Critiques

UNE VIE DÉMENTE : Interviews de l’équipe du film et critique

UNE VIE DÉMENTE : Interviews de l’équipe du film et critique 1366 905 Jean-Philippe Thiriart

Interviews de l’équipe

C’est lors de la dernière édition du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) que nous avons rencontré l’équipe du film Une vie démente, la sortie belge francophone de cette semaine cinéma. Le film avait ouvert le Festival la veille de nos interviews. Trois entretiens figuraient à notre programme : avec les réalisateurs Ann Sirot et Raphaël Balboni d’abord, avec le couple à l’écran Lucie Debay – Jean Le Peltier ensuite, pour terminer avec le duo composé de Jo Deseure et Gilles Remiche.

Dans l’interview ci-dessous, Ann Sirot et Raphaël Balboni nous parlent de la première rencontre du film avec le public à Namur, de leurs comédiens et de la collaboration avec les membres de leur équipe technique, entre autres. Ils insistent aussi sur l’importance des répétions dans leur cinéma, sans oublier de parler de musique métal et de… Carglass !


Lucie Debay et Jean Le Peltier reviennent ensuite sur la façon dont leurs réalisateurs leur ont présenté l’histoire et leurs rôles, ainsi que sur la manière dont ils ont abordé ces derniers. Ils font également part de leur enthousiasme pour le dernier court-métrage de Ann Sirot et Raphaël Balboni : Des choses en commun.


Enfin, Jo Deseure et Gilles Remiche racontent d’abord comment l’aventure de Une vie démente a démarré pour eux. Jo Deseure aborde ensuite le thème de la démence sémantique, maladie dont souffre le personnage qu’elle interprète à l’écran. Finalement, les deux acteurs se livrent sur la manière dont ils ont préparé les différentes scènes du film.


Crédits interview
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Image : Mazin Mhamad

Crédit photo
Lola De Tournay

Critique du film

Une vie démente   ★★★

Réalisé par Ann Sirot et Raphaël Balboni
Avec Jo Deseure, Jean Le Peltier, Lucie Debay, Gilles Remiche

Comédie dramatique
1h27

Couple de trentenaires, Alex et Noémie (les convaincants Jean Le Peltier et Lucie Debay) souhaitent avoir un enfant. Mais leur programme va être chamboulé lorsque la mère d’Alex tombe progressivement dans une démence qui va l’amener à de grosses pertes de mémoire, à des pertes d’argent et à des cafouillages dans sa vie privée. S’en suivent tout un tas d’incertitudes, de questionnements par rapport au traitement de la maladie. Cette mère, c’est Suzanne. Elle est interprétée par Jo Deseure, qui offre une performance absolument… démente, justement ! Que va faire Alex ? Sa mère n’a plus que lui. La placer ? Non, mais bien lui trouver une sorte d’assistant personnel, un aide à domicile. Ce sera le sympathique Kevin (le touchant Gilles Remiche).

Une vie démente raconte une fort belle histoire, un drame où l’humour n’est pas en reste. On passe par toutes les émotions. Et par des moments tantôt durs, tantôt drôles, tantôt absurdes. Une belle performance donc pour un premier long après pas moins de sept courts, dont Avec Thelma, Magritte 2018 du Meilleur court-métrage de fiction, et Des choses en commun, film issu du premier volume de La Belge Collection.
Quand le film démarre, un certain malaise est susceptible d’envahir le spectateur, qui ne sait pas s’il peut rire ou pas. Mais l’humour, qualifiable de belge car bien décalé, mais noir aussi parfois, est présent tout au long du film.
Nous sommes en présence d’un film nécessaire car la maladie qu’est la démence sémantique se doit d’être abordée. Un thème rarement traité au cinéma, que les réalisateurs mettent en avant de manière tendre et touchante.

L’image revêt une place importante dans le film, de même que le travail sur le son. Leur film ayant été réalisé dans le cadre de l’aide aux productions légères du Centre du cinéma, Ann Sirot et Raphaël Balboni ont dû compter avec un budget très limité, par rapport à un long métrage belge classique, s’entend. En seulement 20 jours de tournage, ils ont réussi la gageure d’offrir quelque chose de beau, de très beau même. Cette contrainte budgétaire leur a notamment imposé des limites en matière de décors et c’est pour éviter la création d’une série d’endroits additionnels qu’ils ont préféré se focaliser sur quelque chose d’assez simple mais qui place directement le spectateur dans les lieux des rendez-vous auxquels prennent part les personnages de Alex, Noémie et Suzanne.

L’actrice Jo Deseure donne pour le moins de sa personne dans Une vie démente. Si le cinéma l’a découverte chez Jaco Van Dormael en 1990 dans Toto le héros, film dans lequel elle avait un petit rôle, c’est sur les planches qu’on a pu principalement la voir. Les relations qu’elle a tissées entre son personnage et ceux de son fils et de sa belle-fille à l’écran, mais aussi de l’aide-soignant qui vient à sa rescousse, sont très intéressantes. Plus généralement, c’est le quatuor d’acteurs principaux qui s’avère efficace, lui qui contribuer à imprimer au film un vrai sens du rythme.

Guillaume Triplet, Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart, sur la base notamment d’un passage dans l’émission Les quatre sans coups, animée par Charles De Clercq sur RCF Radio

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Hugo Brilmaker et Thomas Licata, réalisateurs de " China Dream "

CHINA DREAM : Interview des réalisateurs et critique du film

CHINA DREAM : Interview des réalisateurs et critique du film 667 1000 Jean-Philippe Thiriart

L’interview

C’est lors de la dernière édition du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) que nous avons rencontré Hugo Brilmaker et Thomas Licata, réalisateurs de China Dream. Ils y avaient remporté le Prix du Public Documentaire.


China Dream sort en salles ce mercredi 25 août, au Cinéma Palace à Bruxelles, et le 9 septembre au Quai10 à Charleroi. Le film sortira également bientôt à Liège, Namur et Mons, notamment.

Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Mazin Mhamad

Le film   ★★★

China Dream : Se résigner, obéir et progresser

Réalisé par Hugo Brilmaker et Thomas Licata
Image : Hugo Brilmaker
Son : Thomas Licata

Documentaire
1h16
Version originale : chinois
Sous-titres : français, anglais, néerlandais

China Dream dresse un portrait de la métamorphose que subit la Chine depuis des décennies et ces dernières années en particulier.
C’est de manière très sobre que certains des protagonistes sont présentés comme d’éventuelles victimes du « progrès ». Le spectateur découvre les nombreux contrastes qui existent entre les nouveaux chantiers et les vieilles maisons délabrées. Dans cette histoire, sont aussi présentés quelques « récalcitrants », qui refusent d’abandonner leur habitat ou, du moins, s’interrogent sur leur avenir, incertain, dans un environnement qui avance sans merci, sans les attendre.

