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Samantha Pirard

GOHAN : Un chien errant, trois destins

GOHAN : Un chien errant, trois destins 1600 1122 Samantha Pirard

Gohan ★★★★

Réalisé par Chayanop Boonprakob, Atta Hemwadee et Baz Poonpiriya
Avec Yasushi Kitajima, Poe Mamhe Thar, Jinjett Wattanasin, Tontawan « Tu » Tantivejakul

Drame, comédie feel-good

2h21

Sorti cette semaine sur nos écrans, Gohan s’impose comme un drame feel-good thaïlandais construit en trois volets et réalisés par un trio de cinéastes : Chayanop Boonprakob, Baz Poonpiriya et Atta Hemwadee.

Le film suit Gohan, un chien blanc abandonné, au fil de trois périodes de sa vie. Dès l’ouverture, alors qu’il n’est encore qu’un chiot (Kori), Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima. Rien d’extraordinaire en apparence, et pourtant tout le film commence dès ces premières minutes.

Il pose alors son idée centrale : un animal peut, sans mots mais avec beaucoup d’amour, transformer durablement une vie humaine.

Trois vies, trois volets : entre fiction et réalité

La deuxième partie change de décor et de tonalité. Gohan, devenu adulte et rebaptisé Brownie, est recueilli dans un refuge pour chiens pendant la Covid. Il y rencontre Namcha, une jeune Birmane, interprétée par Poe Mamhe Thar, employée clandestinement.

Jeune adulte, Gohan rencontrera Namcha, une jeune Birmane travaillant clandestinement en Thaïlande.

Cette partie aborde avec finesse des thématiques contemporaines : travail clandestin, crise sanitaire, mais aussi exploitation et monétisation des animaux sur les réseaux sociaux. Le film s’inspire d’ailleurs de la réalité, puisque Meechok, qui incarne Gohan adulte, est lui-même un chien devenu populaire sur TikTok.

La troisième vie du chien l’amène au seuil de la vieillesse auprès de deux étudiants en art, qui le rebaptisent Hima (« neige » en thaï). Cette dernière partie, plus douce, aborde le sujet du deuil. Elle est portée par Putthipong Assaratanakul et Tontawan Tantivejakul, déjà réunis dans How To Make Millions Before Grandma Dies. Le chien Hima, quant à lui, y joue son propre rôle. Ancien chien errant, il fut adopté par l’un des réalisateurs.

Une émotion maîtrisée

Malgré la diversité de ses thèmes (abandon, crise sociale, exploitation, deuil, résilience), Gohan ne se disperse jamais. Le récit reste cohérent. Le film fonctionne par vagues émotionnelles, alternant douceur, humour discret et moments plus sombres. L’humour étant omniprésent, il permet de ne jamais tomber dans le mélodrame. On s’attache rapidement à Gohan et on le suit avec beaucoup de plaisir dans ses différentes vies.

Au seuil de la vieillesse, Gohan trouvera un nouveau foyer auprès de jeunes étudiants en art.

Gohan est un film lumineux et délicat. À travers les trois vies de son héros canin, il interroge notre capacité à aimer, à réparer et à évoluer au contact de l’autre.

Comme le résume le réalisateur Baz Poonpiriya : « Un chien n’est pas seulement un animal de compagnie, c’est aussi le reflet de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. ».

Un film simple en apparence, mais profondément humaniste.

Samantha

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Le tout jeune Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima.

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY 1280 760 Samantha Pirard

Tandis que la 79e édition du Festival de Cannes bat son plein, nous avons choisi de mettre en avant combien le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook se devait d’en être le président du Jury Longs Métrages. En se penchant sur son cinéma et sur la place majeure que le réalisateur coréen occupe au sein de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), ainsi que sur son film culte, Old Boy. Avec, entre autres, deux de nos vidéos : la Minute Cinéma qui leur est consacrée et l’interview du cinéaste lors du 35e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).


Park Chan-wook au BIFFF, où il a été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau
Crédit photo : 35e BIFFF – Francesco Serafini

Pourquoi Park Chan-wook est président du Jury à Cannes cette année

Vingt-deux ans après son Grand Prix à Cannes pour Old Boy, Park Chan-wook devient ainsi, cette année, le premier réalisateur sud-coréen à présider le Jury des Longs Métrages du Festival. Une consécration pour celui qui continue d’influencer le cinéma et la pop culture mondiale !

En 2004, surgissait un véritable ovni : Old Boy (올드보이). Un film choc à tous les niveaux : déflagration visuelle, humour noir, violence dérangeante et bande-son naviguant entre tango, valse et techno. Quentin Tarantino, alors président du Jury du Festival de Cannes, y défendit le film avec ferveur. C’est ainsi qu’à seulement deux voix près, Old Boy aurait décroché la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.

Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook retrouve la Croisette pour la cinquième fois, à présent en tant que président du Jury. Un moment historique pour ce cinéaste autodidacte, sans parcours académique en cinéma, devenu au fil des années l’un des habitués du Festival et de son palmarès : Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009 et Prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022.

Pourquoi ce cinéma fascine-t-il autant ?

Après Old Boy, le cinéma coréen cesse d’être considéré comme marginal. Les productions sud-coréennes s’imposent désormais autant que les grandes productions occidentales. Park Chan-wook devient alors un des symboles majeurs de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), aux côtés de Bong Joon-ho, le réalisateur de la Palme d’or 2019 : Parasite.

