Le 19e Offscreen Film Festival débute aujourd’hui : olé !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/03/offscreen.jpg350496Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Le coup d’envoi de la 19e édition de l’Offscreen Film Festival sera donné aujourd’hui même. L’ouverture des portes est prévue vers 18h30 au cinéma Nova, au cœur de Bruxelles. C’est au film suédois Egghead Republic, projeté en avant-première, que reviendra l’honneur de lancer les hostilités. Le festival se poursuivra ensuite jusqu’au 29 de ce mois. Les séances se répartiront entre le Nova, Cinematek, le cinéma RITCS et l’Aventure, sans oublier les délocalisations organisées dans différentes villes du pays.
Le programme s’articule autour de quatre axes thématiques principaux : le module « Exorcising Franco: Spanish genre cinema 1968-1983 », rétrospective passant en revue l’âge d’or du cinéma de genre espagnol, les traditionnels Offscreenings, soit des avant-premières de films à l’esprit alternatif, un focus sur le réalisateur hongkongais John Woo, l’un des maîtres du cinéma d’action, et une sélection intitulée « Only in America? Delusions of democracy », regroupant des films politiques états-uniens des années 70, qui devraient résonner de manière particulière avec l’actualité. À cela s’ajoutent des séances spéciales, comme celle de L’Homme qui venait d’ailleurs, avec le regretté David Bowie, le film maudit de John Boorman, L’Exorciste II : L’Hérétique, bénéficiant de l’éclairage du documentaire Boorman and the Devil, une après-midi à destination du jeune public avec une sélection de courts métrages (« Cineketje ») et la comédie musicale The Wiz de Sidney Lumet, ou encore une double séance hommage à Harry Kümel, avec The Coming of Joachim Stiller et Les Lèvres rouges, en présence du réalisateur lui-même.
La rétrospective espagnole regorge de films à épingler : Les Cloches de l’enfer, Último Deseo (The People Who Own the Dark), La Furie des vampires et Le Sadique à la tronçonneuse, dont nous vous parlions dans notre compte-rendu de la dernière édition du ARFF, le 7ème Aaaargh Retro Film Festival, mais aussi La Résidence et Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, La Révolte des morts-vivants d’Amando de Ossorio, Le Massacre des morts-vivants et Cérémonie sanglante de Jorge Grau, La Mariée sanglante de Vicente Aranda, plusieurs films d’Eloy de la Iglesia, dont The Cannibal Man, etc.
Côté nouveautés, on ne manquera pas, outre Egghead Republic déjà cité en préambule, Junk World, la suite du film d’animation japonais en stop-motion Junk Head, Mag Mag, film qui mélange J-Horror et comédie, et qui émane de K2 Pictures, société de production co-créée par Takashi Miike, Dawning de Patrik Syversen, qui avait réalisé le survival Manhunt en 2008, ainsi que Rose of Nevada de Mark Jenkin (Enys Men), où il sera question de voyage dans le temps. Citons encore le nouveau Ben Wheatley, Bulk, le nouveau Harmony Korine, Baby Invasion, et Fantôme utile, récompensé à Cannes l’année dernière.
L’hommage à John Woo sera l’occasion de (re)voir sur grand écran les classiques de l’action The Killer (séance précédée d’une lecture sur le cinéaste hongkongais faite par Julien Sévéon, ancien rédacteur du magazine Mad Movies et spécialiste du cinéma d’exploitation et des cinématographies d’Asie), À toute épreuve, Une balle dans la tête, Le Syndicat du crime et sa première suite ou encore, pour sa carrière hollywoodienne, Volte/Face, sans oublier son Chasse à l’homme avec notre Jean-Claude Van Damme (inter)national.
Le module « Only In America? Delusions of democracy » rassemble quelques grands noms : Robert Altman (Nashville), Sidney Lumet (Network : Main basse sur la TV), Paul Schrader (Blue Collar), Robert Aldrich (L’Ultimatum des trois mercenaires), etc. Le clou de cette thématique sera la séance spéciale autour du film Punishment Park de Peter Watkins, réalisateur décédé l’automne dernier.
Voilà donc un beau programme bien chargé pour ce mois de mars. Bien entendu, En Cinémascope sera sur place et nous vous reparlerons ultérieurement de tout cela !
Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascopehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/02/01.jpg20481363Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Comme nous vous l’avions annoncé, la sixième édition du ARFF (le 7ème Aaaargh Retro Film Festival) s’est déroulée du 29 octobre au 2 novembre derniers. Cinq jours passés à regarder des longs métrages, anciens et nouveaux, mais aussi des courts, à écouter les invités parler de leur art, à admirer les œuvres des deux artistes plasticiens qui y exposaient, à goûter les bières de la brasserie Valduc, l’un des sponsors de l’événement, et, le samedi, à chiner des DVD, Blu-ray, fanzines, fumetti et autres objets lors de la petite bourse appelée ARFF’ifacts.
Pour en revenir aux invités, le réalisateur flamand Jonas Govaerts a introduit la projection de son Welp, alias Cub, puis, à l’issue de celle-ci, s’est prêté au jeu de la séance de questions-réponses. Son film n’ayant pas bénéficié d’une sortie en Wallonie à l’époque, le voir enfin sur grand écran en plein centre de la capitale wallonne tenait un peu, sur le plan symbolique, de l’injustice réparée. Jaume Balagueró, fer de lance de l’horreur espagnole moderne, était parmi nous le samedi, journée placée sous le signe du pays de Cervantès, au cours de laquelle était projeté notamment [REC]. Le Q&A qui suivit fut une franche réussite, Balagueró étant proche du public, avide de lui poser moult questions, le réalisateur catalan répondant systématiquement en français, attention pour le moins appréciable.
La compétition des courts métrages belges réunissait The Act de Nicolas Florin, Love Machine de Tresor Kataley, La Fille de Jorge Sermini, Cowboys de Robinson Van Hoof, À la limite de Clothilde Closon, Tetaniya de Patrice Mougeolle, Clairvoyance de Brandon Gotto et Éloge du Capitalisme Sauvage de Julien Cescotto. La Fille a remporté le Best Belgian Award et le Best Audience Award. Une mention spéciale a été attribuée à Cowboys.
La compétition de courts métrages internationaux regroupait, quant à elle, Dans l’ombre de Jérémy Barlozo, Cursed Croman d’Andrés Damonte, Lost In Galactic Translation de Rasmus Lindkvist, Lavenza de Lauren Eden, Slasher d’Igor Belov, Menú Del Dia de Denim Candenza, Dévitalisée de Romane Eilahtan, The RVM de Gergely András Leipold, Rotten Faith de Flávio Carnielli et The Beneath de Lisette Vlassak. Dévitalisée a gagné le Best International Short et le Best Audience Award. Rotten Faith a récolté une mention spéciale. Pour l’ensemble de la compétition, Rotten Faith a remporté le Best Youth Award et Éloge du Capitalisme Sauvage a raflé à la fois le Prix Cinergie et le Grand Prix du Festival. Bravo à tou·te·s les gagnant·e·s et, en particulier, à Julien Cescotto !
Julien Cescotto, se voyant décerner le Prix Cinergie par Thierry Zamparutti, aux côtés du coordinateur du Festival, Frédéric Burlet, pour son film Éloge du Capitalisme sauvage Crédit photo : Sandy Foulon
Après ce palmarès et en attendant la prochaine édition du Festival, qui se tiendra du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre prochains, et dont l’une des nouveautés sera rien moins qu’un prix décerné par En Cinémascope, nous revenons pour vous sur la quasi-totalité des longs métrages projetés lors de l’événement !
Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno) ★★★ Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem (Espagne/France)
Film à la réputation maudite, réalisé par Claudio Guerín, décédé très jeune pendant le tournage, et terminé par Juan Antonio Bardem (La Corruption de Chris Miller), Les Cloches de l’enfer (on trouve aussi le titre au singulier, La Cloche de l’enfer) est un petit bijou de l’horreur à l’européenne des années 70. Un jeune homme, Jean dans la version française, au passé très lourd, obtient la permission de sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné et retourne dans son village natal pour reprendre contact avec sa tante, qui le voit d’un très mauvais œil, et ses trois cousines, dont l’une d’elles a eu une relation amoureuse avec lui. Il ourdit une terrible vengeance… Le personnage de Jean est fascinant, sorte de force chaotique qui fait ressurgir l’hypocrisie de la bonne société, tout en étant parcouru de pulsions destructrices. Il est magistralement interprété par l’acteur français Renaud Verley. Le reste de la distribution est également fort intéressante : le grand acteur espagnol Alfredo Mayo (le giallo Folie meurtrière), Viveca Lindfors (La Tempête, Creepshow) et les très jolies Christina von Blanc (Une vierge chez les morts-vivants), Nurio Gimeno (Les Orgies du Docteur Orloff) et Maribel Martín (La Résidence, La Mariée sanglante). La mise en scène est extraordinaire et très intelligente, les décors sont beaux, l’atmosphère qui s’en dégage est unique et le double final, qui mêle thriller, drame et horreur, est particulièrement marquant. Un vrai régal !
Les Crocs du diable (El Perro) ★★★ Antonio Isasi-Isasmendi (Espagne)
Dans une dictature d’Amérique du Sud, un mathématicien de génie, fait prisonnier politique, parvient à s’évader. Il sera inlassablement traqué par un chien dressé pour retrouver et tuer les prisonniers échappés. Au sortir de la période franquiste, l’Espagne accouchait de cet hallucinant thriller politique dans lequel le chien fonctionne comme une métaphore évidente. Le rôle principal est interprété de manière très investie par Jason Miller (le Père Karras dans L’Exorciste), tandis que d’autres noms importants apparaissent à l’écran : Lea Massari (L’Avventura, Peur sur la ville), grande actrice italienne décédée l’année dernière, Marisa Paredes (L’Échine du diable, de nombreux Almodóvar), Manuel de Blas (Le Monde des morts vivants, Christophe Colomb : La découverte), Aldo Sambrell (… Et pour quelques dollars de plus) et même le réalisateur Juan Antonio Bardem en leader de l’opposition clandestine… sans oublier le chien, terrifiante némésis du héros. Ce film offre de l’action, du suspense, de l’aventure, un peu d’érotisme, bref, fonctionne comme un bon divertissement, tout en ayant un réel propos politique. La première partie, qui se passe dans la nature et s’apparente à un survival, est supérieure à la seconde, qui se déroule, elle, en ville et voit son rythme se relâcher un peu, même si elle recèle aussi de sacrés moments. Dans tous les cas, c’est un film à (re)découvrir !
The Forbidden City (La Città proibita) ★★★ Gabriele Mainetti (Italie)
C’est sur cette excellente note que le festival s’est clôturé. Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) était de retour en 2025 avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille. Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser. Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’action impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Cittá proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !
Frankie Freako ★★ Steven Kostanski (Canada)
Frankie est un homme coincé, ennuyant et beaucoup trop investi dans son travail, au détriment de sa vie privée. Alors que sa femme le laisse seul à la maison pour quelques jours, il compose le numéro d’un service téléphonique qui va permettre à des gobelins d’une autre planète d’atterrir chez lui et de mettre le souk dans sa vie. Steven Kostanski (Psycho Goreman) signe une comédie fantastico-horrifique dans la veine des Gremlins, Ghoulies et autres Puppet Master. L’amour de ces productions des années 80 qui s’en dégage est tellement prégnant et leur esprit tellement bien respecté qu’on dirait un film perdu de cette décennie-là, qui aurait été miraculeusement retrouvé. Nostalgiques des 80’s, vous voilà prévenus ! Outre les petites créatures, figurées par des marionnettes, ayant chacune leur look bien défini et leur personnalité, tant et si bien qu’elles finissent par devenir attachantes, le film offre à voir des robots, un voyage vers un autre monde et un grand méchant, mégalomane comme il se doit. Les clins d’œil abondent : à Freddy Krueger via une réplique, à feu le réalisateur et créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler (Troll, Ghoulies III) via le nom d’un personnage, à Masters of the Universe via une des tenues du héros, etc. Précisons enfin que Kostanski ne joue pas ici la carte du gore, le film pouvant être vu par un public plus large et plus jeune que celui des splatters. Un tout petit budget, mais avec un cœur gros comme ça !
La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis) ★★ León Klimovsky (Espagne/Allemagne de l’Ouest)
La Furie des vampires fait partie de la série de films mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, interprété par l’acteur Paul Naschy, grande figure du courant de l’horreur espagnole allant de la fin des années 60 au mitant des années 70 appelé « Fantaterror ». Daninsky est un noble d’origine polonaise mordu par un lycanthrope et, à la suite de cela, condamné à se transformer lui-même en loup-garou. À noter que La Furie…, qui date de 1971, n’est pas le premier film de cette saga. Il est précédé desVampires du Dr. Dracula (1968) et de Dracula contre Frankenstein (1969). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir vu ceux-ci avant de visionner La Noche de Walpurgis, les histoires étant plus ou moins indépendantes. Deux étudiantes, Elvira et Geneviève, sillonnent la campagne française à la recherche de la tombe de la comtesse Wandesa pour les besoins de la thèse universitaire de la première. Elles se perdent et finissent par être hébergées par le comte Daninsky. Elles vont trouver la tombe qu’elles cherchaient et ressusciter malencontreusement la comtesse, vampire de son état, qui voudra se constituer une troupe d’esclaves. Même si, globalement, les effets spéciaux et les maquillages sont datés, et qu’il existe des faiblesses narratives, le charme typique des années 70 opère et le film s’avère plaisant à regarder. De beaux décors, une touche d’érotisme de bon aloi et un amour palpable de Naschy (comme souvent, c’est lui qui est à l’origine du scénario) pour le bestiaire fantastique mettent dans le mille. Un grand succès de son époque.
Hot Spring Shark Attack ☆ Morihito Inoue (Japon)
Hot Spring Shark Attack constitue clairement la fausse note de cette sélection. Il est symptomatique de la dégénérescence du sous-genre appelé Sharksploitation – filon du cinéma d’exploitation basé sur la figure du requin tueur – qui, notamment sous l’impulsion de sociétés de production telles que Nu Image et surtout The Asylum, s’enferre depuis trop longtemps dans une surenchère de concepts loufoques et d’effets spéciaux de mauvaise qualité. On en arrive à des requins évoluant sous le sable, sous la neige des montagnes, dans l’espace, des requins à six têtes ou encore possédés par le diable. Pour donner une idée, il existe réellement des films intitulés Sharkula, Sharkenstein, Shark Exorcist, Amityville Shark House, Shark Encounters of the Third Kind et Sharks of the Corn… Hot Spring Shark Attack s’inscrit donc dans cette veine. Une petite ville thermale japonaise subit les assauts de requins capables de remonter les canalisations d’eau pour s’en prendre aux gens un peu partout : dans les thermes, dans leur salle de bain, etc. Le budget est plus que riquiqui, et ça se voit, les effets spéciaux sont moches comme tout et la réalisation ne sauve pas les meubles. Certains films d’exploitation compensent leurs défauts en se montrant généreux en gore et/ou en érotisme, mais ce n’est même pas le cas ici. Ne subsiste qu’une accumulation d’idées farfelues.
Jimmy and Stiggs ★★ Joe Begos (États-Unis)
Écrit et réalisé par Joe Begos (Almost Human, Bliss, VFW), Jimmy and Stiggs est un gros délire fiévreux à petit budget conçu dans un esprit « grindhouse ». Il est parrainé par Eli Roth, qui signe les deux fausses bandes-annonces qui ouvrent le film, intitulées The Piano Killer et Don’t Go In That House, Bitch!. Mises en bouche réjouissantes. Passé celles-ci, Begos se met lui-même en scène dans le rôle principal, Jimmy, aux côtés de Matt Mercer dans le rôle de Stiggs, son ancien ami avec lequel il s’est brouillé. Pur huis-clos, le film est entièrement tourné à l’intérieur de l’habitation de son auteur. Jimmy est cloîtré chez lui et passe son temps à consommer de l’alcool et d’autres drogues illégales. À partir d’un moment, il devient furieux, persuadé de se retrouver face à une invasion d’extraterrestres qui tenteraient de l’enlever. Réalité ou projections de son esprit sous influence ? Tout le film prend l’apparence d’un bad trip hystérique, aux couleurs fluorescentes, nourri de la paranoïa sous-jacente aux théories du complot, où tous les dialogues sont orduriers (tentative de rivaliser avec ceux de August Underground’s Mordum ?), et dans lequel le gore, à base de sang extraterrestre orangé, fuse abondamment dans tous les sens. Une expérience cinématographique intéressante par son côté « DIY », mais d’où l’on sort lessivé.
La Madre muerta ★★★ Juanma Bajo Ulloa (Espagne)
L’une des belles découvertes de ce festival. Ce film des années 90 mêle drame et thriller en brassant des thèmes comme le meurtre, l’enlèvement et le handicap mental. Un petit criminel, en plein vol d’une œuvre d’art, tue une restauratrice de tableaux et tire sur la fille de celle-ci. Vingt ans plus tard, la fillette, toujours vivante, est devenue jeune femme. Ne parlant pas et accusant un retard mental, elle passe beaucoup de temps dans un institut spécialisé. L’ancien cambrioleur la croise par hasard, la reconnaît et a dès lors peur qu’elle l’ait aussi reconnu et qu’elle le dénonce. Avec sa compagne, ils décident de l’enlever. La Madre muerta brille d’une lueur sombre par l’intéressante complexité des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, par la qualité du jeu des acteurs et actrices et par sa réalisation classieuse. La distribution comprend Karra Elejalde, vu par exemple dans Action Mutante, La Secte sans nom et Timecrimes, Ana Álvarez (GAL), Silvia Marsó (Amour, Prozac et autres curiosités) et notre Lio nationale. Tout ce beau monde parvient à susciter une belle intensité d’émotion dans ce drame où Juanma Bajo Ulloa cherche l’humanité derrière le mal.
Mort de rire (Muertos de risa) ★★★ Álex de la Iglesia (Espagne)
Film d’ouverture du festival, Mort de rire est une comédie noire de la fin des années 90 du célèbre réalisateur espagnol Álex de la Iglesia. Cette fiction raconte l’histoire d’un duo de comiques, Nino (Santiago Segura) et Bruno (El Gran Wyoming), des circonstances de leur formation dans les années 70 à leur duel à mort final (qui est montré d’entrée de jeu). Leur succès est dû à une baffe que le second donne au premier sur scène, ce qui ravit le public, et l’on voit comment leur jalousie, leur paranoïa et leur haine mutuelle enflent au fur et à mesure de leur célébrité grandissante. Ce film est parcouru d’une énergie folle, anarchisante, typique de son réalisateur. Celui-ci y va de sa critique des relations humaines et du show-business, montrant ses coulisses peu glorieuses et sa facticité, notamment via une idée de mise en scène assez géniale avec cette fausse fête sans fin organisée pour pourrir la vie du rival. On est pris dans un tourbillon d’émotions fort diversifiées, entre rire, grincement de dents et attendrissement. Une comédie qui n’est pas qu’une comédie, pourrait-on dire, et qui a des choses à dire.
Second long métrage de la journée « Mad in Belgium » consacrée à nos productions de genre nationales, Rabid Grannies est une comédie gore ayant l’honneur de figurer dans le catalogue de Troma Entertainment, la célèbre société de production américaine de films indépendants fondée par Lloyd Kaufman et Michael Herz. L’esprit de ce film n’est pas très éloigné de celui de Braindead de Peter Jackson, qui déboulera quelques années plus tard. Autant dire qu’il détonne dans le paysage cinématographique belge. Deux riches vieilles filles invitent les membres de leur famille à l’occasion de leur anniversaire. Tout le monde rapplique, en ayant comme principale préoccupation le futur héritage à toucher. Seul absent notable : la bête noire de la famille, un sataniste à la sinistre réputation. L’individu n’a cependant pas oublié les grand-tantes : une étrange femme vient apporter de sa part un mystérieux coffret en guise de cadeau d’anniversaire. Après avoir ouvert celui-ci, les gentilles mémés se transforment en monstres assoiffés de sang. Le carnage commence… Emmanuel Kervyn se fait un malin plaisir de pointer du doigt l’hypocrisie des convives, peints comme de véritables vautours tournant autour des naïves vieillardes avant d’être traqués dans le vieux château qui abrite les festivités. Le spectacle est réjouissant par son humour, sa galerie de personnages hauts en couleur, sa générosité dans le gore et son cadre bien belge (le film est tourné à Courtrai et au château d’Ingelmunster).
[REC] ★★★ Jaume Balagueró et Paco Plaza (Espagne)
Désormais classique du cinéma d’horreur des années 2000, [REC] constitue par la même occasion l’un des chefs-d’œuvre du style cinématographique appelé found footage. Pour rappel, nous y suivons la jeune journaliste Ángela et son caméraman (qui tient la caméra intradiégétique par laquelle nous découvrons les faits) qui, pour une émission de télévision, suivent pendant une nuit des pompiers dans l’exercice de leur fonction. Cela va les mener à l’intérieur d’un immeuble où la situation va vite tourner au cauchemar : le bâtiment est mis en quarantaine par les autorités, ils ne peuvent donc pas en sortir, et un terrible virus s’y propage. Le film fait preuve d’une efficacité redoutable, avec une tension qui va crescendo et une fin mémorable. Le jeu spontané et juste de Manuela Velasco dans le rôle principal contribue à la crédibilité du spectacle. Toujours concernant la question de la crédibilité, les scénaristes ont fourni une justification valable au fait que le personnage qui tient la caméra continue à filmer même lorsque tout dégénère, ce qui constitue parfois un point problématique dans certaines productions appartenant à cette catégorie. Un modèle pour de nombreux autres found footages ultérieurs et le point de départ d’une saga comprenant à ce jour quatre volets plus un remake américain.