La génération plus âgée n’a plus d’autre choix que de se résigner et d’accepter ce qui leur est imposé : perdre leur maison au détriment de l’inconnu tandis que les jeunes, eux, regardent le progrès avec l’espoir d’une future amélioration pour eux et pour leur pays, sans trop savoir quoi attendre exactement mais en sachant que cela devrait aller mieux, au vu des avancées déjà observées jusque-là.

China Dream nous présente des citoyens de plusieurs générations, qui ont appris à obéir sans vraiment avoir le droit de questionner, devant faire des sacrifices durant des années, bien souvent durant toute une vie, pour le « bien commun », pour la prospérité future. Le contrôle omniprésent et l’acceptation du mode de vie actuel ou la résignation face à celui-ci y sont bien reflétés.

Les couleurs vives sont nuancées par la pollution de l’environnement et les cadres imposants contrastent avec la présentation en avant-plan des protagonistes du film.

Mais une question fondamentale se pose : la modernité, oui, mais à quel prix ? Et avec quelles conséquences pour la génération plus âgée, la jeune génération et celles à venir ?

Gabo, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Photo d’illustration de l’article : Nicolas Simoens

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Le Combo 4K Ultra HD, Blu-ray 3D et Blu-ray et Wonder Woman 1984

Sortie Blu-ray : WONDER WOMAN 1984 en envoie… un peu trop

Sortie Blu-ray : WONDER WOMAN 1984 en envoie… un peu trop 1800 2205 Jean-Philippe Thiriart

Réalisé par Patty Jenkins
Avec Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig, Pedro Pascal, Connie Nielsen, Lilly Aspell

Action, fantastique
2h31

Une sortie Warner Home Video

Le film   ★★

Wonder Woman 1984 – ou WW84, c’est selon – nous emmène d’abord sur l’île de Themyscira, où la jeune Diana Prince, alias Wonder Woman, vit avec ses sœurs Amazones. Cette entrée en matière de qualité aurait gagné à être davantage développée car c’est trop rapidement que nous plongeons en 1984 – rien à voir avec le roman de George Orwell -, où la super-héroïne DC Comics devra faire face à deux nouveaux ennemis.

Les scénaristes de cette suite du film de 2017 parviennent à développer de façon relativement convaincante trois des quatre personnages principaux : le duo Diana Prince – Steve Trevor (déjà présent dans le premier opus du reboot) et la maladroite Barbara Minerva (Kristen Wiig, très convaincante). C’est moins vrai pour l’homme d’affaires raté Max Lord (Pedro Pascal, qui en fait beaucoup trop).
Également une des coproductrices du film, l’actrice israélienne Gal Gadot (Wonder Woman) propose un jeu de grande qualité. Si son personnage, précédemment interprété par Lynda Carter dans les années 1970, s’avère intéressant, c’est notamment parce qu’il propose plusieurs niveaux de lecture.

Tandis que le premier film de cette nouvelle saga permettait de connaitre les origines de Wonder Woman et de présenter son personnage, ici, nous découvrons ce qu’elle est devenue, le temps d’un nouveau voyage dans le temps. La reproduction de l’ambiance des eighties est une des grandes réussites du métrage et c’est avec bonheur que nous avons opéré, grâce au film, un retour vers le passé de plus de 35 ans.
Si le film a quelques longueurs, hormis lors de la dernière partie du film, WW84 propose ce qu’il faut d’effets spéciaux.

Ah oui, nous allions oublier : Si nous vivons dans un monde de besoins inconsidérés qui ne sont en rien nécessaires, « Greatness is not what [so many – too many – people] think it is. » (« L’excellence, ce n’est pas ce que [tant – trop – de gens] pensent. »)

Le Combo 4K Ultra HD + Blu-ray 3D + Blu-ray   ★★★

Les bonus du film sont divisés en trois parties.

« Scene Studies: The Mall et The Open Road », d’abord. Soit deux retours sur autant de scènes-clés du film.

« The Making of Wonder Woman 1984 », ensuite.
« Expanding the Wonder » permet d’aller plus loin que le film avec les principaux acteurs qui ont participé à la réussite de WW84, parmi lesquels, naturellement, Patty Jenkins, réalisatrice, coscénariste et coproductrice du film.
Figure entre autres, dans « Small But Mighty », l’audition de Lilly Aspell, qui joue avec talent Diana enfant. Nous y apprenons notamment qu’elle n’a pas été doublée une seule fois et découvrons sa complicité avec l’actrice danoise Connie Nielsen (Gladiator, L’Associé du diable).
Dans « Meet the Amazons », nous rencontrons les actrices qui interprètent les Amazones participant aux Jeux du même nom que l’on découvre au début du film, huit jeunes femmes venues d’horizons très différents.
« Gag Reel » propose le tout aussi classique qu’immanquable bêtisier du film.
« Black Gold Infomercial » reprend la fausse pub pour la Black Gold Cooperative de l’homme d’affaires à la dérive Max Lord.
On retrouve aussi dans cette partie du Blu-ray le sympathique « WONDER WOMAN 1984 Retro Remix ».

Enfin, parmi les bonus du Blu-ray dédié, on peut découvrir la partie « GAL & KRISTEN ». Deux éléments, ici : « Friends Forever » et « Gal & Krissy Having Fun », clip mettant en avant la complicité entre les actrices Gal Gadot et Kristen Wiig.

Rendez-vous en 2022 pour le troisième volet des aventures de la super-héroïne au lasso de vérité !

Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Le 39e BIFFF a vécu : retour sur le palmarès et critiques de films

Le 39e BIFFF a vécu : retour sur le palmarès et critiques de films 512 288 Jean-Philippe Thiriart

Tandis que le soleil n’avait pas encore laissé sa place aux ténèbres, le dimanche 18 avril dernier sur le coup de 18 heures, Guy Delmote, directeur du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF), est sur le point d’annoncer les noms des vainqueurs de cette pour le moins étrange 39e édition du Festival. Face à ce soleil qui brille encore bien haut dans le ciel, nous allons découvrir le palmarès de cette édition cent pour cent en ligne, chose qui eut été aussi inconcevable qu’inexplicable il y a encore quinze mois tant le BIFFF est un Festival qui se vit en présentiel, en « vrai ». Néanmoins, les organisateurs ont réussi un tour de force : celui de garder, treize jours durant, une très grande proximité avec les BIFFFeurs. Chapeau à eux !

