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LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN a 20 ans et ressort en salles : critique du film et interview de Jean-Pierre Jeunet

LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN a 20 ans et ressort en salles : critique du film et interview de Jean-Pierre Jeunet 1600 900 Jean-Philippe Thiriart

La critique   ★★★

Réalisé par Jean-Pierre Jeunet
Avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Jamel Debbouze, Yolande Moreau, André Dussollier

Romance teintée de comédie
2h

Avons-nous encore besoin de voir ou de lire des contes aujourd’hui ? Il semble que poser la question, c’est aussi y répondre. Alors que Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain sortait sur les écrans au mois d’avril 2001 – il y a 20 ans déjà – le film est resté à la page. Si les DVD, les smartphones et les PC portables ont remplacé les cassettes VHS, les gros téléphones portables sans 4G et les ordinateurs avec tours ; l’être humain, de son côté, a toujours besoin de tendresse et de mystère.

De l’eau a coulé sous le Pont des Arts ou sous le Pont des Invalides depuis le début des années deux mille, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain n’en reste pas moins un film d’actualité. Depuis lors, le cinéma français a réservé d’autres superbes films aux émotifs. On pense à Intouchables ou à Au revoir là-haut pour n’en citer que deux. Mais le film de Jean-Pierre Jeunet reste un incontournable, un chef-d’œuvre cinématographique.
Combien sont aujourd’hui les jeunes qui n’osent pas déclarer leur flamme à un être aimé qui leur ressemble pourtant ? Combien sont-ils ces jeunes dépassés par les événements d’une époque qui nous dépasse toutes et tous ?
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain est un film rempli d’espoir et de rêve pour toutes celles et ceux qui en ont besoin et même pour celles et ceux qui n’en manquent pas mais ne savent pas toujours où continuer à trouver des raisons d’espérer.

Amélie Poulin est une jeune Parisienne de 23 ans qui a grandi isolée des autres enfants car son père lui a diagnostiqué, à tort, une maladie cardiaque qui l’empêche de fréquenter l’école. Sa mère est décédée accidentellement alors qu’Amélie était encore enfant. Mais, alors qu’elle ne croit plus à l’amour, elle découvre en apprenant le décès de la princesse Diana, le 31 août 1997, une boite métallique cachée derrière une plinthe descellée de sa salle de bain. Cette boite est remplie des souvenirs de l’enfant qui occupait jadis cet appartement. Elle se met alors à sa recherche en passant un pacte avec elle-même : si elle le retrouve et qu’il est heureux de retrouver sa boite, elle consacrera sa vie à aider les autres. Sinon, tant pis.

Si ce film vaut bien plus que le détour par son aspect féérique et son histoire attendrissante et parfois amusante, il vaut également pour son casting impressionnant.
Dans le rôle d’Amélie Poulain, Audrey Tautou, révélée en 1999 par Vénus Beauté (Institut) mais qui accéda à une notoriété internationale grâce au film de Jeunet. À ses côtés, Mathieu Kassovitz, qui reçut le César du Meilleur espoir masculin en 1995 pour sa performance dans Regarde les hommes tomber. À leurs côtés, le jeune Jamel Debbouze, Yolande Moreau, Isabelle Nanty et le regretté Serge Merlin complètent un casting de haut vol.

Mais que faire en attendant de découvrir cette version numérisée, me direz-vous ? Amélie Poulain a sans doute la réponse : « En attendant, mieux vaut se consacrer aux autres qu’à un nain de jardin. »

Raphaël Pieters

L’interview du réalisateur

En 2014, Jean-Pierre Jeunet était présent au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) pour y donner une masterclass – « L’élixir de Jeunet » – et être adoubé Chevalier de l’Ordre du Corbeau. Nous l’avions interviewé, conjointement avec Loïc Smars, fondateur et rédacteur-en-chef du Suricate Magazine.

Vous venez d’être prévenu que vous allez être fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau ce soir. Qu’est-ce que cela représente à vos yeux ?

Je panique parce que je n’ai encore rien préparé. Il faut trouver quelque chose à dire et je n’ai pas beaucoup de temps pour trouver une connerie à faire.

Avez-vous déjà un peu entendu parler de l’ambiance particulière du BIFFF ? Pourquoi avoir accepté une masterclass alors que vous n’êtes pas en tournée promotionnelle ?

Déjà, le BIFFF, je ne connais pas. Pour les masterclass, je viens d’en faire par exemple six au Brésil. Je fais ça volontiers car j’aime le contact avec le public. Autant ça m’emmerde de parler avec des journalistes comme vous, autant avec le public, c’est sympa.
Au Brésil, c’était incroyable, d’une densité, d’une chaleur… Cela durait deux heures ; j’en sortais rincé. Ils étaient passionnés et posaient des questions originales. On refusait des centaines de personnes à l’entrée.

Vous avez un énorme public au Brésil ?

C’était surtout des jeunes, des étudiants. Il y a aussi le côté un peu midinettes de celles qui adorent Amélie. Il y en a une qui est tombée dans les pommes, une qui a un tatouage Amélie, etc. Je ne pouvais pas le croire. Il y en a une, j’ai signé de mon nom et le soir même elle se le faisait tatouer et m’envoyait la photo. Ça fout un peu les jetons. Il y a même aussi une boutique « Je m’appelle Amélie ».

Vous êtes fidèle à vos comédiens et avez ainsi tourné à plusieurs reprises avec Rufus, Ticky Holgado, André Dussollier ou encore Jean-Claude Dreyfus. Mais votre acteur fétiche, c’est Dominique Pinon. Qu’est-ce que cet acteur a de magique à vos yeux ?

Tout d’abord, il me surprend à chaque fois donc je ne vois pas pourquoi je m’en passerais ! Ensuite, il a vraiment une tronche ! C’est un peu pour moi le comédien parfait. Au tout début de ma carrière, j’aurais dû tourner un téléfilm avec lui et ça ne s’est pas fait pour des questions idiotes. Ensuite, il a été dans mon premier court métrage et après, c’est devenu une tradition de l’avoir à chaque fois avec moi.

Vous vous entourez aussi souvent des mêmes personnes, tant au niveau de l’équipe technique que des comédiens. Vous avez aussi d’autres fidèles qui sont des « tronches », comme Rufus ou Ron Perlman.

En fait, j’aurais adoré travailler avec les acteurs d’après-guerre. Je suis un grand fan de Prévert, Julien Carette, Louis Jouvet… Et mes acteurs fétiches sont les équivalents de ceux-là. De temps en temps, j’en trouve des nouveaux mais je reprends avec plaisir les mêmes.

Et c’est un besoin de s’entourer de sa famille de cinéma ?

C’est plus pour l’équipe artistique. Mais malgré que j’aie travaillé avec plusieurs directeurs photos, il y a une continuité dans la lumière, ce qui prouve bien que c’est moi qui donne la direction.

Vous avez dit dans une interview que T.S. Spivet, c’est vous. Est-ce que vous amenez toujours un peu de vous dans un des personnages de chacun de vos films ?

T.S. Spivet, c’est effectivement un peu moi. Il fait ses dessins dans sa ferme comme moi dans ma maison à la campagne. Il gagne un prix comme j’en gagne parfois. Bon, il prend le train et moi plutôt l’avion. (il rit)

Votre rêve serait de retourner à la campagne, hors du circuit médiatique ?

