skarsgård pour la sortie de DEAD MAN’S WIRE, de Gus Van Santhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/01-1.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
À l’occasion de la sortie en salles belges et françaises, ce mercredi 15 avril, de Dead Man’s Wire (La Corde au cou), le nouveau long métrage du réalisateur américain Gus Van Sant, nous vous proposons de découvrir notre rencontre avec son comédien principal : Bill Skarsgård.
Face à la caméra de Gus Van Sant, figure incontournable du cinéma contemporain, Bill Skarsgård poursuit un parcours d’une rare intensité, lui qui est devenu un des visages les plus marquants de sa génération. En témoigne, notamment, son interprétation mémorable du clown Pennywise en 2017 dans It (Ça) et, deux ans plus tard, dans It: Chapter Two (Ça : Chapitre 2), adaptations du roman éponyme de Stephen King. Rien d’étonnant que ce rôle lui ait à nouveau été confié dans la série It: Welcome to Derry (Ça : Bienvenue à Derry)(2025), sa performance habitée, pour le moins troublante, ayant marqué nombre de spectateurs.
Dans l’interview vidéo que nous vous proposons aujourd’hui (en anglais, sous-titrée en français), le comédien revient sur son travail dans Dead Man’s Wire, sa collaboration avec Gus Van Sant, sa manière d’aborder ses personnages, et le souvenir qu’il garde du tournage du film.
Fantastique, le 44e BIFFF démarre aujourd’hui !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/BIFFF-2026.jpg900500Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
De ce vendredi 3 au samedi 18 avril, le Palais 10 du Heysel redevient l’épicentre d’un cinéma qui ne rentre dans aucune case. La 44e édition du Brussels International Fantastic Film Festival – le BIFFF pour les initiés, les fidèles, les convertis et les damnés – promet, une fois encore, de transformer Bruxelles en capitale mondiale du cinéma de genre. Avec, cette année, une véritable célébration du cycle de la vie… version fantastique !
Plus qu’un festival, une expérience
Le BIFFF, ce n’est pas qu’une programmation. C’est une expérience collective. Depuis 1983, le BIFFF cultive une identité unique : celle d’un cinéma vécu en salle, dans le bruit, les rires, les cris, les applaudissements… voire les hurlements à la lune. Ici, le public ne consomme pas un film, il le traverse.
Mais cette exubérance n’exclut pas l’engagement. Le festival rappelle avec force son code de conduite : inclusivité, respect, refus de toute discrimination. Une évidence aujourd’hui, mais aussi un positionnement essentiel dans un événement qui revendique une communauté ouverte, libre et profondément humaine. Le fantastique comme refuge, mais aussi comme miroir.
Une ouverture sous haute tension, une clôture… sous obsession !
Le coup d’envoi sera donné ce soir avec Ready or Not 2: Here I Come, suite musclée et attendue de Ready or Not, sorti en 2019. Un choix qui annonce clairement la couleur : spectaculaire, irrévérencieux, et totalement assumé.
En clôture, le 18 avril, Obsession, avec une promesse différente : celle d’un cinéma plus retors, plus insidieux, où l’horreur se niche dans les émotions et les désirs. Entre humour noir et tension psychologique, le film s’annonce comme un parfait résumé de ce que le cinéma de genre peut offrir de plus fin.
Entre ces deux pôles, une évidence : le BIFFF pense sa programmation comme un parcours.
Une programmation tentaculaire
Chaque année, le BIFFF aligne environ 75 longs métrages et 60 courts. 2026 ne déroge pas à la règle. Et surtout, il continue de défendre une diversité rare.
Compétition internationale, européenne, Black Raven, White Raven, Emerging Raven, Critics Award… autant de sections qui ne sont pas de simples catégories, mais de véritables identités éditoriales. Ici, on ne classe pas les films, on les confronte.
La compétition internationale, cœur du festival, rassemble des œuvres venues du monde entier, capables de décrocher le Golden Raven. À ses côtés, la compétition européenne, en partenariat avec la Méliès International Festivals Federation, continue de mettre en lumière un cinéma de genre européen en pleine effervescence.
Mais ce qui fait la singularité du BIFFF, ce sont aussi ses marges. Le Black Raven, plus sombre, plus radical. Le White Raven, laboratoire d’expérimentations. L’Emerging Raven, terrain de jeu des nouveaux talents. Et enfin, le Critics Award, où la critique belge vient trancher sans concession. Un équilibre rare entre découverte, exigence et plaisir pur.
Des films, mais aussi des nuits
Impossible d’évoquer le BIFFF sans parler de ses événements parallèles. La mythique Z Movie Night, véritable marathon de séries B décomplexées. The Night, où quatre films s’enchaînent jusqu’au petit matin. Les Little Night et Silent Screenings, qui proposent d’autres formes d’expériences.
Le BIFFF, c’est aussi ça : un festival qui déborde de son cadre pour devenir un terrain de jeu. Ajoutez à cela les concours (make-up, art, PIX Hell), les soirées thématiques, le Bal des Vampires ou encore les projections familiales, et vous obtenez un événement total. Un festival qui refuse de choisir entre cinéma et fête.
Le fantastique comme art total
Autre force du BIFFF : son ouverture aux autres disciplines. Les expositions en sont la preuve éclatante.
Massimo Mohy transforme des déchets métalliques en créatures fantastiques. Fullas déconstruit et recompose la matière avec une énergie quasi punk. C.F. Watt mélange pin-ups et monstruosités dans un univers aussi séduisant que dérangeant.
Le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il met en scène l’imaginaire.
Des invités, des légendes… et des rencontres
Chaque édition est aussi l’occasion de croiser celles et ceux qui font le cinéma de genre. Réalisateurs, acteurs, producteurs, scénaristes… Le festival multiplie les rencontres, les Q&A et les séances de dédicaces.
Mais au-delà des têtes d’affiche, ce qui frappe, c’est la diversité des profils. Du cinéaste indépendant au monteur expérimenté, de la jeune réalisatrice émergente à l’actrice internationale, le BIFFF crée un dialogue constant entre générations et pratiques.
Sans oublier les nouvelles chevaleresses de l’Ordre du Corbeau, distinction emblématique du festival, qui cette année met à l’honneur Adrienne Barbeau et Asia Argento.
L’an dernier, c’est Danny Boyle qui était venu donner une masterclass au BIFFF Crédit photo: En Cinémascope – Vincent Melebeck
Un festival toujours vivant
Ce qui impressionne aussi, c’est la vitalité du BIFFF. À 44 ans, le festival ne se repose sur aucun acquis. Il continue d’évoluer, d’explorer, de provoquer.