Leur point commun ? Des univers immédiatement reconnaissables : violence stylisée, intensité émotionnelle, critique sociale et récits imprévisibles. Mais, surtout, des films qui marquent durablement les spectateurs.

À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes pensées pour une standardisation mondiale des récits, le cinéma coréen a longtemps assumé sa singularité culturelle. Et c’est précisément cette identité forte qui lui a permis de devenir universel.

Une particularité qui influence le cinéma coréen

La Corée du Sud possède une particularité peu connue : les armes à feu y sont strictement interdites. Cette spécificité a fortement influencé le cinéma et les séries coréennes, poussant les scénaristes et réalisateurs à imaginer des scènes d’action plus physiques, inventives et chorégraphiées.

Les affrontements privilégient ainsi les poings, les couteaux ou les objets du quotidien plutôt que les fusillades classiques. Sans cette contrainte culturelle, la mythique scène du couloir de Old Boy n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

À l’origine : un manga japonais

Pour la petite histoire, Old Boy est adapté d’un manga écrit par Garon Tsuchiya (alias Karibu Marei) et illustré par Nobuaki Minegishi, publié en 1997.


Park Chan-wook transformera profondément le personnage principal. Il renomme d’abord le héros Oh Dae-su, un nom pouvant être traduit par « avancer un jour à la fois », et en fait un homme pathétique, incapable de gérer correctement son enfermement. Une approche très différente du manga original, où le personnage apparaît beaucoup plus froid et impassible.

Autre changement majeur : dans le manga, le protagoniste n’est ni marié, ni père de famille. Deux détails loin d’être anodins puisqu’ils transforment profondément le récit… et surtout son final !

Quand BTS rend hommage à Old Boy

Depuis plus de vingt ans, la Corée du Sud développe une stratégie culturelle redoutablement efficace. Cinéma, séries, musique, mode ou jeux vidéo : la « K-culture » est devenue l’une des industries culturelles les plus influentes au monde.

Après Old Boy, le triomphe mondial de Parasite, Palme d’or en 2019, donc, puis Oscar du meilleur film l’année suivante, marque un nouveau tournant historique. Dans le même temps, Squid Game conquiert les plateformes mondiales, tandis que la K-pop devient un phénomène planétaire, porté notamment par le groupe BTS.

Difficile, dès lors, de ne pas voir un symbole dans le clip hommage de BTS reprenant le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy. Notez que le groupe y remplace le célèbre marteau du film par plusieurs objets emblématiques de la culture coréenne.

Le clip de BTS, hommage à Old Boy

Cette référence illustre parfaitement la manière dont la pop coréenne s’appuie sur le prestige du cinéma sud-coréen pour nourrir son propre imaginaire. Chaque succès renforce alors les autres, faisant de la Hallyu un véritable écosystème culturel.

La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et cette année, en le choisissant pour présider son Jury des Longs Métrages, le Festival de Cannes rend hommage à l’un de ses plus grands génies artistiques : Park Chan-wook !

Samantha Pirard

Un autre regard sur Old Boy

Avec notamment, au casting, le trio d’acteurs et d’actrice composé de Choi Min-sik, Yoo Ji-tae et Gang Hye-jung, Old Boy fait partie de la trilogie que Park Chan-wook a choisi de consacrer à son thème le plus cher : la vengeance. Initiée en 2003 avec Sympathy for Mr. Vengeance, cette saga comprend, outre Old Boy, le film Lady Vengeance, commis en 2005.

Précisons d’emblée que si chacun des films de cette trilogie est rudement efficace, Old Boy en est sans conteste la pièce maitresse.


Choi Min-sik, percutant pour le moins, est le Oh Dae-su de Park Chan-wook

Si Old Boy s’inscrit quelque peu dans la même lignée que Kill Bill : Volume 1, le film du réalisateur sud-coréen n’a rien à envier au travail de Tarantino. Il méritait d’ailleurs à Cannes, cette année-là, tellement plus la Palme d’Or que le très bon Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. On ne réécrit pas l’histoire.

Old Boy fait partie de ces œuvres qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Jouissif au possible, d’une grande violence – nécessaire à son scénario en béton –, clos par un final dantesque et porté par un acteur principal au sommet de son art en la personne de Choi Min-sik, qui avait déjà brillé dans le film Ivre de femmes et de peinture, le film mérite absolument les quatre étoiles que nous lui accordons !

Bienvenue en enfer !

Jean-Philippe Thiriart

Notre Minute Cinéma

N’hésitez pas à découvrir la Minute Cinéma de En Cinémascope dans laquelle nous vous proposons une présentation critique de Old Boy et de son réalisateur, ainsi que de l’expo qui célébrait, voici un peu plus de deux ans, au Cinéma Galeries, les 20 ans du film.

J.-Ph. T.

Notre interview de Park Chan-wook

Enfin, nous nous invitons à visionner notre interview de Park Chan-wook au 35e BIFFF. Non sans remercier Haetal Chung, du Centre Culturel Coréen de Bruxelles, interprète ce jour-là de Park Chan-wook !

J.-Ph. T.

Photo de couverture : Lee Seung-hee

Avec le soutien de

En Cinemascope
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