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Samantha Pirard

Swann Arlaud au milieu d'une foule agitant des drapeaux tricolores dans Notre salut, d'Emmanuel Marre

NOTRE SALUT : un homme ordinaire pris dans une histoire extraordinaire

NOTRE SALUT : un homme ordinaire pris dans une histoire extraordinaire 1366 768 Samantha Pirard

Notre salut   ★★

Réalisé par Emmanuel Marre
Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit

Drame historique

2h35

Septembre 1940. La France est sous le régime de Vichy. Henri Marre, 49 ans, arrive à Vichy sans argent, sans relations et loin de sa femme et de ses enfants. Dans sa valise, il transporte son traité politique, Notre salut, publié à compte d’auteur. Il y défend une vision patriotique de la France et prône davantage « d’efficacité » pour reconstruire un pays marqué par la débâcle.

Henri pense avoir enfin trouvé l’occasion de démontrer sa valeur. Mais derrière cette ambition se cache aussi un homme qui tente, peut-être, de fuir ses propres échecs.

Une histoire inspirée de lettres familiales

Pour Emmanuel Marre, Notre salut est avant tout une histoire personnelle. Le réalisateur a découvert un jour une boîte contenant près de 300 lettres échangées par ses arrière-grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette correspondance lui a permis de découvrir un pan méconnu de l’histoire familiale, mais aussi de regarder autrement cette période particulièrement sombre de l’histoire française.

Swann Arlaud, verre à la main, lors d'une soirée dans Notre salut


Plutôt que de raconter la guerre à travers les grandes batailles ou les événements politiques majeurs, Emmanuel Marre choisit de s’intéresser à la vie quotidienne. Henri se retrouve ainsi plongé dans les rouages de l’administration de Vichy et observe progressivement les transformations du régime.

L’arrivée de Pétain, par exemple, n’est pas montrée comme une grande scène historique. Le réalisateur préfère filmer la foule, les drapeaux et les réactions du public, en mêlant ces images à des archives. Un choix qui place le spectateur au niveau de ceux qui vivent les événements sans encore savoir ce qui va suivre.

Un homme qui découvre progressivement la réalité du régime

Henri est loin d’être présenté comme un héros. Nationaliste convaincu, idéaliste et parfois naïf, il a englouti l’héritage de sa femme dans des projets foireux. Son arrivée à Vichy lui donne l’impression qu’une nouvelle vie est possible.

En parallèle, le film montre la vie de sa femme restée à la maison. À travers leur correspondance, on découvre une autre réalité de la guerre : les tickets de rationnement, la faim, le froid, l’attente et l’incertitude.

Swann Arlaud, verre à la main, lors d'une soirée dans Notre salut


Une mise en scène volontairement brute

Visuellement, Notre salut est loin du film historique classique. Emmanuel Marre adopte une mise en scène très brute, presque documentaire, avec peu d’artifices et une lumière souvent directe. Ajoutons que le jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné le Prix du scénario. Quant à son monteur, Nicolas Rumpl, il y a reçu le Prix CST de l’artiste-technicien.

Le réalisateur a également laissé une large place à l’improvisation. Les personnages semblent parfois chercher leurs mots, hésiter ou tâtonner dans leurs conversations. Cette approche renforce l’impression que les protagonistes ne savent pas encore ce qui va leur arriver.

Une belle distribution, mais un rythme parfois difficile

Swann Arlaud (Anatomie d’une chute, L’Étranger) porte le rôle principal avec Sandrine Blancke (Un bon garçon, Toto le héros, L’ombre du doute, Sœur Sourire, bientôt Un détour par Diane). Autour d’eux, une galerie de seconds rôles et de figurants contribue à donner au film son aspect presque documentaire. Citons notamment l’excellentissime Mathieu Perotto.

Cette volonté de réalisme fonctionne particulièrement bien dans certaines scènes. En revanche, l’improvisation et la longueur du film peuvent parfois rendre les dialogues difficiles à suivre. Certaines conversations semblent s’étirer et le spectateur peut perdre le fil ou décrocher, malgré un sujet qui reste particulièrement intéressant.