Dans un paysage cinématographique souvent formaté, il reste un espace de liberté. Un lieu où le cinéma peut encore surprendre, déranger, faire rire ou choquer.
Retour, en bilan et en vidéo, sur les Premiers René du Cinéma, en salles jusqu’au 8 avril avec La Quadrature du Cercle, et sur Soonerhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/001.jpg18001025Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Avec, à la présentation, Charline Vanhoenacker, pour qui le cinéma est « à la fois un refuge et une évasion », la première Cérémonie des René du Cinéma, qui aura duré près de 3h20, a vu décernés, sur la scène du Studio 4 de Flagey et au sein du chapiteau érigé non loin, pas moins de vingt-sept prix, soit autant de trophées, œuvres du plasticien belge Vincent Solheid. Avec cinq nouvelles récompenses : deux remises par les membres de l’Académie André Delvaux – Meilleurs acteur et actrice dans une série – et trois décernées par le public : Meilleur film, Meilleure série, et Coup de cœur, un acteur ou une actrice présent·e dans un film ou une série étant ici mis·e en avant. Nous vous faisons revivre, aujourd’hui, la cérémonie et son black carpet… comme si vous y étiez !
Grand gagnant de la soirée, On vous croit, réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, remporte pas moins de huit récompenses. Suivent ensuite les films Reflet dans un diamant mort, avec quatre prix pour cinq nominations, et les films Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, Aimer perdre (deux trophées pour trois nominations : ceux des Meilleurs espoirs féminin et masculin, pour María Cavalier-Bazan et Maxi Delmelle) et la série Pandore, avec deux récompenses attribuées à chacune de ces œuvres.
Nominé à huit reprises, le film Kika de Alexe Poukine remporte quand même le René du Meilleur premier film, Maldoror de Fabrice du Welz, nominé, lui, six fois, quittant Flagey avec le René de la Meilleure musique originale pour la partition de Vincent Cahay.
Jeunes mères et L’intérêt d’Adam sont, quant à eux, les oubliés de ces premiers René, alors qu’ils étaient pourtant nominés, respectivement, à sept et six reprises.
On vous croit
Le coréalisateur du film, Arnaud Dufeys, venu recevoir seul le René du Meilleur scénario original ou adaptation, Charlotte Devillers n’ayant pu être présente, a salué l’initiative « assez unique » du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’est l’aide aux longs métrages réalisés dans des conditions de production légères, qui a donné à la production de On vous croit « une force et un sentiment d’urgence qui a nourri le film ».
La comédienne française Vimala Pons, lauréate cette année du César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans L’attachement de Carine Tardieu, pour qui « tourner en Belgique a été jubilatoire », a repris les paroles de Simone Weil, selon laquelle « l’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». Elle a ensuite remis le René de la Meilleure actrice, un prix qui, à ses yeux, « vient célébrer une qualité très rare : l’attention aux autres », à Myriem Akheddiou, qui n’a pas manqué de remercier ses réalisateur et réalisatrice « pour ce cadeau de rôle » dans un film au sein duquel « le jeu, les acteurs ont été mis au centre ». Non sans ajouter que « une société qui tolère l’abandon d’une partie de ses membres fabrique elle-même son propre enfer ». Myriem Akheddiou a également été élue « Coup de cœur du public », remerciant ce dernier, dont « la sympathie et l’enthousiasme la touchent », ajoutant ensuite que « le kif le plus dingue pour un acteur, c’est pouvoir se transformer et changer de registre ».
Se déclarant « absolument dingue du cinéma belge », aimant « son mélange de poésie et de violence », la comédienne française Michèle Laroque a remis le René de la Meilleure réalisation à Arnaud Dufeys. Déclarant avoir été « très bien entouré » sur On vous croit par des personnes pour lesquelles il s’agissait souvent, du premier long métrage de fiction, il a ajouté qu’il rêvait de tourner avec Myriem Akheddiou depuis qu’il l’avait découverte dans Le Jeune Ahmed des frères Dardenne et que c’était « fascinant de la voir pendant le tournage derrière le combo ».
Aussi lauréat, par ailleurs, des René du Meilleur film du public, du Meilleur montage pour Nicolas Bier, ainsi que du Meilleur acteur dans un second rôle pour Laurent Capelluto, On vous croit a, au terme de la soirée, été déclaré Meilleur film par le réalisateur Frédéric Fonteyne et Sergi López, son acteur dans Une liaison pornographique et Tango libre.
Manu Dacosse, lauréat du René de la Meilleure image pour Reflet dans un diamant mort
Reflet dans un diamant mort
D’abord lauréat du René des Meilleurs costumes pour le travail de Jackye Fauconnier, pour qui ce prix récompense « un travail d’équipe » car « on n’est rien les uns sans les autres », le film coréalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani a ensuite reçu celui des Meilleurs décors pour le travail de Laurie Colson, réceptionné en son nom par ses conominés, Eve Martin et Emmanuel De Meulemeester. Pour Laurie Colson, Reflet dans un diamant mort a eu « le goût du risque, la saveur de l’audace », elle qui voit « avant tout une famille » dans l’industrie du cinéma belge. Quant à Emmanuel De Meulemeester, il a exprimé le souhait que « le cinéma puisse continuer à contribuer à changer le monde ».
Le directeur photo du film, Manu Dacosse, a dit, lui, tout devoir à son duo de réalisateur et réalisatrice « notamment grâce au découpage de leur film ». Il est récompensé du Prix de la Meilleure image pour la quatrième fois, la troisième dans le cadre de sa collaboration avec le duo de cinéastes, après ceux reçus pour L’étrange couleur des larmes de ton corps en 2015 et Laissez bronzer les cadavres en 2019.
Enfin, quatrième René pour le film, celui du Meilleur acteur, remis à Yannick Renier par les Barons Nader Boussandel et Mourade Zeguendi. Dressant le constat que la télévision couleur était arrivée dans nos foyers il y a une soixantaine d’années, Mourade Zeguendi a exhorté à mettre « un peu de couleurs dans la télé ! » Yannick Renier a, lui, précisé, en évoquant ses réalisatrice et réalisateur, que « Hélène et Bruno, c’est une vraie famille », après avoir vécu « une expérience unique, dans un film unique ».
Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau
Film sans dialogue ayant bénéficié d’un savant travail sur le son, Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau a été récompensé du René du Meilleur film étranger en coproduction, ainsi que de celui du Meilleur son, justement, décerné au trio composé de Philippe Charbonnel, Gurwal Coïc-Gallas et Bertrand Boudaud, ce dernier ayant une pensée pour le réalisateur Rémy Belvaux, qui l’a « mis dans le long métrage belge » avec le film culte C’est arrivé près de chez vous.