Le palmarès Courts-métrages

C’est après la diffusion du fort décalé Hiroshima Mons-Namur, réalisé par le Magic Land Théâtre, que l’annonce du palmarès débute. Celui des films commence avec les Prix récompensant les courts-métrages programmés cette année. Le Prix du Public de la Compétition internationale va à Horrorscope, réalisé par l’Espagnol Pol Diggler. The Last Marriage, des Suédois Gustav Egerstedt et Johan Tappert, reçoit le Méliès d’Argent du Court-métrage. Et est, dès lors, nominé pour la Compétition du Méliès d’Or du Court où il représentera le BIFFF en octobre prochain à Sitges, en Catalogne.

Au sein de la Compétition nationale, un film rafle tout : Prix Jeunesse, Prix La Trois, Prix Be tv et Grand Prix du Festival. Son nom retentit dans notre casque tel l’indication de l’arrêt d’un cheval de Troie par notre antivirus informatico-covidien : T’es morte Hélène. Notons que le film de Michiel Blanchart avait déjà reçu le Grand Prix du Court-métrage à Gérardmer en début d’année.

Le palmarès Longs-métrages

Venons-en aux longs-métrages avant que le temps ne soit écourté de deux minutes pourtant bien indispensables à la lecture de ce qui suit.
Le Pégase, Prix du Public du BIFFF 2021, va à Vicious Fun, de l’Américain Cody Calahan. Le Prix du Public de l’édition fantôme du BIFFF 2020 est attribué à Bloody Hell, de l’Australien Alister Grierson.
Le Jury Presse décerne une Mention Spéciale à Caveat de Damian McCarthy et octroie son Prix de la Critique à Beyond the Infinite Two Minutes du Japonais Junta Yamaguchi.
Vous l’aurez compris : vous venez de rattraper les deux minutes de retard accumulées précédemment.

Le Jury de la Compétition 7e Parallèle attribue une Mention Spéciale au film canadien Violation de Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli, et le White Raven à… Beyond the Infinite Two Minutes ! Quand nous vous disions que nous allions rattraper le temps perdu…
Le Jury de la Compétition européenne attribue ensuite une Mention Spéciale à Host de Rob Savage tandis que le Méliès d’Argent est attribué à Riders of Justice du Danois Anders Thomas Jensen, film de clôture du Festival.
Le Jury international remet ensuite les Corbeaux d’Argent à Son, de l’Irlandais Ivan Kavanagh et à The Closet, du Sud-Coréen Kwang-bin Kim. Enfin, ce même jury attribue le Corbeau d’Or, LE Grand Prix du BIFFF, à… Vicious Fun !

Encore félicitations aux gagnants de notre concours, organisé en partenariat avec le Centre Culturel Coréen de Bruxelles et vite l’an prochain pour fêter dignement le 40e anniversaire du BIFFF !

Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Critiques de films

Beyond the Infinite Two Minutes   ★★★★
Junta Yamaguchi (Japon)

À vrai dire, nous avions hésité à pointer ce film parmi ceux à regarder absolument. Amateur de films japonais, nous nous sommes laissé tenter. Finalement, septante minutes tout bonnement inimaginables !
Propriétaire de café, Kato réside juste au-dessus de son établissement. Un soir pareil à tous les autres, alors qu’il traine ses savates dans sa chambre, son ordinateur resté allumé l’interpelle soudainement. Pour son plus grand étonnement, il s’aperçoit à travers l’écran et discute tout à coup avec lui-même. L’homme face à lui dit alors : « je suis le futur toi, je suis toi dans deux minutes ». Débute alors une mise en abyme spatiotemporelle bougrement ingénieuse et, stylistiquement, proche de la perfection. Quand on tient une idée pareille, le résultat est aussi original que superbe. Ici, c’est indubitablement le cas !
Raphaël Pieters

Bring Me Home   ★★★★
Seung-woo Kim (Corée du Sud)

Plusieurs années après sa disparition, un enfant fait toujours l’objet d’intenses recherches par ses parents, qui n’ont jamais perdu espoir. Mais à la suite d’un canular de mauvais goût, un tragique accident de la route aura raison du père. Malgré cela, Jung-yeon, la mère, jettera ses dernières forces dans la bataille, se lançant seule sur une piste donnée par un coup de fil anonyme. Son fils aurait été vu servant de gamin à tout faire dans un village de pêcheurs vicelards sous la coupe d’un commandant de police loin d’être net.
Premier film écrit et réalisé… et premier petit chef-d’œuvre, tout simplement, pour le Coréen Seung-woo Kim. Le cinéaste semble même ne jamais avoir fait quoi que ce soit d’autre auparavant (ne pas confondre avec son homonyme, acteur durant les années 90 et 2000) et offre ici un long-métrage magnifiquement ficelé, d’une violence psychologique ahurissante, qui laisse place à l’émotion et à une certaine poésie sans toutefois tomber dans un pathos indigeste. Drame social et psychologique, Bring Me Home doit notamment sa qualité à l’interprétation du rôle principal par Lee-Yeong ae (Lady Vengeance), qui n’a aucunement perdu de sa force de jeu, ainsi qu’à un rythme narratif précisément dosé. Une pépite.
Guillaume Triplet

Hitman: Agent Jun   ★★
Won-sub Choi (Corée du Sud)

Le film raconte l’histoire de Jun, ancien tueur à gage passionné de bande dessinée. Lors d’une mission périlleuse, il simule sa propre mortpour pouvoir échapper aux services secrets et réaliser son rêve de faire de la BD.
Hitman: Agent Jun, c’est James Bond qui rencontre Jong-hui Lee, le scénariste de l’anime Tower of God. Dans ce mélange presque nanardesque d’action et de comédie, le réalisateur s’amuse des codes propres à chaque genre pour offrir un délire visuel burlesque qui fait mouche par moments.
L’esthétique est classique, à l’exception de certains passages assez surdynamiques, ce qui peut gêner le visionnage du film. Mention spéciale aux parties en animation qui sont de toute beauté.
S’ils surjouent parfois, les acteurs restent néanmoins parfaitement dans le ton de cette comédie barrée.
Maxence Debroux