Je suis très bien en Provence dans ma maison au milieu de la campagne.

L’animation et les dessins, ce sont vos premières amours. Vous avez envie d’y retourner ?

Le réalisateur français qui a gagné l’Oscar cette année pour Monsieur Hublot, un court métrage, m’a contacté pour travailler ensemble. Alors on va voir ce que l’on peut faire tous les deux.

D’ailleurs, Monsieur Hublot est inspiré d’un personnage belge fait par un sculpteur belge.

Je ne savais pas !

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est votre deuxième expérience américaine…

Attention ! C’est un faux film américain, c’est un film franco-canadien, supposé être américain mais tourné au Canada. D’ailleurs, le seul Américain, c’est l’acteur qui joue le gamin. Je n’ai jamais mis les pieds aux USA pendant le tournage. Pendant les repérages à la frontière, j’ai juste mis le pied de l’autre côté. Tout cela m’a permis de garder une certaine liberté, d’avoir le final cut.

Justement, le final cut, vous l’avez eu sur Alien, la résurrection ?

Évidemment que non ! Mais je me suis débrouillé et me suis bien entendu avec eux.
Aux visions-tests, on a appris, par indiscrétion, que dans la salle il y avait le monteur de Star Wars. Donc ils engagent des monteurs à la retraite qui voient tout de suite ce qui ne va pas. Nous, on était flatté et on a essayé de le joindre et il a été assez embêté qu’on ait tenté de le contacter. Mais parfois, les remarques étaient intelligentes. On a aussi appris à écouter.

Et avec Sigourney Weaver, avez-vous appris quelque chose ?

Elle m’a dit une phrase que j’ai retenue : « Les problèmes d’argent, tu en entends parler pour le moment. Mais tout ce que tu fais est gravé pour l’éternité. » Et donc cela voulait dire : « Ne te laisse pas faire par les questions d’argent car si tu bâcles ou que tu ne fais pas bien les choses, tu le regretteras toute ta vie car ce sera dans le film. »
J’avais donc une grande liberté artistique mais une grande pression financière. Alors qu’à la base, je pensais le contraire.

Il y a une grande nouveauté dans votre dernier film, c’est l’utilisation de la 3D. Quel est votre sentiment par rapport à cette technique ?

C’est la dernière fois car c’est en train de décliner. Ils ne font plus que de mauvaises conversions, d’ailleurs la société de Cameron ne travaille quasi plus qu’en Chine. Plus personne ne tourne en 3D alors que cela coûte moins cher que la conversion.

Mais pour ce film, vous êtes content du résultat ?

Oui ! Artistiquement, j’adore. Le problème c’est que c’est compliqué et mal montré dans les salles. L’idéal, ce sont les lunettes actives et maintenant ils préfèrent les passives, car les autres coûtent chères à l’entretien et qu’ils les vendent. Mais c’est de la merde.
Pourtant, pour Spivet, on a fait un truc nickel : on a tout corrigé en postproduction. Le moindre défaut. Parce que quand ça tape dans un seul œil, c’est là où le cerveau explose, que c’est pénible.

Depuis 2001 et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, vous êtes aussi le producteur de vos films. En quoi ce rôle consiste-t-il exactement pour vous et quel plus cela apporte-t-il dans la concrétisation de vos projets ?

Quelque part, j’ai toujours été producteur. Je me suis toujours investi dans tous les domaines, y compris la fabrication. Seulement avant, ça ne me rapportait rien et maintenant je vois revenir de l’argent quand le film en gagne.

Dans plusieurs de vos films, les héros ont des petites lubies, des petits moments de bonheur, aiment des petits riens qui embellissent l’existence. Pourquoi ? Est-ce que cela vient de vous ?

Parce que si tu regardes les infos à la télé, tu te jettes par la fenêtre ! La vie et le monde ne sont pas toujours très drôles. On va donc se réfugier, trouver du bonheur dans ces petites choses, un rayon de soleil, etc.
Sinon, tout cela c’est aussi un jeu que j’avais pratiqué dans Foutaises, un de mes courts métrages, que je suppose vous n’avez pas vu. Regardez-le. Sur YouTube, il y en a au moins 15 copies. Le jeu, c’était « J’aime » / « J’aime pas ». C’est d’ailleurs Dominique Pinon qui récite. Ensuite, c’est un ami, Jean-Jacques Zilbermann (NdA : le réalisateur du film Les Fautes d’orthographe en 2004) qui m’a demandé pourquoi je ne présentais pas mes personnages d’Amélie Poulain comme je l’avais fait avec Foutaises. C’est un très bon conseil vu que peu de monde avait vu mon court.

Pour terminer, avez-vous déjà des projets dont vous pouvez nous parler ?

On en est aux prémices, donc je ne peux pas en dire grand-chose. On a quelque chose qui tourne autour de l’intelligence artificielle mais je ne peux pas en dire plus.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos de l’interview : Simon Van Cauteren pour En Cinémascope

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

L'issue sera la même pour tout le monde

CRUELLE EST LA NUIT : critiques du film et du DVD et interview du réalisateur

CRUELLE EST LA NUIT : critiques du film et du DVD et interview du réalisateur 800 533 Guillaume Triplet

Réalisé par Alan Deprez
Avec Kevin Dudjasienski, Bertrand Leplae, Arnaud Bronsart, Pascal Gruselle, Sabrina Sweet, Evangelyn Sougen, Michel Angély, Pierre Nisse, Damien Marchal

Une sortie DVD Chriskepolis et Zeno Pictures
Thriller érotico nihiliste
21 minutes

Récemment sélectionné dans deux festivals turcs (The Gladiator Film Festival et les Golden Wheat Awards) – il sera de ce fait diffusé à Istanbul le 31 décembre prochain -, le court métrage d’Alan Deprez Cruelle est la nuit sera aussi projeté ce 17 décembre à Bourg-en-Bresse dans le cadre du ZOOM et d’une programmation de courts-métrages trash.

En 2020, le film bénéficiait d’une sortie DVD digne de ce nom via les excellentes boîtes Chriskepolis et Zeno Pictures. L’occasion nous est donnée ici de revenir sur cette bande qui s’était déjà fait attendre en 2017 tant sa conception et sa sortie furent repoussées.

Une affiche signée Gilles Vranckx

Le film   ★★★

Retour donc sur un film qui met en avant la créativité dont la Belgique peut encore déborder et l’indépendance de ses créateurs, pour qui le mot « limite » n’a peut-être pas le même sens que pour le commun des mortels.
Un condensé de violence, de poitrines opulentes, de révolte et d’humour noir. Voilà ce qui pourrait donner une idée somme toute exhaustive de la vingtaine de minutes que représente Cruelle est la nuit.

Un soir, Kel, Arno et Sid du collectif Aetna préparent batte de base-ball et flingues pour une expédition punitive. Le but : éliminer le politicien véreux Hein Stavros. Mais à leur arrivée, les trois « activistes » se retrouvent en pleine partie fine, ce qui va quelque peu les contraindre à adapter leur plan.
Dotée de personnages singuliers, Cruelle est la nuit est le genre de bande soignée tant au niveau du scénario que de la réalisation. En effet, si le concept de base surfe sur quelques poncifs presque obligatoires du genre, il n’en est pas moins original. Loin de l’histoire basique du cassage de gueules simpliste, le contexte sociopolitique a son rôle à jouer et la morale de la vanité de la révolte apporte une symbolique réfléchie sans non plus tomber dans l’intello.