L’équipe son de Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau
Élue Meilleure actrice dans un second rôle pour Nino, récemment sacré César du Meilleur premier film et réalisé par Pauline Loquès, Salomé Dewaels a remercié sa réalisatrice, grâce à laquelle, « pour la première fois » elle a « eu l’impression de pouvoir être complètement elle-même à travers un rôle », celle-ci lui donnant la « liberté d’être imparfaite, fragile et vivante ».
Kika d’Alexe Poukine a été élu Meilleur premier film, prix remis à la réalisatrice par une membre du public sous le chapiteau des René. Le film signe le passage à la fiction d’Alexe Poukine, qui avait en fait déjà réalisé quatre longs métrages documentaires.
Le René de la Meilleure série a été réceptionné sur scène par une grande partie de l’équipe de Baraki (saison 2), Julien Vargas, cocréateur de la série voyant dans ce prix une récompense pour « tous ceux qui ont fait un travail de dingue dans des conditions difficiles ».
L’équipe de Baraki, sacrée Meilleure série
Décerné par le chef cuisinier San Degeimbre et l’activiste Adelaïde Charlier, pour laquelle le documentaire « dit le spectacle de la vie », le René du Meilleur documentaire est allé à Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez, déjà nominé aux Oscars l’an dernier. Venue accompagner sur scène le réalisateur du film, Marie Daulne, qui prête sa voix au rôle de Andrée Blouin, militante de la décolonisation et du panafricanisme, a précisé que le film « ne crée pas », mais « témoigne des faits », exhortant à remettre « de l’humain dans nos histoires ».
Après une interprétation intense sur scène, Camille Yembe, pour qui « la musique décuple les émotions », a remis le René de la Meilleure musique originale à Vincent Cahay, pour la BO de Maldoror. Ce dernier en a profité pour souligner qu’il travaillait avec son réalisateur Fabrice du Welz depuis plus de vingt ans, leur aventure professionnelle commune ayant démarré en 2005 avec Calvaire.
L’équipe de Julian, lauréat du René du Meilleur film flamand avec, au centre, sa réalisatrice Cato Kusters
Déjà élu Meilleur film aux Ensors, les Prix qui viennent récompenser, dans le nord du pays, le meilleur de la fiction, du documentaire et de l’animation, Julian, réalisé par Cato Kusters s’est, cette fois, vu décerner le René du Meilleur film flamand. Il a été produit par Michiel et Lukas Dhont et coproduit par Jean-Pierre et Luc Dardenne, et Delphine Tomson.
Le duo de policiers de la série La Trêve composé de Lara Hubinont et Karim Barras a décerné les René des Meilleure actrice et Meilleur acteur dans une série à Anne Coesens et Yoann Blanc pour la qualité de leur jeu dans Pandore (saison 2). Anne Coesens a estimé « bon d’avoir un service public qui ose le débat et qui est là pour rassembler et pas pour diviser » tandis que Yoann Blanc a vu dans Pandore « une série qui nous raconte nous, aujourd’hui, et Bruxelles ».
Alice D’Hauwe, réalisatrice de La moisson, et son René du Meilleur court métrage de fiction
Les courts métrages
Décernés par Yoann Zimmer et Mara Taquin, pour laquelle le court métrage est « un endroit de recherche et de liberté », les René des Meilleurs courts métrages ont été décernés, en fiction, à La moisson de Alice D’Hauwe, comédienne qui passait ici pour la première fois derrière la caméra et dédia son prix « à toutes les personnes qui traversent la perte et le chemin vertigineux de la résilience ». En documentaire, à Réunion de famille de Jean Forest, présent avec un os de poulet porte-bonheur (si si !). Et, en animation, à Autokar de Sylwia Skiladz, film d’animation en 2D qui faisait partie, cette année, des 15 finalistes pour l’Oscar du Meilleur court métrage d’animation, et s’inspire de la migration de la réalisatrice de la Pologne vers la Belgique quand elle était enfant.
Un bel hommage a été rendu à Émilie Dequenne, en présence de sa famille, Charline Vanhoenacker et Frédéric Fromet, qui est venu l’accompagner sur scène, chantant avec tendresse que « nous avions la bonté, l’empathie dans les yeux d’Émilie », ajoutant ensuite que « d’humanité remplie, nous t’aimons fort, Émilie ! »
Sylwia Skiladz et son René du Meilleur court métrage d’animation pour Autokar
Dans le cadre de la Tournée des René du Cinéma, organisée par La Quadrature du Cercle, vous pourrez ainsi découvrir, sur grand écran, les films :
Vitrival ce mercredi 1er avril à 20h au Centre culturel de Welkenraedt ;
On vous croit – le jeudi 2 avril à 14h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy, – le vendredi 3 avril 2026 à 20h au Centre culturel d’Éghezée, – le samedi 4 avril à 10h30 au Cinéma Vendôme à Ixelles, organisé par « Les Samedis du Ciné » (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys), – le dimanche 5 avril à 18h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy, et – le mardi 7 avril à 20h30, précédé du court métrage Autokar, au Centre culturel de Durbuy (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys) ;
Soundtrack to a coup d’État le vendredi 3 avril à 20h30 au Travers Emotion à Incourt ;
Kika le dimanche 5 avril à 20h au Jacques Franck – Centre culturel de Saint-Gilles ; et
Nino, précédé du court métrage La Moisson, le mercredi 8 avril à 19h à La Vénerie – Centre culturel de Watermael-Boitsfort (en présence de l’acteur Gaëtan Lejeune).
Rendez-vous a d’ores et déjà été donné l’année prochaine !
Jean-Philippe Thiriart
Crédit photos : En Cinémascope – Vincent Melebeck Crédit vidéo : En Cinémascope – Patricia Büsch
Photo de couverture : l’équipe du film On vous croit, tout sourire
Le 19e Offscreen Film Festival débute aujourd’hui : olé !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/03/offscreen.jpg350496Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Le coup d’envoi de la 19e édition de l’Offscreen Film Festival sera donné aujourd’hui même. L’ouverture des portes est prévue vers 18h30 au cinéma Nova, au cœur de Bruxelles. C’est au film suédois Egghead Republic, projeté en avant-première, que reviendra l’honneur de lancer les hostilités. Le festival se poursuivra ensuite jusqu’au 29 de ce mois. Les séances se répartiront entre le Nova, Cinematek, le cinéma RITCS et l’Aventure, sans oublier les délocalisations organisées dans différentes villes du pays.