Lips   ★★★
Nicole Tegelaar (Belgique) – court-métrage

L’histoire est celle de Lily, qui tente de remonter le fil de ce qui lui est arrivé après qu’elle s’est réveillée dans une clinique spécialisée dans les greffes de lèvres.
Après l’excellent Yummy de Lars Damoiseaux l’an dernier (programmé notamment au FIFF 2020), la Flandre nous sert une nouvelle histoire, en version courte cette fois-ci, dans le milieu de la chirurgie. Plus sérieux que le huis clos d’infectés précités, Lips (Lippen) bénéficie d’une esthétique léchée des plus agréables pour ce récit qui se veut à la fois angoissant et charnel. Une nouvelle preuve, au cas où certains en douteraient encore, que le nord de notre pays ne manque ni d’idées originales ni de talent pour les mettre en forme.
Guillaume Triplet

Migrations   ★
Jerome Peters (Belgique) – court-métrage

Une ferme reculée dans laquelle vit une famille de dégénérés alcooliques, bas du front et racistes de surcroit, est-elle le bon endroit pour un extraterrestre porteur a priori d’un message de paix ? Il y a de fortes chances que la réponse soit non.
Le second court de Jerome Peters aura laissé votre serviteur dans l’indifférence tant il n’y aura pas trouvé grand-chose à sauver. Humour potache, jeu d’acteurs proche du néant mais une photographie encore sympa sont ce qu’on en a retenu.
Guillaume Triplet

The Shift   ★★
Alessandro Tonda (Belgique, Italie)

Ce matin, dans l’école bruxelloise que nous découvrons dans ce film qui fut le film d’ouverture du Festival, la sonnette retentit comme de coutume. Les adolescents se dirigent vers leur classe respective. Soudain, dans l’entrée, des coups de feu résonnent et des corps s’effondrent les uns après les autres tandis que les cris des vivants se mêlent au sang des morts. Deux jeunes transformés en kamikazes décident alors de se faire exploser. La détonation retentit. Les secours se précipitent sur les lieux et s’organisent tant bien que mal. Un jeune adolescent blessé est pris en charge par Isabelle et Adamo, deux ambulanciers.
Le réalisateur nous présente ici plusieurs sujets très actuels. Son film, à suspense et plein d’audace, aborde l’immigration et la genèse de jeunes terroristes en manque de repères.
Raphaël Pieters

Slate   ★★
Ba-reun Jo (Corée du Sud)

Une jeune femme rêve de devenir une actrice reconnue. Mais elle ne parvient pas à boucler ses fins de mois sans l’aide de sa colocataire. Un beau matin, elle se réveille dans un monde fort différent de celui qu’elle connaît, dans lequel elle a l’habitude de devoir se justifier en permanence. Aura-t-elle l’occasion de prouver sa vraie valeur et de montrer à tous le courage qui l’anime ?
Ce film s’inspire librement de Kill Bill et de Army of Darkness mais fait aussi preuve de modernité avec ses références aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux. Quant à la musique du film, elle nous fait par moments penser à celle de westerns spaghettis bien connus. Chacun trouvera son compte avec ce film qui tente également avec plus ou moins de succès de faire preuve d’humour.
Raphaël Pieters

Vicious Fun   ★★★
Cody Calahan (États-Unis)

Nous avions coché ce film parmi ceux à voir absolument et le moins que l’on puisse écrire est que nous ne nous étions pas trompés puisqu’il s’agit ni plus ni moins que du lauréat du Grand Prix de cette 39e édition du BIFFF.
Joel est critique de film pour un magazine de films d’horreur. Bien malgré lui, il se retrouve au beau milieu d’une bande de tueurs en série. Il tente alors de les convaincre que, lui aussi, est un tueur-né. Parviendra-t-il à utiliser ses connaissances sur les films de genre pour se faire passer pour ce qu’il n’est pas ?
Ce film au scénario drôlement bien ficelé et aux scènes assez longues mais très prenantes est une superbe réussite. Les clins d’œil aux films de genre sont nombreux et son humour décalé et décapant est on ne peut plus appréciable.
Raphaël Pieters

The Weasels’Tale (El cuento de la comadrejas)   ★★★
Juan José Campanella (Argentine)

Un groupe de quatre vieux amis formé d’un réalisateur, d’un scénariste, d’une actrice et de son mari partage une ancienne et grande demeure à la campagne. C’est alors qu’un jeune couple menace leur bonne cohabitation en leur proposant de racheter la maison afin de pouvoir y développer leur propre projet. Très vite, une résistance farouche à ces deux jeunes plein d’ambition s’organise.
The Weasels’Tale est un film qui vaut le détour pour ses dialogues très construits et truculents. L’humour est une des pierres angulaires de ce métrage. Les conflits intergénérationnels sont aussi évoqués avec tout le cynisme nécessaire. Ce film nous a par moments fait penser à ceux de Quentin Tarantino. Un conseil ? Méfiez-vous des apparences…
Raphaël Pieters

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Valérian et la Cité des Mille planètes

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES, ce soir en TV : un Besson en pleines formes !

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES, ce soir en TV : un Besson en pleines formes ! 1348 759 Jean-Philippe Thiriart

Valérian et la Cité des mille planètes est diffusé ce dimanche soir à 21h05 sur TF1.

Valérian et la Cité des mille planètes

Réalisé par Luc Besson (2017)
Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Ethan Hawke, Rihanna

Science-fiction
2h18

★★

Le premier album de la série de bandes dessinées de science-fiction Valérian et Laureline date de 1967. C’est dans le magazine hebdomadaire français Pilote, consacré presque exclusivement au neuvième art dès le milieu des années soixante, que ses héros apparaissent. Cette série de BDs comporte 23 albums écrits par Pierre Christin entre 1971 et 2007. Luc Besson a bien évidemment dû faire un choix pour réaliser son avant-dernier bébé (le dernier, Anna, est sorti en 2019). Il a dès lors décidé de se baser sur le sixième album : L’ambassadeur des ombres, paru en 1975. Tout en prenant certaines libertés bien sûr. En effet, si les références sont nombreuses, la trame s’avère pour sa part bien différente de l’album dont le réalisateur s’inspire ici.