La multiplicité des personnages secondaires ajoute également parfois à la confusion. On peine à comprendre immédiatement qui sont certain·e·s protagonistes et quelle est exactement leur place dans l’histoire.

Swann Arlaud en Henri Marre au Trocadéro, face à la tour Eiffel, dans Notre salut


Une ouverture remarquée au Festival du Film de Bruxelles

Notre salut a ouvert le 9e Brussels International Film Festival (BRIFF), avec des projections à l’UGC De Brouckère et au Palace en présence de l’équipe.

La séance affichait complet et plusieurs figurants et acteurs secondaires étaient également présents dans la salle. L’ambiance était particulièrement chaleureuse et émouvante, avec une équipe visiblement heureuse de présenter le film à Bruxelles.

Le film y a remporté rien moins que le Grand Prix de la Compétition Internationale.

En conclusion

Malgré quelques faiblesses narratives, Notre salut offre une approche originale de la période de Vichy.

Ce sont les petites décisions, les doutes et les silences d’un homme, voire d’une population, qui amèneront vers la catastrophe.

Samantha

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Crédit photos : Kidam et Michigan Films

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession 1366 911 Samantha Pirard

Après avoir partagé avec vous son choix de chanson pour Morville, son personnage dans Vigilante, nous mettons de nouveau Eddy de Pretto en avant, avec notre critique de ce thriller belge, dont il est de tous les plans.
Présenté en première mondiale au Festival du Film Francophone d’Angoulême, puis en avant-première belge au BRIFF, Vigilante est produit par la société bruxelloise Kwassa Films.

Vigilante   ★★

Réalisé par Olivier Pairoux
Avec Eddy de Pretto, Damien Chapelle, Roxane Mesquida, Zacharie Chasseriaud, Léontine Clerbois, Johan Heldenbergh, Tom Audenaert

Thriller

1h31

Un sujet brûlant. Un acteur qui crève l’écran. Une ville qui devient un personnage à part entière. Vigilante est le deuxième long métrage du réalisateur belge Olivier Pairoux. On est loin du style familial pop à la Goonies de son premier film : SpaceBoy (2021). Ici, changement de registre total : on est dans un polar âpre et sombre.

Eddy de Pretto, capuche sur la tête et caméra au poing, dans une scène de nuit de Vigilante d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

On suit Morville (Eddy de Pretto), YouTubeur à la vie privée chaotique, chasseur de pédophiles autoproclamé. Lui et ses potes, Steve (Zacharie Chasseriaud) et Xavier (Damien Chapelle), se font passer pour des ados sur le web afin de piéger, en flagrant délit, les prédateurs qui y pullulent.

Le film est volontairement tourné de nuit, pour l’essentiel. Un choix qui colle à la noirceur du sujet et des personnages. Jamais graveleux, jamais complaisant. Au fil de l’intrigue, Morville perd de son tranchant. Ses potes, eux, perdent de leur candeur de justiciers. Ces chasseurs ne finissent-ils pas par faire obstacle à des enquêtes policières plus larges ? Et à force de côtoyer des individus peu recommandables, ne glissent-ils pas eux-mêmes vers des zones plus troubles ?

Eddy de Pretto et Damien Chapelle dans Vigilante, thriller belge d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto et Damien Chapelle
Crédit photo : Kwassa Films

Dégâts collatéraux

Ce que le film montre également, c’est l’onde de choc sur les familles. Exposer un homme en pâture sur les réseaux, c’est aussi entraîner des proches qui n’ont rien vu venir. Une compagne dont la vie bascule. Des enfants harcelés à l’école pour les fautes d’un père.

Eddy de Pretto, la révélation

Eddy de Pretto trouve dans ce rôle un terrain à sa mesure : sensibilité à fleur de peau, rage incontrôlable, engagement physique, lui qui n’a jamais été un bagarreur dans l’âme.