Le programme s’articule autour de quatre axes thématiques principaux : le module « Exorcising Franco: Spanish genre cinema 1968-1983 », rétrospective passant en revue l’âge d’or du cinéma de genre espagnol, les traditionnels Offscreenings, soit des avant-premières de films à l’esprit alternatif, un focus sur le réalisateur hongkongais John Woo, l’un des maîtres du cinéma d’action, et une sélection intitulée « Only in America? Delusions of democracy », regroupant des films politiques états-uniens des années 70, qui devraient résonner de manière particulière avec l’actualité. À cela s’ajoutent des séances spéciales, comme celle de L’Homme qui venait d’ailleurs, avec le regretté David Bowie, le film maudit de John Boorman, L’Exorciste II : L’Hérétique, bénéficiant de l’éclairage du documentaire Boorman and the Devil, une après-midi à destination du jeune public avec une sélection de courts métrages (« Cineketje ») et la comédie musicale The Wiz de Sidney Lumet, ou encore une double séance hommage à Harry Kümel, avec The Coming of Joachim Stiller et Les Lèvres rouges, en présence du réalisateur lui-même.
La rétrospective espagnole regorge de films à épingler : Les Cloches de l’enfer, Último Deseo (The People Who Own the Dark), La Furie des vampires et Le Sadique à la tronçonneuse, dont nous vous parlions dans notre compte-rendu de la dernière édition du ARFF, le 7ème Aaaargh Retro Film Festival, mais aussi La Résidence et Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, La Révolte des morts-vivants d’Amando de Ossorio, Le Massacre des morts-vivants et Cérémonie sanglante de Jorge Grau, La Mariée sanglante de Vicente Aranda, plusieurs films d’Eloy de la Iglesia, dont The Cannibal Man, etc.
Côté nouveautés, on ne manquera pas, outre Egghead Republic déjà cité en préambule, Junk World, la suite du film d’animation japonais en stop-motion Junk Head, Mag Mag, film qui mélange J-Horror et comédie, et qui émane de K2 Pictures, société de production co-créée par Takashi Miike, Dawning de Patrik Syversen, qui avait réalisé le survival Manhunt en 2008, ainsi que Rose of Nevada de Mark Jenkin (Enys Men), où il sera question de voyage dans le temps. Citons encore le nouveau Ben Wheatley, Bulk, le nouveau Harmony Korine, Baby Invasion, et Fantôme utile, récompensé à Cannes l’année dernière.
L’hommage à John Woo sera l’occasion de (re)voir sur grand écran les classiques de l’action The Killer (séance précédée d’une lecture sur le cinéaste hongkongais faite par Julien Sévéon, ancien rédacteur du magazine Mad Movies et spécialiste du cinéma d’exploitation et des cinématographies d’Asie), À toute épreuve, Une balle dans la tête, Le Syndicat du crime et sa première suite ou encore, pour sa carrière hollywoodienne, Volte/Face, sans oublier son Chasse à l’homme avec notre Jean-Claude Van Damme (inter)national.
Le module « Only In America? Delusions of democracy » rassemble quelques grands noms : Robert Altman (Nashville), Sidney Lumet (Network : Main basse sur la TV), Paul Schrader (Blue Collar), Robert Aldrich (L’Ultimatum des trois mercenaires), etc. Le clou de cette thématique sera la séance spéciale autour du film Punishment Park de Peter Watkins, réalisateur décédé l’automne dernier.
Voilà donc un beau programme bien chargé pour ce mois de mars. Bien entendu, En Cinémascope sera sur place et nous vous reparlerons ultérieurement de tout cela !
Cette année, c’est René : la fête du cinéma belge reliftée dans la continuitéhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/03/01-logo-scaled.jpg25601810Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Au lendemain des César, qui ont notamment vu récompensé le travail de la Belge Catherine Cosme, lauréate du César des Meilleurs décors pour L’inconnu de la grande arche, de Stéphane Demoustier, nous préfaçons aujourd’hui, pour vous, la 15e Cérémonie de remise des Prix du cinéma belge.
Ces Prix, dénommés jusqu’à l’an dernier les Magritte, changent de nom, pour se faire un… prénom : les René !
Organisée depuis 2011 par l’Académie André Delvaux, la Cérémonie est désormais en partie chapeautée par une nouvelle équipe : le trio Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide, respectivement président de l’Académie, secrétaire générale de cette dernière, et administrateur de l’UPFF+, l’Union des Producteur·ice·s Francophones de Films et de Séries.
Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide Crédit photo : Emmanuel Laurent
Changement de nom, donc, mais pas des objectifs initiaux : la mise en avant de la diversité et de la créativité des talents du cinéma belge et, dorénavant, de la… télévision belge, à travers ses séries ! Les René se veulent, plus que jamais, être une vitrine pour le cinéma et les séries belges en Belgique, mais aussi à l’étranger.
Deux nouvelles catégories voient ainsi le jour, les membres de l’Académie André Delvaux élisant à présent la Meilleure actrice et le Meilleur acteur dans une série.
Et, autre nouveauté, majeure en termes d’ouverture vers le public : ce dernier est invité à décerner trois prix. Le Prix du public du Meilleur film (Prix RTBF Auvio), le Prix du public de la Meilleure série (Prix Loterie nationale), et le Coup de cœur du public (Proximus Think Possible Award), avec le support de Be tv. Les spectateurs deviennent dès lors acteurs de la Cérémonie.
Le Prix du public du Meilleur film viendra récompenser un des sept films nominés dans les catégories Meilleur film et/ou Meilleur premier film.
Celui de la Meilleure série primera une des sept séries en lice, à (re)découvrir parmi d’autres dans leur intégralité sur Auvio, dont Ennemi Public (saison 3) (avec Pauline Etienne, Angelo Bison et le regretté Philippe Jeusette, notamment, tous trois nominées pour le Coup de cœur du public, et écrite et réalisée par une belle brochette de talents). Quant au Coup de cœur du public, il saluera la performance d’un·e des 15 acteurs ou actrices parmi les nominé·e·s dans les catégories Meilleure actrice, Meilleur acteur, ou Meilleure actrice ou Meilleur acteur dans une série.
L’affiche de la Cérémonie, œuvre de Cyprien Gain, étudiant de l’École Supérieure ARTS2
Jusqu’à ce mercredi 4 mars, date limite pour voter en ligne en vue d’attribuer ses trois prix, le public peut (re)découvrir tous les films et toutes les séries nominés, gratuitement sur RTBF Auvio et, dans le cadre d’une fenêtre VOD gratuite, sur Proximus Pickx et Proximus Show Case.