Le film doit tenir le spectateur jusqu’au bout et ses concepteurs l’ont parfaitement assimilé, au point d’offrir son lot de démonstration des plaisirs de la chair et d’exagération des scènes gores. À ce propos, on ne peut que saluer les qualités formelles de la réalisation, qui opte pour des cadrages et une photographie apportant de la classe dans le trash, comme si Gaspar Noé ou Jess Franco étaient passés par là pour chacun apporter leur petite touche. La scène de l’orgie en est une preuve, au même titre que celle de la fellation avortée par éventration.
Un des autres points forts est sans nulle doute la musique, qui participe à l’assombrissement du propos et à la tension du film grâce à des rythmiques industrielles du meilleur effet.

Le réalisateur Alan Deprez s’est fait plaisir en mêlant ses différentes influences esthétiques et cinématographiques, tout en insufflant une vision pour le moins nihiliste de l’existence. Mais il évite la complainte en choisissant un traitement des personnages qui permet de jouer subtilement la carte de l’ambiguïté tant le spectateur n’est pas pris par la main et guidé par une sorte de manichéisme démagogique. Life is a bitch.


Le DVD et ses bonus   ★★★

En termes de suppléments, Zeno Pictures propose quelque chose de sobre mais bougrement instructif.
Si le making of de 23 minutes décortique la conception des scènes phares du film, il laisse également la parole à certains des acteurs et met en avant l’incroyable travail de l’équipe technique, du cadreur à la maquilleuse, pour percer quelques-uns des secrets de fabrication du court métrage.
On déplorera par contre l’absence d’intervention de la part du réalisateur, dont la vision artistique aurait sans doute été digne d’intérêt. Nous vous renvoyons pour cela à l’interview d’Alan Deprez, réalisée au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) et que vous retrouverez ci-dessous.

La suite se compose de deux interviews réalisées lors du Retro Wizard Day 2018. Des interviews très intéressantes puisqu’elles donnent la parole aux encyclopédies vivantes que sont David Didelot (Vidéotopsie) et Didier Lefèvre (Médusa Fanzine) d’une part, et à Damien Granger (ex-rédac chef de Mad Movies et auteur des divers volumes de B-Movie Posters et de Horror Porn : La fesse cachée du cinéma d’exploitation), d’autre part, qui apportent chacun leur analyse éclairée du film. L’occasion de mettre en évidence les multiples références, volontaires ou involontaires, que contient Cruelle est la nuit ou encore sa portée symbolique.

Enfin, le tout est accompagné d’un petit livret de 20 pages présenté comme un manifeste dans lequel l’éminent journaliste Pascal Françaix (La Septième Obsession, entre autres, et l’auteur de Torture Porn : L’horreur postmoderne, Teen Horror : De Scream à It Follows et Camp ! vol. 1 : Horreur et Exploitation) décortique à son tour le film d’Alan Deprez. Notez que le texte de ce livret, rédigé en français, est aussi disponible en anglais. Les anglophones n’ont décidément pas été oubliés puisque des sous-titres anglais sont également disponibles pour les bonus du DVD.
Quant au film en lui-même, il peut être visionné avec des sous-titres optionnels anglais, néerlandais, français (sourds et malentendants), allemands, espagnols et italiens.

Le DVD est disponible à l’achat sur le site de Zeno Pictures.

Guillaume Triplet

L’interview du réalisateur

Rencontré à Bruxelles à l’occasion du BIFFF 2017, Alan Deprez a décortiqué avec nous la conception de son film et les enjeux de celui-ci. Mais ce fut également l’occasion de simplement parler cinéma et d’entendre son avis sur la situation. Entre coups de gueule, coups de cœur et débat sur le genre, voici l’entretien pour le moins conséquent que nous avons eu avec lui.

Crédit photo : Charles Six

Cruelle est la nuit est un court métrage qui renferme de nombreux concepts : une espèce de révolte politique qui part ensuite dans tous les sens (sado-masochisme, violence graphique…). Peux-tu nous expliquer ton idée de départ ?
C’est assez compliqué en fait. Je ne voulais surtout pas faire une œuvre hyper référentielle ou trop consciente de ses références, parce que c’est quelque chose qui m’insupporte de plus en plus. Je ne supporte plus tous ces « jeunes » réalisateurs d’une première œuvre ou de premières œuvres qui, constamment, font des clins d’œil à des œuvres ayant marqué leur cinéphilie et qui se complaisent, d’une certaine façon, dans cet art de la référence. J’en ai un peu marre du recyclage. Curieusement, je ne sais plus d’où m’est réellement venue cette idée de personnages étrangers à un milieu et qui débarquent dans une partie fine. La post-production a aussi été interminable car au départ, le film devait être prêt pour 2016. Mais comme à chaque fois, je veux faire simple et, finalement, je fais plus compliqué ! Je m’étais dit qu’on allait faire un huis clos pour ne pas être tributaire des extérieurs. La première vision que j’ai eue était ces mecs qui partent en mission dans le but d’assassiner une personnalité influente et sont un peu pris au dépourvu puisqu’ils débarquent en pleine partouze. Ensuite, la nature très noire et nihiliste du film existe car, en cours d’écriture, j’ai perdu deux personnes qui comptaient énormément pour moi, à savoir ma grand-mère et mon cousin ; ce qui m’a fait traverser une période assez douloureuse. D’ailleurs, Cruelle est la nuit leur est dédié. Il y a donc une dimension très personnelle dans le projet et l’humour qu’on peut retrouver dans le film n’est arrivé que plus tard. Il y a un peu de moi dans chaque personnage car, même si je me considère comme apolitique, j’ai mes idées et c’est clair que parfois, je pense qu’il est préférable de tout « brûler » pour repartir sur des bases saines. C’est ce que le personnage de Kel fait dans le film, même s’il s’inscrit dans une démarche tout autre.

Tu parles d’une post-production qui a été tirée en longueur. Dans quelle mesure cela a-t-il joué sur le retard du projet ?

Il y a plusieurs choses qui sont entrées en ligne de compte. Il faut savoir qu’au départ, le court métrage devait être réalisé pour le « CollectIFFF 2 » (NdA : le CollectIFFF est un groupe de réalisateurs de courts métrages dont les œuvres sont soutenues par le BIFFF et diffusées lors d’une édition précise du festival – le premier CollectIFFF a eu lieu en 2012). On a tourné trop tard par rapport à la diffusion prévue pour le BIFFF 2016 et on ne s’en est rendu compte qu’en cours de tournage. Par ailleurs, le monteur ne pouvait pas débloquer tout son temps pour travailler sur le film et en assimiler toute la matière dans un délai si court. La post-production a duré presque dix mois. On a donc monté une bande-annonce, diffusée dans deux festivals mais pas au BIFFF. La projeter au BIFFF aurait pu s’avérer étrange par rapport aux autres films du CollectIFFF, dûment finalisés. C’est vrai qu’on a pris le temps de bien faire les choses, en se disant qu’on avait entre les mains un film très atypique et singulier, à plus forte raison au sein du paysage cinématographique franco-belge et dans le domaine du court métrage. Pour nous, c’était une grande délivrance lorsqu’on a assisté à la première privée du film le 1er novembre 2016 au Cinéma Galeries, à Bruxelles.

