Événements

Le tour du monde en solidaire

Le tour du monde en solidaire 700 852 Jean-Philippe Thiriart

Les trente-trois skippers qualifiés pour l’édition 2020-2021 du Vendée Globe sont partis depuis huit jours pour un tour du monde à la voile en solitaire et sans assistance.
Les objectifs des différents concurrents sont variables. Certains visent la victoire et pourquoi pas un record du monde établi, pour un bateau monocoque, à 74 jours 3 heures 35 minutes et 46 secondes par le Français Armel Le Cléac’h en décembre 2017 lors de l’édition précédente de l’épreuve. Le record du monde sur multicoque est, lui, fixé à 42 jours, 16 heures, 40 minutes et 35 secondes la même année et est l’œuvre de François Gabart.

Quel que soit le moyen utilisé pour l’accomplir, le tour du monde a depuis longtemps inspiré les plus grands écrivains et cinéastes. Lorsqu’on évoque un tour du monde et son imaginaire, on pense bien souvent à Jules Verne. En 1872, quand il écrivit les aventures de Phileas Fogg, flegmatique, richissime et énigmatique gentleman londonien accompagné de son jeune domestique français dans Le Tour du monde en quatre-vingt jours, l’écrivain français aurait-il alors pu imaginer que le tour du monde s’effectuerait près d’un siècle et demi plus tard en solitaire sur des bateaux à voile, le tout en moins d’un mois et demi ? Sans doute, mais il n’aurait peut-être pas osé l’écrire.
Le Tour du monde en quatre-vingt jours a inspiré plusieurs réalisations cinématographiques. La première date de 1956 et est signée Michael Todd. L’année suivant la sortie du film, il remporta la bagatelle de cinq Oscar et de deux Golden Globes. De quoi continuer d’inspirer toutes les générations futures. Plus de soixante ans plus tard, les voyages autour du monde fascinent et exaltent toujours autant l’imaginaire des petits et des grands. Le Vendée Globe a d’ailleurs récemment inspiré le réalisateur et directeur de la photographie français Christophe Offenstein pour son film En solitaire, sorti en 2013.

Depuis plusieurs années, différentes personnalités belges et françaises, dont des acteurs, se sont laissé convaincre par ce tour du monde en solitaire. Cependant, pour plusieurs skippers et pour leurs sponsors, solitaire rime plus que jamais avec solidaire pour cette neuvième édition.
Pour la cause, nous avons décidé d’épingler plus particulièrement une des aventurières. Il s’agit de la Britannique de naissance et Bretonne d’adoption Sam Davies, en course sur le voilier « Initiatives Cœur ». Si la première femme au classement général, à l’heure où nous écrivons ces lignes, a bel et bien un objectif de top dix au classement général, l’objectif qui la pousse par-dessus tout semble bien différent. Initiatives Cœur soutient en effet l’association humanitaire Mécénat Chirurgie Cardiaque, qui permet aux enfants souffrant de graves malformations cardiaques d’être opérés en France quand cela est impossible dans leur pays, faute de moyens techniques ou financiers.

Il serait légitime de dire : « On nous demande encore de faire un don pour une association alors qu’on coule sous les factures impayées en ces temps difficiles ». N’ayez crainte, un bon marin d’eau salée sait que l’argent est très souvent le nœud du problème. Et les nœuds, les skippers, ils connaissent ! Dans les faits, soutenir ce projet est gratuit. Un simple « J’aime » de la page Facebook d’Initiatives Cœur, le partage d’un contenu de celle-ci ou encore un abonnement au compte Instagram d’Initiatives Cœur poussera ainsi les sponsors de ce beau projet à débourser eux-mêmes un euro à chaque fois, argent que vous pourrez dépenser en pensant aussi à vous. Lors d’un prochain repas de famille ou d’un cinéma entre amis par exemple, quand nous aurons, espérons-le, touché et coulé ce fichu coronavirus ! Bien évidemment, faire un don reste possible. Dès lors, il n’y a pas d’embrouilles à soutenir ce projet. Nous en voulons pour preuve que les acteurs François… Damiens, Virginie Efira, Kev Adams et Dany Boon font partie des personnalités soutenant Initiatives Cœur.

C’est maintenant à vous de surfer sur la vague ou plus précisément sur la toile afin de soutenir un projet qui, plus il aura le vent et votre soutien en poupe, plus il permettra à des enfants de tous horizons de s’y amarrer pour continuer de rêver de tour du monde en solidaire !