Rayon acteurs, on retrouve Dane DeHaan, connu principalement pour son rôle du Bouffon Vert dans The Amazing Spiderman : le destin d’un héros. Il joue ici le rôle central de Valérian. Un peu méconnu du grand public, il joue tantôt la malice tantôt la sincérité. On retrouve également la très belle Cara Delevingne, qui tenait déjà le rôle principal de La face cachée de Margo, une belle réussite sortie en 2015. Les acteurs plus expérimentés sont à chercher parmi les seconds rôles. Clive Owen (La mémoire dans la peau, Le Roi Arthur ou encore Inside Man) joue ici le rôle du commandeur Arün Filitt avec nuances. Au casting également, Ethan Hawke (Before Sunrise il y a plus de vingt-cinq ans déjà mais aussi Lord of War, Before Midnight ou, plus récemment, Les sept mercenaires). Plus surprenante est l’apparition de Rihanna dans un rôle que nous qualifierons de… très élégant !

L’intérêt majeur de ce film ne réside sans doute pas dans le jeu de ses acteurs mais bien dans ses effets spéciaux et dans les messages qu’il transmet. En effet, le film de Besson s’inscrit dans la lignée de deux de ses rejetons : Lucy dans une certaine mesure et, bien sûr et surtout Le Cinquième élément. Tandis que ces deux films étaient destinés à un public déjà sorti de l’enfance, Valérian et la Cité des mille planètes s’adresse aux dix ans et plus. Pas de véritable scène violente en effet. Les effets spéciaux permettent au réalisateur de nous emmener d’une planète à une autre et de faire cohabiter des créatures plus invraisemblables les unes que les autres.

Comme de nombreux films de science-fiction, Valérian et la Cité des mille planètes imagine une vie humaine spatiale après un cataclysme sur Terre et ailleurs.
D’aucuns verront peut-être un certain sexisme dans ce film. Mais le septième art made in Besson n’en demeure pas moins un cinéma dans lequel la femme occupe, bien souvent, une place centrale.
Si les films de science-fiction nous aident à reconnaître nos erreurs passées, individuelles ou collectives, et à les accepter, afin d’envisager l’avenir sous un jour meilleur, alors ils peuvent sans aucun doute être qualifiés de réussites. Valérian et la Cité des mille planètes est de ceux-là.

Raphaël Pieters et Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Niet Schieten

NIET SCHIETEN (NE TIREZ PAS), ce soir en TV : interview de Stijn Coninx et Jan Decleir, et critique

NIET SCHIETEN (NE TIREZ PAS), ce soir en TV : interview de Stijn Coninx et Jan Decleir, et critique 1152 576 Jean-Philippe Thiriart

Diffusé ce mardi 30 mars à 21h05 sur La Trois, le film flamand Niet Schieten (Ne tirez pas) est un film nécessaire. Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir l’interview du réalisateur Stijn Coninx et de son acteur principal, l’immense Jan Decleir, réalisée au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF). Ainsi que notre critique du film.

Critique du film

Niet Schieten (Ne tirez pas)

Réalisé par Stijn Coninx (2018)
Avec Jan Decleir, Vivian de Muynck, Jonas Van Geel, Inge Paulussen

Drame
2h19

★★★

Niet Schieten est indéniablement un des films flamands de l’année 2018. Le film retrace le parcours de la famille Van de Steen après la dernière attaque des tueurs du Brabant au grand magasin Delhaize d’Alost le 9 novembre 1985. David Van de Steen avait alors 9 ans et sera le seul rescapé de sa famille à l’issue de cette attaque, ses parents et sa sœur décédant sur place. Lui devra apprendre à vivre avec des opérations à répétition pour sauver sa jambe touchée dans l’attaque et à faire son deuil. Dans cette recherche de deuil et de reconnaissance, l’aide de son grand-père (Jan Decleir, excellent) s’avèrera très précieuse.

Le dernier Stijn Coninx est un film nécessaire pour comprendre les enjeux des attaques des tueurs du Brabant. Aujourd’hui encore, beaucoup de questions autour de l’enquête sur les tueries restent sans réponse. Ce film a le mérite de remettre les victimes au centre de cette affaire qui ébranla toute la Belgique et son système politique, judiciaire et sécuritaire au début des années 80. Et celui de montrer une histoire commune à tous les Belges, qui allait impacter nombre de nos compatriotes.

Niet Schieten met également en avant avec beaucoup de douceur le courage et la volonté d’un grand-père à vouloir trouver les responsables de la mort des membres de sa famille pour aider son petit-fils à continuer à vivre. Jan Decleir parvient à montrer les sentiments importants d’un grand-père malgré son caractère fort taiseux, empli de retenue et de pudeur.

Stijn Coninx nous démontre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. Le duo qu’il forme ici avec Jan Decleir, né 25 ans plus tôt avec leur film Daens, n’a rien perdu de son efficacité et permet la naissance d’un film de qualité. Nécessaire.

Pour rappel, plus de trente ans après les faits, les auteurs de ces tueries qui ont ébranlé la Belgique au début des années quatre-vingt, sont certainement pour la plupart toujours en liberté. Cet ensemble d’attaques à main armée reste, sans aucun doute, l’affaire irrésolue la plus importante de notre pays.

Raphaël Pieters, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Interview de Stijn Coninx et Jan Decleir

Jan Decleir, nous vous avons découvert dans Daens lors d’une projection scolaire à l’âge de 15 ans. Vous jouiez le rôle d’Adolf Daens, un prêtre catholique flamand qui se battait pour plus de justice sociale et contre la pauvreté. Stijn Coninx, pourquoi avoir choisi d’aborder à nouveau ces deux thèmes, avec beaucoup d’intensité, dans Niet Schieten ?

Stijn Coninx : On était tous les deux touchés et bouleversés par cette histoire, qui n’est pas évidente et qui, pour nous, est plutôt une histoire de famille et non une histoire sociale à la base. Mais il s’agit certainement d’une histoire d’injustice. Mais c’est vrai que c’est une histoire sociale dans le sens où toutes les familles ont vécu la même chose, ont eu les mêmes sentiments et les mêmes blessures. Les membres de ces différentes familles meurtries sont restés tout seuls dans leur coin avec leurs questions, sans réponses.

Jan Decleir : Je suis tout à fait d’accord avec ce que Stijn a dit. Peut-être qu’il aimerait ajouter quelque chose…

Stijn Coninx : Il y a des moments dans la vie où on est touché par quelque chose. Quand David Van de Steen a écrit son livre, il a tout de suite pensé que si ce dernier était adapté au cinéma, ce serait à Jan de jouer à l’écran le rôle de son grand-père.