Et, cerise sur le gâteau, une fois leurs votes enregistrés, les spectateurs pourront participer à un tirage au sort qui leur permettra peut-être de vivre la Cérémonie du 7 mars en direct depuis le chapiteau des René du Cinéma installé Place Sainte-Croix ! Notez également que jusque fin mars, la plateforme Sooner vous invite à voir ou à revoir une série de films en lice pour les Magritte dans un passé récent tels que Sous le vent des marquises, avec Salomé Dewaels, et Adorables, ainsi que 14 des films nominés cette année aux René, parmi lesquels Kika d’Alexe Poukine.
Et les nominé·e·s sont…
Cette année, c’est On vous croit, premier long métrage réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys et porté par la performance d’actrice de Myriem Akheddiou, qui fait office de favori, avec 11 nominations.
En lice pour 11 René du Cinéma, On vous croit arrive en tête des nominations
Viennent ensuite Kika d’Alexe Poukine (huit nominations) et Jeunes mères, dixième long métrage réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne à être sélectionné en Compétition officielle au Festival de Cannes (sept nominations dont celle du Meilleur espoir féminin pour Elsa Houben).
Suivent L’intérêt d’Adam de Laura Wandel et Maldoror de Fabrice du Welz avec, chacun, six nominations, Fabrice du Welz étant nominé pour la troisième fois pour la qualité de sa mise en scène (après ses nominations pour Alleluia et Adoration).
En sixième position, apparaît cette année aux René le très singulier Reflet dans un diamant mort du duo formé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, nominé dans cinq catégories (parmi lesquelles celles du Meilleur acteur pour Yannick Renier, et de la Meilleure image pour le très talentueux Manu Dacosse, déjà lauréat de trois récompenses, dont celles reçues pour les deux précédents films des cinéastes, L’étrange couleur des larmes de ton corps et Laissez bronzer les cadavres).
Signalons aussi que Lubna Azabal ajoutera peut-être, cette année, un sixième trophée à sa collection, qui serait le cinquième de la Meilleure actrice, pour Rabia, tandis que Arieh Worthalter pourrait égaler ce nombre de trophées glanés grâce son interprétation dans le fim Les Braises.
Que Jean-Benoît Ugeux, qui s’est déjà vu décerner le Prix du Meilleur acteur dans un second rôle pour Le Fidèle et celui du Meilleur court métrage documentaire, en tant que réalisateur donc cette fois, pour Arbres, sera en lice samedi pour celui du Meilleur acteur avec Krump de Cédric Bourgeois. Ce dernier est nominé pour le René du Meilleur court métrage d’animation avec Cimarron, film coréalisé avec Rémi Vandenitte.
Et, enfin, que Bérangère McNeese, déjà récompensée comme réalisatrice pour son dernier court métrage, Matriochkas, est nommée pour la première fois en tant que Meilleure actrice avec Demain si tout va bien d’Ivan Goldschmidt.
Comme l’an dernier, cette célébration de nos talents se tiendra dans le mythique Studio 4 de Flagey, avec Charline Vanhoenacker en guise de Maîtresse de Cérémonie et avec, non loin, un certain Pierre Kroll et ses dessins effectués à chaud. La Cérémonie sera diffusée en direct sur RTBF Auvio, mais également sur la chaîne Proximus Showcase. En outre, TV5 Monde proposera, comme de coutume, un résumé de cette première édition des René, le lundi 9 mars à 23h. Quant au passage des invité·e·s sur le tapis des René, il sera diffusé dès 20h20 sur La Une, Pickx et Proximus Showcase.
Charline Vanhoenacker officiera une nouvelle fois comme Maîtresse de Cérémonie Crédit photo : Académie André Delvaux – Laure Geerts
La semaine du cinéma belge démarre !
De ce lundi 2 au dimanche 8 mars, la RTBF donnera une place de choix au cinéma belge francophone avec toute une série de films, de magazines, de capsules et d’émissions spéciales. Seront ainsi diffusés :
Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascopehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/02/01.jpg20481363Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Comme nous vous l’avions annoncé, la sixième édition du ARFF (le 7ème Aaaargh Retro Film Festival) s’est déroulée du 29 octobre au 2 novembre derniers. Cinq jours passés à regarder des longs métrages, anciens et nouveaux, mais aussi des courts, à écouter les invités parler de leur art, à admirer les œuvres des deux artistes plasticiens qui y exposaient, à goûter les bières de la brasserie Valduc, l’un des sponsors de l’événement, et, le samedi, à chiner des DVD, Blu-ray, fanzines, fumetti et autres objets lors de la petite bourse appelée ARFF’ifacts.
Pour en revenir aux invités, le réalisateur flamand Jonas Govaerts a introduit la projection de son Welp, alias Cub, puis, à l’issue de celle-ci, s’est prêté au jeu de la séance de questions-réponses. Son film n’ayant pas bénéficié d’une sortie en Wallonie à l’époque, le voir enfin sur grand écran en plein centre de la capitale wallonne tenait un peu, sur le plan symbolique, de l’injustice réparée. Jaume Balagueró, fer de lance de l’horreur espagnole moderne, était parmi nous le samedi, journée placée sous le signe du pays de Cervantès, au cours de laquelle était projeté notamment [REC]. Le Q&A qui suivit fut une franche réussite, Balagueró étant proche du public, avide de lui poser moult questions, le réalisateur catalan répondant systématiquement en français, attention pour le moins appréciable.
La compétition des courts métrages belges réunissait The Act de Nicolas Florin, Love Machine de Tresor Kataley, La Fille de Jorge Sermini, Cowboys de Robinson Van Hoof, À la limite de Clothilde Closon, Tetaniya de Patrice Mougeolle, Clairvoyance de Brandon Gotto et Éloge du Capitalisme Sauvage de Julien Cescotto. La Fille a remporté le Best Belgian Award et le Best Audience Award. Une mention spéciale a été attribuée à Cowboys.
La compétition de courts métrages internationaux regroupait, quant à elle, Dans l’ombre de Jérémy Barlozo, Cursed Croman d’Andrés Damonte, Lost In Galactic Translation de Rasmus Lindkvist, Lavenza de Lauren Eden, Slasher d’Igor Belov, Menú Del Dia de Denim Candenza, Dévitalisée de Romane Eilahtan, The RVM de Gergely András Leipold, Rotten Faith de Flávio Carnielli et The Beneath de Lisette Vlassak. Dévitalisée a gagné le Best International Short et le Best Audience Award. Rotten Faith a récolté une mention spéciale. Pour l’ensemble de la compétition, Rotten Faith a remporté le Best Youth Award et Éloge du Capitalisme Sauvage a raflé à la fois le Prix Cinergie et le Grand Prix du Festival. Bravo à tou·te·s les gagnant·e·s et, en particulier, à Julien Cescotto !