Plus d’infos : initiatives-coeur.fr

Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Clap de fin pour le 35e FIFF !

Clap de fin pour le 35e FIFF ! 1000 667 Jean-Philippe Thiriart

Ce vendredi 9 octobre, peu avant 17 heures, les rues de Namur étaient bien remplies. Comme lors d’une fin de semaine habituelle somme toute. Les enfants riaient à la sortie des écoles tandis que certains adolescents semblaient avoir oublié de porter leur masque, laissant apercevoir leur joie de profiter de cette fin de journée annonciatrice du week-end. Et depuis quelques heures, la pluie de la nuit avait laissé place aux éclaircies. Le samedi s’annonçait ensoleillé. Fallait-il y voir un indice quant au palmarès de cette 35e édition du Festival de Namur ? Nous allions bientôt avoir réponse à cette question.

Les cinéphiles commençaient à pousser les portes du cinéma Caméo. À l’intérieur, la file pour assister au palmarès était assez courte. La salle 4 n’étant pas extensible à souhait, seul un nombre limité de festivaliers allait assister à la remise des Prix. Mais d’autres amoureux du cinéma entraient par dizaines pour assister au film projeté salle 1. Nous n’y avons pas réellement prêté attention. Sans doute aurions-nous dû…
Les portes de la salle s’ouvrirent. L’annonce du palmarès pouvait débuter.

Le Prix BeTV soutenant la diffusion et la promotion du cinéma francophone fut décerné à Un Triomphe d’Emmanuel Courcol, qui remercia BeTV, Namur et la Belgique avec une grande humilité, sans oublier de déclarer « merde au Covid ! ».
Le Prix du Public Documentaire est allé à China Dream de Hugo Brilmaker et Thomas Licata. Non sans humour, les deux réalisateurs ont profité du temps de parole qui leur était octroyé pour se remercier l’un l’autre.
Le Prix du Public Long métrage fiction récompensa Adieu les cons d’Albert Dupontel.
Une Mention spéciale fut décernée à La Nuit des rois de Philippe Lacôte, une autre à Si le vent tombe de Nora Martirosyan.
Le Prix Agnès, récompensant un film mettant en avant l’égalité homme-femme fut attribué à Petit Samedi de Paloma Sermon-Daï. La jeune réalisatrice remercia sa maman et son frère, sans qui ce film n’aurait pas été possible.

Attablés dans un coin de la salle, les Bayard attendaient patiemment leur tour. Celui-ci venu, le Bayard de la Meilleure interprétation récompensa le jeu de Virginie Efira pour son rôle dans Adieu les cons. Depuis la Bretagne où elle tourne actuellement, elle remercia, outre son réalisateur Albert Dupontel, les metteurs en scène qui l’ont menée jusqu’à cette rencontre.
Le Bayard de la Meilleure photographie fut attribué à Yann Maritaud pour Slalom de Charlène Favier. C’est à lui aussi que l’on doit la photo de Un Triomphe.
Le Bayard du Meilleur scénario fut ensuite remis à Antoaneta Opris et Alexander Nanau pour Collective tandis que le Bayard spécial du Jury était décerné au film d’animation Josep d’Aurel. Dans un message enregistré depuis sa chambre d’hôtel à la tapisserie fleurie, comme il l’a si bien fait remarquer, le réalisateur, connu entre autres pour ses dessins de presse dans Le Canard Enchainé déclara notamment que c’était : « très encourageant à quelques jours de la sortie belge du film ». (NDLR : le film sort ce 18 novembre dans nos salles).

Le Bayard d’Or pouvait enfin être décerné. Le réalisateur français Samuel Benchetrit, président du Jury Officiel Longs Métrages de ce 35e FIFF remit le Bayard le plus convoité à Paloma Sermon-Daï pour son film Petit Samedi. La réalisatrice profita de sa seconde prise de parole de ce début de soirée pour étoffer ses remerciements à l’adresse de ses proches.

Le vendredi touchait à sa fin. Si le samedi était petit, l’avenir s’écrira sans doute en lettres capitales pour cette jeune cinéaste belge.
Le film projeté dans la salle 1 lors de notre arrivée au Caméo ? Un certain Petit Samedi !

Le palmarès de la Compétition Courts Métrages est à découvrir ici.