Le Sadique à la tronçonneuse (Pieces / Mil Gritos tiene la noche) ★★ Juan Piquer Simón (Espagne)
De même que l’Espagne avait produit des giallos, genre typiquement italien, elle a également produit quelques slashers, genre associé au départ à l’Amérique du Nord. Le Sadique à la tronçonneuse, qui a connu des titres alternatifs divers et variés lors de son exploitation en VHS (Pieces, Un tueur au campus, Mutilator Man,Le Cri du Cobra…), en est un bon exemple, d’autant qu’il conserve vaguement quelques motifs giallesques (les gants noirs, par exemple). L’action se déroule sur le campus universitaire de Boston (même si, en dehors de quelques plans, tout le film a été tourné en Espagne). Un tueur y sévit, armé d’une tronçonneuse, découpant ses victimes en emportant chaque fois un morceau de celles-ci afin de reconstituer un puzzle sexy de son enfance. Mais quelle est l’identité de ce psychopathe ? La police patauge, au point de demander à l’un des étudiants de l’aider dans cette enquête. En clair, Pieces est un nanar qui fait passer un excellent moment, pour peu, bien sûr, qu’on soit amateur d’horreur bien « bis », grâce à sa générosité (gore outrancier, nudité) et à ses maladresses fort amusantes. Le summum du n’importe quoi est atteint lors de la scène de la policière infiltrée qui se fait agresser sans raison en pleine nuit par un prof de kung fu sorti de nulle part, séquence sans rapport avec l’intrigue, greffée là en dépit du bon sens pour le simple plaisir d’avoir un caméo de Bruce Le, qui tournait un autre film dans les parages à la même période. Cela donne une petite idée de l’esprit du film…
Último Deseo ★★ León Klimovsky (Espagne)
Un groupe de personnes appartenant à la haute société se réunit dans le sous-sol d’un château isolé pour y célébrer des réjouissances placées sous le signe du Marquis de Sade. Alors que la fête commence et que les jolies femmes payées pour prestations sexuelles spéciales se plient aux fantaisies des convives, une bombe nucléaire explose. C’est la guerre. Le groupe est sain et sauf, mais quelques domestiques qui n’étaient pas abrités dans la cave sont devenues aveugles. Craignant l’arrivée des radiations, quelques-uns se dépêchent de se rendre au village le plus proche afin de réunir un maximum de vivres. Là, ils découvrent que les habitants qui faisaient la fête dehors ont aussi perdu la vue. Des tensions entre les nantis et les humbles locaux vont éclater et la situation va dégénérer. On retrouve la paire de La Furie des vampires : León Klimovsky à la réalisation et Paul Naschy dans un des rôles-clés. Ce qui commençait comme un film de Sexploitation typique des années 70 se mue en autre chose. Le scénario réserve quelques surprises de ce genre, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Último Deseo tire aussi sa force de sa charge politique, très claire. Il met en scène à sa manière la lutte des classes, mettant en avant la dépravation et l’égoïsme de l’élite, en l’opposant au petit peuple malmené, qui a de quoi se révolter. Voilà un film à la fois ancré dans son époque et pourtant toujours d’actualité, malheureusement.
Welp ★★ Jonas Govaerts (Belgique)
Une meute de louveteaux flamands (les jeunes scouts, pas les animaux) s’en va en camp d’été dans les Ardennes. Sur place, ils ont maille à partir avec deux authentiques barakis wallons, mais surtout, ils sont confrontés à un garçon sauvage revêtu d’un masque d’écorce qui élimine tout intrus qui s’aventure dans ces bois. En tant que Wallons, nous pourrions nous offusquer de l’image peu reluisante que Welp, aussi sorti sous le titre Cub, renvoie de la population du sud du pays, mais laissons de côté la polémique et postulons qu’il ne s’agit que d’un pur prétexte pour construire une fiction d’horreur. Qui s’avère être un bon petit survival. D’une durée (1h24) convenant parfaitement à son sujet, bien rythmé, avec quelques moments nerveux et sans concession (adolescents, enfants, animaux, tout peut y passer), ce film est une bonne série B efficace comme il s’en produit malheureusement trop peu dans notre petit pays. Un modeste exemple à suivre. Souhaitons qu’entre ses nombreux tournages de clips musicaux et de séries télévisées, Jonas Govaert ait à nouveau l’occasion de se frotter au long métrage de genre.
Retour sur l’année cinéma 2025 : une sélection… fantastique !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/02/Resurrection.jpg1200800Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
En ce début d’année 2026, nous vous proposons de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et de revenir sur une sélection de films sortis dans nos salles obscures lors de l’année écoulée. Une sélection résolument orientée… cinéma de genre !
28 ans plus tard ★★★ Danny Boyle (Royaume-Uni/Canada/États-Unis)
Après avoir passé la main à Juan Carlos Fresnadillo pour la première suite de son 28 jours plus tard, Danny Boyle reprend les commandes pour cette deuxième suite tardive. Moins axé sur l’action que l’opus précédent, celui-ci délivre une leçon de vie et de mort, le réalisateur de Trainspotting mettant en scène un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. L’approche ne manque pas d’intérêt et permet d’éviter une redite. Le film est parsemé de bonnes idées visuelles et symboliques, telles la longue digue qui se recouvre d’eau (qui rappelle celle de La Dame en noir) ou les colonnes d’ossements. Depuis le phénomène The Walking Dead, difficile d’inventer une histoire postapocalyptique avec des zombies/infectés sans que cela nous fasse penser, d’une manière ou d’une autre, à cette série. Et, de fait, l’effet « long épisode de luxe de The Walking Dead » n’est pas évité (le garçon qui fait penser à l’enfant de Rick, les différentes petites communautés qui se sont retranchées dans des endroits plus ou moins sûrs, etc.). Une petite frustration à pointer : le poème déclamé sur des images de guerre est bien vu, mais on s’attendait à ce qu’il revienne plus tard pour accompagner une scène dramatiquement forte, à la façon de la bande-annonce du film. On ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont passés à côté d’un moment très intense en ne faisant pas cela. Tant qu’on y est, les toutes dernières minutes, qui appellent une nouvelle suite (sortie voici trois semaines), laissent dubitatif. Ça part un peu trop dans le délire. Pour un post-nuke italien des années 80 ou un délire à la RKSS (Turbo Kid), d’accord, mais pas pour un 28… plus tard ! En dehors de cela, le film commence étonnamment par annuler la direction prise par les dernières secondes de son prédécesseur : la Grande-Bretagne est en quarantaine, dans le reste du monde la situation est revenue à la normale, et l’action se recentre sur une petite île britannique et ses environs. Les infectés ont eu le temps d’évoluer et se subdivisent désormais en plusieurs catégories : les rampants, obèses qui se nourrissent de vers ainsi que d’autres petits bestioles peu rapides, et les « classiques » avec, à leur tête, les alphas, particulièrement dangereux. Les décors sont beaux, le jeune acteur Alfie Williams, qui interprète Spike, le personnage principal, est fort convaincant, et le chemin de ce dernier croisera celui d’un personnage très intéressant, un médecin que l’on dit avoir sombré dans la folie… En clair, 28 ans plus tard n’est pas une claque et ne retrouve pas l’efficacité de 28 semaines…, mais il contient suffisamment d’éléments dignes d’intérêt pour que l’on s’y arrête.
Alpha ★★ Julia Ducournau (France/Belgique)
Comme on le verra aussi dans la critique de Together, le body horror est à la mode ces temps-ci, et voici encore un autre film qui vient le confirmer. Ici, Julia Ducournau le traite à la sauce drame d’auteur social. Et pourquoi pas, après tout ? Alpha est intéressant, avant tout pour la qualité de l’interprétation de ses acteurs et actrices (notamment Tahar Rahim, Golshifteh Farahani et Mélissa Boros), mais aussi pour son travail sur l’image et son approche personnelle du thème. Maintenant, c’est sûr, les amateurs du genre horrifique peuvent éprouver un plaisir plus grand et plus direct quand le body horror est traité à la Brian Yuzna ou à la David Cronenberg des débuts.
Black Phone 2 ★★★ Scott Derrickson (États-Unis/Canada)
Scott Derrickson signe une suite réussie de son propre film qui, pour rappel, était basé sur une nouvelle de Joe Hill (le fils de Stephen King). Tout d’abord, il a l’intelligence de ne pas suivre la même structure narrative que le premier. Trop de suites ne sont que des variations, pour ne pas dire des remakes déguisés, du film original. Cet écueil est évité. Sur le plan visuel, la photographie et le travail sur le grain de l’image (qui permet de distinguer les rêves de la réalité) donnent un cachet appréciable au film. Les décors de neige et de glace apportent eux aussi, à leur manière, une impression de nouveauté dans cet univers. Techniquement abouti, Black Phone 2 réussit également à générer de l’émotion, notamment grâce à la bonne prestation de Madeleine McGraw dans le rôle de Gwen (la sœur de Finn), sur qui le film est focalisé. Enfin, la dimension cauchemardesque, qui est centrale, rend l’ensemble fort goûtu. Le vilain, toujours campé par Ethan Hawke, devient plus que jamais une sorte de Freddy Krueger. Pour ne rien gâcher, Scott Derrickson ne lésine pas sur le gore, sans en faire trop non plus. Le seul défaut notable, c’est un côté répétitif dans le déroulé des événements. Black Phone 2 reste, globalement, assez enthousiasmant pour les amateurs d’horreur fantastique.
Bugonia ★★★ Yorgos Lanthimos (Irlande/Royaume-Uni/Canada/Corée du Sud/États-Unis)
Bugonia est le remake, signé Yorgos Lanthimos, du film coréen Save The Green Planet! (2003). Après Pauvres créatures, Emma Stone retrouve le réalisateur grec pour un rôle très différent. Elle incarne cette fois-ci une PDG très en vue qui se fait enlever par deux pauvres gars persuadés qu’elle fait partie de l’élite d’une race extraterrestre qui a envahi la Terre à l’insu de tous en ayant pris l’apparence des humains. L’idée de ces deux gugusses est de la persuader de gré ou de force, quitte à recourir à la torture, d’obtenir une entrevue avec le big boss des aliens afin de plaider la cause des humains. Délires complotistes ou réalité ? Le film repose pour beaucoup sur un sacré trio d’acteurs : outre Emma Stone déjà citée, Jesse Plemons (The Irishman, Affamés) livre une prestation assez hallucinée en « bouseux » qui va jusqu’au bout de ses idées, même si celles-ci paraissent complètement farfelues, et Aidan Delbis, acteur débutant, campe un simplet qui suit son cousin dans ses plans fous, restant dans l’ombre de ce dernier. Lanthimos signe un film plus accessible que ses précédents, bien que ceux-ci ne soient pas non plus inaccessibles, qu’on pourrait qualifier de bon remake. Cela dit, on reste davantage émerveillé par son Pauvres Créatures.
Conjuring : L’Heure du Jugement ★★ Michael Chavez (États-Unis/Royaume-Uni/Canada)
Quatrième Conjuring (sans compter les films dérivés de la franchise), cette Heure du Jugement est réalisée par Michael Chavez, un habitué de cet univers, déjà aux commandes de Conjuring : Sous l’emprise du diable, La Malédiction de la Dame blanche et La Nonne : La Malédiction de Sainte-Lucie. Si le classicisme de sa mise en scène n’est pas déplaisant, il commet cependant l’erreur de trop régulièrement s’attarder inutilement sur ses séquences, allongeant la durée du film à 2h15, durée exagérée pour ce genre de productions. En outre, la confrontation finale ne répond pas à toutes les attentes créées par l’introduction du film. Il n’est pas mauvais pour autant, mais peut-être que James Wan aurait dû revenir au poste qu’il occupait sur les deux premiers Dossiers Warren.