Julien Cescotto, se voyant décerner le Prix Cinergie par Thierry Zamparutti, aux côtés du coordinateur du Festival, Frédéric Burlet, pour son film Éloge du Capitalisme sauvage Crédit photo : Sandy Foulon
Après ce palmarès et en attendant la prochaine édition du Festival, qui se tiendra du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre prochains, et dont l’une des nouveautés sera rien moins qu’un prix décerné par En Cinémascope, nous revenons pour vous sur la quasi-totalité des longs métrages projetés lors de l’événement !
Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno) ★★★ Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem (Espagne/France)
Film à la réputation maudite, réalisé par Claudio Guerín, décédé très jeune pendant le tournage, et terminé par Juan Antonio Bardem (La Corruption de Chris Miller), Les Cloches de l’enfer (on trouve aussi le titre au singulier, La Cloche de l’enfer) est un petit bijou de l’horreur à l’européenne des années 70. Un jeune homme, Jean dans la version française, au passé très lourd, obtient la permission de sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné et retourne dans son village natal pour reprendre contact avec sa tante, qui le voit d’un très mauvais œil, et ses trois cousines, dont l’une d’elles a eu une relation amoureuse avec lui. Il ourdit une terrible vengeance… Le personnage de Jean est fascinant, sorte de force chaotique qui fait ressurgir l’hypocrisie de la bonne société, tout en étant parcouru de pulsions destructrices. Il est magistralement interprété par l’acteur français Renaud Verley. Le reste de la distribution est également fort intéressante : le grand acteur espagnol Alfredo Mayo (le giallo Folie meurtrière), Viveca Lindfors (La Tempête, Creepshow) et les très jolies Christina von Blanc (Une vierge chez les morts-vivants), Nurio Gimeno (Les Orgies du Docteur Orloff) et Maribel Martín (La Résidence, La Mariée sanglante). La mise en scène est extraordinaire et très intelligente, les décors sont beaux, l’atmosphère qui s’en dégage est unique et le double final, qui mêle thriller, drame et horreur, est particulièrement marquant. Un vrai régal !
Les Crocs du diable (El Perro) ★★★ Antonio Isasi-Isasmendi (Espagne)
Dans une dictature d’Amérique du Sud, un mathématicien de génie, fait prisonnier politique, parvient à s’évader. Il sera inlassablement traqué par un chien dressé pour retrouver et tuer les prisonniers échappés. Au sortir de la période franquiste, l’Espagne accouchait de cet hallucinant thriller politique dans lequel le chien fonctionne comme une métaphore évidente. Le rôle principal est interprété de manière très investie par Jason Miller (le Père Karras dans L’Exorciste), tandis que d’autres noms importants apparaissent à l’écran : Lea Massari (L’Avventura, Peur sur la ville), grande actrice italienne décédée l’année dernière, Marisa Paredes (L’Échine du diable, de nombreux Almodóvar), Manuel de Blas (Le Monde des morts vivants, Christophe Colomb : La découverte), Aldo Sambrell (… Et pour quelques dollars de plus) et même le réalisateur Juan Antonio Bardem en leader de l’opposition clandestine… sans oublier le chien, terrifiante némésis du héros. Ce film offre de l’action, du suspense, de l’aventure, un peu d’érotisme, bref, fonctionne comme un bon divertissement, tout en ayant un réel propos politique. La première partie, qui se passe dans la nature et s’apparente à un survival, est supérieure à la seconde, qui se déroule, elle, en ville et voit son rythme se relâcher un peu, même si elle recèle aussi de sacrés moments. Dans tous les cas, c’est un film à (re)découvrir !
The Forbidden City (La Città proibita) ★★★ Gabriele Mainetti (Italie)
C’est sur cette excellente note que le festival s’est clôturé. Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) était de retour en 2025 avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille. Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser. Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’action impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Cittá proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !
Frankie Freako ★★ Steven Kostanski (Canada)
Frankie est un homme coincé, ennuyant et beaucoup trop investi dans son travail, au détriment de sa vie privée. Alors que sa femme le laisse seul à la maison pour quelques jours, il compose le numéro d’un service téléphonique qui va permettre à des gobelins d’une autre planète d’atterrir chez lui et de mettre le souk dans sa vie. Steven Kostanski (Psycho Goreman) signe une comédie fantastico-horrifique dans la veine des Gremlins, Ghoulies et autres Puppet Master. L’amour de ces productions des années 80 qui s’en dégage est tellement prégnant et leur esprit tellement bien respecté qu’on dirait un film perdu de cette décennie-là, qui aurait été miraculeusement retrouvé. Nostalgiques des 80’s, vous voilà prévenus ! Outre les petites créatures, figurées par des marionnettes, ayant chacune leur look bien défini et leur personnalité, tant et si bien qu’elles finissent par devenir attachantes, le film offre à voir des robots, un voyage vers un autre monde et un grand méchant, mégalomane comme il se doit. Les clins d’œil abondent : à Freddy Krueger via une réplique, à feu le réalisateur et créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler (Troll, Ghoulies III) via le nom d’un personnage, à Masters of the Universe via une des tenues du héros, etc. Précisons enfin que Kostanski ne joue pas ici la carte du gore, le film pouvant être vu par un public plus large et plus jeune que celui des splatters. Un tout petit budget, mais avec un cœur gros comme ça !
La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis) ★★ León Klimovsky (Espagne/Allemagne de l’Ouest)
La Furie des vampires fait partie de la série de films mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, interprété par l’acteur Paul Naschy, grande figure du courant de l’horreur espagnole allant de la fin des années 60 au mitant des années 70 appelé « Fantaterror ». Daninsky est un noble d’origine polonaise mordu par un lycanthrope et, à la suite de cela, condamné à se transformer lui-même en loup-garou. À noter que La Furie…, qui date de 1971, n’est pas le premier film de cette saga. Il est précédé desVampires du Dr. Dracula (1968) et de Dracula contre Frankenstein (1969). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir vu ceux-ci avant de visionner La Noche de Walpurgis, les histoires étant plus ou moins indépendantes. Deux étudiantes, Elvira et Geneviève, sillonnent la campagne française à la recherche de la tombe de la comtesse Wandesa pour les besoins de la thèse universitaire de la première. Elles se perdent et finissent par être hébergées par le comte Daninsky. Elles vont trouver la tombe qu’elles cherchaient et ressusciter malencontreusement la comtesse, vampire de son état, qui voudra se constituer une troupe d’esclaves. Même si, globalement, les effets spéciaux et les maquillages sont datés, et qu’il existe des faiblesses narratives, le charme typique des années 70 opère et le film s’avère plaisant à regarder. De beaux décors, une touche d’érotisme de bon aloi et un amour palpable de Naschy (comme souvent, c’est lui qui est à l’origine du scénario) pour le bestiaire fantastique mettent dans le mille. Un grand succès de son époque.