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

Crédit photo : Nicolas Simoens

Sortie littéraire : CINÉMA ABC. LA NÉCROPOLE DU PORNO

Sortie littéraire : CINÉMA ABC. LA NÉCROPOLE DU PORNO 2518 2560 Jean-Philippe Thiriart

Notre cote : ★★★

CFC-Éditions publiait, pas plus tard qu’hier, Cinéma ABC. La nécropole du porno, un ouvrage de Jimmy Pantera. ABC pour « Art Beauté Confort », un cinéma situé de 1972 à 2013 aux numéros 147 et 149 du Boulevard Adolphe Max, qui promettait d’y voir des films « plus qu’inattendus ». Le Cinéma ABC fut le dernier cinéma porno bruxellois à projeter des films en 35 millimètres accompagnés de live shows de stripteaseuses, un des derniers au monde même.

Richement illustré de photos d’exploitation – pratiquement toutes suffisamment censurées que pour que les bienpensants puissent continuer à bien penser –, de cartons, d’affiches de films et de panneaux promotionnels, ce livre a le mérite d’exister ne fût-ce que parce que, comme l’explique le philosophe Laurent de Sutter, qui préface l’ouvrage, « il n’existe sans doute aucune différence entre une salle de cinéma pornographique, et une salle qui ne le serait pas ». D’où l’intérêt, aussi, de mettre en avant ce type de cinéma via la présentation d’un livre dédié à un lieu qui l’a accueilli pendant pas moins de 41 ans. Et d’ajouter qu’il faut aimer tous les types de cinéma, pornographique inclus car « leur disparition signalera sans doute que les êtres humains, alors, auront perdu une manière de désirer ».
Jimmy Pantera précise dans l’avant-propos de son livre que les stripteaseuses – celles de l’ABC donc notamment – « symbolisaient pour leurs dévots un simulacre platonicien, celui de l’allégorie de la caverne ». Un avant-propos dans lequel il détaille que l’ABC représentait pour d’aucuns « l’ultime cercle de l’enfer d’un genre cinématographique pulsionnel honni (…) abîme du septième art, mais aussi cimetière de la morale ». C’est dans ce cercle que nous sommes invités à pénétrer.
Pantera ne manque pas de souligner l’importance du cinéma Nova et de son équipe dans la naissance de son dernier bébé. C’est en effet ce lieu très spécial du septième art qui est le conservateur des archives de l’ABC. Il met d’ailleurs régulièrement à l’honneur le patrimoine de ce dernier, notamment via la projection de films qui y ont été diffusés. On y apprend ainsi avec intérêt que l’ABC offrait au spectateur un « luxe cinéphilique rare avec cent pour cent de films projetés en pellicule », soit davantage que le Musée du Cinéma de la Cinémathèque royale !

Plus loin, parole ou plutôt plume est donnée à JJ Marsh, historien du cinéma pornographique et fondateur de l’Erotic Film Society, qui partage avec le lecteur nombre d’anecdotes vécues lors de ses passages à l’ABC. Il explique ainsi y avoir retrouvé une habitude qu’il avait adoptée lors de ses visites dans les cinémas pour adultes de Londres durant les années 1980. Il s’asseyait « sur une revue chrétienne évangélique américaine ramassée dans le métro ». Point de cela à l’ABC mais, en lieu et place de la revue chrétienne, « un dépliant du magasin de téléphonie mobile voisin ». Il nous raconte qu’il vivait le court délai précédant la montée sur scène de la danseuse sur le point d’effectuer un striptease comme une plongée dans les limbes, allant jusqu’à se demander si le monde extérieur n’avait pas disparu, si lui et les autres spectateurs allaient « passer l’éternité à attendre une stripteaseuse qui n’arriverait peut-être jamais. » Soit « une variation classée X d’En attendant Godot », ajoute-t-il. Des stripteaseuses qui étaient parfois suivies « par deux ou trois spectateurs en quête de suppléments ou dévorés par un optimisme libidineux ». Il met lui aussi en avant le labeur du cinéma Nova et de ses bénévoles dans le travail de déménagement, de conservation et de restauration des copies de l’ABC, ainsi que l’importance du Festival Offscreen, « consacré au cinéma de genre  » déviant  » et organisé depuis 2008 dans différents lieux bruxellois, dont le cinéma Nova ». Savoureux aussi est son questionnement quant au décor des toilettes, de couleur rouge. Il y voit possiblement une association avec « chaleur, passion, sang ou encore enfer ».