Il explique que « la beauté du cinéma, c’est d’abord de faire passer un message. » « L’idée, c’était de transmettre l’émotion d’un type débordé par sa propre sensibilité, qui ne sait plus quoi en faire, et qui déverse tout ça dans une quête folle : traquer et exposer des pédophiles », précise-t-il.

Roxane Mesquida dans Vigilante d'Olivier Pairoux


Roxane Mesquida
Crédit photo : Kwassa Films


Léontine Clerbois, la nièce entraînée dans la spirale

N’oublions pas la jeune actrice Léontine Clerbois, qui incarne la nièce de Morville. La jeune ado se retrouve happée par cet environnement malsain. Morville, en voulant justement la protéger, finit par l’y impliquer directement. Un choix scénaristique qui renforce encore le propos du film sur les ravages que peut causer une obsession, même animée des meilleures intentions.

Olivier Pairoux, casque sur les oreilles, dirige Eddy de Pretto sur le tournage de Vigilante


Olivier Pairoux et Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

Le libre arbitre, le vrai sujet du film

Au bout du compte, c’est le libre arbitre qui structure tout le film. Fait-on réellement ses propres choix, ou cède-t-on à la pression extérieure : sociale, familiale, numérique, collective ?

Un film intéressant sur un sujet brûlant d’actualité.

Samantha

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Olivier Pirard

Crédits vidéo
Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Bryan Lassudry
Montage : Jean-Philippe Thiriart
Coproduction : Patricia Büsch

La 9e édition du BRIFF se clôture sur un record de fréquentation

La 9e édition du BRIFF se clôture sur un record de fréquentation 1280 960 Samantha Pirard

Après neuf jours placés sous le signe du cinéma, le BRIFF clôture sa 9e édition sur une note particulièrement réjouissante : une fréquentation en forte hausse !

Les séances ont régulièrement affiché sold-out très rapidement. Au total, plus de 23 000 spectateurs ont délaissé le beau soleil de septembre pour pousser les portes de l’UGC De Brouckère, du Palace, du Cinéma Galeries, de l’Aventure et du Jacques Franck. Et ce chiffre ne tient pas compte du public venu profiter des projections en plein air au Mont des Arts et sur la place Bethléem.

Côté programmation, le BRIFF 2026, c’était 52 longs métrages et 16 courts métrages venus des quatre coins du monde.

Tapis rouge pour la Cérémonie de Clôture du BRIFF 2026 à l'UGC De Brouckère


Crédit photo : Patricia Büsch

Et comme chaque année, de nombreux invités ont répondu présents à l’appel du Festival : Sara Giraudeau, SABU, Jean-Hugues Anglade, Sonia Rolland, Eddy de Pretto, Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit, Yoann Blanc, Laura Wandel, Valéry Carnoy, Bérangère McNeese, et bien d’autres encore !

Le BRIFF comptait également un Jury International, composé d’Alexe Poukine, Frédéric Fonteyne, Myriem Akheddiou et Zinedine Soualem. Ce dernier n’a d’ailleurs pas caché son plaisir de passer quelques jours dans la capitale belge.

Une cérémonie de clôture de toute beauté

Pour clôturer cette 9e édition, direction la magnifique salle « Grand Eldorado » de l’UGC De Brouckère, le samedi 12 septembre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le public était au rendez-vous : salle archicomble, en effet, pour découvrir le palmarès de ce BRIFF 2026.

Notre Salut, d'Emmanuel Marre


Notre salut, Grand Prix du 9e BRIFF
Crédit photo : Kidam et Michigan Films

Le Grand Prix a été décerné à Notre salut, du réalisateur belge Emmanuel Marre tandis que le Prix du Jury revient quant à lui à Markus Schleinzer pour Rose, porté par l’incroyable Sandra Hüller.

Rose, de Markus Schleinzer, avec Sandra Hüller


Rose s’est vu décerner le Prix du Jury

Mais le film qui a particulièrement marqué cette édition est sans conteste La Bucolie. Ce long métrage coréalisé par Tom Boccara et Wided Ouassale a raflé le Prix du Public national, ainsi que les Prix de la Meilleure actrice pour Wided Ouassale et du Meilleur acteur pour Tom Boccara.