Hot Spring Shark Attack ☆ Morihito Inoue (Japon)
Hot Spring Shark Attack constitue clairement la fausse note de cette sélection. Il est symptomatique de la dégénérescence du sous-genre appelé Sharksploitation – filon du cinéma d’exploitation basé sur la figure du requin tueur – qui, notamment sous l’impulsion de sociétés de production telles que Nu Image et surtout The Asylum, s’enferre depuis trop longtemps dans une surenchère de concepts loufoques et d’effets spéciaux de mauvaise qualité. On en arrive à des requins évoluant sous le sable, sous la neige des montagnes, dans l’espace, des requins à six têtes ou encore possédés par le diable. Pour donner une idée, il existe réellement des films intitulés Sharkula, Sharkenstein, Shark Exorcist, Amityville Shark House, Shark Encounters of the Third Kind et Sharks of the Corn… Hot Spring Shark Attack s’inscrit donc dans cette veine. Une petite ville thermale japonaise subit les assauts de requins capables de remonter les canalisations d’eau pour s’en prendre aux gens un peu partout : dans les thermes, dans leur salle de bain, etc. Le budget est plus que riquiqui, et ça se voit, les effets spéciaux sont moches comme tout et la réalisation ne sauve pas les meubles. Certains films d’exploitation compensent leurs défauts en se montrant généreux en gore et/ou en érotisme, mais ce n’est même pas le cas ici. Ne subsiste qu’une accumulation d’idées farfelues.
Jimmy and Stiggs ★★ Joe Begos (États-Unis)
Écrit et réalisé par Joe Begos (Almost Human, Bliss, VFW), Jimmy and Stiggs est un gros délire fiévreux à petit budget conçu dans un esprit « grindhouse ». Il est parrainé par Eli Roth, qui signe les deux fausses bandes-annonces qui ouvrent le film, intitulées The Piano Killer et Don’t Go In That House, Bitch!. Mises en bouche réjouissantes. Passé celles-ci, Begos se met lui-même en scène dans le rôle principal, Jimmy, aux côtés de Matt Mercer dans le rôle de Stiggs, son ancien ami avec lequel il s’est brouillé. Pur huis-clos, le film est entièrement tourné à l’intérieur de l’habitation de son auteur. Jimmy est cloîtré chez lui et passe son temps à consommer de l’alcool et d’autres drogues illégales. À partir d’un moment, il devient furieux, persuadé de se retrouver face à une invasion d’extraterrestres qui tenteraient de l’enlever. Réalité ou projections de son esprit sous influence ? Tout le film prend l’apparence d’un bad trip hystérique, aux couleurs fluorescentes, nourri de la paranoïa sous-jacente aux théories du complot, où tous les dialogues sont orduriers (tentative de rivaliser avec ceux de August Underground’s Mordum ?), et dans lequel le gore, à base de sang extraterrestre orangé, fuse abondamment dans tous les sens. Une expérience cinématographique intéressante par son côté « DIY », mais d’où l’on sort lessivé.
La Madre muerta ★★★ Juanma Bajo Ulloa (Espagne)
L’une des belles découvertes de ce festival. Ce film des années 90 mêle drame et thriller en brassant des thèmes comme le meurtre, l’enlèvement et le handicap mental. Un petit criminel, en plein vol d’une œuvre d’art, tue une restauratrice de tableaux et tire sur la fille de celle-ci. Vingt ans plus tard, la fillette, toujours vivante, est devenue jeune femme. Ne parlant pas et accusant un retard mental, elle passe beaucoup de temps dans un institut spécialisé. L’ancien cambrioleur la croise par hasard, la reconnaît et a dès lors peur qu’elle l’ait aussi reconnu et qu’elle le dénonce. Avec sa compagne, ils décident de l’enlever. La Madre muerta brille d’une lueur sombre par l’intéressante complexité des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, par la qualité du jeu des acteurs et actrices et par sa réalisation classieuse. La distribution comprend Karra Elejalde, vu par exemple dans Action Mutante, La Secte sans nom et Timecrimes, Ana Álvarez (GAL), Silvia Marsó (Amour, Prozac et autres curiosités) et notre Lio nationale. Tout ce beau monde parvient à susciter une belle intensité d’émotion dans ce drame où Juanma Bajo Ulloa cherche l’humanité derrière le mal.
Mort de rire (Muertos de risa) ★★★ Álex de la Iglesia (Espagne)
Film d’ouverture du festival, Mort de rire est une comédie noire de la fin des années 90 du célèbre réalisateur espagnol Álex de la Iglesia. Cette fiction raconte l’histoire d’un duo de comiques, Nino (Santiago Segura) et Bruno (El Gran Wyoming), des circonstances de leur formation dans les années 70 à leur duel à mort final (qui est montré d’entrée de jeu). Leur succès est dû à une baffe que le second donne au premier sur scène, ce qui ravit le public, et l’on voit comment leur jalousie, leur paranoïa et leur haine mutuelle enflent au fur et à mesure de leur célébrité grandissante. Ce film est parcouru d’une énergie folle, anarchisante, typique de son réalisateur. Celui-ci y va de sa critique des relations humaines et du show-business, montrant ses coulisses peu glorieuses et sa facticité, notamment via une idée de mise en scène assez géniale avec cette fausse fête sans fin organisée pour pourrir la vie du rival. On est pris dans un tourbillon d’émotions fort diversifiées, entre rire, grincement de dents et attendrissement. Une comédie qui n’est pas qu’une comédie, pourrait-on dire, et qui a des choses à dire.