Vient ensuite une section de près de 80 pages intitulée « Pornorama », dans le préambule de laquelle nous apprenons par exemple que si l’ABC possédait, parmi ses milliers de bobines, des longs métrages X cultes, on y découvrit aussi des œuvres très peu connues, proposant de nouvelles perspectives sur certains pans de l’histoire du cinéma, comme Seven Delicious Wishes, un porno de Lloyd Kaufman, futur créateur de la compagnie Troma et son célèbre Toxic Avenger. Et puis cela va des stags aux Nudies et Roughies américains, des grindhouses aux États-Unis toujours, et du mondo italien au Porno chic, en passant par les Glamour films en Angleterre.
Dans « Défense d’afficher », sont présentés des documents pouvant être répertoriés en cinq catégories : pavés de presse, dossiers de presses, affiches de cinéma, photos d’exploitation, et panneaux peints et cartons typographiques.
« Parade du charme » regroupe une quinzaine de récits de témoins de l’histoire de l’ABC, comme ceux de l’avocat Alain Berenboom, du cinéaste Roland Lethem, du docteur en histoire Nicolas Lahaye ou encore de stripteaseuses de l’ABC et de projectionnistes qui ont permis au cinéma d’exister pendant plus de quarante ans.

JJ Marsh voit dans la disparition du cinéma ABC « la fin d’une époque ». Cinéma ABC. La nécropole du porno vous permettra de prolonger, le temps de sa lecture, la magie d’une partie de l’histoire du cinéma bruxellois !

Expo à la Maison CFC et soirée au Nova

L’exposition Cinéma ABC. La nécropole du porno se tient aujourd’hui et demain, samedi 19 septembre, à la Maison CFC, rebaptisée pour l’occasion Maison ABC. On peut y découvrir une sélection d’affiches et de visuels promotionnels de films présentés à l’ABC.

Enfin, ce samedi, encore, une soirée ABC sera organisée au cinéma Nova avec, au menu : films, longs et courts métrages confondus, surprises et rencontre avec l’auteur. Plus d’infos sur nova-cinema.org !

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Jean-Philippe Thiriart

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 2/2 Critiques de SUSPIRIA : le DVD du remake et l’original

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 2/2 Critiques de SUSPIRIA : le DVD du remake et l’original 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Dario Argento soufflait ce lundi 7 septembre 2020 ses 80 bougies, avec 55 ans de cinéma au compteur.
L’occasion pour nous de lui souhaiter un excellent anniversaire !
En deux temps. Lundi dernier, avec notre interview du réalisateur italien lors de sa sixième et dernière venue au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Le maître du giallo était venu présenter son dernier film à un public acquis à sa cause : Dracula 3D.
Et aujourd’hui, avec un retour sur son film-phare Suspiria à travers une présentation du DVD du remake du film signé Luca Guadagnino. L’occasion également pour nous de comparer les deux métrages et de rendre hommage à l’original.

Suspiria

Réalisé par Luca Guadagnino
Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Sylvie Testud

Horreur
2h26

Une sortie Cinéart

Le film ★★★
Le DVD ★

Il en fallait du cran pour oser s’attaquer à un remake du chef-d’œuvre de Dario Argento. Même si la démarche a le vent en poupe, surtout depuis une quinzaine d’années, il est de ces films pour lesquels il faut sacrément assurer si l’on commence à les toucher. Le cas de Luca Guadagnino et de sa réinterprétation de Suspiria, sortie en 2018, pouvait facilement prêter à débat tant les directions prises ici par le metteur en scène sont parfois diamétralement opposées à l’œuvre initiale. Sous la houlette des studios Amazon, le réalisateur, qui n’en était pas à son coup d’essai en matière de « reprise » (il dirigea en 2015 A Bigger Splash, avec déjà Tilda Swinton et Dakota Johnson, remake de La Piscine de Jacques Deray sorti en 1969), nous propose son Suspiria, dans lequel le spectateur y trouve à boire et à manger.

Dans les années 70, en Allemagne, une compagnie de danse réputée voit arriver en son sein Susie, une jeune danseuse américaine qui prendra petit à petit une place prépondérante dans la troupe dirigée d’une main de fer par Madame Blanc.