Dangerous Animals ★★ Sean Byrne (Australie/États-Unis/Canada)
Dangerous Animals marque le retour du réalisateur australien Sean Byrne, dont on n’avait plus entendu parler depuis bien trop longtemps. Découvert à la toute fin des années 2000 avec le très bon The Loved Ones, il avait fallu attendre 2015 pour qu’il sorte un deuxième long métrage, The Devil’s Candy, qui, injustement, n’est pas parvenu jusqu’à nos contrées. Depuis, plus rien… jusqu’à aujourd’hui. Il y a plus prolifique ! Comme l’indique le pluriel du titre, il n’y a pas qu’une seule espèce animale dangereuse dans ce film. La question qu’il pose et à laquelle il répond est : qui, entre le requin et l’homme, est le plus dangereux ? On a donc un mélange entre film de psycho-killer et film d’attaques animales assez bien vu. Après une introduction efficace nous mettant bien dans le bain et annonçant la couleur, le script suit la jeune femme qui, après avoir passé une super nuit avec sa rencontre du jour, se fait enlever par un sadique qui va la séquestrer dans son bateau. Le résultat est un petit film d’horreur efficace, avec un bon méchant (in)humain (important, ça, d’avoir un bon méchant !), que l’on pourrait décrire un peu rapidement comme la rencontre entre Wolf Creek et Les Dents de la mer. En moins marquant, bien sûr. De quoi passer un bon moment au cinéma, sans non plus se prendre un uppercut. Le fait qu’il ait bénéficié d’une sortie en salles est encourageant ; espérons que cela permettra à Sean Byrne de rapidement enchaîner avec un autre projet dans le cinéma de genre.
Destination finale : Bloodlines ★ Zach Lipovsky/Adam B. Stein (États-Unis/Canada)
Ce sixième volet de la franchise Destination finale suit Stefani Reyes, jeune femme hantée par un cauchemar récurrent dans lequel elle voit ses grands-parents périr avec de nombreuses autres personnes dans l’effondrement d’un restaurant panoramique. Contre l’avis de reste de sa famille, elle décide de se rendre chez sa grand-mère, qui vit en recluse, pour l’interroger sur ce qui la tracasse. Des effets numériques qui tuent l’horreur couplés à une incapacité à dramatiser les morts qui surviennent donnent ce film qui manque cruellement d’impact sur ses spectateurs. Hormis cela, il y a quelques éléments funs. Et un qui ne l’est pas du tout : on peut y voir une des dernières apparitions à l’écran de Tony Todd (Candyman), décédé entre-temps. Apparition qui fait mal à voir, car l’acteur iconique y est très amaigri et affaibli par la maladie. Mais ses dernières paroles avant de disparaître résonnent de manière particulière…
L’Élue ★★★ Osgood Perkins (Canada/États-Unis)
Un séjour romantique dans un luxueux chalet sis au milieu des bois se mue en expérience angoissante pour Liz, qui, laissée seule une journée, se met à voir et à ressentir des choses mystérieuses et épouvantables. Osgood Perkins, fils d’Anthony Perkins, remarqué ces derniers temps pour Longlegs et The Monkey, est de retour en salles avec ce film scénarisé par Nick Lepard (Dangerous Animals). Il filme ses plans avec grand soin, offrant beaucoup de belles images, prend le temps d’installer son ambiance en y allant progressivement, par petites touches insolites, scrutant ses décors avec une insistance telle qu’on comprend qu’il y a quelque chose de louche, et dirige bien ses acteurs, Tatiana Maslany (déjà présente dans The Monkey) et Rossif Sutherland (demi-frère de Kiefer Sutherland, vu par exemple dans Esther 2 : les Origines) en tête. Le final présente des idées visuelles horrifiques stimulantes, dont une créature aux multiples visages assez perturbante. Un film réussi, se nourrissant de folk horror.
Évanouis ★★★ Zach Cregger (États-Unis)
Un beau jour, ou plutôt une nuit, tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un seul, disparaissent sans laisser de trace. La population locale, sous le choc, va nourrir des soupçons vis-à-vis de l’institutrice de cette classe, point commun entre les différents élèves. Mais comme celle-ci est bien placée pour savoir qu’elle n’y est pour rien dans cette affaire, elle va mener sa propre enquête… Évanouis, Weapons en VO, constitue l’une des agréables surprises de cette année 2025 en matière d’horreur. Ce film est étonnant à plus d’un titre. Sa structure narrative n’est pas linéaire. Il est découpé en chapitres et chaque chapitre suit un personnage différent pour montrer comment il vit les faits. Ensuite, il combine en équilibriste différentes tonalités, entre drame, humour et épouvante, des touches d’humour qui ont déstabilisé certains spectateurs. Le réalisateur et scénariste Zach Cregger parvient très bien à rendre cette histoire réellement intrigante. On est vraiment curieux de connaître l’explication. Et celle-ci, qu’on ne révélera pas, implique une figure du genre qu’on a plaisir à retrouver dans ce contexte. Bien interprété et relativement original, ce film a connu un très beau succès, au point que son studio planche déjà sur une préquelle.
Good Boy ★★ Ben Leonberg (États-Unis)
Good Boy propose une situation maintes fois vues dans les films d’horreur : une maison isolée au milieu des bois dans laquelle il se passe des phénomènes inquiétants. Mais toute l’originalité réside dans son approche : faire du chien, Indy, fidèle compagnon de l’humain qui se cloître dans cette vieille bâtisse, le personnage principal du film (qui ne compte d’ailleurs quasiment pas d’autres personnages), et dans la mise en scène qui en découle, la caméra épousant le point de vue du chien. Ce dernier est l’animal de compagnie du réalisateur dans la vraie vie et cela se ressent. Leonberg le traite comme un véritable acteur et c’est impressionnant de voir ce qu’il est arrivé à lui faire faire. En clair, le chien mériterait un Oscar ! Surtout que son rôle est touchant. On ne dira pas pourquoi, pour ne pas trop en révéler. Comme les acteurs humains dans pareille situation, Indy a peur, s’inquiète, fait des cauchemars, se prend quelques jump scares, etc., mais ses spécificités canines sont aussi prises en considération : son instinct et son flair lui permettent de détecter des choses inquiétantes que son maître ne voit pas. Hélas, ce concept fort aurait mieux convenu à un court métrage qu’à un long car au bout d’un moment, on commence à trouver le temps long, alors que le film ne dure qu’1h12 ! Trop de minimalisme : très, très peu de personnages, un manque d’interactions entre humains, peu de décors différents, etc. Cela dit, jolie fin, émouvante sans en faire trop.
Maldoror ★★★ Fabrice du Welz (Belgique/France)
Maldoror est une fiction librement inspirée de l’affaire Dutroux. Fabrice du Welz a eu beaucoup de courage de s’emparer ainsi de ce sujet. On suit un jeune gendarme idéaliste qui, en plein contexte de disparitions inquiétantes de fillettes, va être intégré à l’opération secrète Maldoror, consistant à surveiller un criminel. Les limitations et dysfonctionnements de la voie officielle vont le pousser à transgresser les ordres et à mener son enquête personnelle. Ce film est bouleversant. Difficile de s’en remettre. Plus traumatisant que cent films d’horreur réunis. Tout le travail sur la suggestion et le jeu avec ce que le spectateur sait de la vraie affaire est intelligemment mené. Le danger d’un tel film, c’est qu’à chaque fois qu’on y repense après coup, notre esprit risque de se glacer et de se sentir souillé. Maldoror n’a pas eu le succès qu’il méritait et c’est dommage, car au-delà de la dureté de son sujet, c’est du bon cinéma.
Marche ou crève ★★ Francis Lawrence (États-Unis/Canada)
Cette adaptation d’un vieux roman de Stephen King réussit à maintenir notre intérêt tout du long, et donc à ne pas générer d’ennui, alors que tout le film peut se résumer par des gens qui marchent et qui parlent entre eux. Le concept même de cette histoire est aussi sa limite : ça manque un peu de variété. Le plus intéressant, c’est sa dimension de satire politique. Pas mal mais nous ne le classerons pas parmi les films marquants de cette année cinéma 2025.
La Nuit des clowns ★★ Eli Craig (États-Unis/Luxembourg/Royaume-Uni/Canada)
Un père et sa fille ado, Quinn, viennent s’installer dans la petite ville de Kettle Spring, sise au milieu de vastes étendues de champs. Quinn va rapidement se lier d’amitié avec une bande d’amis youtubeurs qui a mauvaise réputation dans le coin. Bientôt, d’inquiétants clowns vont s’adonner à un véritable massacre en ces lieux campagnards… Adaptation du roman américain A Clown in a Cornfield d’Adam Cesare, La Nuit des clowns est un pur slasher qui, à aucun moment, n’essaie d’innover un tant soit peu. De son accumulation de figures et de scènes déjà vues et revues ailleurs émerge néanmoins un vrai respect du genre et de ses codes, qui pourra faire mouche chez les fans de slashers. Une volonté de s’inscrire dans une tradition, une certaine générosité dans les meurtres et un rythme enlevé associé à une durée non excessive en font un petit divertissement pas désagréable. Cependant, quand on sait que c’est Eli Craig qui a réalisé ce film, c’est-à-dire l’homme qui avait fait Tucker & Dale fightent le mal, devenu une référence de la comédie horrifique de la transition entre les années 2000 et 2010, au point que les Coréens en ont récemment tiré un remake réussi (Handsome Guys, présenté l’année dernière au Festival International du Film Fantastique, le BIFFF), on ne peut qu’éprouver une pointe de déception.
L’Œuf de l’ange ★★★★ Mamoru Oshii (Japon)
Quel plaisir de découvrir sur grand écran ce film d’animation japonais datant de 1985 grâce à cette ressortie ! Ce film de Mamoru Oshii (Ghost In The Shell, Avalon) est une merveille visuelle. Les décors et les arrière-plans sont absolument superbes. La ville-fantôme que traverse l’héroïne rappelle l’ambiance du cœur historique de certaines vieilles villes du nord de la Belgique, ambiance qu’on retrouve par exemple dans le chef-d’œuvre du fantastique belge Malpertuis. On y suit une jeune fille tenant un gros œuf à la provenance mystérieuse, traversant un monde en ruine seulement peuplé d’images-souvenirs. Elle rencontre un homme aux intentions floues qui va la suivre. Ce n’est pas un film d’animation destiné aux enfants. Pas que son contenu soit choquant, mais il est exigeant. Son rythme est posé, il n’y a pas beaucoup d’action ni de dialogues. Et son sens est assez cryptique. Il convoque la mythologie chrétienne (le Déluge, l’ange, etc.), utilise pas mal de symboles (l’œuf peut symboliser l’espoir, par exemple) et nous réserve une fin vertigineuse. Quelque peu hermétique mais envoûtant. S’il est encore joué près de chez vous, laissez-vous tenter, c’est une belle expérience !
Predator : Badlands ★★ Dan Trachtenberg (États-Unis/Australie/Nouvelle-Zélande/Canada/Allemagne)
La saga cinématographique des Predator en est désormais à six films live action, un film d’animation (Predator: Killer of Killers) et deux crossovers (Alien vs. Predator et Alien vs. Predator: Requiem). Soucieux de ne pas refaire ce qui a déjà été fait, Dan Trachtenberg a opté pour un scénario où le personnage principal est un Predator et où les humains sont absents (tous les personnages à l’apparence humaine qui y interviennent ne sont que des androïdes). À l’exception du début, l’histoire se passe sur une planète étrangère, tant pour le Predator que pour les spectateurs. La découverte de la faune et de la flore de cette planète excessivement dangereuse constitue l’aspect le plus enthousiasmant du film. Celui-ci peut être vu comme un agréable divertissement d’aventure science-fictionnel à grand spectacle. Cependant, les personnages souffrent d’une caractérisation qui fait trop film d’animation à la DreamWorks, Disney (et pour cause…) et Cie, avec le compagnon du héros trop bavard (comme l’Âne dans Shrek), cf. Thia, du moins dans un premier temps, la petite créature au design mignon facilement marketable, etc. L’apparence même du héros extraterrestre, qui a fait polémique lors de la découverte de la bande-annonce, n’est pas terrible, mais est cohérent avec l’intention du réalisateur : choisir pour personnage principal un gringalet qui ne mériterait limite pas de vivre selon les critères de son espèce. Globalement, le ton sombre et le côté crade du film originel font ici défaut. Les partis pris de Trachtenberg ont un effet de démythification regrettable du Predator hyper dangereux et implacable.