Jan Decleir : Il avait vécu des choses injustes et ça, c’est quelque chose que l’on partage. Il faut des gens qui se posent des questions. Ce n’est jamais évident de jouer, de partager certaines choses et, de temps en temps, il n’y a pas de mot.

Pensez-vous que les victimes sont plus aidées en Belgique depuis les tueries du Brabant et qu’un travail a véritablement été accompli ?

Jan Decleir : Je ne crois pas. C’est dommage. C’est gênant mais non, je ne crois pas. David a rencontré des victimes de Zaventem et ils ont raconté leurs histoires. Cela fait quelque chose. Il faut tenir compte du fait que cela rouvre des blessures. Il faut aussi voir comment fonctionnent nos démocraties et les leaders démocratiques qu’on a choisis. Il faut tenir compte des erreurs du passé.

Selon vous, qu’est-ce qui est le plus important pour les victimes d’une telle affaire : pouvoir découvrir la vérité ou savoir que tout a été fait pour la découvrir ?

Jan Decleir : Bonne question ! Cela aide un peu de savoir qu’on a tout fait pour découvrir la vérité mais on sait aussi que, dans le cas présent, ça n’a pas du tout été le cas. La douleur reste, c’est incroyable. David doit raconter son histoire en permanence mais le mal reste là, à jamais.

Stijn Coninx : David a commencé à mettre des choses sur papier quand il était à l’hôpital en 2009 parce qu’il était là, de nouveau dans le même couloir, de nouveau pour une opération, avec sa femme et son fils à ses côtés. Il n’avait pas de réponses à ses questions presque deux générations plus tard. Ses grands-parents avaient alors près de nonante ans.
Il avait par conséquent besoin d’une thérapie. C’est avant tout pour cela qu’il était nécessaire de partager cette histoire. Mais aussi, comme Jan le dit, si, un jour, il peut avoir l’impression que tout a vraiment été fait pour retrouver les tueurs du Brabant, alors ça ira. Mais il est évident que ce n’est pas le cas. Il y avait tant de possibilités de pouvoir aller plus loin dans l’enquête.
C’est pourquoi il est important de partager cette histoire, non pas nécessairement parce que le film va permettre de résoudre cette affaire mais parce qu’avec l’opinion publique, on va pouvoir accorder une place plus importante aux victimes et éventuellement découvrir de nouveaux éléments qui n’ont jamais été dévoilés.

Propos recueillis par Raphaël Pieters

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Retour sur LOST HIGHWAY, le chef-d’œuvre de David Lynch

Retour sur LOST HIGHWAY, le chef-d’œuvre de David Lynch 653 925 Guillaume Triplet

Réalisé par David Lynch (1997)
Avec Bill Pullman, Patricia Arquette, Balthazar Getty, Robert Loggia
Version restaurée (Cinéart)

Néo-noir
2h15

★★★★

Envoûtant. Probablement l’un des qualificatifs qui correspond le mieux à Lost Highway, chef-d’œuvre (ultime ?) de David Lynch. Un film qui, près de 25 ans après sa sortie, fait encore référence. Quand le spectateur s’y plonge, il part irrémédiablement pour un voyage aux confins de l’imaginaire, du rêve et d’une réalité distordue, si chers au réalisateur. D’aucuns diront que ce dernier a peut-être même synthétisé ses envies, son art et son sens de la narration dans ce « néo-noir » qui respecte les codes tout en les bousculant.

L’histoire est celle de Fred Madison (Bill Pullman), saxophoniste de free jazz marié à l’attirante et intrigante Renée (Patricia Arquette) qu’il sera accusé d’avoir assassinée sans que le motif ni le déroulement du crime ne soient clairement définis. Lors de son incarcération, et par l’entremise d’un jeu de « portes » (une des récurrences de l’auteur), Fred se retrouvera dans la peau de Pete (Balthazar Getty), un jeune garagiste de 24 ans, et sera amené à vivre une vie étrangement parallèle à la sienne.
Comme toute tentative de description d’un film de David Lynch, celle-ci paraît vaine tant son cinéma prend surtout les intrigues comme vecteurs d’ambiance. L’histoire et les personnages sont pour lui des notions importantes mais peut-être pas autant que l’atmosphère qu’il peut créer autour d’elles. La forme serait-elle plus importante que le fond ? Les histoires seraient-elles uniquement des prétextes pour Lynch ? Le débat est intéressant puisque, malgré cela, chez lui, l’un ne va pas sans l’autre. Il suffit d’ailleurs de prendre pour preuve l’investissement dont font preuve les acteurs et la manière qu’ils ont de s’investir dans leurs personnages.

Les films de Lynch, et à plus forte raison Lost Highway, se présentent presque comme des expériences sensorielles. Chaque plan pourrait presque être encadré. Le metteur en scène joue sur les images et les textures au point que celles-ci semblent palpables lors de certaines séquences comme celles des gros plans sur les lèvres de Patricia Arquette lorsqu’elle parle dans le cornet du téléphone.

Lost Highway est un film complet qui permet au spectateur d’exercer, s’il le veut, son sens de l’interprétation tant le champ des possibles est ouvert. Adulé ou détesté, peu importe. Le film enferme le savoir-faire d’un artiste capable de pondre des films de prime abord incompréhensibles mais qui captent l’attention, interrogent, éveillent les sens. Servi par une bande originale dantesque (Angelo Badalamenti, David Bowie, Nine Inch Nails, Rammstein, Lou Reed…) qui reflète également l’importance de la musique dans le cinéma lynchéen, Lost Highway, dont le titre est d’ailleurs celui d’un classique country de Hank Williams, est une œuvre fondamentale.

Si Cinéart a eu la bonne idée de le ressortir en 2019 en DVD et en Blu-ray par le biais de cette version restaurée, on peut déplorer l’absence de bonus. Cette réédition permettra donc de (re)découvrir le film dans de bonnes conditions mais sans réel plus malheureusement.

Guillaume Triplet

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Guillaume Senez

NOS BATAILLES, ce soir en TV et en DVD : interviews du réalisateur et regards croisés

NOS BATAILLES, ce soir en TV et en DVD : interviews du réalisateur et regards croisés 667 1000 Jean-Philippe Thiriart

Diffusé ce dimanche 7 février à 20h35 sur La Trois en clôture de la belle semaine que la RTBF consacre au cinéma belge, le film Nos batailles fait aujourd’hui, sur « En Cinémascope », l’objet d’un dossier consacré au film et au DVD du métrage, sorti chez Cinéart.