Parle-nous un peu de la direction photo. Parce que ton court métrage comporte, comme on le disait, une dimension nihiliste complètement assumée, mais son esthétique est très léchée. C’est sombre mais soigné. Quels étaient tes choix artistiques à ce niveau-là ?

Tout d’abord, cela fait un certain temps que je travaille avec le même chef op, Nicolaos Zafiriou. C’est une vraie collaboration artistique et je ne serais rien sans lui. Si je fais le compte, je crois qu’on a dû bosser sur une trentaine de projets ensemble, même si beaucoup d’entre eux n’ont pas abouti. Il a éclairé mes trois courts métrages, ainsi que trois ou quatre clips, plus d’autres choses. Il faut savoir que je suis quelqu’un qui accorde beaucoup d’importance à l’esthétisme, même parfois un peu plus qu’au scénario ou au récit en lui-même. Certes, le scénario est fondamental, mais en tant que spectateur, je peux être séduit par un film qui aurait des carences scénaristiques, mais qui, visuellement, serait sublime. Par exemple, si on s’attarde sur Suspiria de Dario Argento, ce n’est pas un modèle de construction scénaristique : ce qui fait qu’on reste accroché est en grande partie dû à la direction photo de Luciano Tovoli. Je fonctionne comme ça et c’est ainsi qu’on a fonctionné sur Cruelle est la nuit. « Zaf » (Nicolaos Zafiriou) et moi avons défini une esthétique. Nous voulions une caméra qui avait une bonne sensibilité pour le grain de la peau. Pour parler un peu technique, nous avions opté pour une caméra assez rare : l’Ikonoskop, une caméra suédoise dont la licence a été rachetée par une boîte belge, qui, par la suite, a directement fait faillite. On a vite compris pourquoi (rires), puisqu’elle était très « prototype » et nous a créé les pires emmerdes sur le tournage. Elle surchauffait tout le temps et causait parfois pas mal de problèmes au niveau de l’enregistrement des rushes (on s’est retrouvés avec des rushes inutilisables, altérés par de fines trames rappelant l’image d’une VHS usée). Mais on l’avait choisie parce que c’était une des caméras qui imitait le mieux le grain du 16 mm. On avait aussi deux autres caméras : une pour les plans un peu plus « clippés » et tournés de nuit, l’autre destinée à servir de deuxième caméra (NdA : respectivement une Sony Alpha 7S et une Pocket Black Magic, qui « matche » plutôt bien avec l’image de l’Ikonoskop). Il est vrai que pour nous, l’esthétique était super importante.


Tu mentionnais ton choix de caméra qui rendait bien le grain de la peau et tu nous parlais de Suspiria… On aurait envie de faire un parallèle avec David Lynch (NdA : Alan nous avait déjà expliqué auparavant être un grand fan de ce réalisateur). Est-ce un réalisateur qui t’influence dans tes créations ?

Peut-être bien. En tout cas il a eu un aspect fondateur pour moi parce qu’à la base, je suis un simple fan, mais c’est en découvrant Blue Velvet que j’ai voulu devenir réalisateur. Pour moi, il y a vraiment eu un avant et un après Blue Velvet. Par contre, je suis moins fan de ce qu’il a fait « récemment », comme ses travaux vidéo ou encore Inland Empire (son dernier long-métrage, datant de 2006), qui m’a un peu horripilé. David Lynch est un réalisateur purement « sensoriel », qui sait faire fi de toutes les conventions scénaristiques encore de mises dans le métier, afin d’emmener le spectateur vers l’émotion pure.

Et le giallo ? C’est un style qui t’a aussi marqué dans ton parcours cinématographique ?

J’aime beaucoup les gialli, même si je trouve qu’en ce moment, certains éditeurs en sortent un peu trop. Il y a donc une certaine overdose de gialli et c’est un peu dommage car, par exemple, pour parler d’œuvres bis, il n’y a pas que le cinéma bis italien, mais des « films d’exploitation » partout dans le monde. Il y a certains films bis grecs ou encore indonésiens qui ne sont pas exploités chez nous et heureusement qu’il y a des éditeurs comme Mondo Macabro aux États-Unis pour s’occuper de ça. Mais pour en revenir aux gialli, c’est clair que j’aime beaucoup la sensualité qui s’en dégage. Leur côté sensuel et charnel aussi, puisque c’est quelque chose qui me touche. Il y a pas mal de gialli que j’aime beaucoup comme Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, qui est génial, ou encore certains films de Sergio Martino avec Edwige Fenech, qui est une actrice magnifique dont je tombe amoureux à chaque film (rires). Toutes les Couleurs du Vice n’est pas forcément cité par tout le monde mais il est génial, tout comme Le Venin de la Peur de Lucio Fulci, qui se situe presque par moments entre le giallo et le film psychédélique. Mais il y en a tellement… J’aime aussi beaucoup les gialli prenant racine à Venise, comme Terreur sur la Lagune. Ils ont vraiment capté cette atmosphère de décrépitude propre à Venise, décelable par ailleurs dans La Clé de Tinto Brass, un cinéaste que j’adore. De ce réalisateur, j’apprécie beaucoup Caligula, même si le film a été truffé de plans hards retournés par le grand patron de Penthouse à l’époque, Bob Guccione. Il est évident que je suis sensible à la « recherche de sensualité » qui caractérise ce genre de films. Je pense que c’est le genre de bandes qui nécessite de savoir se déconnecter et de ne pas intellectualiser ce qu’on voit pour l’apprécier pleinement. La symbolique est très forte aussi et ça, c’est quelque chose qui me parle. Il y en a d’ailleurs beaucoup dans mes films.

Justement, le spectateur peut pointer différentes symboliques dans Cruelle est la nuit. Comme au niveau esthétique, tu as des influences qui se ressentent clairement. Si cette esthétique va de pair avec la symbolique, peux-tu nous expliquer celle-ci par rapport à ton court métrage ?

Ce qui serait intéressant serait que toi, tu me dises ce que tu y as décelé.

La première chose qui m’a frappé dans ton film au niveau symbolique, c’est le nihilisme. Il est très présent. Ensuite, il y a des phrases qui sont énoncées par tes personnages comme, par exemple, celle qu’on pouvait déjà entendre dans le trailer de Cruelle est la nuit qui est « Au final, l’issue sera la même pour tout le monde. » Elle montre bien la vanité de la révolte. On se révolte, OK, mais finalement, comme le fait comprendre ton personnage principal, c’est un peu comme pisser dans un violon…

C’est marrant, car j’en parlais il n’y a pas si longtemps que ça avec Pascal Françaix, journaliste et essayiste, qui, l’an dernier, a écrit un brillant ouvrage sur le torture porn (Torture porn : L’horreur postmoderne). Nous étions invités dans la même émission de radio. Il m’a soufflé que, pour lui, Cruelle est la nuit est un film postmoderne qui a su digérer pas mal d’éléments d’œuvres antérieures et dans lequel, surtout, on ne prenait parti pour aucun camp. Il y a une sorte de « pourriture généralisée ». Dans le camp des assaillants, il y a un discours très marqué, mais leur idéologie n’est pas plus défendable que les petits intérêts de l’homme politique à qui ils en veulent, qui est complètement véreux et organise des parties fines chez lui. À côté de ça, la dimension nihiliste, comme on l’a dit plus tôt, me touchait beaucoup. Je pense qu’on est dans une époque un peu artificielle, un peu « fake » et surconnectée, où les gens ont perdu le contact avec les choses et se sentent obligés de donner un avis sur tout – d’avoir tout vu, tout lu, tout entendu, alors que c’est impossible. Je crois qu’il faut savoir se « reconnecter » aux choses. Nous sommes allés trop loin… Nous nous trouvons dans une époque complètement désenchantée, que l’on traverse avec la peur au ventre, provoquée notamment par les divers actes terroristes qui ont émaillé ces dernières années. J’espère que les gens qui verront notre film pourront y déceler cela, parce que c’est clairement sur cette base qu’il a été conçu : cette peur et cette façon d’insuffler la terreur dans l’inconscient des gens. Maintenant, des personnes redoutent de sortir de chez elles, d’aller à des concerts, de prendre les transports en commun…. Le film renvoie un peu en creux cette image-là.