Résurrection ★★★★ Bi Gan (Chine/France/États-Unis)
Dans le but de rester immortels, les humains ont cessé de rêver. Les quelques personnes qui s’adonnent encore aux songes sont appelées les Rêvoleurs. Une dame, La Grande Autre, rencontre un de ceux-ci et va explorer ses rêves avec, pour objectif, de le comprendre. Prix spécial du Jury du Festival de Cannes 2025, Résurrection, écrit, réalisé et monté par le Chinois Bi Gan, est un véritable OFNI, objet filmique non identifié. Il constitue un énorme hommage au cinématographe lui-même, chacune de ses cinq parties rendant son tribut à une époque différente et à un genre spécifique du septième art, doublé d’une réflexion bouddhiste et d’un travail en profondeur sur chaque sens. D’une ambition folle et d’un résultat artistique à couper le souffle, ce film est plus qu’un film : c’est une leçon de cinéma et sur le cinéma. La musique, signée par les Français de M83, vient draper le tout d’une sensibilité idoine. L’un des films forts de l’année 2025.
Running Man ★★ Edgar Wright (Royaume-Uni/États-Unis)
Les adaptations de romans et de nouvelles de Stephen King se portent très bien. Juste après Marche ou crève, voici qu’a débarqué sur nos grands écrans Running Man, deuxième adaptation du même écrit après celle des années 80 avec Arnold Schwarzenegger. Force est de constater qu’il existe de nombreux points communs entre Marche ou crève et Running Man (futur dystopique, jeux suivis par le peuple où il y a de très fortes chances d’y laisser la vie…). C’est donc assez cocasse, ces deux sorties rapprochées. L’acteur principal, Glen Powell, a clairement l’étoffe du nouveau beau gosse star du cinéma d’action et il réussit bien à faire ressentir la rage envers le système, incarnée par son personnage. Le réalisateur Edgar Wright a pondu un film furieux. Néanmoins, on est en droit de préférer sa « trilogie Cornetto » (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la fin du monde) et son envoûtant Last Night In Soho.
Sinners ★★★ Ryan Coogler (États-Unis/Australie/Canada)
Le réalisateur des Black Panter se frotte à l’horreur vampirique et accouche d’un formidable film sur l’amour du blues. Années 30, État du Mississippi. Le jeune Sammie cueille le coton le jour et joue de la gratte le soir. Un jour, il tombe sur ses cousins Smoke et Stack, des jumeaux qui étaient partis à Boston jouer les gangsters, mais qui sont de retour au bercail pour repartir de zéro en créant un club dédié au blues. Le jeune homme est engagé par ses cousins pour animer la soirée. Après tous les préparatifs, la fête bat enfin son plein quand le mal fait soudain son apparition, attiré par le chant extraordinaire qui s’élève de l’âme de Sammie… Immersif, Sinners sent la sueur, la chaleur et le sexe (il n’est pas érotique, mais il aborde le sujet sans ambages). Certains spectateurs ont été frustrés de ne pas avoir eu droit à un Une nuit en enfer, bien que la situation y fasse penser. Ceux-là n’ont pas compris quel était le véritable cœur du film. Au fond, peu importe que la dimension horrifique ne soit pas la plus percutante de l’ensemble. Il parle tellement bien de la passion pour la musique, des racines de la musique afro-américaine, et donc d’une partie de la culture de cette communauté, qu’on peut bien lui pardonner ses éventuelles imperfections. Solidement interprété et mis en scène (ce plan-séquence quand le chant fait se mêler les différentes époques !), Sinners a pu bénéficier des moyens nécessaires à son ambition, et ça fait plaisir de voir un projet aussi atypique se concrétiser et débouler dans nos salles.
Substitution – Bring Her Back ★★★ Danny et Michael Philippou (Australie)
Après La Main (Talk To Me en VO), qui avait été très bien reçu par les fans de films d’horreur, les frères australiens Danny et Michael Philippou sont de retour avec Substitution – Bring Her Back, toujours sous l’égide de la société A24. On y suit un frère adolescent et sa sœur malvoyante qui découvrent leur père mort dans leur salle de bain. Désormais orphelins, et passablement traumatisés, ils vont être recueillis par une femme vivant dans une maison isolée. Cette dame, qui se targue d’être psychologue, a un plan très tordu en tête… Ce film d’horreur assez âpre et viscéral aborde les thématiques de la maltraitance infantile, du deuil et de la gestion d’un handicap. Dans le rôle de la mère adoptive psychotique, Sally Hawkins (La Forme de l’eau) est épatante. Le reste du cast, limité en nombre, est également convainquant. Le petit « plus » glauque qui fait plaisir ? L’insertion de séquences regardées en VHS, montrant un rituel impie, agréablement perturbantes. Les Philippou abordent le genre avec amour et sérieux, s’intéressant à leurs personnages au moins autant qu’aux événements épouvantables qui leur arrivent, ce qui est rarement une mauvaise approche ! Face à la généralisation des sorties « direct-to-(S)VOD », nous voulions partager ce plaisir simple de pouvoir découvrir pareil film au cinéma.
Together ★★★ Michael Shanks (Australie/États-Unis)
Décidément, le body horror a le vent en poupe ces derniers temps ! Après The Substance, Else, The Ugly Stepsister et d’autres encore, Together apporte sa pierre à l’édifice. Dans Else, l’animé fusionnait avec l’inanimé, ici, en une sorte de variante du concept, l’animé fusionne avec l’animé. On voit tout de suite où le film veut en venir, et, à vrai dire, il fonctionne aussi bien littéralement qu’en tant que métaphore du couple fusionnel. Le script s’attache à décrire toutes les étapes par lesquelles passe le couple : le contexte de départ, la cause, la première surprise, les tentatives de cacher la situation à la partenaire, le moment où ce n’est plus possible de la cacher, les réactions respectives, etc. Les deux acteurs principaux, sur lesquels tout repose, rendent ce couple crédible et pour le moins… attachant ! Rafraîchissant.
Until Dawn : La Mort sans fin ★★ David F. Sandberg (États-Unis/Hongrie)
Un groupe d’amis se rend dans un endroit reculé à la recherche de réponses à propos de la mystérieuse disparition d’une des leurs, survenue un an auparavant. Cette adaptation de l’univers du jeu vidéo Until Dawn commence comme un slasher avec boucles temporelles à la Happy Birthdead, mais sans la dimension comédie, puis surprend en explorant différents sous-genres de l’horreur au gré de ses boucles. Pour une fois, les mêmes événements ne se reproduisent pas encore et encore : à chaque fois, c’est différent. Idée appréciable car les personnages ne savent pas anticiper ce qui va leur tomber dessus et cela crée plus de surprise pour les spectateurs. Une série B horrifique généreuse avec son public, notamment concernant le gore.
Top 3 2025
1. Résurrection (Bi Gan)
Pour son ambition artistique, son sens esthétique, sa diversité d’approches au sein de son unité et son amour pour le cinéma qu’il transmet de manière magnifique.
2. L’Œuf de l’ange (Mamoru Oshii)
Pour sa beauté envoûtante, la qualité de son animation et de sa direction artistique, son sens du surréalisme et le vertige que sa résolution provoque chez le spectateur.
3. Maldoror (Fabrice du Welz)
Pour son audace et la puissance des émotions qu’il fait jaillir.
Retour sur la deuxième édition bruxelloise du Festival Cinéma Interdithttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/10/001-Bark.jpg10001477Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
En cette journée d’Halloween, nous avons choisi de vous parler… d’Horreur ! Et, pour ce faire, quoi de mieux que d’aborder le Cinéma Interdit, où le sang gicle avec abondance sur grand écran ?
La deuxième édition du jeune Festival Cinéma Interdit s’est tenue du 5 au 7 septembre derniers au cinéma Aventure, au centre de Bruxelles. L’événement est convivial, à taille humaine, avec un organisateur qui prend le temps d’introduire lui-même chaque film, d’interagir avec le public et de poser des questions à ses invités afin que les spectateurs profitent de leurs réponses. Ce fut par exemple le cas lors de la masterclass avec le réalisateur japonais Noboru Iguchi, qui a constitué l’un des moments forts de cette édition. La fréquentation était en hausse par rapport à l’an passé, ce qui est de bonne augure pour l’année prochaine. En Cinémascope était sur place et a tout vu, ou presque. Retour sur huit des neuf longs métrages qui y étaient projetés.
1978 ★★★ Luciano Onetti et Nicolás Onetti (Argentine / Nouvelle-Zélande)
Les frères Onetti, ces prolifiques cinéastes argentins, nous ont livré par le passé, tantôt en duo, tantôt en solo, plusieurs néo-giallos (Sonno Profondo, Francesca, Abrakadabra) et des films tels que What the Waters Left Behind et sa suite, entre autres. Comme l’indique son titre, l’histoire du présent film se déroule en 1978, année où l’Argentine, sous la coupe d’une dictature militaire, se retrouve contre les Pays-Bas en finale de la Coupe du monde de football. Alors que tous les yeux sont rivés sur ce match, un groupe de jeunes gens, accusé de dissidence, est kidnappé et torturé par une unité paramilitaire. En amenant dans leurs locaux ces personnes interrompues en pleine cérémonie satanique, les sbires du gouvernement commettent une terrible erreur… Si on ne peut pas dire que son scénario soit super bien écrit, ce film fait plaisir par la générosité dont il fait preuve, notamment en ce qui concerne le gore. Il mêle horreur humaine et horreur surnaturelle. La première partie est davantage réussie que la seconde, avec certains acteurs faisant très bien leur travail, mais l’ensemble est appréciable, à la condition cependant de prendre ce 1978 pour ce qu’il est : une pure série B d’horreur, et non un film qui aurait un grand discours sur le contexte historique qu’il met en scène.
Bark ★★ Marc Schölermann (Allemagne)
Plus soft que les autres productions projetées dans le cadre de ce festival, ce thriller allemand met en scène un homme qui se réveille solidement attaché à un arbre en pleine forêt, sans se souvenir de pourquoi et de comment il est arrivé là. Le danger d’un tel postulat minimaliste est de rapidement lasser les spectateurs mais le réalisateur Marc Schölermann se montre suffisamment adroit pour éviter cet écueil. Le mystère de la raison de la captivité du personnage est bien entretenu. Entre ses tentatives hyper limitées pour assurer sa survie (par exemple, ouvrir la bouche pour récolter quelques gouttes quand la pluie tombe), les interactions avec un autre personnage, quelques visions qui brouillent les pistes ou encore un flash-back à la fin, il y a toujours un élément qui vient relancer l’attention du public. La réalisation est en totale adéquation avec son sujet, Schölermann filmant au plus près les éléments de la forêt – les gouttes de rosée, les fougères, les insectes, une mésange, etc. -, ce qui témoigne de son amour de la nature et confère une organicité bienvenue au film. Le tout est servi par une photographie idoine.
Cannibal Girl ★ Noboru Iguchi (Japon)
Récent film de Noboru Iguchi, qui assume parfaitement son obsession des troubles liés au fait de manger et d’excréter, Cannibal Girl raconte la relation tordue qui se noue entre deux jeunes femmes partageant une même aversion pour l’ingurgitation d’aliments. Elles vont décider de se laisser mourir de faim ensemble, collées l’une à l’autre par une de leurs mains enduite de super glue. Leur envie va ensuite évoluer dans une direction qui justifiera le titre. Dans ce film, le cannibalisme n’est pas vu comme l’expression d’une barbarie sans nom comme dans les films italiens des années 70 et 80 sur ce thème (Cannibal Ferox notamment), mais comme l’expression du plus haut degré d’amour. Dans la première partie, celle de la rencontre des deux filles aux abords d’un étang dans la campagne japonaise, Iguchi soigne la photo lors des gros plans sur les visages, soulignant surtout le caractère très mignon de celui de l’ex-idol Brazil, qui interprète le personnage de Yôko. Ce sera pour mieux nous surprendre par après quand celle-ci déformera son visage avec des grimaces fort peu rassurantes. Le réalisateur de The Machine Girl avait ici tout le potentiel pour signer un drame trash émouvant, mais il désamorce celui-ci en y adjoignant des touches de grotesque et de scatologie qui lui sont certes typiques, mais qu’il aurait gagné à réfréner dans ce cas-ci.
Hypertrophy Genitals Girl ☆ Noboru Iguchi (Japon)
Le point de départ de ce film promettait un gros délire : deux étudiantes croisent la route d’un extraterrestre à la tête phallique qui les dote l’une d’un pénis géant et l’autre, d’un vagin surdimensionné. Elles partiront chacune de leur côté, tombant sur des gens qui voudront avoir des relations sexuelles avec elles, pas forcément consenties. Hélas, le résultat final est filmé platement, très mal rythmé, avec un montage manquant cruellement de dynamisme, et doté d’incohérences (la paire de seins de la première protagoniste qui est d’abord normale, puis hypertrophiée, avant de redevenir normale, sans raison apparente). La question du rythme est certes un problème récurrent dans les films pornographiques – car Hypertrophy Genitals Girl en est bel et bien un –, puisque leur visée est avant tout masturbatoire, mais malgré tout, il en existe des plus rythmés que cela. Point de sexploitation hardcore qui se laisserait suivre comme un film traditionnel, donc, point d’action délirante et effrénée mêlant sexe et gore, mais une succession de scènes de sexe bien trop étirées en longueur. Seul le début ainsi que la scène finale (unique scène gore) correspondent à ce qu’on pouvait en attendre. Une déception, donc.
Que ton règne vienne ★★ Mathias Averty (France)
Que ton règne vienne est un documentaire suivant le parcours initiatique d’un artiste dans le milieu du satanisme en France. Se rendant en divers lieux stratégiques, de Nantes à Marseille, Mathias Averty interviewe des spécialistes et de simples adeptes afin de présenter différentes facettes du mouvement et de montrer la manière dont ces frater et soror perçoivent la figure de Satan et vivent leurs croyances. La fin montre une cérémonie célébrant le solstice d’été dans une grotte menée par un petit groupe de satanistes marseillais. Si le fil rouge est légèrement fictionnel, le reste est en revanche authentique. Bien structuré, ce film s’adresse aux personnes curieuses et ouvertes d’esprit. Il ne faut pas nécessairement être versé dans le sujet pour bien le suivre et l’apprécier. Le réalisateur et l’intervenant principal étaient présents lors de la séance, ce qui a permis un échange intéressant avec le public. Voilà un film qui a apporté une rafraîchissante diversité au sein de la sélection !
Street Trash ★ Ryan Kruger (Afrique du Sud / États-Unis)
Variation sud-africaine du film culte de 1987, ce Street Trash-ci, qui date de l’année passée, était jusqu’à présent passé inaperçu. Sa programmation à Cinéma Interdit constituait donc une belle occasion de le découvrir. Le maire de Cape Town, qui s’est mis en tête d’éradiquer les SDF qui prolifèrent dans « sa » ville, fait mettre au point un gaz à partir du fameux Viper, colporté par des drones qui sillonnent les bas-quartiers et ciblent les sans-abris. Le script suit une petite bande de déshérités qui va devoir lutter contre cette menace létale. Les personnages principaux sont attachants et les effets gores, joyeusement répugnants, sont généreux et colorés, fidèles en cela à l’une des marques de fabrique du film original. Cependant, si au niveau des thèmes et des motifs, Street Trash 2024 cligne souvent de l’œil en direction du film de Jim Muro (les clochards, le Viper, la casse de voiture brièvement vue, les corps qui fondent et explosent…), on regrette le manque d’effort pour clarifier les liens entre les événements des deux films, posant la question du statut de celui-ci par rapport à son modèle (ni remake, ni suite directe…). Par ailleurs, sur le plan visuel, le rendu de l’image ne retrouve pas l’aspect crade qu’avait le premier. Bizarrement, alors que les limites budgétaires auraient pu (voire dû) constituer un atout, elles se font ressentir, notamment au niveau de la gestion des décors. On peut d’ores et déjà affirmer que ce film n’aura jamais l’impact que son aîné a eu sur l’Histoire du cinéma gore.
Tales of Bliss and Heresy ★★ Noboru Iguchi (Japon)
Cette deuxième édition s’est conclue en compagnie de Noboru Iguchi et de son Tales of Bliss and Heresy, film à sketches de 2023 composé de trois segments : Painful Shadows, sur le harcèlement au travail et le sado-masochisme, The One Armed Flower, qui est conçu par son réalisateur comme une suite tardive de The Machine Girl (le film-phare de sa filmographie) et The Table of Bataille, qui apparaît, quant à lui, comme une variation de Cannibal Girls. Noboru Iguchi y explore ses thèmes de prédilection et se fait plaisir en mettant en scènes différentes perversions. La dernière histoire va assez loin dans la scatologie en nous réservant une « surprise » qui a provoqué l’hilarité générale dans la salle. Un bon Iguchi, qui tisse des liens entre les différents sketches et avec d’autres films de sa filmographie, notamment via le retour de personnages. Les acteurs sont à la hauteur, la forme est soignée pour une petite production de cet acabit et on ne peut nier une certaine originalité dans le fond.
The Unsolved Love Hotel Murder Case Incident ★ Guy, et Dave Jackson (Japon)
Ce found footage est un film japonais réalisé par deux Occidentaux vivant au Pays du Soleil Levant. Le premier, Guy, est l’auteur de The Sound of Summer et de plusieurs courts métrages, dont le très gore 2 Girls 1 Gut, projeté en début de séance. Le second a réalisé notamment le perturbant Cat Sick Blues. Ici, les deux compères se mettent en scène eux-mêmes. Un soir, en discutant avec une amie barmaid, ils apprennent l’existence d’un sordide fait divers incluant une mort brutale et mystérieuse dans un love hotel. Cette affaire irrésolue les intrigue, au point qu’ils décident de mener leur enquête et finissent par se rendre sur les lieux du crime, embarquant avec eux leur amie. Ce faux documentaire est fort court (1h10), mais la mise en place met proportionnellement beaucoup de temps. La partie où l’horreur arrive enfin frontalement est trop brève, ce qui crée un sentiment de frustration. Pour tout dire, vu le passif des réalisateurs et la mise en bouche qu’avait constitué 2 Girls 1 Gut, on s’attendait à plus extrême. L’effet de réel, particulièrement recherché dans cette catégorie de films, est cependant bien réussi. Il s’agit, en fin de compte, d’un film anecdotique.
Bref, des petits coup de cœur, quelques déceptions, mais toujours la même envie de découvrir et de partager des cinématographies qui sortent des sentiers battus, qui s’écartent des productions mainstream, tant dans le chef du programmateur que dans celui du public. On a déjà hâte de connaître ce que nous réservera la prochaine édition !
Par ailleurs, n’hésitez pas à découvrir notre retour, en dix critiques de films notamment, sur la première édition du Festival !
L’horreur débarque à Namur, avec le 6e ARFF et… 30 places de ciné à gagner !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/10/ARFF_carree_1080x1080_2025.jpg10801080Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
À partir de ce mercredi 29 octobre, aura lieu la 6e édition du 7ème Aaargh Retro Film Festival (ARFF), festival namurois dédié au cinéma de genre avec, cette année, un concours ARFF x En Cinémascope (voir ci-dessous) ! En effet, depuis 2019, la capitale de la Wallonie a désormais son propre événement culturel pour les amateurs et amatrices de thrillers, de films fantastiques, d’horreur et de science-fiction. Celui-ci vient compléter utilement une offre qui était orientée, jusque-là, vers d’autres horizons cinématographiques (les films francophones avec le FIFF, le documentaire nature avec le Festival International Nature Namur, etc.). C’est l’association 7ème Aaaargh qui organise ces réjouissances, ASBL qui propose, par ailleurs, des projections tout au long de l’année.
Muertos de risa, d’Álex de la Iglesia
Le ARFF se clôturera le 2 novembre. Ces festivités cinéphiliques auront lieu au Quai 22, situé dans le quartier étudiant de Namur. Outre une série de longs métrages, le festival abritera deux compétitions de courts métrages – une belge et une internationale -, une exposition d’œuvres d’art, une bourse de produits dérivés (affiches, DVD, Blu-ray, VHS, fanzines, jeux, etc.), ainsi qu’un bar convivial pour s’abreuver et discuter entre les séances.
La Città Proibita, de Gabriele Mainetti
Concernant les longs métrages, l’ADN du festival résidant dans sa rétrospective, la grande partie de la sélection consiste en des classiques et des petites pépites un peu oubliées. Cette année, c’est l’Espagne qui est mise à l’honneur, avec des films tels que [REC] de Jaume Balagueró et Paco Plaza, La Madre muerta de Juanma Bajo Lluoa, Les Crocs du diable (El Perro) d’Antonio Isasi-Isasmendi, La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis) de León Klimovsky, Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno) de Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem, ou encore Mort de rire (Muertos de risa) d’Álex de la Iglesia, en film d’ouverture, et Le Sadique à la tronçonneuse, alias Pieces (Mil Gritos Tiene la Noche) de Juan Piquer Simón, en séance de minuit. Pour autant, la Belgique ne sera pas oubliée, avec une soirée réunissant Rabid Grannies d’Emmanuel Kervyn et Cub (Welp)de Jonas Govaerts. Pour la deuxième année consécutive, la sélection comprend aussi des nouveautés : Frankie Freako de Steven Kostanski, Jimmy and Stiggs de Joe Begos, Hot Spring Shark Attack de Morihito Inoue, mais aussi La Città Proibita, le nouveau film de Gabriele Mainetti, réalisateur de On l’appelle Jeeg Robot et de Freaks Out.
[REC], de Jaume Balagueró et Paco Plaza
Côté invités de marque, le maître de l’horreur espagnole Jaume Balagueró sera présent sur place le vendredi et le samedi. Le réalisateur belge Jonas Govaerts gratifiera également les festivaliers de sa présence. Deux raisons supplémentaires de se rendre au ARFF !
Notre concours
En partenariat avec le 6e AARF, En Cinémascope vous offre cette année pas moins de 30 places pour le Festival, soit 5 x 6 places pour chacun·e des gagnant·e·s !
Vous remporterez ainsi deux places pour : – la séance d’ouverture : Mort de rire (Muertos de risa) d’Álex de la Iglesia, le mercredi 29 octobre à 19h, – Cub (Welp), de Jonas Govaerts, le jeudi 30 octobre à 20h30, en présence du réalisateur et – la séance de clôture : La Città proibita, de Gabriele Mainetti, le dimanche 2 novembre à 19h.
Pour remporter vos places, rien de plus simple :
Avant ce mardi 28 octobre, à 12h, envoyez-nous un e-mail à l’adresse jean-philippe@encinemascope.be, dans lequel il vous suffit de compléter la phrase suivante :
« Pour moi, le meilleur film de l’histoire du cinéma de genre (thriller, fantastique, horreur, science-fiction, fantasy, etc.), c’est …, parce que… ». Parmi les participant·e·s au concours, cinq seront tiré·e·s au sort et recevront leurs places par retour de mail dès la fin du concours.
Pour prendre connaissance du programme complet et pour toutes les informations pratiques, rendez-vous sur le site du Festival !
Sandy Foulon, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart
Le Festival Cinéma Interdit revient à Bruxelles ce week-end !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/09/Festival-Cinema-Interdit-2025.jpg14392048Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Nos lecteurs assidus connaissent désormais l’existence du Festival Cinéma Interdit puisque nous avions publié un article sur ce jeune festival l’année dernière. Aujourd’hui, vendredi 5 septembre, dès 18h30, débute la nouvelle édition bruxelloise de cet événement plutôt orienté underground.
Il en existe, pour rappel, deux déclinaisons différentes : une parisienne, qui a lieu à la fin du printemps au Club de l’Étoile et qui en était cette année à sa troisième édition, et une qui se tient dans la capitale belge, au Cinéma Aventure, à deux pas de la Grand-Place et qui, elle, en sera à sa deuxième édition. Cette particularité permet de toucher des publics différents.
L’organisateur du Festival, connu sur YouTube sous le pseudonyme d’Azz l’épouvantail, porte à lui seul ce projet à bout de bras. Son but ? Partager sa passion pour le cinéma d’horreur radical et faire ainsi découvrir au public des films qu’il n’aura souvent pas l’occasion de voir ailleurs sur grand écran.
Ces 5, 6 et 7 septembre, l’Aventure se transformera donc en temple de l’Horreur. L’invité principal sera le réalisateur japonais Noboru Igushi, là tout au long du week-end, qui viendra présenter The Machine Girl, Cannibal Girls, Hypertrophy Genitals Girl et Tales of Bliss and Heresy, et reviendra sur sa carrière lors d’une masterclass.
Toujours du côté du Japon, les spectateurs pourront aussi venir découvrir The Unsolved Love Hotel Murder Case Incident, qui sera accompagné du court métrage 2 Girls 1 Gut (à ne pas confondre avec la vidéo 2 Girls 1 Cup).
Le reste du monde sera représenté par la suite sud-africaine du film gore culte Street Trash, 1978, des frères argentins Luciano et Nicolás Onetti (Abrakadabra), l’allemand Bark, de Marc Schölermann et, enfin, le français Que ton règne vienne, documentaire de Mathias Averty.
Pour plus d’informations, nous vous renvoyons vers la page de l’événement, sur le site du Cinéma Aventure.
Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgiquehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/07/Offscreen-Film-Festival-2025-1.jpg9041320Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Voici un peu plus de trois mois, se clôturait la 18e édition de l’Offscreen Film Festival, qui s’est déroulée du 12 au 30 mars à Bruxelles, avec quelques prolongements en avril via ses délocalisations (Offscreen Liège du 1er au 11 avril, double séance namuroise le 6 avril). Ce fut l’occasion de s’immerger dans le côté sombre du folklore britannique et irlandais, d’explorer les facettes étranges et provocatrices du cinéma grec, de se souvenir que la Belgique possède aussi ses sympathiques trublions (Picha, Boris Szulzinger) et, en plus de ces importants volets rétrospectifs, de découvrir de nouvelles productions de diverses contrées, souvent hors normes, en avant-première. Un bon cocktail d’ancien et de récent, d’underground et de classiques, de longs et de courts, le tout servi en des lieux, eux aussi, fort variés (le cinéma Nova, Cinematek, l’Aventure, le Ritcs : plusieurs salles, plusieurs ambiances).
Ce fut aussi l’opportunité de rencontrer toute une série d’invités. Le réalisateur Thibault Emin est par exemple venu présenter Else, l’équipe de Reflet dans un diamant mort a assisté à la belle avant-première de ce nouveau film de Hélène Cattet et Bruno Forzani, le Britannique Robert Wynne-Simmons a introduit son The Outcasts ainsi que La Nuit des maléfices de Piers Haggard, dont il a signé le scénario, Miguel Llansó est venu pour son nouveau film, Infinite Summer, mais était aussi présent pour une mini rétrospective en son honneur, sans oublier notre Picha national ! Le samedi 15 mars après-midi, des conférenciers se sont succédé pour parler de folk horror sous différents angles. Jacques Spohr, quant à lui spécialiste du cinéma d’exploitation grec, a captivé le public avec ses connaissances pointues et son art de la présentation, notamment lors de séances organisées en partenariat avec le Wet Kingdom Film Club.
Côté pratique, certains soirs, les festivaliers pouvaient se restaurer au bar du Nova, qui faisait, pour ces occasions, table d’hôtes. De la bonne nourriture saine servie à un prix démocratique. Un concept convivial pas assez mis en avant. Nous souhaitions préciser cela.
La petite bourse de cinéma d’occasion, organisée dans le sous-sol du Nova, a permis de chiner des DVD, Blu-ray, affiches et livres. Un rendez-vous qui fait toujours plaisir aux collectionneurs !
Mais revenons aux films en eux-mêmes, avec un retour sur une sélection choisie de la programmation de cette 18e édition du Festival.
All You Need Is Death ★★ Paul Duane (Irlande)
Un jeune couple, Anna et Aleks, collecte les chansons traditionnelles irlandaises. Un jour, ils tombent sur une piste qui a l’air particulièrement intéressante : une mystérieuse dame âgée connaîtrait une très vieille chanson dont les paroles sont dans une langue antérieure au gaélique. Mais leur quête va les mettre en danger, car une malédiction est attachée à cet ancien chant.
Paul Duane, qui a essentiellement réalisé des courts métrages, des épisodes de séries télévisées, des clips et des documentaires musicaux, signe un film d’épouvante original et immersif. Il mêle folk horror et épouvante gothique, avec une touche de body horror. Bien entendu, la dimension musicale est importante et bien travaillée. On ne saurait trop conseiller de regarder All You Need Is Death en V.O. afin de maximaliser le « bain linguistique », vu l’importance accordées aux sonorités langagières. À mentionner tout de même, une légère déception quant à la fin, qu’on aurait espérée plus impressionnante, même si la proposition de Duane (réalisateur, mais aussi scénariste du film) se défend également.
Arcadia ★★ Paul Wright (Royaume-Uni)
Arcadia est un documentaire expérimental que l’on doit à Paul Wright, réalisateur, producteur et scénariste britannique auteur de plusieurs courts métrages et du long métrage de fiction For Those In Peril, présenté à Cannes dans le cadre de la 52e Semaine de la Critique en 2013. Datant de 2017, Arcadia consiste en un montage d’images d’archives notamment tirées du British Film Institute (téléfilms, public information films, etc.) qui retrace l’évolution de la relation entre les Britanniques et leur terre sur un siècle. Le sens est assez cryptique, le spectateur n’est pas pris par la main, c’est à lui à deviner ce que le réalisateur veut signifier par cette accumulation tumultueuse d’images. On y voit, par exemple, des nudistes, des danseurs Morris, des paysans travailler les champs au début du vingtième siècle, des personnes s’adonnant à quelques rites païens, des rave parties… Le tout est accompagné de musiques produites par Adrian Utley (Portishead) et Will Gregory (Goldfrapp), musiques qui aident grandement le spectateur à se laisser bercer – presque hypnotiser – par ces images. Wright joue du contraste entre une certaine nostalgie du rapport primitif à la terre et une crainte liée aux conséquences de l’industrialisation du pays. Un propos identitaire et écologique coulé dans une forme originale. Arcadia, c’est une œuvre filmique qui se vit et ne se raconte pas. Une expérience bizarre dont l’Offscreen Film Festival a le secret.
Il ne s’agit pas d’une erreur de notre part, il y a bien eu deux films différents intitulés « Arcadia » programmés cette année. Celui-ci est une pure fiction, une avant-première qui avait sa place dans le module « Weird Greece » qui regroupait aussi bien des films plus ou moins récents du courant appelé « Greek Weird Wave » (Canines de Yorgos Lanthimos, Pity de Babis Makridis…) que de purs films d’exploitation des années 60 et 70 (Island of Death de Nico Mastorakis, The Wild Pussycat de Dimis Dadiras…). Yorgos Zois conte l’histoire d’un couple qui se rend dans un village côtier grec afin d’identifier le corps d’un accidenté de la route. Dans ce long métrage, on apprend que les fantômes ne savent pas ôter les chaussures qu’ils portaient de leur vivant et qu’ils doivent s’adonner à des actes sexuels pour pouvoir se remémorer leur passé. Des idées loufoques pour une comédie ? Non, il s’agit bien d’un drame fantastique dans lequel le réalisateur fait montre d’une jolie sensibilité qui rend l’ensemble touchant malgré ce côté décalé. Le ton du film est donc sérieux, la démarche de Zois, sincère, et la direction d’acteurs, tout à fait adéquate. Vangelis Mourikis, qui a déjà une carrière de plusieurs décennies derrière lui, possède une bonne présence physique ; on se souviendra de son visage.
Dead Mail ★★★ Joe DeBoer et Kyle McConaghy (États-Unis)
Dans les années 80, un employé de la poste spécialisé dans les courriers perdus reçoit un bout de papier maculé de sang sur lequel est écrit un appel à l’aide. Il va tout mettre en œuvre pour trouver d’où provient cette singulière missive. Super bien écrit, Dead Mail nous fait passer du point de vue d’un personnage à l’autre et mêle différents genres ainsi que différentes émotions. Étonnant, malin, original et touchant, ce film bénéficie d’une interprétation savoureuse de la part des multiples acteurs principaux et d’un joli rendu d’image à l’ancienne mimant le grain de la pellicule 16 mm. Les personnages sont attachants, la direction artistique, adéquate (même les affreux papiers peints lui confèrent un certain charme), et le rythme ne faiblit pas, tout comme l’intérêt du spectateur, qui est constamment relancé. Il y est question, entre autres, de passion (passion pour les synthétiseurs, passion pour son travail…), de solitude, de débrouillardise et de volonté de contrôle. Une très sympathique découverte parmi les « Offscreenings », le module qui regroupe les avant-premières.