Wided Ouassale et Tom Boccara dans La Bucolie


La Bucolie a reçu pas moins de trois Prix

Une belle récompense pour ces deux comédiens qui se connaissent depuis l’enfance. Un joli clin d’œil à leur amitié, mais aussi au cinéma burlesque et au cinéma muet. Ici, les corps portent la narration en lieu et place des mots.

Tom Boccara et Wided Ouassale au BRIFF 2026


Tom Boccara et Wided Ouassale
Crédit photo : Samantha

Et pour finir… une invitation !

La soirée s’est poursuivie avec la projection de The Invite, comédie d’Olivia Wilde qui réunit à l’écran la réalisatrice aux côtés de Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton.

Une 9e édition riche, intense et particulièrement réussie, qui laisse déjà entrevoir une 10e qui s’annonce… en or !

Samantha

Photo de couverture : Samantha

Le BRIFF : 9e édition, 9 jours et un changement de saison !

Le BRIFF : 9e édition, 9 jours et un changement de saison ! 2560 1708 Samantha Pirard

Dès ce vendredi 4 septembre, et jusqu’au samedi 12, le Brussels International Film Festival (BRIFF) investit Bruxelles pour neuf jours de cinéma, de rencontres et de découvertes. Après avoir changé ses dates, le Festival quitte juin pour septembre et entend bien faire de cette rentrée cinématographique un véritable rendez-vous festif.

Au programme : avant-premières, cinéma belge et international, compétitions, rétrospectives, projections en plein air et rencontres avec de nombreux invités, sans oublier les activités au Village.


Garance
Crédit photo : Marie-Camille Orlando

Un festival qui regarde le monde en face

Cette 9e édition continue de mêler cinéma engagé et découvertes dans trois cinémas bruxellois : l’UGC De Brouckère, le Cinéma Palace et le Cinéma Galeries.

Trois compétitions seront au cœur du Festival : la Compétition Internationale, la Compétition Nationale, qui met les talents belges à l’honneur, et la Directors’ Week, consacrée aux jeunes cinéastes européens.

Côté international, le BRIFF s’ouvrira avec Notre Salut d’Emmanuel Marre, Prix du Scénario à Cannes. Le film, porté par Swann Arlaud et Sandrine Blancke aborde la France de 1940 et ses zones grises.


Notre salut
Crédit photo : Kidam et Michigan Films

Focus Ireland et Once Upon a Time

Cette édition propose également Focus Ireland, une section qui met en avant la vitalité du cinéma irlandais et qui fait écho à la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne.


The Quiet Girl

Once Upon a Time rappelle le parcours de cinq réalisatrices ayant marqué le 7e art à travers des longs métrages comme Persepolis, Sambizanga, La Crise ou encore Une vie manifeste.

Le cinéma belge en première ligne

Impossible de parler du BRIFF sans parler de cinéma belge. Parmi les films programmés : Ceci n’est pas un film français de Tom Adjibi, The Silent Treatment de Caroline Strubbe, Kwibuka, se souvenir de Jonas d’Adesky, Frontera de Judith Colell, Comme un château fort de Lou Colpé et Gregor, le nouveau film d’animation de Manuel Gomez.

Bref, de quoi rappeler que le cinéma belge ne manque ni d’idées ni d’audace.


Kwibuka

Séances Spéciales

Le BRIFF aime aussi sortir des cases. Les Séances Spéciales réunissent justement des films inclassables, souvent traversés par de grandes questions de société.

Parmi les rendez-vous à ne pas manquer : Vigilante d’Olivier Pairoux, thriller porté par Eddy de Pretto, qui interprète ici son premier rôle au cinéma. Le film suit un homme qui traque des prédateurs sexuels sur les réseaux sociaux et interroge sur la frontière entre justice et vengeance. Eddy de Pretto sera présent à Bruxelles.

Autre temps fort : Garance de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos, qui explore le parcours d’une femme confrontée à ses addictions, ses joies et ses blessures. Le film sera projeté en présence de Jeanne Herry et, sous réserve, de Sara Giraudeau.

Un BRIFF pour toutes les générations

Le Festival ne s’adresse pas uniquement aux cinéphiles aguerris. Avec son volet Youth & Families, le BRIFF ouvre grand ses portes aux enfants et aux familles : ateliers, initiations à la critique et activités autour de l’image.

Et cette année, les plus petits sont encore mieux servis puisqu’une séance est ajoutée pour les enfants dès 3 ans.

Un festival qui se vit aussi hors des salles

Le Festival, c’est aussi le Village du BRIFF, qui sera une nouvelle fois installé place De Brouckère. Avec sa terrasse en accès libre, ses concerts et ses rencontres, tout est prévu pour prolonger les discussions après les projections.

Et pour profiter du cinéma sous les étoiles, direction le Mont des Arts, où deux projections gratuites en plein air permettront de partager, au coucher du soleil, films grand public et classiques du 7e art.


Cette année encore, le BRIFF promet donc un cinéma éclectique, sensible, engagé et surtout vivant. Une belle manière de commencer la rentrée !

Plus d’infos : briff.be

Samantha

Photo de couverture : Eddy de Pretto dans Vigilante
Crédit photo : Olivier Pirard

GOHAN : Un chien errant, trois destins

GOHAN : Un chien errant, trois destins 1600 1122 Samantha Pirard

Gohan ★★★★

Réalisé par Chayanop Boonprakob, Atta Hemwadee et Baz Poonpiriya
Avec Yasushi Kitajima, Poe Mamhe Thar, Jinjett Wattanasin, Tontawan « Tu » Tantivejakul

Drame, comédie feel-good

2h21

Sorti cette semaine sur nos écrans, Gohan s’impose comme un drame feel-good thaïlandais construit en trois volets et réalisés par un trio de cinéastes : Chayanop Boonprakob, Baz Poonpiriya et Atta Hemwadee.

Le film suit Gohan, un chien blanc abandonné, au fil de trois périodes de sa vie. Dès l’ouverture, alors qu’il n’est encore qu’un chiot (Kori), Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima. Rien d’extraordinaire en apparence, et pourtant tout le film commence dès ces premières minutes.

Il pose alors son idée centrale : un animal peut, sans mots mais avec beaucoup d’amour, transformer durablement une vie humaine.

Trois vies, trois volets : entre fiction et réalité

La deuxième partie change de décor et de tonalité. Gohan, devenu adulte et rebaptisé Brownie, est recueilli dans un refuge pour chiens pendant la Covid. Il y rencontre Namcha, une jeune Birmane, interprétée par Poe Mamhe Thar, employée clandestinement.

Jeune adulte, Gohan rencontrera Namcha, une jeune Birmane travaillant clandestinement en Thaïlande.

Cette partie aborde avec finesse des thématiques contemporaines : travail clandestin, crise sanitaire, mais aussi exploitation et monétisation des animaux sur les réseaux sociaux. Le film s’inspire d’ailleurs de la réalité, puisque Meechok, qui incarne Gohan adulte, est lui-même un chien devenu populaire sur TikTok.

La troisième vie du chien l’amène au seuil de la vieillesse auprès de deux étudiants en art, qui le rebaptisent Hima (« neige » en thaï). Cette dernière partie, plus douce, aborde le sujet du deuil. Elle est portée par Putthipong Assaratanakul et Tontawan Tantivejakul, déjà réunis dans How To Make Millions Before Grandma Dies. Le chien Hima, quant à lui, y joue son propre rôle. Ancien chien errant, il fut adopté par l’un des réalisateurs.

Une émotion maîtrisée

Malgré la diversité de ses thèmes (abandon, crise sociale, exploitation, deuil, résilience), Gohan ne se disperse jamais. Le récit reste cohérent. Le film fonctionne par vagues émotionnelles, alternant douceur, humour discret et moments plus sombres. L’humour étant omniprésent, il permet de ne jamais tomber dans le mélodrame. On s’attache rapidement à Gohan et on le suit avec beaucoup de plaisir dans ses différentes vies.

Au seuil de la vieillesse, Gohan trouvera un nouveau foyer auprès de jeunes étudiants en art.

Gohan est un film lumineux et délicat. À travers les trois vies de son héros canin, il interroge notre capacité à aimer, à réparer et à évoluer au contact de l’autre.

Comme le résume le réalisateur Baz Poonpiriya : « Un chien n’est pas seulement un animal de compagnie, c’est aussi le reflet de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. ».

Un film simple en apparence, mais profondément humaniste.

Samantha

Nos cotes
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Photo de couverture : Le tout jeune Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima.

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY 1280 760 Samantha Pirard

Tandis que la 79e édition du Festival de Cannes bat son plein, nous avons choisi de mettre en avant combien le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook se devait d’en être le président du Jury Longs Métrages. En se penchant sur son cinéma et sur la place majeure que le réalisateur coréen occupe au sein de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), ainsi que sur son film culte, Old Boy. Avec, entre autres, deux de nos vidéos : la Minute Cinéma qui leur est consacrée et l’interview du cinéaste lors du 35e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).


Park Chan-wook au BIFFF, où il a été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau
Crédit photo : 35e BIFFF – Francesco Serafini

Pourquoi Park Chan-wook est président du Jury à Cannes cette année

Vingt-deux ans après son Grand Prix à Cannes pour Old Boy, Park Chan-wook devient ainsi, cette année, le premier réalisateur sud-coréen à présider le Jury des Longs Métrages du Festival. Une consécration pour celui qui continue d’influencer le cinéma et la pop culture mondiale !

En 2004, surgissait un véritable ovni : Old Boy (올드보이). Un film choc à tous les niveaux : déflagration visuelle, humour noir, violence dérangeante et bande-son naviguant entre tango, valse et techno. Quentin Tarantino, alors président du Jury du Festival de Cannes, y défendit le film avec ferveur. C’est ainsi qu’à seulement deux voix près, Old Boy aurait décroché la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.

Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook retrouve la Croisette pour la cinquième fois, à présent en tant que président du Jury. Un moment historique pour ce cinéaste autodidacte, sans parcours académique en cinéma, devenu au fil des années l’un des habitués du Festival et de son palmarès : Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009 et Prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022.

Pourquoi ce cinéma fascine-t-il autant ?

Après Old Boy, le cinéma coréen cesse d’être considéré comme marginal. Les productions sud-coréennes s’imposent désormais autant que les grandes productions occidentales. Park Chan-wook devient alors un des symboles majeurs de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), aux côtés de Bong Joon-ho, le réalisateur de la Palme d’or 2019 : Parasite.

Leur point commun ? Des univers immédiatement reconnaissables : violence stylisée, intensité émotionnelle, critique sociale et récits imprévisibles. Mais, surtout, des films qui marquent durablement les spectateurs.

À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes pensées pour une standardisation mondiale des récits, le cinéma coréen a longtemps assumé sa singularité culturelle. Et c’est précisément cette identité forte qui lui a permis de devenir universel.

Une particularité qui influence le cinéma coréen

La Corée du Sud possède une particularité peu connue : les armes à feu y sont strictement interdites. Cette spécificité a fortement influencé le cinéma et les séries coréennes, poussant les scénaristes et réalisateurs à imaginer des scènes d’action plus physiques, inventives et chorégraphiées.

Les affrontements privilégient ainsi les poings, les couteaux ou les objets du quotidien plutôt que les fusillades classiques. Sans cette contrainte culturelle, la mythique scène du couloir de Old Boy n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

À l’origine : un manga japonais

Pour la petite histoire, Old Boy est adapté d’un manga écrit par Garon Tsuchiya (alias Karibu Marei) et illustré par Nobuaki Minegishi, publié en 1997.


Park Chan-wook transformera profondément le personnage principal. Il renomme d’abord le héros Oh Dae-su, un nom pouvant être traduit par « avancer un jour à la fois », et en fait un homme pathétique, incapable de gérer correctement son enfermement. Une approche très différente du manga original, où le personnage apparaît beaucoup plus froid et impassible.

Autre changement majeur : dans le manga, le protagoniste n’est ni marié, ni père de famille. Deux détails loin d’être anodins puisqu’ils transforment profondément le récit… et surtout son final !

Quand BTS rend hommage à Old Boy

Depuis plus de vingt ans, la Corée du Sud développe une stratégie culturelle redoutablement efficace. Cinéma, séries, musique, mode ou jeux vidéo : la « K-culture » est devenue l’une des industries culturelles les plus influentes au monde.

Après Old Boy, le triomphe mondial de Parasite, Palme d’or en 2019, donc, puis Oscar du meilleur film l’année suivante, marque un nouveau tournant historique. Dans le même temps, Squid Game conquiert les plateformes mondiales, tandis que la K-pop devient un phénomène planétaire, porté notamment par le groupe BTS.

Difficile, dès lors, de ne pas voir un symbole dans le clip hommage de BTS reprenant le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy. Notez que le groupe y remplace le célèbre marteau du film par plusieurs objets emblématiques de la culture coréenne.

Le clip de BTS, hommage à Old Boy

Cette référence illustre parfaitement la manière dont la pop coréenne s’appuie sur le prestige du cinéma sud-coréen pour nourrir son propre imaginaire. Chaque succès renforce alors les autres, faisant de la Hallyu un véritable écosystème culturel.

La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et cette année, en le choisissant pour présider son Jury des Longs Métrages, le Festival de Cannes rend hommage à l’un de ses plus grands génies artistiques : Park Chan-wook !

Samantha Pirard

Un autre regard sur Old Boy

Avec notamment, au casting, le trio d’acteurs et d’actrice composé de Choi Min-sik, Yoo Ji-tae et Gang Hye-jung, Old Boy fait partie de la trilogie que Park Chan-wook a choisi de consacrer à son thème le plus cher : la vengeance. Initiée en 2003 avec Sympathy for Mr. Vengeance, cette saga comprend, outre Old Boy, le film Lady Vengeance, commis en 2005.

Précisons d’emblée que si chacun des films de cette trilogie est rudement efficace, Old Boy en est sans conteste la pièce maitresse.


Choi Min-sik, percutant pour le moins, est le Oh Dae-su de Park Chan-wook

Si Old Boy s’inscrit quelque peu dans la même lignée que Kill Bill : Volume 1, le film du réalisateur sud-coréen n’a rien à envier au travail de Tarantino. Il méritait d’ailleurs à Cannes, cette année-là, tellement plus la Palme d’Or que le très bon Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. On ne réécrit pas l’histoire.

Old Boy fait partie de ces œuvres qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Jouissif au possible, d’une grande violence – nécessaire à son scénario en béton –, clos par un final dantesque et porté par un acteur principal au sommet de son art en la personne de Choi Min-sik, qui avait déjà brillé dans le film Ivre de femmes et de peinture, le film mérite absolument les quatre étoiles que nous lui accordons !

Bienvenue en enfer !

Jean-Philippe Thiriart

Notre Minute Cinéma

N’hésitez pas à découvrir la Minute Cinéma de En Cinémascope dans laquelle nous vous proposons une présentation critique de Old Boy et de son réalisateur, ainsi que de l’expo qui célébrait, voici un peu plus de deux ans, au Cinéma Galeries, les 20 ans du film.

J.-Ph. T.

Notre interview de Park Chan-wook

Enfin, nous nous invitons à visionner notre interview de Park Chan-wook au 35e BIFFF. Non sans remercier Haetal Chung, du Centre Culturel Coréen de Bruxelles, interprète ce jour-là de Park Chan-wook !

J.-Ph. T.

Photo de couverture : Lee Seung-hee

Avec le soutien de

En Cinémascope
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