Guadagnino se démarque dès le départ de son référent sur plusieurs points. Tout d’abord, si le Suspiria d’Argento dépassait à peine l’heure et demi, la version 2018 fait quasiment une heure de plus, ce qui pose bien des questions avant même d’attaquer le visionnage. Surtout lorsqu’on connaît la substantifique moëlle de l’histoire qui se résume en quelques lignes. Mais il ne faut pas longtemps pour comprendre d’où provient en grande partie ce timing et c’est, là encore, une des grandes différences avec l’original. Argento racontait à l’époque de manière assez simple cette histoire d’école de danse allemande hantée et peuplée de sorcières alors que Guadagnino y ajoute des références historiques, politiques et psychiatriques parfois indigestes et n’apportant pas grand-chose au film. Rappelons que le choix d’Argento de situer son histoire en Allemagne était dû au fait que, lors de ses recherches en amont, il avait remarqué que ce pays recelait de hauts lieux de la sorcellerie du Moyen-Âge.

Une autre grande différence réside dans le traitement de l’image, à mille lieux de la photographie giallesque d’Argento, qui composait ses plans avec un travail d’accentuation des couleurs propre au genre auquel il a lui-même donné ses lettres de noblesse. Guadagnino opte pour une photographie beaucoup plus terne qui colle davantage au ton qu’il a voulu donner à son remake. Une ambiance intéressante accentuée par le choix de tourner le film en pellicule.

Enfin, le rôle de la danse a également été revu dans la nouvelle version de Suspiria. Si dans l’original, elle tenait plus un second rôle*, ici ce mode d’expression tient une réelle fonction. L’accent est donc mis sur les mouvements des corps parfois brutaux, étranges mais toujours mis en scène avec une certaine maestria. Que ce soit dans la danse d’essai du personnage incarné par Dakota Johnson (« la danse qui tue » comme on pourrait l’appeler au regard de ses conséquences) ou dans la dernière représentation pour laquelle les demoiselles sont revêtues de cordages rouges, le travail de chorégraphie de Damien Jalet (danseur et chorégraphe franco-belge) est impressionnant. Il n’est pas toujours question de danse harmonieuse ou gracieuse. Ici, on entend les mouvements en plus de les voir, ce qui donne un aspect tribal et accentue le rôle prépondérant de cette expression artistique comme vecteur du film puisque le langage des corps représente bien ici un moyen de communication avec la « mère ».

Guadagnino aura donc accouché d’un hommage assez intéressant au Suspiria d’Argento en se permettant d’en développer certains aspects (relation maîtresse-élève voire mère-fille) que le duo Dakota Johnson-Tilda Swinton campe brillamment. Par contre, le côté parfois interminable de certaines séquences et, par extension, la trop longue durée du film ne jouent pas en sa faveur.

Du côté des bonus de l’édition Cinéart du DVD, deux parties sont proposées. La première se présente comme le making of du film mais n’en est pas un puisqu’il s’agit en grande partie d’interventions du réalisateur qui explique sa démarche. La seconde est axée sur la danse comme langage secret et voit les explications notamment de Damien Jalet sur son travail et sa manière de concrétiser son art comme moyen d’expression efficace pour le film. Quelques minutes de suppléments qui font le boulot.

* Il peut être important de recontextualiser la genèse du film et la manière dont Argento a amené la danse dans son histoire. Si le traitement de Suspiria porte bien la signature du réalisateur de par son traitement de l’image, du cadrage, des décors et de la direction photo, l’idée initiale lui a été soufflée par Daria Nicolodi, héroïne de son film précédent Les Frissons de l’Angoisse (Profondo Rosso – 1975) et compagne d’Argento à l’époque. Celle-ci lui raconte l’histoire de sa grand-mère qui a intégré une école de musique afin d’y pratiquer le piano et qui a découvert que les professeurs s’y adonnaient à la magie noire et à toutes sortes d’incantations. L’idée d’en écrire un scénario germe donc rapidement dans la tête du cinéaste italien qui transpose l’histoire dans une école de danse pour des questions de plus larges possibilités cinématographiques. Il sera également influencé dans son écriture par le livre de la fin du 19e siècle Les Confessions d’un Fumeur d’Opium qui renferme le conte Suspiria De Profundis dans lequel sont évoquées les trois mères (Mère des Soupirs, Mère des Enfers et Mère des Larmes) et dont Argento va bien sûr s’inspirer pour sa Trilogie des Enfers (ou Trilogie des Trois Mères) qui sera composée finalement de Suspiria (1977), Inferno (1980) et Mother of Tears (2007).

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Pour les deux autres capsules de l’interview de Dario Argento au BIFFF, c’est par ici et par là !

Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 1/2 Interview au BIFFF

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 1/2 Interview au BIFFF 1340 657 Jean-Philippe Thiriart

Dario Argento souffle ce lundi 7 septembre 2020 ses 80 bougies, avec 55 ans de cinéma au compteur.
L’occasion pour nous de lui souhaiter un excellent anniversaire !

En deux temps.
Aujourd’hui, avec notre interview du réalisateur italien lors de sa sixième et dernière venue au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Le maître du giallo était alors venu présenter son dernier film à un public acquis à sa cause : Dracula 3D.
Et ce jeudi 10 septembre, avec un retour sur son film-phare Suspiria à travers une présentation du DVD du remake du film signé Luca Guadagnino. L’occasion bien sûr également pour nous de comparer les deux métrages et de rendre hommage à l’original.


Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo : Olivier Bouvin (captation) et Jean-Philippe Thiriart (montage)
Une interview réalisée avec Richard Bourderionnet de SciFi-Universe.com

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

Voici un an, Jean-Pierre Mocky nous quittait. Un an déjà…

« [Mon cinéma,] c’est un peu comme un restaurant qui ne servirait que la nourriture de l’Himalaya. (…) Il y a 200 000 restaurants chinois mais il n’y en a pas beaucoup qui servent de la nourriture du Tibet. »

Figure inclassable du cinéma français, Jean-Pierre Mocky se distingue par la diversité de ses productions, leurs diffusions particulières, l’éventail d’acteurs et de collaborateurs présents dans ses films – unique dans le cinéma français – et la longévité de sa carrière qui va de 1959 jusqu’à son décès voici un an. Sa filmographie est l’une des plus étonnantes de l’espace francophone. Acteur puis assistant réalisateur, Mocky, que rien n’arrête ni ne fait taire, a écrit, réalisé, produit et distribué ses films, passant par le pire comme le meilleur, refusant sans cesse les compromis et se foutant toujours des bienséances.
Personnage haut en couleur, sur Internet notamment, avec des séquences cultes comme celles du Parapluie de Cherbourg de l’émission Strip-tease, il confiait volontiers : « Je suis souvent en colère. Ça me maintient en forme. »

Metteur en scène pour le moins actif, Jean-Pierre Mocky a réalisé notamment plus de 70 longs-métrages. Après 76 ans de carrière cinématographique au compteur, il comptait bien mourir en travaillant.
D’aucuns le considéraient comme un voyou du cinéma. Lui qui s’est parfois mis en marge de la société en commettant des films qui ne laissent pas indifférents. Rien d’étonnant qu’il voyait en Henri-Georges Clouzot un cinéaste qui « entrait dans le vif ».
Il aimait dire que Von Stroheim, Fellini, Welles, Tati, Linder, Vigo faisaient partie de ceux qui l’aidaient d’une certaine manière.

La musique joue un rôle important dans les films de Jean-Pierre Mocky. Nous pensons notamment à la très belle partition de Solo, signée Moustaki. Mais aussi à celles d’Agent trouble ou encore des Saisons du plaisir, de Gabriel Yared et Jorge Arriagada.
Celui qui a un jour officié sous le nom pour le moins sympathique de « Serge Batman » pour le film Les couilles en or signait le magnifique Solo dans le contexte des événements de mai 68. Un film qu’il réalisait, mais dans lequel il « faisait aussi l’acteur », comme il disait.
La « Nouvelle vague » à ses yeux ? Un « non-respect des règles de la mise en scène, tel un musicien qui ne tient pas compte des notes ».
Grand ami de Bourvil, un de ses acteurs-fétiches avec Michel Serrault, Jean-Pierre Mocky avait dirigé avec bonheur Jacqueline Maillan dans Les saisons du plaisir, prête à toutes les folies disait-il mais aussi Catherine Deneuve, qui n’était pas en reste dans Agent trouble.

Voici un peu plus de deux ans, le Ciné Club de l’INSAS avait invité Jean-Pierre Mocky à Bruxelles, au cinéma Nova. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir alors les nombreuses facettes du phénomène Mocky. Celle, aussi, d’un voyage transversal dans le cinéma français, pour aller y goûter d’un sentiment de liberté foutraque, excitant et souvent hilarant. Retour sur cinq de ses films, sélectionnés par les programmateurs du Ciné Club voici deux ans.

La cité de l’indicible peur (1964, 85′)
Farce jubilatoire, peuplée de bons mots, de personnages absurdes et inoubliables, entre cinéma français de papa et épisode foutraque de Scoubidou, adapté de Jean Ray, dialogué par Queneau, interprété par Bourvil, Francis Blanche, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, Jean-Louis Barrault, Jean Poiret (un casting de rêve donc), un chef d’œuvre de Jean-Pierre Mocky, emblématique de sa première période.

Solo (1969, 89′)
Solo est le premier volume d’une trilogie informelle qui continuera avec L’Albatros (1971) et L’Ombre d’une chance (1973). Ces trois films, uniques dans le parcours de Mocky, constituent un pan beaucoup plus noir, sec, nerveux de son univers. Alors que l’on fêtait lors de la venue à Bruxelles de Mocky l’anniversaire de Mai 68, Solo, réalisé un an après les événements, semble déjà sonner le glas de l’utopie révolutionnaire. La désillusion imprègne le film et Vincent Cabral, le héros, interprété par Mocky lui-même, impuissant, assiste à la débâcle. Un polar politique, violent et lumineux.

« Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ont eu peur de SOLO. »

Robin des mers (1987, 80′)
Armé de son courage et de sa perspicacité, le jeune Robin des mers se lance dans une véritable entreprise : retrouver du travail pour tous les chômeurs de son village. Robin croisera sur sa route des politiciens véreux – comme souvent dans les films de Mocky – mais aussi des foules en colère, un énarque en slip dans un arbre, des foules joyeuses… Un conte enivrant et plein d’humour malheureusement trop méconnu entre drame social, western et comédie.

Une nuit à l’assemblée (1988, 88′)
Michel Blanc, militant naturiste, à poil pendant cette heure et demie de film, tente de tirer au clair une sombre histoire de corruption de légion d’honneur. Mocky fit reconstruire l’intérieur de l’Assemblée nationale en studio et invita la quasi-intégralité de ses acteurs fétiches, plus quelques belles prises (Darry Cowl, Bernadette Lafont, Josiane Balasko, pour n’en citer que deux) dans ce film qui, sorti une année d’élection présidentielle, lui valut des ennuis et l’obligea à tourner dorénavant sous les radars. Un classique du cinéma de Mocky !

Dossier Toroto (2011, 64′)
Le professeur franco-japonais Toroto, inventeur d’un sérum pour faire grossir des tomates et des lapins, engage un jeune apprenti qui ingurgite par inadvertance ledit sérum et se retrouve pourvu d’un membre gigantesque – ce qui ne va pas sans provoquer certaines convoitises… Une « connerie », du propre aveu de Mocky. Fauchée et foisonnante, cette farce underground dynamite les convenances dans un capharnaüm jouissif…

« Bourvil, Michel Serrault et moi, on comprenait les gens de la rue. »
« J’ai toujours été bien accueilli en Belgique. »
« Je suis Le Canard enchaîné du cinéma. »
« CAMPING, c’est ma bête noire. »
« Beethoven adorait la bière, comme les Belges d’ailleurs, qui boivent de la bière sans arrêt. »

Jean-Philippe Thiriart

Crédit photo : Cédric Bourgeois
Crédits vidéo : Cédric Bourgeois (captation) et Diamant I. (montage)

Au revoir Marion… – Marion Hänsel (1949-2020)

Au revoir Marion… – Marion Hänsel (1949-2020) 960 635 Jean-Philippe Thiriart

Voici une semaine, la réalisatrice belge Marion Hänsel nous quittait.

Nous avons choisi de rendre hommage à Marion à notre manière, à travers le montage vidéo de quelques moments complices échangés avec elle au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et un retour sur nos rencontres avec cette grande dame, son cinéma et ses acteurs.

La dernière fois que nous avons interviewé Marion Hänsel, elle était accompagnée de Caroline D’Hondt, réalisatrice du documentaire Par-delà les nuages : le cinéma de Marion Hänsel. Nous nous sommes penchés avec elles sur le point de départ du documentaire, le cinéma de Marion en quelques mots, et le travail de Marion avec Catherine Deneuve ainsi que sa boîte de production.

Quelques années plus tôt, en 2016, nous rencontrions Marion et ses acteurs Olivier Gourmet et Sergi López pour nous rendre En amont du fleuve. À l’issue de cette série d’interviews, la cinéaste nous avait demandé si elle pouvait faire de celles-ci les bonus de l’édition française du DVD du film, ce que nous bien sûr accepté avec joie.

Enfin, c’est à travers ses acteurs Marilyne Canto et Olivier Gourmet que nous rencontrions pour la première fois Marion Hänsel et son cinéma lors d’interviews réalisées autour de son très touchant La Tendresse.

Au revoir Marion…

Jean-Philippe Thiriart

Des interviews captées par Mazin Mhamad, Lionel Flasse et Simon Van Cauteren, montées par Mourad Khlifi, Lionel Flasse et Simon Van Cauteren, avec Rick Mc Pie et Sandrine David à la photo, et un hommage monté par Nicolas Simoens
Crédit photo : Sandrine David

Les cinémas fermés, le cinéma vient à vous… en VoD !

Les cinémas fermés, le cinéma vient à vous… en VoD ! 680 468 Jean-Philippe Thiriart

Certes, découvrir un film confiné à la maison ne remplace pas l’expérience magique du visionnage de celui-ci dans une salle de cinéma. Mais en cette période inédite, l’initiative prise par différentes plateformes belges associées aux distributeurs et producteurs belges indépendants est plus que louable. Ils ont en effet pris une mesure forte : proposer en Vidéo à la Demande (VoD) les films de leur catalogue à l’affiche mais aussi les nouveautés prochaines, dès aujourd’hui et jusqu’à la réouverture des salles obscures de notre pays.

Pour le prix unique de 7,99€, direction les plateformes de VoD de VOO et Proximus Pickx bien sûr, mais aussi DALTON.be, LUMIEREFILMS.be (Lumière ciné chez vous), et l’immanquable UNIVERSCINE.be !

Afin de découvrir notamment, dès maintenant :
sur LUMIEREFILMS.be :

  • Cleo,
  • J’ai perdu mon corps,
  • Pour l’éternité, et
  • Sibel ;

et sur les autres plateformes mises en avant ci-dessus :

Et de voir, bientôt :

sur LUMIEREFILMS.be :

  • Atlantique,
  • Chanson douce,
  • Filles de joie,
  • La Fameuse invasion des ours en Sicile,
  • La Fille au bracelet,
  • La Vérité,
  • Le Traître,
  • Les Misérables, et
  • Matthias et Maxime ;

Et, sur les autres plateformes mentionnées ci-dessus :

  • Adam,
  • La Fille au Bracelet,
  • La Llorona,
  • Pompei.

N’hésitez pas à (re)découvrir notre couverture du film Adoration, qui figure parmi ce catalogue de films à la demande :
Adoration : interviews filmées de Fabrice Du Welz et de ses acteurs
Calvaire : critique du film qui a initié la trilogie de Du Welz
Alléluia : rencontres filmées de Fabrice Du Welz et Helena Noguerra, et réactions… à chaud !
Interviews express de Vincent Tavier et Manu Dacosse aux Magritte du cinéma

Ce mercredi, nous vous présenterons Losers Revolution, film qui vient donc de débarquer en vidéo à la demande suite à la fermeture des salles.

Bons films en VoD !

Jean-Philippe Thiriart

LE JEUNE AHMED : l’équipe du film vous invite à Gembloux -> 10 tickets-duo à gagner !

LE JEUNE AHMED : l’équipe du film vous invite à Gembloux -> 10 tickets-duo à gagner ! 748 1058 Jean-Philippe Thiriart

L’équipe du film Le Jeune Ahmed vous invite à Gembloux ce mardi 3 mars 2020, à l’Atrium 57 !

Au programme : coupe de bulles dès 18h30 puis projection du dernier film de Jean-Pierre et Luc Dardenne à 20h, suivie d’un échange avec les Frères que nous aurons le plaisir d’animer avec En Cinémascope.

10 tickets-duo sont à gagner via le concours que nous lançons sur la page Facebook de En Cinémascope !

À bientôt sur la page Facebook de En Cinémascope et… le 3 mars à Gembloux !

Luc et Jean-Pierre Dardenne, notamment, vous invitent à les rencontrer à Gembloux ce 3 mars

OFFSCREEN 2020

OFFSCREEN 2020 350 495 Jean-Philippe Thiriart

Du 4 au 22 mars 2020

Nous couvrirons pour vous la 13e édition de l’Offscreen Film Festival à Bruxelles, du 4 au 22 mars 2020, au cinéma Nova, à CINEMATEK, au cinéma RITCS et à Bozar. Join the Cult!