Nous vous proposons ainsi de découvrir les interviews du réalisateur du film, Guillaume Senez, après le succès remporté par le film à Cannes et, plus récemment, lors de la présence du cinéaste belge au dernier Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) en tant que membre du Jury Longs Métrages. Il présente le film et décrit sa belle aventure cannoise à la Semaine de la critique.

Et n’hésitez pas à visionner la conférence de presse du film au FIFF !

Regards croisés

Nos batailles

Réalisé par Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Lucie Debay, Laure Calamy, Dominique Valadié, Lena Girard Voss, Basile Grunberger

Drame
1h38

Le regard de Raphaël Pieters sur le film

★★

Nos batailles est le deuxième long métrage du réalisateur belge Guillaume Senez, après Keeper en 2015. Keeper avait notamment reçu le Prix de la critique au FIFF et le Prix du Meilleur premier film lors de la septième cérémonie des Magritte du Cinéma.

Romain Duris interprète dans Nos batailles un père qui va devoir apprendre à jouer le rôle d’une mère qui a disparu. Cette mère, c’est l’actrice belge Lucie Debay (Magritte du Meilleur espoir féminin en 2016 pour son rôle dans Melody). L’histoire débute dans une petite ville du nord de la France. Olivier (Romain Duris) est contremaître dans un entrepôt de vente en ligne. Alors qu’il enchaine les heures de travail sans compter, sa femme s’occupe des enfants le soir et est vendeuse dans une boutique de vêtements la journée. Mais après une journée éprouvante au boulot, Laura disparait sans mot dire. La suite sera un combat emprunt de débrouillardise pour organiser une vie familiale fort chamboulée.

Le statut de père débrouillard convient assez bien à Romais Duris, arrivé aujourd’hui à un âge qui lui permet de jouer ce genre de personnages. Il est évident qu’il possédait bel et bien la maturité nécessaire pour cet exercice. La comédienne Laetitia Dosch joue le rôle d’une tante attentionnée et sensible pour les enfants, Laure Calamy celui d’une collègue de travail en manque de repères familiaux et Dominique Valadié celui d’une grand-mère qui doit tout à coup revenir aux affaires.

Le thème du film est connu, plusieurs films ayant déjà traité de la disparition brutale d’un parent et des difficultés à surmonter pour l’autre partent, qui se retrouve seul à gérer vie professionnelle et vie familiale. Ce qui ressort dans ce film, c’est le poids des non-dits, des difficultés de communication entre les membres d’une même famille lors d’un tel événement. Nos batailles est surtout intéressant en ce sens. Le film montre également la précarisation des familles monoparentales. Ce problème de société se devait d’apparaitre enfin plus précisément à l’écran même si ce sont d’abord et avant tout les femmes sui sont touchées par ce phénomène.

Si la question du manque dans une famille monoparentale est ainsi abordée de manière assez fine et émouvante, celle de l’injustice sociale l’est également. Ce traitement permet à Nos batailles de garder une certaine cohérence de bout en bout.

Le regard de Guillaume Triplet sur le film et le DVD

Le film

★★★

Olivier (Romain Duris) travaille dans une usine. Il est chef d’équipe et, en bon syndicaliste qu’il est, met un point d’honneur à défendre ses collègues vis-à-vis d’une direction parfois oppressante. Mais Olivier est aussi père de deux enfants qu’il voit difficilement grandir et qui est forcé de prendre ses responsabilités lorsque sa femme Laura (Lucie Debay) décide de quitter la maison.

Prenant, puissant et mené par des acteurs aussi justes que leurs personnages sont attachants, il n’est pas difficile de comprendre la raison pour laquelle le deuxième film de Guillaume Senez a été autant récompensé (NDLR : le film a remporté cinq Magritte du Cinéma en 2019, dont ceux du Meilleur film et de la Meilleure réalisation). Le metteur en scène laisse une grande spontanéité à ses interprètes. Ce qui, au final, sert admirablement le propos.

Nos batailles est un film social parfois rugueux, mais souvent tendre, qui accroche le spectateur de bout en bout sans tomber dans la pleurnicherie, et est agrémenté d’une profonde réflexion sur le sens des priorités. Une bien belle réussite.

Le DVD

★★

Le DVD distribué par Cinéart fait le boulot, en proposant, en bonus, scènes-clés et scènes coupées commentées par le réalisateur, ainsi que son court métrage U.H.T., qui s’inscrit dans la droite lignée de son film mais en version fermière.

Un dossier préparé par Jean-Philippe Thiriart, Raphaël Pieters et Guillaume Triplet

Captations : Mazin Mhamad et Mourad Khlifi.
Montages : Mourad Khlifi et Jean-Philippe Thiriart
Crédit photo : Nicolas Simoens

Bonne année 2021 et excellents Magritte du Cinéma !

Bonne année 2021 et excellents Magritte du Cinéma ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Bonne année 2021 avec « En Cinémascope » !

Toute l’équipe de « En Cinémascope » se joint à nous pour vous souhaiter une année 2021 cinémagique ! Notre vœu le plus cher ? Que le cinéma revienne, habité par la vie, en cette année nouvelle ! Pour pouvoir continuer à le fêter ensemble. Pour les passionnés que vous êtes, par les passionnés que nous sommes.
Merci à Timothy Byrne pour ce détournement de l’affiche du film The Revenant !

Et excellents Magritte du Cinéma jusqu’au 7 février sur la RTBF ! …

S’il n’y aura, cette année, pas de cérémonie de remise des Magritte du Cinéma, l’Académie André Delvaux, organisatrice de l’événement, et la RTBF ont néanmoins décidé de mettre le cinéma belge à l’honneur.
Tapis bleu pour les Magritte du Cinéma donc, avec un programme événementiel concocté avec la complicité des acteurs de notre cinéma ! Jusqu’au dimanche 7 février, tous les médias de la RTBF célébreront notre septième art. À travers la diffusion de longs métrages notamment.
Nous avons choisi de vous présenter plusieurs films projetés cette semaine via les interviews que nous avons publiées autour de ces œuvres.