Second long métrage de la journée « Mad in Belgium » consacrée à nos productions de genre nationales, Rabid Grannies est une comédie gore ayant l’honneur de figurer dans le catalogue de Troma Entertainment, la célèbre société de production américaine de films indépendants fondée par Lloyd Kaufman et Michael Herz. L’esprit de ce film n’est pas très éloigné de celui de Braindead de Peter Jackson, qui déboulera quelques années plus tard. Autant dire qu’il détonne dans le paysage cinématographique belge. Deux riches vieilles filles invitent les membres de leur famille à l’occasion de leur anniversaire. Tout le monde rapplique, en ayant comme principale préoccupation le futur héritage à toucher. Seul absent notable : la bête noire de la famille, un sataniste à la sinistre réputation. L’individu n’a cependant pas oublié les grand-tantes : une étrange femme vient apporter de sa part un mystérieux coffret en guise de cadeau d’anniversaire. Après avoir ouvert celui-ci, les gentilles mémés se transforment en monstres assoiffés de sang. Le carnage commence… Emmanuel Kervyn se fait un malin plaisir de pointer du doigt l’hypocrisie des convives, peints comme de véritables vautours tournant autour des naïves vieillardes avant d’être traqués dans le vieux château qui abrite les festivités. Le spectacle est réjouissant par son humour, sa galerie de personnages hauts en couleur, sa générosité dans le gore et son cadre bien belge (le film est tourné à Courtrai et au château d’Ingelmunster).
[REC] ★★★ Jaume Balagueró et Paco Plaza (Espagne)
Désormais classique du cinéma d’horreur des années 2000, [REC] constitue par la même occasion l’un des chefs-d’œuvre du style cinématographique appelé found footage. Pour rappel, nous y suivons la jeune journaliste Ángela et son caméraman (qui tient la caméra intradiégétique par laquelle nous découvrons les faits) qui, pour une émission de télévision, suivent pendant une nuit des pompiers dans l’exercice de leur fonction. Cela va les mener à l’intérieur d’un immeuble où la situation va vite tourner au cauchemar : le bâtiment est mis en quarantaine par les autorités, ils ne peuvent donc pas en sortir, et un terrible virus s’y propage. Le film fait preuve d’une efficacité redoutable, avec une tension qui va crescendo et une fin mémorable. Le jeu spontané et juste de Manuela Velasco dans le rôle principal contribue à la crédibilité du spectacle. Toujours concernant la question de la crédibilité, les scénaristes ont fourni une justification valable au fait que le personnage qui tient la caméra continue à filmer même lorsque tout dégénère, ce qui constitue parfois un point problématique dans certaines productions appartenant à cette catégorie. Un modèle pour de nombreux autres found footages ultérieurs et le point de départ d’une saga comprenant à ce jour quatre volets plus un remake américain.
Le Sadique à la tronçonneuse (Pieces / Mil Gritos tiene la noche) ★★ Juan Piquer Simón (Espagne)
De même que l’Espagne avait produit des giallos, genre typiquement italien, elle a également produit quelques slashers, genre associé au départ à l’Amérique du Nord. Le Sadique à la tronçonneuse, qui a connu des titres alternatifs divers et variés lors de son exploitation en VHS (Pieces, Un tueur au campus, Mutilator Man,Le Cri du Cobra…), en est un bon exemple, d’autant qu’il conserve vaguement quelques motifs giallesques (les gants noirs, par exemple). L’action se déroule sur le campus universitaire de Boston (même si, en dehors de quelques plans, tout le film a été tourné en Espagne). Un tueur y sévit, armé d’une tronçonneuse, découpant ses victimes en emportant chaque fois un morceau de celles-ci afin de reconstituer un puzzle sexy de son enfance. Mais quelle est l’identité de ce psychopathe ? La police patauge, au point de demander à l’un des étudiants de l’aider dans cette enquête. En clair, Pieces est un nanar qui fait passer un excellent moment, pour peu, bien sûr, qu’on soit amateur d’horreur bien « bis », grâce à sa générosité (gore outrancier, nudité) et à ses maladresses fort amusantes. Le summum du n’importe quoi est atteint lors de la scène de la policière infiltrée qui se fait agresser sans raison en pleine nuit par un prof de kung fu sorti de nulle part, séquence sans rapport avec l’intrigue, greffée là en dépit du bon sens pour le simple plaisir d’avoir un caméo de Bruce Le, qui tournait un autre film dans les parages à la même période. Cela donne une petite idée de l’esprit du film…
Último Deseo ★★ León Klimovsky (Espagne)
Un groupe de personnes appartenant à la haute société se réunit dans le sous-sol d’un château isolé pour y célébrer des réjouissances placées sous le signe du Marquis de Sade. Alors que la fête commence et que les jolies femmes payées pour prestations sexuelles spéciales se plient aux fantaisies des convives, une bombe nucléaire explose. C’est la guerre. Le groupe est sain et sauf, mais quelques domestiques qui n’étaient pas abrités dans la cave sont devenues aveugles. Craignant l’arrivée des radiations, quelques-uns se dépêchent de se rendre au village le plus proche afin de réunir un maximum de vivres. Là, ils découvrent que les habitants qui faisaient la fête dehors ont aussi perdu la vue. Des tensions entre les nantis et les humbles locaux vont éclater et la situation va dégénérer. On retrouve la paire de La Furie des vampires : León Klimovsky à la réalisation et Paul Naschy dans un des rôles-clés. Ce qui commençait comme un film de Sexploitation typique des années 70 se mue en autre chose. Le scénario réserve quelques surprises de ce genre, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Último Deseo tire aussi sa force de sa charge politique, très claire. Il met en scène à sa manière la lutte des classes, mettant en avant la dépravation et l’égoïsme de l’élite, en l’opposant au petit peuple malmené, qui a de quoi se révolter. Voilà un film à la fois ancré dans son époque et pourtant toujours d’actualité, malheureusement.
Welp ★★ Jonas Govaerts (Belgique)
Une meute de louveteaux flamands (les jeunes scouts, pas les animaux) s’en va en camp d’été dans les Ardennes. Sur place, ils ont maille à partir avec deux authentiques barakis wallons, mais surtout, ils sont confrontés à un garçon sauvage revêtu d’un masque d’écorce qui élimine tout intrus qui s’aventure dans ces bois. En tant que Wallons, nous pourrions nous offusquer de l’image peu reluisante que Welp, aussi sorti sous le titre Cub, renvoie de la population du sud du pays, mais laissons de côté la polémique et postulons qu’il ne s’agit que d’un pur prétexte pour construire une fiction d’horreur. Qui s’avère être un bon petit survival. D’une durée (1h24) convenant parfaitement à son sujet, bien rythmé, avec quelques moments nerveux et sans concession (adolescents, enfants, animaux, tout peut y passer), ce film est une bonne série B efficace comme il s’en produit malheureusement trop peu dans notre petit pays. Un modeste exemple à suivre. Souhaitons qu’entre ses nombreux tournages de clips musicaux et de séries télévisées, Jonas Govaert ait à nouveau l’occasion de se frotter au long métrage de genre.