Sans tomber dans la métaphysique, est-ce que tu voulais faire émerger une espèce de réflexion sur l’existence à travers Cruelle est la nuit et peut-être faire réfléchir les gens sur le fait qu’il existe des valeurs auxquelles on peut encore se raccrocher ?

Il y a pas mal de choses qui sont dénoncées dans le film. Si on s’attarde sur Kel (incarné avec intensité par Kevin Dudjasienski), il s’agit d’un personnage qui est complètement déconnecté de la réalité et qui a perdu le contact avec son prochain. Pour lui, les personnes qui l’accompagnent ne sont même pas des frères d’armes, mais simplement de la chair à canon. Ça vient renforcer cet angle nihiliste car quand on regarde l’itinéraire de Kel, c’est une sorte d’itinéraire vers un suicide… C’est quelqu’un qui veut mourir mais ne veut pas « mourir de sa propre mort ». Il se construit donc une espèce de quête presque mystique avec pour apothéose l’assassinat d’un homme politique (Stavros, joué par Pascal Gruselle). C’est une manière de planter le couteau dans le dos de toute cette petite bourgeoisie, bien que ça n’ait plus beaucoup de sens… C’est aussi pour ça que dans le film, Stavros lui affirme que la lutte des classes est terminée. À l’heure actuelle, on est bien au-delà de ça. Cette guerre, on l’a perdue depuis longtemps. Nous vivons maintenant dans un monde où tout est contrôlé par tous ces grands conglomérats et les multinationales. À titre d’exemple, toute cette mode du véganisme part d’une bonne intention, mais même si on paie bien cher nos produits bio – ce que je fais souvent -, le sol est tout de même pollué et la plupart du temps, on ne sait même pas lorsqu’on ingère des OGM ou d’autres produits nocifs. Sinon, pour en revenir au film, il y a surtout un côté très désenchanté. Pour traiter d’un autre personnage, Sid (Bertrand Leplae), est simplement quant à lui dans une quête de virilité : c’est un faux dur et il surjoue ce côté « brut ». Sa batte de baseball est un peu l’extension de sa virilité. Et a contrario, le personnage d’Arnaud (Arnaud Bronsart) est un peu une façon de stigmatiser une partie de cette jeune génération qui ne partage plus les mêmes valeurs que nous. De vrais « branleurs » ! (rires) Ça m’insupporte, ces nouvelles générations qui n’ont plus le respect des aînés, ne prennent même plus la peine de prouver des choses par leur travail ou par leurs actes, et qui pensent que tout leur est acquis. Le personnage d’Arnaud représente quelqu’un dont la vie est un peu vide de sens et qui tente de lui en donner un en participant à cette mission, mais il y va un peu « comme s’il allait à Walibi » (NdA : Walibi est un parc d’attraction belge). C’est Arnaud qui m’avait soufflé ça durant une lecture du scénario. Il y va pour les sensations fortes mais toute la dimension politique insufflée par le personnage de Kel lui est complètement étrangère. Il y a des tas de choses dans Cruelle est la nuit. Ce n’est absolument pas humble de dire cela, alors que pour moi l’humilité est hyper importante, mais j’avais envie de donner un grand coup dans la fourmilière avec ce film car, comme je te le disais plus tôt, j’en ai vraiment marre de toute cette mouvance de courts métrages qui ont une approche condescendante vis-à-vis du genre, qui se complaisent dans les clins d’œil et uniquement dans ceux-ci. Ils balancent simplement toutes leurs références à l’écran et voilà…

C’est limite parodique pour toi ?

Oui, c’est parodique et j’en ai un peu ma claque. J’en ai vraiment marre de ce côté ricaneur où on adresse systématiquement des clins d’œil aux spectateurs. Par exemple, je n’ai rien contre les films de la Troma et j’en apprécie même certains, mais je suis passé à autre chose. Comme je te l’ai dit plus tôt, il y a des évènements intimes qui m’ont fait changer. Mes envies de cinéma ne sont plus les mêmes qu’avant. J’ai envie de tenter une greffe de différents genres dans mes courts et qu’il y ait des variations « tonales », comme passer d’une facette crue, charnelle ou sexualisée à un aspect plus drôle. Qu’il y ait vraiment un melting-pot de tout cela.

Crédit photo : Ketchup Book

Mais, en fait, ce que tu expliques là, ce sont différents côtés du cinéma dont tu es issu, quand on sait ce que tu fais. Quand on te lit dans la presse (CinémagFantastique, Mad Movies…), on perçoit ta culture cinéma en général, mais aussi et surtout celle qui concerne le cinéma de genre, le cinéma asiatique ou encore le cinéma porno. Tu avais envie de mélanger un peu tout cela avec Cruelle est la nuit ?

Oui, voilà. Et de nouveau, ça va paraître con ce que je vais dire, mais insérer des scènes de sexe non simulé dans un format de court métrage, je n’ai pas l’impression que ça ait déjà été fait ou du moins, pas de cette façon-là. Désolé, mais il fallait des couilles pour oser le faire… Je trouvais ça interpellant. Le fait aussi de réunir un casting hétéroclite, où on associe une ex-star du porno (la ravissante Sabrina Sweet) avec des acteurs « traditionnels » comme Damien Marchal ou Bertrand Leplae, qui se retrouvent au beau milieu de vrais libertins, donc d’actes sexuels non simulés. Ça m’intéressait beaucoup. J’aimais beaucoup également le fait d’y introduire un acteur comme Pierre Nisse, qui a énormément de génie dans sa folie. Pour l’équipe technique, c’était assez nouveau car si, pour ma part, j’avais déjà eu l’occasion de tourner des reportages sur des plateaux de John B. Root (réalisateur œuvrant dans le porno) pour Hot Vidéo TV, la grande majorité des techniciens de Cruelle est la nuit n’avaient jamais cadré, éclairé ou maquillé des acteurs impliqués dans des séquences « hard ». Ça leur a sans doute fait bizarre au début, mais très vite, leur professionnalisme a repris le dessus. Parfois, c’était même étrange pour moi parce que même si j’avais déjà filmé des reportages de ce genre, ce n’était jamais sur mes propres plateaux. Donc là, je devais choisir les positions des figurants (libertins), composer les couples… C’était particulier d’être à la lisière du hard. Cela dit, j’insiste sur le fait que ce n’est pas un porno et que ça reste un film de genre. Beaucoup de gens ne veulent pas le comprendre et disent que c’est du porno, souvent sans avoir visionné le film. Il faut dire que, depuis que j’ai été salarié chez Hot Vidéo (ça fait bientôt 4 ans que cette époque est révolue), il y a encore pas mal de personnes qui disent que je fais du porno ou que je suis dans le milieu. Mais c’est totalement faux, même si j’ai pu écrire des articles sur ce sujet. Cruelle est la nuit n’est pas pornographique. C’est un court métrage de genre avec du sexe non simulé comme il pourrait y en avoir dans les films de Gaspar Noé, par exemple.

Est-ce qu’avec Cruelle est la nuit, vous avez pu faire passer tout ce que vous vouliez, ton équipe et toi ? Avez-vous été totalement libres en termes de création ou y a-t-il encore eu des limites qu’on vous aurait imposées ?

Pas vraiment. Les limites qu’on a pu rencontrer sont les limites de chaque court métrage. C’est-à-dire des limites budgétaires, puisque le film n’a pas un budget faramineux et que les inscriptions en festival continuent de coûter très cher. Il y avait aussi des limites de temps parce que ce qu’on a tourné en cinq jours aurait normalement dû nous en prendre dix. On subissait un rythme infernal, surtout concernant les trois jours pendant lesquels on a tourné dans la villa. On tournait tous les jours de 9 heures du matin jusqu’à facilement 3 ou 4 heures du matin le jour suivant… Au bout d’un moment, l’équipe technique avait envie de me tuer. Il a fallu nous forcer – le cadreur (Benjamin Liberda), le chef op (Nicolaos Zafiriou) et moi – à descendre en régie pour nous alimenter, parce qu’on ne mangeait même plus. On courait après notre vision, plus précisément après la mienne, car toute l’équipe était derrière moi. De toute évidence, il y a toujours un peu de frustration, mais il s’agit certainement, de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, du résultat le plus fidèle par rapport à ce que j’avais couché sur papier. Cela étant, on a quand même dû laisser tomber une quarantaine ou une cinquantaine de plans ; ce qui nous a parfois compliqué la vie au montage. Ça ne me déplait pas du tout mais arrivés à un certain stade, pour certaines scènes, nous avons quasiment été forcés de partir sur quelque chose d’encore plus conceptuel ou de plus minimaliste.

Pour clôturer l’entretien, tu peux nous dire un peu quelles sont globalement les réactions et les échos que tu as déjà pu avoir par rapport à Cruelle est la nuit, puisqu’il a déjà été projeté à différents endroits et festivals ?

Globalement, les échos sont positifs ou même parfois très bons.

S’il y avait une critique négative que tu devais retenir, ce serait laquelle ?

C’est assez difficile à dire. Je suis prêt à prendre en compte n’importe quelle remarque à partir du moment où elle est constructive. Je peux comprendre que certaines personnes aient un problème avec notre film, avec ses plans explicites ou d’autres éléments subversifs. Tu vois, par exemple, une personne m’a reproché que pour elle, Cruelle est la nuit était « gratuit ». Alors qu’au final, tu te rends compte que cette personne n’avait pas du tout fait gaffe aux dialogues ou surtout, aux voix off en début de film. Sans cela, il n’a plus de sens… Ce n’est pas un film mainstream ni un grand film fédérateur, mais il n’a pas été pensé pour être tiède : soit tu y adhères complètement, soit tu le rejettes en bloc. Tant qu’il ne laisse pas les gens de marbre !

Propos recueillis par Guillaume Triplet

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

DES HOMMES : interview de Lucas Belvaux et de son acteur Yoann Zimmer

DES HOMMES : interview de Lucas Belvaux et de son acteur Yoann Zimmer 640 360 Jean-Philippe Thiriart

La veille de la sortie en salles du film Des Hommes, nous avons rencontré à Bruxelles son réalisateur, le Belge Lucas Belvaux.
Ce film nécessaire, qui faisait partie de la Sélection officielle du 73e Festival de Cannes, est LA sortie de cette semaine cinéma.


Lors du dernier Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF), dont il était membre du Jury Officiel – Longs-Métrages, nous avions interviewé le jeune acteur Yoann Zimmer. Le comédien belge est un des quatre acteurs principaux de Des Hommes, aux côtés du trio français de rêve composé de Gérard Depardieu, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin.


Jean-Philippe Thiriart

Jean-Pierre et Luc Dardenne et leur acteur Fabrizio Rongione

DEUX JOURS, UNE NUIT, sur RTBF Auvio : interviews de Jean-Pierre Dardenne et Fabrizio Rongione

DEUX JOURS, UNE NUIT, sur RTBF Auvio : interviews de Jean-Pierre Dardenne et Fabrizio Rongione 2560 1701 Jean-Philippe Thiriart

Après que la RTBF a déroulé avec succès le tapis bleu aux Magritte du Cinéma, nous vous présentons aujourd’hui Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Grand gagnant des Magritte 2015, le film est à présent disponible sur le nouveau catalogue d’Auvio dédié à la création belge : Belgorama. Partons ensemble à la rencontre du film avec l’interview, à l’issue de la cérémonie, de Jean-Pierre Dardenne, Magritte du Meilleur film et du Meilleur réalisateur avec son frère Luc. Et celle de Fabrizio Rongione, mari à l’écran de Marion Cotillard et lauréat du Magritte du Meilleur acteur.

Interview de Fabrizio Rongione

Félicitations pour ce Magritte ! C’est la première fois que vous recevez un prix pour la qualité de votre jeu d’acteur. C’est important de recevoir ce prix en Belgique, pour votre travail dans un film des frères Dardenne et pour ce film-ci en particulier ?

Vous savez, j’ai toujours l’impression d’apprendre mon métier. Et si je reçois un Magritte aujourd’hui, c’est peut-être parce que je maîtrise un peu mieux mon métier qu’avant. C’est mon impression en tout cas. Même si j’ai le sentiment que je dois encore apprendre des choses. Sinon, par rapport au travail, le rôle se prêtait peut-être plus à recevoir un prix. Quand j’ai fait Le silence de Lorna, j’étais tellement méchant que c’était un contexte tout à fait différent.

Si les frères vous ont fait naître au cinéma, ils vous ont sans doute aussi permis de développer votre jeu et de découvrir des éléments qui constituent le comédien que vous êtes mais que vous ne vous connaissiez peut-être pas ?

Tout à fait ! Chaque film que je fais avec eux constitue une expérience totalement différente par rapport à d’autres réalisateurs parce qu’ils vous amènent toujours dans des endroits que vous n’avez pas l’habitude d’explorer. Vous vous surprenez vous-même quand vous travaillez avec eux. Vous vous surprenez à dire et à faire des choses et à bouger d’une certaine manière comme vous ne le faites pas dans d’autres films. Il y a beaucoup de choses qui vous échappent quand vous travaillez avec eux. Ils sont tellement braqués sur le corps ! Le corps est très important chez les frères et c’est donc lui qui exprime des choses. Et il vous échappe. Plus de mental avec eux !

Qu’est-ce que chacun des frères apportent à l’édifice ; comment présenteriez-vous Jean-Pierre et Luc ?

Je dois vous dire un truc… Autant, il y a dix ans, je pouvais peut-être dire que Luc était plus cérébral et Jean-Pierre, plus instinctif autant aujourd’hui, avec l’âge, ils se ressemblent de plus en plus. (Il rit.) Ce n’est donc pas évident de les distinguer !

Interview de Jean-Pierre Dardenne

Félicitations pour ces trois Magritte ! On va dire même quatre, avec Marina (NdA : le film de Stijn Coninx, Magritte 2015 du Meilleur film flamand est coproduit par Les Films du Fleuve, la maison de production des frères Dardenne). Voire six puisque deux acteurs que vous avez fait naître au cinéma, Jérémie Renier et Émilie Dequenne, ont aussi été récompensés.

Luc et moi, nous sommes très contents pour Jérémie (NdA : Magritte du Meilleur acteur dans un second rôle pour Saint Laurent de Bertrand Bonello) parce que c’est un excellent comédien. Ainsi que pour Émilie. Depuis que nous la connaissons, je pense que le rôle qu’elle joue dans le film de Lucas Belvaux (NdA : Pas son genre) était un grand rêve pour elle. Il y a tellement longtemps qu’elle rêvait de pouvoir chanter au cinéma et d’avoir un rôle aussi flamboyant !

Jérémie Renier joue très bien, lui aussi, en Pierre Berger très froid dans le film de Bonello.

Il est bien dans ce rôle, Jérémie. Et il arrive à vivre dans des univers vraiment tellement différents. En Claude François, il était formidable ! C’est un grand comédien. Tous les grands comédiens arrivent à disparaître derrière leurs personnages. Et Jérémie a cette faculté-là. C’est un comédien très inventif.

Est-ce que c’est important d’être sacré chez soi ?

Je pense que c’est une bonne chose parce que ce sont des gens du métier qui votent pour l’un ou l’autre film. Il y a eu un nombre plus important de personnes qui ont voté pour Deux jours, une nuit. Et cela nous rend heureux.

Est-ce que votre film précédent, le très lumineux Le gamin au vélo, ne méritait pas davantage de récompenses ici que le seul Magritte du Meilleur espoir masculin pour Thomas Doret ?

Ça, c’est une autre histoire.

Vous serez présents aux Oscar. Qu’est-ce que tout cela vous évoque ?

C’est bien pour le film et pour la comédienne d’être nominés. C’est une belle reconnaissance pour le film. Il y a tellement de films qui se font sur une année que d’être là, parmi les nominés, pour notre film, c’est formidable.

Des projets, je suppose ?

On y travaille. Si on pouvait tourner cette année-ci, ce serait une bonne chose. Nous verrons bien.

À côtés de vos réalisations, des productions ou des coproductions se dessinent-elles à l’horizon ?

Oui, nous travaillons sur d’autres films. Mais c’est plutôt Delphine Tomson que nous qui s’en occupe.

« Une ardeur d’avance » ?

Ah, Olivier Gourmet ? (Il rit) Je ne sais pas ; nous verrons.

Pour découvrir le film sur Auvio, c’est par ici !

Jean-Philippe Thiriart

Crédit photo : Simon Van Cauteren

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée

Jean-Pierre Mocky (1929-2019) : un an déjà – Évocation et interview filmée 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

Voici un an, Jean-Pierre Mocky nous quittait. Un an déjà…

« [Mon cinéma,] c’est un peu comme un restaurant qui ne servirait que la nourriture de l’Himalaya. (…) Il y a 200 000 restaurants chinois mais il n’y en a pas beaucoup qui servent de la nourriture du Tibet. »

Figure inclassable du cinéma français, Jean-Pierre Mocky se distingue par la diversité de ses productions, leurs diffusions particulières, l’éventail d’acteurs et de collaborateurs présents dans ses films – unique dans le cinéma français – et la longévité de sa carrière qui va de 1959 jusqu’à son décès voici un an. Sa filmographie est l’une des plus étonnantes de l’espace francophone. Acteur puis assistant réalisateur, Mocky, que rien n’arrête ni ne fait taire, a écrit, réalisé, produit et distribué ses films, passant par le pire comme le meilleur, refusant sans cesse les compromis et se foutant toujours des bienséances.
Personnage haut en couleur, sur Internet notamment, avec des séquences cultes comme celles du Parapluie de Cherbourg de l’émission Strip-tease, il confiait volontiers : « Je suis souvent en colère. Ça me maintient en forme. »

Metteur en scène pour le moins actif, Jean-Pierre Mocky a réalisé notamment plus de 70 longs-métrages. Après 76 ans de carrière cinématographique au compteur, il comptait bien mourir en travaillant.
D’aucuns le considéraient comme un voyou du cinéma. Lui qui s’est parfois mis en marge de la société en commettant des films qui ne laissent pas indifférents. Rien d’étonnant qu’il voyait en Henri-Georges Clouzot un cinéaste qui « entrait dans le vif ».
Il aimait dire que Von Stroheim, Fellini, Welles, Tati, Linder, Vigo faisaient partie de ceux qui l’aidaient d’une certaine manière.

La musique joue un rôle important dans les films de Jean-Pierre Mocky. Nous pensons notamment à la très belle partition de Solo, signée Moustaki. Mais aussi à celles d’Agent trouble ou encore des Saisons du plaisir, de Gabriel Yared et Jorge Arriagada.
Celui qui a un jour officié sous le nom pour le moins sympathique de « Serge Batman » pour le film Les couilles en or signait le magnifique Solo dans le contexte des événements de mai 68. Un film qu’il réalisait, mais dans lequel il « faisait aussi l’acteur », comme il disait.
La « Nouvelle vague » à ses yeux ? Un « non-respect des règles de la mise en scène, tel un musicien qui ne tient pas compte des notes ».
Grand ami de Bourvil, un de ses acteurs-fétiches avec Michel Serrault, Jean-Pierre Mocky avait dirigé avec bonheur Jacqueline Maillan dans Les saisons du plaisir, prête à toutes les folies disait-il mais aussi Catherine Deneuve, qui n’était pas en reste dans Agent trouble.

Voici un peu plus de deux ans, le Ciné Club de l’INSAS avait invité Jean-Pierre Mocky à Bruxelles, au cinéma Nova. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir alors les nombreuses facettes du phénomène Mocky. Celle, aussi, d’un voyage transversal dans le cinéma français, pour aller y goûter d’un sentiment de liberté foutraque, excitant et souvent hilarant. Retour sur cinq de ses films, sélectionnés par les programmateurs du Ciné Club voici deux ans.

La cité de l’indicible peur (1964, 85′)
Farce jubilatoire, peuplée de bons mots, de personnages absurdes et inoubliables, entre cinéma français de papa et épisode foutraque de Scoubidou, adapté de Jean Ray, dialogué par Queneau, interprété par Bourvil, Francis Blanche, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, Jean-Louis Barrault, Jean Poiret (un casting de rêve donc), un chef d’œuvre de Jean-Pierre Mocky, emblématique de sa première période.

Solo (1969, 89′)
Solo est le premier volume d’une trilogie informelle qui continuera avec L’Albatros (1971) et L’Ombre d’une chance (1973). Ces trois films, uniques dans le parcours de Mocky, constituent un pan beaucoup plus noir, sec, nerveux de son univers. Alors que l’on fêtait lors de la venue à Bruxelles de Mocky l’anniversaire de Mai 68, Solo, réalisé un an après les événements, semble déjà sonner le glas de l’utopie révolutionnaire. La désillusion imprègne le film et Vincent Cabral, le héros, interprété par Mocky lui-même, impuissant, assiste à la débâcle. Un polar politique, violent et lumineux.

« Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ont eu peur de SOLO. »

Robin des mers (1987, 80′)
Armé de son courage et de sa perspicacité, le jeune Robin des mers se lance dans une véritable entreprise : retrouver du travail pour tous les chômeurs de son village. Robin croisera sur sa route des politiciens véreux – comme souvent dans les films de Mocky – mais aussi des foules en colère, un énarque en slip dans un arbre, des foules joyeuses… Un conte enivrant et plein d’humour malheureusement trop méconnu entre drame social, western et comédie.

Une nuit à l’assemblée (1988, 88′)
Michel Blanc, militant naturiste, à poil pendant cette heure et demie de film, tente de tirer au clair une sombre histoire de corruption de légion d’honneur. Mocky fit reconstruire l’intérieur de l’Assemblée nationale en studio et invita la quasi-intégralité de ses acteurs fétiches, plus quelques belles prises (Darry Cowl, Bernadette Lafont, Josiane Balasko, pour n’en citer que deux) dans ce film qui, sorti une année d’élection présidentielle, lui valut des ennuis et l’obligea à tourner dorénavant sous les radars. Un classique du cinéma de Mocky !

Dossier Toroto (2011, 64′)
Le professeur franco-japonais Toroto, inventeur d’un sérum pour faire grossir des tomates et des lapins, engage un jeune apprenti qui ingurgite par inadvertance ledit sérum et se retrouve pourvu d’un membre gigantesque – ce qui ne va pas sans provoquer certaines convoitises… Une « connerie », du propre aveu de Mocky. Fauchée et foisonnante, cette farce underground dynamite les convenances dans un capharnaüm jouissif…

« Bourvil, Michel Serrault et moi, on comprenait les gens de la rue. »
« J’ai toujours été bien accueilli en Belgique. »
« Je suis Le Canard enchaîné du cinéma. »
« CAMPING, c’est ma bête noire. »
« Beethoven adorait la bière, comme les Belges d’ailleurs, qui boivent de la bière sans arrêt. »

Jean-Philippe Thiriart

Crédit photo : Cédric Bourgeois
Crédits vidéo : Cédric Bourgeois (captation) et Diamant I. (montage)

DEALER : interview de l’équipe du film au BIFFF

DEALER : interview de l’équipe du film au BIFFF 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Voici cinq ans, nous avions eu le plaisir d’interviewer l’équipe du film Dealer au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF). Au programme : un long entretien avec le réalisateur Jean-Luc Herbulot, l’acteur et producteur Dan Bronchinson, le coscénariste Sami Baaroun, l’acteur Destin Lenord et Alexis Perrin, responsable de la stratégie de distribution du film.

Le spectateur plonge directement dans ce film tourné en douze jours seulement, caméra à l’épaule principalement. Sélectionné aussi à Raindance, entre autres, Dealer bénéficie d’un montage violent qui participe au fonctionnement de ce film coup de poing nous contant une histoire pleine de nihilisme. Les coscénaristes du film nous régalent également rayon dialogues, eux qui affectionnent en particulier ceux de Michel Audiard – dont ils ne nient pas un certain héritage -, Henri Jeanson, Pascal Jardin, et ceux qui ont participé à la grandeur du Nouvel Hollywood.

Un petit conseil du réalisateur Jean-Luc Herbulot ? « Continuez à mater des films un peu mad […] : c’est ce qui fait que vous aurez des films un peu plus intéressants à l’avenir et pas que des Fast and Furious, etc. ! »


Critique du film

L’une des grosses claques du BIFFF 2015 aura sans nul doute été ce premier long métrage de Jean-Luc Herbulot.
Dealer nous narre la descente aux enfers de Dan, un ex-dealer qui ne demande qu’à raccrocher, mais qui accepte un dernier plan bien juteux, histoire de se faire un assez beau pactole pour pouvoir s’envoler vers l’Australie avec sa fille. Le deal est simple : trouver un kilo de cocaïne en urgence pour un ancien client et se ramasser une belle petite commission. Sauf qu’une merde en entraînant plein d’autres, Dan fourre son doigt dans un engrenage infernal dont il aura pas mal de difficultés à sortir.

Si le film fait immanquablement penser à l’excellente trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, il n’en est pas moins personnel puisqu’il s’inspire directement d’une partie de la vie de l’acteur principal et producteur, Dan Bronchinson, qui campe par la même occasion son propre rôle et lui insuffle une véritable authenticité. À l’instar de l’ensemble de la distribution, Dealer étant mené de bout en bout par des acteurs dotés d’une vraie « gueule ». Et de la gueule, la mise en scène n’en manque pas : montage nerveux, caméra au plus proche des personnages, qui accentue le malaise quand il faut et, surtout, un travail d’écriture au niveau des dialogues qui place ceux-ci dans la lignée des plus grands. L’ensemble donne un rythme effréné à Dealer, qui s’impose comme un des films français de 2015.

Guillaume Triplet et Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo : Guillaume Triplet et Dorian Blacks
Crédit photo : Dorian Blacks

Les Magritte du Cinéma 2020 vus par 22 acteurs du cinéma belge et personnalités

Les Magritte du Cinéma 2020 vus par 22 acteurs du cinéma belge et personnalités 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Vingt-deux acteurs du cinéma belge et personnalités de notre pays vous confient ce que l’édition 2020 des Magritte du Cinéma représente à leurs yeux.

Nous vous proposons autant d’interviews express aux 10e Magritte du Cinéma.

Nous avons ainsi rencontré :
– Vincent Patar (La Foire agricole),
– Khadja Nin (remettante),
– Laurence Bibot et Marka (remettante et chanteur de plusieurs chansons de Duelles),
– Joëlle Scoriels,
– Pascal Duquenne (président des Magritte 2020),
– Antoine Wielemans et Lucie Debay,
– Yolande Moreau (Cleo de Eva Cools),
– Jacques-Henri Bronckart (producteur de Duelles)
– Olivier Masset-Depasse et Jules Lefebvre (réalisateur et acteur de Duelles),
– Bérangère McNeese (Matriochkas),
– Julie Naas et Laurent Micheli (monteuse et réalisateur de Lola vers la mer),
– Baloji et Bebel Baloji (Binti de Frederike Migom),
– Alice on the Roof,
– Luc et Jean-Pierre Dardenne (Le Jeune Ahmed),
– César Díaz (Nuestras Madres), et
– Ophélie Fontana !

Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédit vidéo : Gerardo Marra et Jean-Philippe Thiriart
Crédit photo : Rick McPie

Dix ans de Magritte du Cinéma ? Ils vous disent tout !

Dix ans de Magritte du Cinéma ? Ils vous disent tout ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Nous vous proposons 15 interviews express aux 10e Magritte du Cinéma. L’occasion pour nos interlocuteurs de nous confier ce que 10 ans de Magritte du Cinéma représente à leurs yeux. Nous avons ainsi rencontré :
– Vincent Patar,
– Khadja Nin,
– Joëlle Scoriels,
– Antoine Wielemans,
– Lucie Debay,
– Wim Willaert,
– François Troukens,
– Yolande Moreau,
– Éric Godon,
– Olivier Masset-Depasse,
– Jules Lefebvre,
– Jean-Jacques Rausin,
– Cathy Immelen,
– Bernard Yerlès, et
– Salomé Richard !

Bon visionnage !

Jean-Philippe Thiriart

Crédit vidéo : Gerardo Marra et Jean-Philippe Thiriart
Crédit photo : Rick McPie