Découvrez ainsi :

Nos neuf interviews de l’équipe de Duelles (ce lundi 1er février à 20h35 sur La Une) aux Magritte 2020 : Giordano Gederlini et Olivier Masset-Depasse (Meilleur scénario original ou adaptation), Veerle Baetens (Meilleure actrice), Damien Keyeux (Meilleur montage), Hichame Alaouie (Meilleure image), Frédéric Vercheval (Meilleure musique), et Marc Bastien, Héléna Réveillère et Olivier Struye (Meilleur son).

Notre interview du duo d’acteurs principaux de Noces, de Stephan Streker (ce jeudi 4 février à 21h05 sur La Trois) aux Magritte 2018 : les très complices Lina El Arabi et Sébastien Houbani. Une interview réalisée pour Proximus TV.

Nos interviews de François Damiens (coscénariste, réalisateur et acteur principal du film) et de cinq des acteurs de Mon Ket (ce vendredi 5 février à 20h45 sur La Une), ainsi que les interviews de cinq de ses invités à l’avant-première du film à l’UGC De Brouckère : Jaco Van Dormael, Alice on the Roof, Kody, Jean-Jacques Rausin et Pierre Kroll.

Notre captation de la conférence de presse de Nos Batailles (ce dimanche 7 février à 20h35 sur La Trois), en présence notamment de son réalisateur Guillaume Senez et de son acteur principal Romain Duris, film qui a été le grand gagnant des Magritte 2019 et qui a ouvert le Festival de Namur (FIFF) en 2018.

… Et jusqu’au 14 février en VOD !

Les plateformes VOD de Proximus, Sooner et VOO mettront, elles-aussi, notre cinéma en avant via une programmation spéciale commune de neuf films belges éligibles cette année mais qui seront en lice pour l’édition 2022 des Magritte : Adorables, Adoration, Bigfoot Family, Filles de joie, La forêt de mon père, Jumbo, Losers Revolution, Lucky, Noura rêve, et Pompéi).

Cerise sur le gâteau : la RTBF lance la page Auvio « Belgorama »

Vitrine de la belgitude, cette nouvelle page thématique dédiée à la création belge dans tous ses formats – longs métrages, courts métrages, documentaires, séries, podcasts et fictions digitales – célébrera, promouvra et mettra en valeur celles et ceux qui donnent au secteur audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles toute sa force.
Olivier Masset-Depasse et François Damiens seront les premiers à être mis à l’honneur. Ainsi que le documentaire multi-primé Mon nom est clitoris.

Plus d’infos sur la sélection de films et de documentaires programmés sur la RTBF dans le cadre de ces Magritte particuliers ? C’est par ici !
Et pour en savoir plus sur les émissions consacrées à la Belgique dans ce cadre, c’est par là !

Jean-Philippe Thiriart

YAKARI, LA GRANDE AVENTURE arrive en DVD !

YAKARI, LA GRANDE AVENTURE arrive en DVD ! 1665 550 Jean-Philippe Thiriart

Yakari, la grande aventure

Réalisé par Xavier Giacometti et Toby Genkel
D’après la bande dessinée Yakari de Derib et Job parue aux éditions Le Lombard
Avec les voix de Aloïs Agaësse-Mahieu, Arielle Vaubien, Hannah Vaubien

Animation, aventure
1h20

★★★

Yakari est, à l’origine, une série de bande dessinée jeunesse suisse créée en 1969 par le scénariste André Jobin et le dessinateur Claude de Ribaupierre dans l’hebdomadaire romand Le Crapaud à Lunettes. C’est aujourd’hui sous la forme d’une adaptation cinématographique que nous retrouvons le jeune Indien sioux de la tribu Iakota. Yakari est à présent un film d’animation du réalisateur français Xavier Giacometti, déjà auteur de la série Yakari chez Ellipse Film.

Yakari vit entouré de sa tribu sioux dans une vallée paisible au centre de l’Amérique. La saison des tornades approche et les chefs de la tribu se réunissent pour décider du moment auquel la migration débutera afin de rejoindre une région plus à l’abri des dangers naturels. C’est à ce moment que Yakari décide de partir sur les traces d’un cheval sauvage de la race des mustangs, qui refuse toute tentative d’approche de la part d’un humain et que les indiens de sa tribu ont baptisé Petit-Tonnerre. Lors de son périple, il rencontrera son ami totem, Grand Aigle. Ce dernier lui lèguera un don unique : le pouvoir de parler à tous les animaux. Ce don d’une valeur inestimable lui permettra de nouer des liens amicaux très précieux avec plusieurs animaux habitant dans son beau pays. Mais Yakari n’est encore qu’un enfant et les tornades se rapprochent au fur et à mesure qu’il s’éloigne de sa tribu et arrive près des territoires des terribles chasseurs à peau de puma. Au fil du temps, ses parents seront de plus en plus inquiets de ne pas le voir rentrer.

Ce dessin animé tout public nous conte un parcours initiatique parsemé de belles rencontres. Les personnages sont plein de stéréotypes tous plus drôles les uns que les autres. Oreille Tombante, le chien de la Tribu et ami de Yakari est assez peureux mais est aussi très fidèle à son maître. Tilleul, un jeune castor paresseux, préfère faire la sieste qu’aider ses parents à la construction de barrages pourtant indispensables à la rivière et à sa famille. Il reflète assez bien ces jeunes au début de l’adolescence qui préfèrent dormir que d’écouter leurs parents qui leur suggèrent d’étudier pour assurer leur avenir. Quant à Petit-Tonnerre, il est plutôt du genre rebelle au grand cœur et sera d’une aide très précieuse au jeune Sioux.

Le dessin animé conscientisera également petits et grands à la nécessité de protéger la nature dans laquelle nous vivons tout en étant bien conscients de ses dangers. L’humour de ce dessin animé accessible à toutes et tous est également un de ses principaux atouts. Il convient aussi de souligner la qualité de l’esthétique générale des dessins représentant les paysages et le ciel du désert américain. On peut enfin remarquer la justesse avec laquelle les couleurs du ciel évoluent au fil de l’histoire et à mesure que le danger de la saison des tornades se rapproche.

Hormis la bande annonce du film, le DVD sorti chez Cinéart ne compte pas de bonus.

Ce dessin animé ravira petits et grands pour son esthétique, ses messages de respect de la nature et de partage des connaissances ou encore pour son humour simple mais efficace. Alors pourquoi ne pas en profiter pour s’évader en famille au beau milieu du grand ouest américain le temps d’un film ?

Raphaël Pieters

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif