Critiques

Sortie littéraire : CINÉMA ABC. LA NÉCROPOLE DU PORNO

Sortie littéraire : CINÉMA ABC. LA NÉCROPOLE DU PORNO 2518 2560 Jean-Philippe Thiriart

Notre cote : ★★★

CFC-Éditions publiait, pas plus tard qu’hier, Cinéma ABC. La nécropole du porno, un ouvrage de Jimmy Pantera. ABC pour « Art Beauté Confort », un cinéma situé de 1972 à 2013 aux numéros 147 et 149 du Boulevard Adolphe Max, qui promettait d’y voir des films « plus qu’inattendus ». Le Cinéma ABC fut le dernier cinéma porno bruxellois à projeter des films en 35 millimètres accompagnés de live shows de stripteaseuses, un des derniers au monde même.

Richement illustré de photos d’exploitation – pratiquement toutes suffisamment censurées que pour que les bienpensants puissent continuer à bien penser –, de cartons, d’affiches de films et de panneaux promotionnels, ce livre a le mérite d’exister ne fût-ce que parce que, comme l’explique le philosophe Laurent de Sutter, qui préface l’ouvrage, « il n’existe sans doute aucune différence entre une salle de cinéma pornographique, et une salle qui ne le serait pas ». D’où l’intérêt, aussi, de mettre en avant ce type de cinéma via la présentation d’un livre dédié à un lieu qui l’a accueilli pendant pas moins de 41 ans. Et d’ajouter qu’il faut aimer tous les types de cinéma, pornographique inclus car « leur disparition signalera sans doute que les êtres humains, alors, auront perdu une manière de désirer ».
Jimmy Pantera précise dans l’avant-propos de son livre que les stripteaseuses – celles de l’ABC donc notamment – « symbolisaient pour leurs dévots un simulacre platonicien, celui de l’allégorie de la caverne ». Un avant-propos dans lequel il détaille que l’ABC représentait pour d’aucuns « l’ultime cercle de l’enfer d’un genre cinématographique pulsionnel honni (…) abîme du septième art, mais aussi cimetière de la morale ». C’est dans ce cercle que nous sommes invités à pénétrer.
Pantera ne manque pas de souligner l’importance du cinéma Nova et de son équipe dans la naissance de son dernier bébé. C’est en effet ce lieu très spécial du septième art qui est le conservateur des archives de l’ABC. Il met d’ailleurs régulièrement à l’honneur le patrimoine de ce dernier, notamment via la projection de films qui y ont été diffusés. On y apprend ainsi avec intérêt que l’ABC offrait au spectateur un « luxe cinéphilique rare avec cent pour cent de films projetés en pellicule », soit davantage que le Musée du Cinéma de la Cinémathèque royale !

Plus loin, parole ou plutôt plume est donnée à JJ Marsh, historien du cinéma pornographique et fondateur de l’Erotic Film Society, qui partage avec le lecteur nombre d’anecdotes vécues lors de ses passages à l’ABC. Il explique ainsi y avoir retrouvé une habitude qu’il avait adoptée lors de ses visites dans les cinémas pour adultes de Londres durant les années 1980. Il s’asseyait « sur une revue chrétienne évangélique américaine ramassée dans le métro ». Point de cela à l’ABC mais, en lieu et place de la revue chrétienne, « un dépliant du magasin de téléphonie mobile voisin ». Il nous raconte qu’il vivait le court délai précédant la montée sur scène de la danseuse sur le point d’effectuer un striptease comme une plongée dans les limbes, allant jusqu’à se demander si le monde extérieur n’avait pas disparu, si lui et les autres spectateurs allaient « passer l’éternité à attendre une stripteaseuse qui n’arriverait peut-être jamais. » Soit « une variation classée X d’En attendant Godot », ajoute-t-il. Des stripteaseuses qui étaient parfois suivies « par deux ou trois spectateurs en quête de suppléments ou dévorés par un optimisme libidineux ». Il met lui aussi en avant le labeur du cinéma Nova et de ses bénévoles dans le travail de déménagement, de conservation et de restauration des copies de l’ABC, ainsi que l’importance du Festival Offscreen, « consacré au cinéma de genre  » déviant  » et organisé depuis 2008 dans différents lieux bruxellois, dont le cinéma Nova ». Savoureux aussi est son questionnement quant au décor des toilettes, de couleur rouge. Il y voit possiblement une association avec « chaleur, passion, sang ou encore enfer ».

Vient ensuite une section de près de 80 pages intitulée « Pornorama », dans le préambule de laquelle nous apprenons par exemple que si l’ABC possédait, parmi ses milliers de bobines, des longs métrages X cultes, on y découvrit aussi des œuvres très peu connues, proposant de nouvelles perspectives sur certains pans de l’histoire du cinéma, comme Seven Delicious Wishes, un porno de Lloyd Kaufman, futur créateur de la compagnie Troma et son célèbre Toxic Avenger. Et puis cela va des stags aux Nudies et Roughies américains, des grindhouses aux États-Unis toujours, et du mondo italien au Porno chic, en passant par les Glamour films en Angleterre.
Dans « Défense d’afficher », sont présentés des documents pouvant être répertoriés en cinq catégories : pavés de presse, dossiers de presses, affiches de cinéma, photos d’exploitation, et panneaux peints et cartons typographiques.
« Parade du charme » regroupe une quinzaine de récits de témoins de l’histoire de l’ABC, comme ceux de l’avocat Alain Berenboom, du cinéaste Roland Lethem, du docteur en histoire Nicolas Lahaye ou encore de stripteaseuses de l’ABC et de projectionnistes qui ont permis au cinéma d’exister pendant plus de quarante ans.

JJ Marsh voit dans la disparition du cinéma ABC « la fin d’une époque ». Cinéma ABC. La nécropole du porno vous permettra de prolonger, le temps de sa lecture, la magie d’une partie de l’histoire du cinéma bruxellois !

Expo à la Maison CFC et soirée au Nova

L’exposition Cinéma ABC. La nécropole du porno se tient aujourd’hui et demain, samedi 19 septembre, à la Maison CFC, rebaptisée pour l’occasion Maison ABC. On peut y découvrir une sélection d’affiches et de visuels promotionnels de films présentés à l’ABC.

Enfin, ce samedi, encore, une soirée ABC sera organisée au cinéma Nova avec, au menu : films, longs et courts métrages confondus, surprises et rencontre avec l’auteur. Plus d’infos sur nova-cinema.org !

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Jean-Philippe Thiriart

BLADE RUNNER 2049 débarque ce soir à 20h35 sur La Une !

BLADE RUNNER 2049 débarque ce soir à 20h35 sur La Une ! 500 250 Jean-Philippe Thiriart

La programmation de Blade Runner 2049 sur La Une ce soir est l’occasion pour nous de revenir sur l’œuvre qui l’a précédé : Blade Runner, avant de vous proposer une critique du film de ce soir.

Retour vers le futuristique Blade Runner

Synopsis
Los Angeles, 2019. La colonisation de l’espace a débuté. La Tyrell Corporation produit des esclaves androïdes dont les capacités surpassent celles de leurs concepteurs. Nommés replicants, ces androïdes sont déclarés hors-la-loi après une mutinerie loin de notre planète. Rick Deckard (Harrison Ford), un blade runner, est recruté afin de les éliminer.

Blade Runner est l’adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick (1966). Œuvre culte, ce grand film d’anticipation – ou hard SF – fait partie de ces désormais classiques qui ont donné ses lettres de noblesse à la science-fiction sur grand écran. Dans la foulée de Star Wars et du Alien que Scott venait de signer. De ces œuvres d’art qui ont inspiré plusieurs générations de cinéastes. Par les beautés visuelle et sonore (la BO signée Vangelis) qu’il nous donne à contempler, les questions qu’il pose en ayant l’intelligence de ne pas y répondre, et les enjeux auxquels il nous confronte.

À l’issue du tournage de Blade Runner, Ridley Scott perd le contrôle artistique de son film, ce que d’aucuns pointeront comme la cause de son échec commercial à sa sortie en 1982. Il aura fallu pas moins de 25 ans et sept versions différentes de Blade Runner pour avoir enfin devant les yeux le director’s cut ultime de l’œuvre du cinéaste britannique. Signalons qu’il s’agit du premier film à bénéficier d’un director’s cut. C’était en 1992, soit dix ans après la sortie du métrage en salles. En 2007, allait néanmoins sortir un second director’s cut, réellement fidèle à la vision de Ridley Scott cette fois. La boucle était bouclée.

Regard sur Blade Runner 2049

Synopsis
Los Angeles, 2049. La société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. Lorsque l’officier K (Ryan Gosling), un blade runner, découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, qui a disparu depuis des décennies.

Une suite fidèle à l’œuvre originale
Le 7e Art se devait de donner une suite à Blade Runner.
Il aura fallu attendre 35 ans et un réalisateur de la trempe de Denis Villeneuve pour que la magie opère. Mission casse-gueule vu la qualité de l’original et les attentes générées mais mission accomplie, sur toute la ligne.

Le Canadien signe ici son dixième long métrage en vingt ans et le cinquième en cinq ans, depuis son arrivée à Hollywood avec le thriller poignant Prisoners en 2013. Nous l’avions découvert en 2010 avec Incendies, drame bouleversant porté par la Belge Lubna Azabal, pour lequel il nous avait accordé une agréable interview.
Le Canadien sait tout faire, navigant avec brio de la romance (Un 32 août sur Terre) à la science-fiction (Premier Contact et à présent Blade Runner 2049) en passant par le drame (Incendies donc, mais aussi Maelström), le thriller (Prisoners, certes, mais également Enemy) et le film policier (Sicario).

Pour la première fois, Denis Villeneuve a dû composer avec l’univers d’un autre grand faiseur d’images. Pour parvenir à extérioriser son propre univers intérieur. Son Blade Runner est très référencé et fidèle à l’œuvre originale d’un point de vue tant visuel (la photo est signée Roger Deakins, déjà actif sur Prisoners et Sicario), sonore, que musical (Hans Zimmer à la BO). Mais il porte aussi sa patte.

Cette superproduction est longue – 2h43 – mais elle est surtout captivante, de bout en bout. Et en prise avec la plus actuelle que jamais question de ce qui fait de nous ce que nous sommes, de ce qui nous différencie de ce que nous créons.
L’écriture du film fut collective et nous la devons notamment à Ridley Scott lui-même mais aussi à Hampton Fancher, le scénariste du premier Blade Runner, un gage de plus de la qualité de ce Blade Runner 2049.

Blade Runner ★★★★
Blade Runner 2049 ★★★

Nos cotes :
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★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Jean-Philippe Thiriart

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 2/2 Critiques de SUSPIRIA : le DVD du remake et l’original

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 2/2 Critiques de SUSPIRIA : le DVD du remake et l’original 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Dario Argento soufflait ce lundi 7 septembre 2020 ses 80 bougies, avec 55 ans de cinéma au compteur.
L’occasion pour nous de lui souhaiter un excellent anniversaire !
En deux temps. Lundi dernier, avec notre interview du réalisateur italien lors de sa sixième et dernière venue au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Le maître du giallo était venu présenter son dernier film à un public acquis à sa cause : Dracula 3D.
Et aujourd’hui, avec un retour sur son film-phare Suspiria à travers une présentation du DVD du remake du film signé Luca Guadagnino. L’occasion également pour nous de comparer les deux métrages et de rendre hommage à l’original.

Suspiria

Réalisé par Luca Guadagnino
Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Sylvie Testud

Horreur
2h26

Une sortie Cinéart

Le film ★★★
Le DVD ★

Il en fallait du cran pour oser s’attaquer à un remake du chef-d’œuvre de Dario Argento. Même si la démarche a le vent en poupe, surtout depuis une quinzaine d’années, il est de ces films pour lesquels il faut sacrément assurer si l’on commence à les toucher. Le cas de Luca Guadagnino et de sa réinterprétation de Suspiria, sortie en 2018, pouvait facilement prêter à débat tant les directions prises ici par le metteur en scène sont parfois diamétralement opposées à l’œuvre initiale. Sous la houlette des studios Amazon, le réalisateur, qui n’en était pas à son coup d’essai en matière de « reprise » (il dirigea en 2015 A Bigger Splash, avec déjà Tilda Swinton et Dakota Johnson, remake de La Piscine de Jacques Deray sorti en 1969), nous propose son Suspiria, dans lequel le spectateur y trouve à boire et à manger.

Dans les années 70, en Allemagne, une compagnie de danse réputée voit arriver en son sein Susie, une jeune danseuse américaine qui prendra petit à petit une place prépondérante dans la troupe dirigée d’une main de fer par Madame Blanc.

Guadagnino se démarque dès le départ de son référent sur plusieurs points. Tout d’abord, si le Suspiria d’Argento dépassait à peine l’heure et demi, la version 2018 fait quasiment une heure de plus, ce qui pose bien des questions avant même d’attaquer le visionnage. Surtout lorsqu’on connaît la substantifique moëlle de l’histoire qui se résume en quelques lignes. Mais il ne faut pas longtemps pour comprendre d’où provient en grande partie ce timing et c’est, là encore, une des grandes différences avec l’original. Argento racontait à l’époque de manière assez simple cette histoire d’école de danse allemande hantée et peuplée de sorcières alors que Guadagnino y ajoute des références historiques, politiques et psychiatriques parfois indigestes et n’apportant pas grand-chose au film. Rappelons que le choix d’Argento de situer son histoire en Allemagne était dû au fait que, lors de ses recherches en amont, il avait remarqué que ce pays recelait de hauts lieux de la sorcellerie du Moyen-Âge.

Une autre grande différence réside dans le traitement de l’image, à mille lieux de la photographie giallesque d’Argento, qui composait ses plans avec un travail d’accentuation des couleurs propre au genre auquel il a lui-même donné ses lettres de noblesse. Guadagnino opte pour une photographie beaucoup plus terne qui colle davantage au ton qu’il a voulu donner à son remake. Une ambiance intéressante accentuée par le choix de tourner le film en pellicule.

Enfin, le rôle de la danse a également été revu dans la nouvelle version de Suspiria. Si dans l’original, elle tenait plus un second rôle*, ici ce mode d’expression tient une réelle fonction. L’accent est donc mis sur les mouvements des corps parfois brutaux, étranges mais toujours mis en scène avec une certaine maestria. Que ce soit dans la danse d’essai du personnage incarné par Dakota Johnson (« la danse qui tue » comme on pourrait l’appeler au regard de ses conséquences) ou dans la dernière représentation pour laquelle les demoiselles sont revêtues de cordages rouges, le travail de chorégraphie de Damien Jalet (danseur et chorégraphe franco-belge) est impressionnant. Il n’est pas toujours question de danse harmonieuse ou gracieuse. Ici, on entend les mouvements en plus de les voir, ce qui donne un aspect tribal et accentue le rôle prépondérant de cette expression artistique comme vecteur du film puisque le langage des corps représente bien ici un moyen de communication avec la « mère ».

Guadagnino aura donc accouché d’un hommage assez intéressant au Suspiria d’Argento en se permettant d’en développer certains aspects (relation maîtresse-élève voire mère-fille) que le duo Dakota Johnson-Tilda Swinton campe brillamment. Par contre, le côté parfois interminable de certaines séquences et, par extension, la trop longue durée du film ne jouent pas en sa faveur.

Du côté des bonus de l’édition Cinéart du DVD, deux parties sont proposées. La première se présente comme le making of du film mais n’en est pas un puisqu’il s’agit en grande partie d’interventions du réalisateur qui explique sa démarche. La seconde est axée sur la danse comme langage secret et voit les explications notamment de Damien Jalet sur son travail et sa manière de concrétiser son art comme moyen d’expression efficace pour le film. Quelques minutes de suppléments qui font le boulot.

* Il peut être important de recontextualiser la genèse du film et la manière dont Argento a amené la danse dans son histoire. Si le traitement de Suspiria porte bien la signature du réalisateur de par son traitement de l’image, du cadrage, des décors et de la direction photo, l’idée initiale lui a été soufflée par Daria Nicolodi, héroïne de son film précédent Les Frissons de l’Angoisse (Profondo Rosso – 1975) et compagne d’Argento à l’époque. Celle-ci lui raconte l’histoire de sa grand-mère qui a intégré une école de musique afin d’y pratiquer le piano et qui a découvert que les professeurs s’y adonnaient à la magie noire et à toutes sortes d’incantations. L’idée d’en écrire un scénario germe donc rapidement dans la tête du cinéaste italien qui transpose l’histoire dans une école de danse pour des questions de plus larges possibilités cinématographiques. Il sera également influencé dans son écriture par le livre de la fin du 19e siècle Les Confessions d’un Fumeur d’Opium qui renferme le conte Suspiria De Profundis dans lequel sont évoquées les trois mères (Mère des Soupirs, Mère des Enfers et Mère des Larmes) et dont Argento va bien sûr s’inspirer pour sa Trilogie des Enfers (ou Trilogie des Trois Mères) qui sera composée finalement de Suspiria (1977), Inferno (1980) et Mother of Tears (2007).

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Pour les deux autres capsules de l’interview de Dario Argento au BIFFF, c’est par ici et par là !

Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 1/2 Interview au BIFFF

Bon anniversaire Monsieur Argento ! – 1/2 Interview au BIFFF 1340 657 Jean-Philippe Thiriart

Dario Argento souffle ce lundi 7 septembre 2020 ses 80 bougies, avec 55 ans de cinéma au compteur.
L’occasion pour nous de lui souhaiter un excellent anniversaire !

En deux temps.
Aujourd’hui, avec notre interview du réalisateur italien lors de sa sixième et dernière venue au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Le maître du giallo était alors venu présenter son dernier film à un public acquis à sa cause : Dracula 3D.
Et ce jeudi 10 septembre, avec un retour sur son film-phare Suspiria à travers une présentation du DVD du remake du film signé Luca Guadagnino. L’occasion bien sûr également pour nous de comparer les deux métrages et de rendre hommage à l’original.


Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo : Olivier Bouvin (captation) et Jean-Philippe Thiriart (montage)
Une interview réalisée avec Richard Bourderionnet de SciFi-Universe.com

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

Voici un an, Jean-Pierre Mocky nous quittait. Un an déjà…

« [Mon cinéma,] c’est un peu comme un restaurant qui ne servirait que la nourriture de l’Himalaya. (…) Il y a 200 000 restaurants chinois mais il n’y en a pas beaucoup qui servent de la nourriture du Tibet. »

Figure inclassable du cinéma français, Jean-Pierre Mocky se distingue par la diversité de ses productions, leurs diffusions particulières, l’éventail d’acteurs et de collaborateurs présents dans ses films – unique dans le cinéma français – et la longévité de sa carrière qui va de 1959 jusqu’à son décès voici un an. Sa filmographie est l’une des plus étonnantes de l’espace francophone. Acteur puis assistant réalisateur, Mocky, que rien n’arrête ni ne fait taire, a écrit, réalisé, produit et distribué ses films, passant par le pire comme le meilleur, refusant sans cesse les compromis et se foutant toujours des bienséances.
Personnage haut en couleur, sur Internet notamment, avec des séquences cultes comme celles du Parapluie de Cherbourg de l’émission Strip-tease, il confiait volontiers : « Je suis souvent en colère. Ça me maintient en forme. »

Metteur en scène pour le moins actif, Jean-Pierre Mocky a réalisé notamment plus de 70 longs-métrages. Après 76 ans de carrière cinématographique au compteur, il comptait bien mourir en travaillant.
D’aucuns le considéraient comme un voyou du cinéma. Lui qui s’est parfois mis en marge de la société en commettant des films qui ne laissent pas indifférents. Rien d’étonnant qu’il voyait en Henri-Georges Clouzot un cinéaste qui « entrait dans le vif ».
Il aimait dire que Von Stroheim, Fellini, Welles, Tati, Linder, Vigo faisaient partie de ceux qui l’aidaient d’une certaine manière.

La musique joue un rôle important dans les films de Jean-Pierre Mocky. Nous pensons notamment à la très belle partition de Solo, signée Moustaki. Mais aussi à celles d’Agent trouble ou encore des Saisons du plaisir, de Gabriel Yared et Jorge Arriagada.
Celui qui a un jour officié sous le nom pour le moins sympathique de « Serge Batman » pour le film Les couilles en or signait le magnifique Solo dans le contexte des événements de mai 68. Un film qu’il réalisait, mais dans lequel il « faisait aussi l’acteur », comme il disait.
La « Nouvelle vague » à ses yeux ? Un « non-respect des règles de la mise en scène, tel un musicien qui ne tient pas compte des notes ».
Grand ami de Bourvil, un de ses acteurs-fétiches avec Michel Serrault, Jean-Pierre Mocky avait dirigé avec bonheur Jacqueline Maillan dans Les saisons du plaisir, prête à toutes les folies disait-il mais aussi Catherine Deneuve, qui n’était pas en reste dans Agent trouble.

Voici un peu plus de deux ans, le Ciné Club de l’INSAS avait invité Jean-Pierre Mocky à Bruxelles, au cinéma Nova. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir alors les nombreuses facettes du phénomène Mocky. Celle, aussi, d’un voyage transversal dans le cinéma français, pour aller y goûter d’un sentiment de liberté foutraque, excitant et souvent hilarant. Retour sur cinq de ses films, sélectionnés par les programmateurs du Ciné Club voici deux ans.

La cité de l’indicible peur (1964, 85′)
Farce jubilatoire, peuplée de bons mots, de personnages absurdes et inoubliables, entre cinéma français de papa et épisode foutraque de Scoubidou, adapté de Jean Ray, dialogué par Queneau, interprété par Bourvil, Francis Blanche, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, Jean-Louis Barrault, Jean Poiret (un casting de rêve donc), un chef d’œuvre de Jean-Pierre Mocky, emblématique de sa première période.

Solo (1969, 89′)
Solo est le premier volume d’une trilogie informelle qui continuera avec L’Albatros (1971) et L’Ombre d’une chance (1973). Ces trois films, uniques dans le parcours de Mocky, constituent un pan beaucoup plus noir, sec, nerveux de son univers. Alors que l’on fêtait lors de la venue à Bruxelles de Mocky l’anniversaire de Mai 68, Solo, réalisé un an après les événements, semble déjà sonner le glas de l’utopie révolutionnaire. La désillusion imprègne le film et Vincent Cabral, le héros, interprété par Mocky lui-même, impuissant, assiste à la débâcle. Un polar politique, violent et lumineux.

« Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ont eu peur de SOLO. »

Robin des mers (1987, 80′)
Armé de son courage et de sa perspicacité, le jeune Robin des mers se lance dans une véritable entreprise : retrouver du travail pour tous les chômeurs de son village. Robin croisera sur sa route des politiciens véreux – comme souvent dans les films de Mocky – mais aussi des foules en colère, un énarque en slip dans un arbre, des foules joyeuses… Un conte enivrant et plein d’humour malheureusement trop méconnu entre drame social, western et comédie.

Une nuit à l’assemblée (1988, 88′)
Michel Blanc, militant naturiste, à poil pendant cette heure et demie de film, tente de tirer au clair une sombre histoire de corruption de légion d’honneur. Mocky fit reconstruire l’intérieur de l’Assemblée nationale en studio et invita la quasi-intégralité de ses acteurs fétiches, plus quelques belles prises (Darry Cowl, Bernadette Lafont, Josiane Balasko, pour n’en citer que deux) dans ce film qui, sorti une année d’élection présidentielle, lui valut des ennuis et l’obligea à tourner dorénavant sous les radars. Un classique du cinéma de Mocky !

Dossier Toroto (2011, 64′)
Le professeur franco-japonais Toroto, inventeur d’un sérum pour faire grossir des tomates et des lapins, engage un jeune apprenti qui ingurgite par inadvertance ledit sérum et se retrouve pourvu d’un membre gigantesque – ce qui ne va pas sans provoquer certaines convoitises… Une « connerie », du propre aveu de Mocky. Fauchée et foisonnante, cette farce underground dynamite les convenances dans un capharnaüm jouissif…

« Bourvil, Michel Serrault et moi, on comprenait les gens de la rue. »
« J’ai toujours été bien accueilli en Belgique. »
« Je suis Le Canard enchaîné du cinéma. »
« CAMPING, c’est ma bête noire. »
« Beethoven adorait la bière, comme les Belges d’ailleurs, qui boivent de la bière sans arrêt. »

Jean-Philippe Thiriart

Crédit photo : Cédric Bourgeois
Crédits vidéo : Cédric Bourgeois (captation) et Diamant I. (montage)

Revoilà l’humour belge ado… ré ! – Critique de ADORABLES et interview de la réalisatrice Solange Cicurel

Revoilà l’humour belge ado… ré ! – Critique de ADORABLES et interview de la réalisatrice Solange Cicurel 800 1082 Jean-Philippe Thiriart

CRITIQUE DU FILM

Adorables

Réalisé par Solange Cicurel
Avec Elsa Zylberstein, Lucien Jean-Baptiste, Ioni Matos, Hélène Vincent, Tania Garbarski, Stéphanie Crayencour

Comédie
1h31

★★★

Adorables sort dans nos salles ce mercredi 29 juillet. Solange Cicurel réalise là son deuxième film après Faut pas lui dire en 2017. La réalisatrice belge a décidé de partager son expérience avec le spectateur en l’emmenant dans une comédie familiale qui prend le parti d’aborder l’adolescence du point de vue d’une mère de famille déboussolée par l’entrée dans cet âge-clé de sa fille de quatorze ans.

L’histoire est celle d’Emma, mère dans la quarantaine confrontée au début de la crise d’adolescence de sa fille Lila. Alors que mère et fille vont se mettre des bâtons dans les roues pour tenter d’obtenir gain de cause à chaque instant, Victor, le père de Lila, séparé d’Emma, va tenter de les réconcilier. Mais rien n’y fait, mère et fille ne se supportent plus.

Ce film est un réel plaisir, un moment à partager entre parents et adolescents notamment. On y découvre les premiers pas du chanteur Amir au cinéma mais également ceux de Ioni Matos, jeune Farciennoise de treize ans. Ils sont accompagnés des acteurs français Elsa Zylberstein (Il y a longtemps que je t’aime, Un sac de billes), Lucien Jean-Baptiste (La Première étoile, Il a déjà tes yeux) et Hélène Vincent (La vie est un long fleuve tranquille, Hors Normes). Mais Solange Cicurel retrouve aussi dans Adorables les actrices belges Tania Garbarski et Stéphanie Crayencour, qu’elle avait déjà dirigées dans son premier film.

Adorables est un film atypique et déjanté qui met le spectateur de bonne humeur. On sent dès le début qu’il s’agit d’un film issu de notre cinématographie car l’humour y est typiquement belge. Le burlesque et l’exagération se côtoient avec justesse pendant la première moitié du film, avant de laisser place, ensuite, à un humour plus classique mais tout aussi appréciable.

Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif


INTERVIEW DE LA RÉALISATRICE SOLANGE CICUREL

Adorables est votre deuxième film, après Faut pas lui dire il y a maintenant trois ans. Comment vous est venue l’idée d’arrêter le métier d’avocate et de revenir à votre première passion : le cinéma ?
J’ai toujours adoré écrire, c’est vraiment une passion. J’adorais le théâtre et puis j’ai eu la chance de rencontrer lors d’un dîner une productrice de cinéma, Diana Elbaum, à qui j’ai demandé un peu timidement si je pouvais lui envoyer un scénario. Elle m’a répondu oui, mais un scénario de court métrage alors. J’ai donc écrit Einstein était un réfugié, inspiré de ma vie d’avocate en droit des étrangers, et ça lui a plu. Elle m’a recontactée et m’a dit qu’on allait essayer de travailler sur ce scénario. Et de fil en aiguille, je suis passée à la réalisation, ce qui était pour moi un peu comme un rêve d’enfant mais un rêve inaccessible. Quand elle m’a donné la chance de tourner Einstein était un réfugié, je l’ai saisie évidemment et puis la machine s’est enclenchée : le virus était inoculé. Dès lors, après Einstein, j’ai voulu faire un long métrage. Il s’agissait d’une comédie. Elle n’était pas très fan et m’a dit de faire plutôt quelque chose dans la foulée de mon court métrage. Mais je voulais vraiment écrire une comédie. Au bout d’une soixantaine de versions, elle a renoncé, jeté l’éponge et m’a dit ok pour une comédie. C’est comme cela qu’on a tourné Faut pas lui dire et, dans la foulée, Adorables.

Revenons quelques instants à Faut pas lui dire. Comment avez-vous fait pour convaincre une actrice ou plutôt une chanteuse comme Jennifer Bartoli de jouer dans votre film ?
Un scénario, c’est d’abord une rencontre avec une écriture. On a donc envoyé le scénario à Jennifer, qui l’a lu et qui aimait bien l’idée de commencer son aventure cinématographique avec quelque chose de choral où elle ne jouait pas seule, mais avec d’autres personnages. Le concept de Faut pas lui dire, où il y a quatre cousines, la séduisait. J’imagine qu’elle a dû aimer le scénario d’emblée puisqu’elle m’a tout de suite dit oui. Son agent nous a recontactées très rapidement. On s’est rencontrées. Le courant est très vite bien passé et nous sommes parties dans l’aventure ensemble.

Vous avez obtenu un Magritte pour ce premier film. Est-ce important à vos yeux ?
Ah oui, c’est une reconnaissance plus qu’importante. Cela doit être probablement un des plus beaux jours de ma vie. Parce que voilà, produire une comédie n’était pas évident en Belgique et donc être reconnue pour cela, c’était extrêmement important. Et en plus, cela flatte un peu l’ego, ce qui n’est pas désagréable !

Venons-en maintenant à votre nouveau film, Adorables. N’aviez-vous pas d’appréhension en prenant pour sujet l’adolescence, déjà fort prisé dans le cinéma français ces dernières années ?
L’idée de tourner un film d’ados, c’était aussi de me dire : « comment est-ce que je vais présenter quelque chose qui n’a pas été fait ? ». On a déjà vu beaucoup de films d’adolescents mais ces films sont toujours traités du point de vue de l’adolescent. Que ce soit La Boum, LOL, etc., le personnage principal est l’adolescente. Il y a évidemment les parents autour mais on ne s’intéresse pas vraiment à ce que les parents vivent ou ressentent. C’est ce que l’adolescente vit ou ressent qui est considéré. Ici, le point de vue est celui de la mère. Donc, la fille est une adolescente de base, elle veut sortir, elle veut transgresser mais on s’intéresse à la mère. C’est cela qui est original dans le scénario d’Adorables : c’est la crise d’adolescence vue du point de vue des parents. Soit celui de la mère soit celui du père ou de la grand-mère, aussi, parce qu’il s’agit d’un film transgénérationnel. C’est important aussi de le dire. Et puis c’est un film sur la transmission, sur l’éducation, sur le fait que l’on s’est souvent dit étant jeune : « moi, je ne ferai jamais comme mes propres parents » et puis, confronté à ses enfants, on se rend compte que, souvent, on reproduit ce que les parents ont fait et disent.
Moi, petite, je me disais bien évidemment que je laisserais sortir mes enfants, ne leur donnerais pas de règles, ne leur dirais pas qu’ils doivent rentrer à minuit ou une heure en fonction de leur âge. Je me disais que je pourrais faire confiance à mes enfants mais en fait, non. Quand je suis devenue mère, mon ado voulait rentrer à quatre heures. Je lui ai dit de rentrer à vingt-trois heures trente. En fait, je deviens ma propre mère. Ce film porte donc sur cette mère de famille qui va finalement faire sa propre crise d’adolescence à quarante ans.

Dans ce film on voit aussi la présence du père, Victor. À un moment, il propose à Lila, sa fille, de signer un contrat avec sa mère. Cette idée de contrat vous vient-elle de votre précédent métier ?
Cette idée de contrat, elle vient du fait que je fais des contrats avec mes propres enfants. Je trouve que quand c’est écrit, c’est beaucoup beaucoup plus simple. Il n’y a pas de discussions. On écrit tout. Et puis, quand il y a des discussions, on reprend le contrat et on dit : « qu’est-ce qui avait été dit ? Tu es rentré à une heure, une heure ce n’est pas minuit. » Donc voilà, les choses sont très claires. Et puis, Victor, c’est un personnage important dans le film, le papa. Il est le médiateur, celui qui garde l’église au milieu du village. C’est aussi celui qui éduque sa fille, qui dit à sa fille qu’elle peut faire ce qu’elle veut mais qu’elle doit respecter sa mère, ne pas l’insulter. Il est là aussi pour l’équilibre. C’est important dans un film, quand un des personnages pète un câble, d’avoir l’autre personnage qui garde les choses plus stables. Mais, il est là aussi pour comprendre sa fille. De ce fait, Victor est un joli personnage.

Comme vous venez de le dire, vos personnages pètent parfois des câbles et ont des répliques assez drôles mais assez fortes, aussi. D’où proviennent ces répliques ?
J’imagine que cela vient de mon propre vécu. Et puis, en fait, je n’écris pas pour faire rire. J’écris pour être le plus vrai possible. J’essaie que cette vérité touche les gens. Pendant les projections d’Adorables, ce qui est extraordinaire, c’est de voir les salles rire et pleurer. On a fait des avant-premières et on a vu des gens qui rient beaucoup et sortent du film en étant extrêmement touchés. Il y en a même qui pleurent parce que ce rapport entre la mère et sa fille, les disputes, cette réconciliation les touchent. Cela reste un feel-good movie, une comédie qui finit bien. C’est magnifique de voir cela. Dès lors, les dialogues viennent de là, de cette envie d’aller au plus près de la vérité, de ma vérité en tout cas.

On découvre à l’écran la jeune Ioni Matos. Comment avez-vous su qu’elle conviendrait pour jouer le rôle de Lila ?
Je me fie beaucoup à mon instinct, à mon intuition. J’ai vu une soixantaine de jeunes filles et quand je l’ai vue, à la seconde, j’ai su que c’était elle. On a alors commencé le casting. Elle était bonne, sans plus. Mais j’avais vraiment envie que ce soit elle. Donc, je l’ai poussée dans ce qu’elle devait faire. On a essayé de faire de l’impro. La directrice de casting m’a d’ailleurs demandé pourquoi je m’acharnais sur elle. Je lui ai répondu que je sentais que c’était elle. J’ai donc voulu la revoir plusieurs fois. Mais j’ai trouvé qu’elle avait l’énergie de cette jeune fille que je voulais dans mon film à la seconde où je l’ai entendue parler et où elle m’a dit qu’elle avait onze ans et demi. Je trouvais déjà que venir à un casting à onze ans et demi était hyper culotté. Je me suis dit que cette jeune femme avait quelque chose, avait la niaque. On sentait aussi qu’elle avait envie de travailler, qu’elle n’avait pas peur de travailler. Donc voilà : elle m’a séduite.

Comment Amir s’est-il retrouvé dans votre film ?
Tout d’abord parce que je suis fan. J’aime beaucoup le chanteur mais aussi la gentillesse qui se dégage dans ses interviews. Je trouve qu’il a toujours quelque chose d’hyper positif, de gentil. C’était donc un tout, le personnage en entier me plaisait. Voilà, je cherchais, j’aimais bien l’idée qu’Emma soit fan. Je trouve que cela donne toujours aussi au personnage un côté réel. Personnellement, je suis fan de Jean-Jacques Goldman depuis que je suis toute jeune. J’écris ce que je connais : aimer comme cela un chanteur, aller voir tous ses concerts… On lui a posé la question tout simplement. On l’a contacté via son manager et on lui a dit qu’on avait un petit rôle mais qui prend de la place dans le film parce qu’on parle beaucoup de lui en fait. Et très gentiment, il a dit oui, que ce serait pour lui une première expérience au cinéma. Et hop : il s’est joint à nous dans l’aventure avec beaucoup de bonheur parce qu’il fait cela extrêmement bien, de nouveau avec sa gentillesse et son énergie ! C’était donc un réel plaisir.

Le jour de sortie, voici une semaine, le mercredi 22 juillet, votre film a comptabilisé plus de 13 000 entrées en France. Ce fut le meilleur score ce jour-là. Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
On peut me souhaiter que les gens aillent au cinéma voir Adorables, que le bouche-à-oreille se fasse. J’espère que les spectateurs aimeront le film et qu’ils en sortiront avec des sentiments de joie et d’émotion.

Avez-vous déjà en tête de nouveaux projets de films ?
Oui, ce sera encore une comédie, qu’on espère pouvoir tourner l’année prochaine, si tout va bien !

Propos recueillis par Raphaël Pieters

Rencontrez LA FILLE INCONNUE, ce soir à 22h50 sur France 2, avec nos interviews de l’équipe du film !

Rencontrez LA FILLE INCONNUE, ce soir à 22h50 sur France 2, avec nos interviews de l’équipe du film ! 2560 1706 Jean-Philippe Thiriart

Ce soir à 22h50, France 2 propose au spectateur de découvrir l’avant-dernier film de Jean-Pierre et Luc Dardenne : La Fille inconnue, sélectionné en compétition officielle lors de la 69e édition du Festival de Cannes.

Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir nos interviews de l’équipe du film – Adèle Haenel, Christelle Cornil et Luc Dardenne – et notre captation de la conférence de presse donnée par les frères Dardenne avant la projection du film en Ouverture du 31e Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF).

La Fille inconnue narre l’histoire de Jenny (Adèle Haenel), jeune généraliste qui fera tout pour découvrir l’identité d’une jeune fille décédée après avoir trouvé close la porte de son cabinet. L’actrice française Adèle Haenel – une des plus douées de sa génération – est pour le moins bien entourée à l’écran par plusieurs acteurs des frères : les comédiens belges Olivier Gourmet – magistral une fois de plus -, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione et Christelle Cornil, notamment.

Dans une première vidéo, Adèle Haenel nous explique pourquoi elle a accepté ce rôle, Christelle Cornil nous détaille comment s’est déroulé le tournage avec les frères Dardenne, et le coréalisateur du film Luc Dardenne, « très ému », partage avec nous son état d’esprit à quelques minutes de la première présentation du film au public belge au FIFF.

« C’est une chance de travailler avec les frères Dardenne. » Adèle Haenel

La captation de la conférence de presse accordée par les réalisateurs nous apporte ensuite un éclairage sur le nouveau montage du film après une trentaine de coupes depuis sa présentation au Festival de Cannes, le travail des frères avec des actrices que l’on peut qualifier de stars et qu’ils n’ont pas eux-mêmes révélées – Cécile de France, Marion Cotillard et Adèle Haenel depuis -, l’approche quelque peu différente adoptée avec les acteurs expérimentés et les acteurs amateurs, leur préférence pour les héroïnes plutôt que pour les héros, la possibilité de voir un jour sur les écrans un film des Dardenne en mode comédie, leur choix de coproduire les films de Ken Loach et, enfin, le tournage de leur film suivant : Le Jeune Ahmed.

« C’est sans doute parce qu’elle est une femme qu’il y a autant de violence qui s’abat sur notre protagoniste. » Luc Dardenne

Jean-Philippe Thiriart

Crédit vidéo : Lionel Flasse
Crédit photo : Mazin Mhamad

Avec le MR. NOBODY de Jaco Van Dormael – ce soir à 22h15 sur RTL TVI – tout reste possible !

Avec le MR. NOBODY de Jaco Van Dormael – ce soir à 22h15 sur RTL TVI – tout reste possible ! 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

En ce jour de fête nationale belge, RTL TVI met notre cinéma à l’honneur en diffusant deux films majeurs d’un de ses plus grands ambassadeurs : Jaco Van Dormael. Place d’abord au film Le Huitième Jour à 20h10, puis à Mr. Nobody à 22h15. C’est ce dernier que nous avons choisi de vous présenter aujourd’hui.

« Quand on doit faire un choix, il n’y a jamais seulement deux options possibles mais une infinité qui découlent des deux premières. » Jaco Van Dormael

Mr. Nobody

Réalisé par Jaco Van Dormael
Avec Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham

Science-fiction, drame
2h21

★★★★

Le synopsis

Un enfant sur le quai d’une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu’il n’a pas choisi, tout reste possible.
Toutes les vies méritent d’être vécues.

Un coup de cœur énorme

Parmi les films que nous avons eu tantôt le bonheur, tantôt le déplaisir de visionner, figurent au top cinq de ceux qui nous ont le plus touché Le Grand Bleu, Le Temps des gitans, Old Boy, Le Premier jour du reste de ta vie… et, depuis le 20 novembre 2009 et sa découverte en vision de presse, Mr. Nobody. L’avant-dernier film de Jaco Van Dormael, Mr. Nobody, est depuis devenu notre film de chevet.
Le moins que l’on puisse écrire est que Jaco Van Dormael a su se faire rare. Voilà treize ans qu’on attendait alors la sortie du dernier bébé de ce perfectionniste : le complètement fou Mr. Nobody, film sur la vie, sur le doute, mais avant tout sur les choix et leur complexité.
Le film a été boudé par les Festivals majeurs puisqu’il n’a pas fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2009 et n’a remporté qu’un seul prix à la 66e Mostra de Venise : celui de la meilleure contribution technique et artistique pour les décors, qui est venu récompenser le travail de la décoratrice française Sylvie Olivé. Budgété à 50 millions d’euros, le film en aura finalement coûté un peu plus de 30. Il a été tourné en six mois, d’abord en Belgique, puis en Angleterre et au Canada et, enfin, en Allemagne. Un an de montage a ensuite été nécessaire pour finaliser l’œuvre.
Nous rejoignions entièrement Philippe Godeau, le producteur de Jaco Van Dormael depuis Toto le héros, lorsqu’il dit que son ami est d’abord un poète, avant d’être un metteur en scène : « Jaco ne fait pas de discours mais nous fait sentir, vivre et revivre. C’est un tour de force. ». Le cinéma étant l’art de montrer et non de dire, nous ne pouvons qu’abonder dans son sens. Les larmes viennent à plusieurs reprises lors du visionnage de Mr. Nobody. Nous avons tenté de les retenir, en vain…

Les acteurs

« C’est un cadeau merveilleux d’avoir été invité dans cette famille [qu’est l’équipe de Jaco] pour vivre cette aventure. » Jared Leto

L’interprétation des acteurs est très juste. À commencer par celle de Jared Leto, qui a mis à profit la fatigue pour réussir à atteindre ce moment de grâce où il perd le contrôle pour devenir son (ses) personnage(s), celui de Nemo Nobody. Mr. Nobody a été pour lui le personnage le plus complexe à jouer. Sarah Polley est, elle, plus que crédible en mère dépressive. Très enthousiaste, elle dit n’avoir jamais été aussi heureuse sur un plateau que sur celui de Mr. Nobody alors qu’elle pleure lors de pas mal de ses passages à l’écran. Quant à Diane Kruger, c’était la deuxième fois qu’elle interprétait un rôle de mère, après celui qu’elle avait incarné dans Pour elle, du Français Fred Cavayé.

« C’est dans ces moments-là que le métier d’actrice devient le plus beau métier du monde. » Sarah Polley

Sans oublier Linh Dan Pham, dont le personnage est, comme le dit Jaco Van Dormael, sans doute le plus dramatique du film. Soulignons enfin le jeu tout en retenu des jeunes Toby Regbo et Juno Temple, qui interprètent les rôles d’Anna et de Nemo quand ceux-ci sont âgés d’une quinzaine d’années.

La musique

« Le son s’adresse à l’inconscient, il change l’image et laisse imaginer tout ce qu’on ne voit pas. » Jaco Van Dormael

La musique originale du film a été composée par le frère de Jaco Van Dormael, qui n’est autre que le grand jazzman Pierre Van Dormael. Décédé peu avant la finalisation du film, Pierre Van Dormael est l’orchestrateur de la musique des trois premiers longs métrages de son frère. Il a su apporter au film un savant mélange de simplicité et de complexité. Deux morceaux reviennent à plusieurs reprises, interprétés par des musiciens différents : Mr. Sandman et la Pavane op. 50. Si Mr. Sandman était présent dès l’écriture du scénario, la majorité des autres morceaux du film sont venus s’ajouter par après.

L’image

Le film, qui a bénéficié d’un montage qui aura duré un an, est littéralement époustouflant au niveau visuel. Avec Mr. Nobody, Jaco Van Dormael réinvente le terme « flash-back ». Nous avons été frappés par les très beaux procédés filmiques auxquels le réalisateur a eu recours dans cette petite merveille pour les yeux. Jaco Van Dormael a tout pensé avec une précision incroyable : une vie filmée de façon à obtenir à l’écran une fusion de deux charges amoureuses, une dans laquelle on joue sur la distance, une maniant avec efficacité la technique du hors-champs, une entièrement floue ou encore une où tout est net. Jaco Van Dormael est en outre parvenu à proposer un futur très crédible. Pour ce faire, il a surtout pu compter sur l’aide de trois personnes-clés : la décoratrice Sylvie Olivé, le dessinateur François Schuiten, qui a imaginé ce futur, et Louis Morin, responsable des effets spéciaux et réalisateur deuxième équipe.

L’anglais

Un travail important a été effectué au point de vue de la traduction du scénario et des dialogues du film. Celui-ci semble en effet avoir été écrit et dialogué directement en anglais alors que Jaco Van Dormael a écrit le film en français, sauf quand certaines idées ou certains dialogues lui venaient directement en anglais.

« Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix mais seulement la manière de les vivre. » Jaco Van Dormael

Laissez la magie opérer !

Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

ALIEN: COVENANT – Papy Ridley fait de la résistance ce soir à 20h15 sur Plug RTL !

ALIEN: COVENANT – Papy Ridley fait de la résistance ce soir à 20h15 sur Plug RTL ! 2048 1640 Jean-Philippe Thiriart

Réalisé par Ridley Scott
Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, James Franco, Billy Crudup, Danny McBride

Science-fiction
2
h02

Ou comment condamner des milliers de personnes à cause d’incohérences scénaristiques.

Mais commençons par le commencement.
Avec Alien, Ridley Scott avait frappé fort à la fin des années 70. Un vaisseau perdu dans l’espace, un alien tueur et un équipage pris au piège, voilà les trois ingrédients magiques d’une franchise qui a alimenté les angoisses des plus hardis d’entre nous.

Retour tout aussi spectaculaire en 1986 avec cette fois aux manettes James Cameron. Cette suite directe du premier volet délaissera quelque peu son aspect claustrophobique pour y ajouter une bonne dose d’action comme seul le réalisateur des Terminator et autre True Lies en a le secret.

S’en suivront deux autres films (en 1992 et 1997) réalisés par David Fincher et Jean-Pierre Jeunet, explorant toujours un peu plus loin la mythologie mise en place par Ridley Scott et Dan O’Bannon, scénariste du premier opus.

Et puis, en 2012, arriva Prometheus. Alors que les fans attendaient depuis des années une suite directe à la saga Alien, on eut droit à une prequel menant aux évènements du premier opus. Et le moins que l’on puisse dire est que l’accueil fut (très ?) mitigé. Scénario sans queue ni tête, incohérences à foison, protagonistes sans charisme… le film se rattrapait néanmoins par une réalisation soignée et des images d’une beauté rare.

400 millions de dollars de recettes plus tard sortait sur nos écrans en mai 2017 la sequel de la prequel. (Huhu)
Et qu’est-ce qu’on en a pensé ? Nous allons vous le dire. Mais d’abord, voici le pitch :
Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

On ne va pas la faire longue : c’est beau. Le film à de la gueule. Juste équilibre entre CGI (effets spéciaux numériques) et décors naturels. Voilà pour le positif.
Alien: Covenant souffre des mêmes défauts que Prometheus, un cran au-dessus encore. Le film croule sous les incohérences, à tel point qu’on en sort complètement au bout de dix petites minutes à peine. Impossible de s’investir et de ressentir quoi que ce soit pour cet équipage profondément débile et dont chacune des décisions n’a ni queue ni tête. Enfin, comme dans Prometheus, nous avons droit à une philosophie de comptoir n’apportant rien à l’histoire et engendrant le plus souvent des dialogues à la limite du ridicule.

Rien de bien folichon côté ambiance non plus. Les frissons ne sont définitivement pas au rendez-vous.

Il est encore loin le temps où nous aurons enfin droit à un Alien digne de ce nom (Sigourney, reviens !). Et, par pitié, si un jour vous arrivez sur une planète inconnue, n’enlevez pas votre casque. Non, vraiment. C’est débile.

Antoine Leroy

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★           Convaincant
★★★         Remarquable
★★★★       Impératif

LE MIROIR – version restaurée – et ANDREI TARKOVSKY. A CINEMA PRAYER : une quête de sens toujours d’actualité

LE MIROIR – version restaurée – et ANDREI TARKOVSKY. A CINEMA PRAYER : une quête de sens toujours d’actualité 1278 719 Jean-Philippe Thiriart

La version restaurée du film Le Miroir de Andrei Tarkovsky entame sa deuxième semaine dans les salles belges. Nous avons choisi de vous proposer aujourd’hui une critique du film, mais aussi du documentaire réalisé par le fils de Tarkovsky : Andrei Tarkovsky. A Cinema Prayer, disponible en VoD Premium sur cinechezvous.be.

LE MIROIR

Réalisé par Andrei Tarkovsky

Avec Margarita Terekhova, Oleg Yankovskiy, Filipp Yankovskiy, Ignat Daniltsev

Drame
1h47

★★★★

Andrei Tarkovsky nous invite à un voyage contrasté entre les soucis de la ville, du monde, et la « passivité » vécue dans les campagnes ; certes parfois chamboulé par l’un ou l’autre évènement comme, par exemple, l’arrivée d’un étranger qui cherche son chemin. Peut-être son destin ? Un voyage dont le fil conducteur se perd au début, avec des scènes en apparence non liées, mais qui trouvent leur sens avec le temps qui coule, parfois en avant, parfois en arrière, toujours avec fluidité.

L’histoire se déroule en parallèle à une série d’évènements qui ont marqué l’ex-URSS durant le XXe siècle. Des liens sont ainsi établis avec l’Espagne de la guerre civile, la Chine de Mao et la Russie post-révolution. Avec un impact sur la destinée de millions des gens, de familles, d’enfants, dont certaines histoires sont subtilement dépeintes dans le film. Ce temps discontinu, comme s’il n’avait pas de direction précise, est toujours finement traduit dans la douceur des transitions et les changements de direction.

Dommage de devoir détourner le regard des beaux cadres du film pour lire les sous-titres français. En ce sens, un doublage de qualité serait profitable au spectateur, pour ainsi mieux apprécier la beauté des plans, des jeux des lumières, et des couleurs passant du noir et blanc-satin vers des couleurs parfois opaques, parfois vivantes. Comme si les moments, les états d’âme pouvaient se traduire dans ces couleurs, dans ces déplacements d’images, dans ce vent qui souffle, dans ces personnages.

Le film est rythmé par des poèmes à la fois mélancoliques et plein d’espoir reflétant peut-être la mentalité d’une époque, d’un pays, d’une culture. Des questionnements existentiels sur soi, sur les autres, en nous regardant, en se regardant, en les regardant comme à travers un « miroir ».

Un exercice de style peut être tolstoïen, en images changeantes, mouvantes et parlantes. Ça vaut le détour !

Les différentes séances du film en Belgique, c’est par ici !


ANDREI TARKOVSKY. A CINEMA PRAYER

Réalisé par Andrey A. Tarkovsky

Documentaire
1h37

★★★

Ce documentaire offre une mise en contexte intime de Tarkovsky, pour mieux apprécier et comprendre son héritage.
Un fils qui parle de l’œuvre de son père, un père en quête du sens de la vie, cette recherche qui inspire son art ; un art reflétant l’espoir, la spiritualité, comme un dérivé de nos propres questionnements existentiels.

Andrei Tarkovsky. A Cinema Prayer nous montre un cinéaste qui pousse ses acteurs et ses personnages jusqu’aux limites, « là où les choses se passent », pour tirer le meilleur d’eux-mêmes et ainsi raconter des histoires de manière plus profonde, tout en donnant de la liberté sous certaines conditions.
Sont parcourues les relations, parfois ambiguës, que le réalisateur entretient avec la « flèche du temps », les paysages, la nature, les couleurs, la spiritualité, tout en mettant en contexte sa vie, ses œuvres, et chaque œuvre d’art. Ces œuvres d’art, peu importe le domaine auquel elles appartiennent, sont perçues comme des poèmes, comme s’il s’agissait de « prières à la vie ».
L‘analyse philosophique que Tarkovsky fait de l’humanité, formulée il y a déjà plus de 40 ans, est plus que jamais d’actualité. Le mal est plutôt défini comme « l’absence de bien », notre vie trouvant davantage de sens dans la lutte intérieure contre le mal que l’on a en soi, que contre celui perçu auprès des autres.

Nous sommes ici en présence d’un magnifique documentaire qui met en perspective, de manière très intime et familiale, la vie et l’œuvre d’un poète, d’un artiste, d’un « fou » de l’humanité, permettant ainsi de mieux comprendre et de mieux apprécier l’œuvre derrière le personnage, le monde derrière l’homme, le réalisateur derrière la caméra.

Gabriel Van Dyck, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★           Convaincant
★★★         Remarquable
★★★★       Impératif