Else ★★ Thibault Emin (Belgique/France)
Multirécompensée, notamment au festival de Sitges, cette coproduction belgo-française a été mise à l’honneur par les organisateurs de l’Offscreen Film Festival en tant que film d’ouverture de cette 18e édition. Elle faisait partie, elle aussi, du module « Offscreenings ». L’histoire est celle d’Anx et Cass, qui vivent les débuts d’une idylle ensemble dans un monde comme le nôtre, si ce n’est qu’ils peuvent se connecter en deux clics à un vaste système de surveillance par caméras, appelé sans surprise « Big Brother ». Un étrange virus va faire son apparition, se transmettant par le regard et faisant fusionner le vivant à l’inanimé. Bravant le confinement qui s’est rapidement imposé, Cass va s’installer chez son nouvel amoureux afin de vivre à deux cette situation chaotique. Premier long métrage de Thibault Emin, qui adapte son propre court métrage, Else est une intéressante variation autour de la thématique du body horror, qui donne lieu à des visions impressionnantes (un chien ayant fusionné avec l’intérieur d’un mur, par exemple). Le réalisateur s’adonne à de nombreuses expérimentations visuelles (couleurs vs. noir et blanc, flou…), tandis que l’actrice Edith Proust (Cass) apporte une belle plus-value par son jeu d’une fraîcheur épatante. La fin, elle, nous a laissé plus dubitatif avec son esthétique qui tranche trop avec le reste.
Le Big Bang ★★ Picha (France/Belgique)
Le Belge Picha (pseudonyme de Jean-Paul Walravens) ainsi que son comparse Boris Szulzinger, étaient célébrés par le festival via une rétrospective de leurs principaux faits d’armes et le documentaire de Luc Jabon Picha, envers et contre tout. On en a profité pour zieuter Le Big Bang (1987), sur lequel Picha est réalisateur et Szulzinger producteur. Dans ce film d’animation pour adultes, la surface de la Terre, bien amochée par la Troisième Guerre mondiale, est désormais divisée en deux continents : l’USSSR, peuplé par des hommes mutants russo-américains et Vaginia, où vivent uniquement des femmes. Fred, un super héros looser, qui gagne sa croûte en tant qu’éboueur de l’espace, est envoyé sur notre planète par les plus hautes instances afin d’éviter à tout prix une Quatrième Guerre mondiale qui apparaît comme imminente. Il croisera sur son chemin un dictateur obsédé par les postérieurs, des robots-Hitler, des robots-Valkyries, des danseuses de ballets parachutées du ciel, et on en passe. Un film d’animation irrévérencieux, grossier et ne s’excusant pas de l’être, où tout tourne autour du sexe et dont l’humour fonctionne souvent, mais pas toujours. Il se situe en dessous du niveau de Tarzoon, la honte de la jungle : il est tout à fait dans la même veine, mais en recycle plusieurs éléments (leader féminin aux innombrables seins…), ce qui le rend un peu moins novateur.
Reflet dans un diamant mort ★★★ Hélène Cattet et Bruno Forzani (Belgique/Luxembourg/Italie/France)
C’est lors de cette édition du Festival qu’a eu lieu la première Bénélux de Reflet dans un diamant mort, en présence d’une grande partie de l’équipe du film.
Vous retrouverez également, sur En Cinémascope, un article reprenant la critique de leur film précédent – Laissez bronzer les cadavres – et du combo Blu-ray – DVD de celui-ci, ainsi qu’un long entretien avec les réalisateurs. Avec, en bonus, une interview express de Manu Dacosse, le directeur photo de tous les longs métrages qu’ils ont commis, leur premier film, Amer, inclus, dans le cadre de la présence aux Magritte du Cinéma de leur deuxième bébé : L’étrange couleur des larmes de ton corps.
Reflet dans un diamant mort
The Outcasts ★★★ Robert Wynne-Simmons (Irlande/Royaume-Uni)
The Outcasts fait partie du module « The haunted isles : folk horror and the wyrd in the UK and Ireland », l’une des thématiques principales de cette dix-huitième édition de l’Offscreen Film Festival. Réalisée par le trop rare Robert Wynne-Simmons, scénariste de La Nuit des maléfices (Blood on Satan’s Claw), également programmé cette année, cette petite perle sombre constitue une bonne immersion dans l’Irlande rurale du début du dix-neuvième siècle et son folklore. Maura, jeune femme marginalisée, ne parlant presque pas, rencontre Scarf Michael en pleine forêt, lors de la nuit du mariage de sa sœur. Ce Scarf Michael est un violoniste itinérant faisant l’objet d’une légende rurale dont l’évocation fait frémir de terreur les villageois. Suite à des circonstances malheureuses, Maura sera accusée de sorcellerie… Avec sa beauté rugueuse, le film fait bien sentir la dureté de la vie de l’époque et parle de la peur de l’inconnu, du rejet de la différence et de la difficulté à s’affirmer. Bercé par une superbe B.O. folk, se déroulant sur un rythme posé et aidé par une interprétation pleine d’authenticité, il conjugue amour et mort en un tableau grave et touchant.
Photo de couverture : Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisatrice et réalisateur de Reflet dans un diamant mort, au Nova Crédit photo : Offscreen Film Festival
REFLET DANS UN DIAMANT MORT : un bijou vivifiant aux mille refletshttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/05/affiche.jpg600857Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Voici deux jours, sortait dans nos salles Reflet dans un diamant mort, le nouveau film du duo Hélène Cattet-Bruno Forzani.
Réalisé et scénarisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani Directeur de la photographie : Manu Dacosse Avec Fabio Testi, Yannick Rénier, Koen De Bouw, Maria de Medeiros, Thi Mai Nguyen
Action, mystère, drame 1h27
On peut dire que l’attente fut longue ! Sept ans après Laissez bronzer les cadavres, le duo Hélène Cattet-Bruno Forzani nous revient enfin avec un nouveau film. Son titre, Reflet dans un diamant mort, à la fois beau et mystérieux, établit un dialogue tant avec le James Bond Les Diamants sont éternels qu’avec le titre du livre de Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud Reflets dans un œil mort : Mondo movies et films de cannibales, retitré Mondo movies : reflets dans un œil mort à l’occasion de sa réédition en 2024. Ce dernier est une référence pointue, dont l’objet vise un public de niche au sein même de la niche des fans de cinéma dit « de genre ». Cette remarque permet de mettre en exergue une des grandes caractéristiques de la filmographie du couple franco-belge (NDLR :Hélène et Bruno sont de nationalité française, mais vivent depuis longtemps à Bruxelles, lieu, en 1997, de leur première rencontre) : elle est très référentielle. Ne pas (re)connaître tout le substrat de cinéma bis, en particulier italien, à partir duquel elle s’est forgée serait passer à côté d’une dimension non négligeable de leur travail et d’une partie du plaisir cinéphilique qu’il peut procurer.
Bruno Forzani et Hélène Cattet
Ici, en l’occurrence, il s’agit d’un grand hommage au filon appelé Eurospy (imitations des James Bond typiques des années 60, parmi lesquelles on peut citer Opération Goldman d’Antonio Margheriti, Des fleurs pour un espion d’Umberto Lenzi, Opération Lotus Bleu de Sergio Grieco ou encore Cible mouvante de Sergio Corbucci), ainsi qu’aux adaptations de fumetti neri, ces BD italiennes dont le personnage central est un malfaiteur masqué, telles que Diabolik ou Satanik. Les deux réalisateurs font revivre ces univers à travers l’histoire d’un ancien espion, John D., vivotant dans un hôtel de luxe sis sur la Côte d’Azur, qui va se remémorer sa trépidante vie passée suite au trouble que lui procure sa belle voisine de chambre, qui l’intrigue. Surtout que celle-ci disparaît mystérieusement…
Le vieil homme est interprété par Fabio Testi. Le choix de cet acteur illustre bien tout l’amour que portent les deux réalisateurs au cinéma bis italien. En effet, Testi est un nom marquant du cinéma populaire de la botte, s’étant illustré, entre autres, dans le western spaghetti avec des films comme Django et Sartana de Demofilo Fidani ou Les Quatre de l’Apocalypse de Lucio Fulci, dans le Giallo avec Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? de Massimo Dellamano et dans le Poliziottesco (le néo-polar italien, en vogue pendant les années de plomb) avec, par exemple, Big Racket d’Enzo G. Castellari et La Guerre des gangs de Lucio Fulci. De quoi faire vibrer la corde nostalgique des fans de ce cinéma-là. La distribution est notamment complétée par Yannick Renier, qui joue la version plus jeune de John D., l’acteur belge Koen De Bouw (Loft, Largo Winch : le prix de l’argent) et Maria de Medeiros (Pulp Fiction, The Saddest Music in the World).
Fabio Testi en ancien agent secret
Le diamant du titre est le symbole du film tout entier : par son esthétique fragmentée, avec les fragments de souvenirs qui remontent à la surface de la mémoire du vieil homme, essayant de reconstituer l’ensemble, comme les différentes facettes composant la pierre précieuse, mais aussi par les multiples prismes sous lesquels on peut l’aborder. On a parlé de son aspect référentiel, mais il va au-delà de ça, en ayant par exemple un discours sur la figure du héros, celui d’hier et la nécessité d’en forger un d’un autre type aujourd’hui, en jouant sur l’illusion et les illusions (perdues ?)… Reflet dans un diamant mort fait partie de ces films qui nécessitent idéalement plusieurs visions pour être pleinement appréhendés.
Une nouvelle fois, les auteurs d’Amer nous plongent dans un cinéma hyper sensoriel (travail méticuleux sur les gros plans, sur les textures, sur le son…), rempli de fulgurances visuelles. À ce propos, Reflet dans un diamant mort est influencé par le courant artistique appelé « op art », qui joue sur les effets et les illusions d’optique. De même qu’on a la vue perturbée face aux œuvres de cette tendance, on a les sens tourneboulés face à ce film. Les réalisateurs restituent avec talent l’intériorité d’un personnage, quitte à nous dérouter par sa narration non classique et le flou entretenu entre ce qui relève du vrai souvenir et ce qui est de l’ordre du fantasme.
Réalité ou fantasme…
Reflet dans un diamant mort est donc un film d’une belle richesse, où Cattet et Forzani fusionnent, comme à l’accoutumée, cinéma populaire et cinéma expérimental selon une recette qui leur est propre, accouchant d’un petit bijou aux mille facettes qui retravaille tout un passé cinématographique pour arriver à un résultat revigorant.
Festival Cinéma Interdit : retour sur la première édition bruxelloisehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2024/10/Festival-Cinema-Interdit-Sandy-Foulon-scaled.jpg25601449Sandy FoulonSandy Foulonhttps://secure.gravatar.com/avatar/c9b5c64d9964c57efe0bfce7a00f7c28b913b37a86bba3dba9fa0e79d55b053e?s=96&d=mm&r=g
Pour fêter dignement Halloween, En Cinémascope revêt ses oripeaux automnaux et sort de sa malle aux trésors non pas ses fausses toiles d’araignées et ses citrouilles évidées, mais carrément son compte-rendu du Festival Cinéma Interdit, gardé bien au chaud pour l’occasion. Cet événement culturel apparu récemment se révèle être le nouveau rendez-vous des amateurs de frissons d’horreur, de jaillissements inopinés d’hémoglobine et de sensations fortes. Or, quoi de mieux que de se (re)plonger dans l’Horreur la veille de Toussaint ?
Tout jeune festival organisé par le youtubeur et vidéaste Azz L’épouvantail, Cinéma Interdit a connu deux éditions à Paris, du 12 au 14 mai 2023 puis du 31 mai au 2 juin 2024, avant d’atterrir en Belgique – patrie de son créateur -, plus précisément à Bruxelles, au cinéma Aventure. Cette première édition bruxelloise s’est déroulée du 6 au 8 septembre dernier, attirant un public de passionnés avides de nouvelles découvertes.
Le but avoué de ce festival est d’y faire rayonner le cinéma d’horreur indépendant à tendance plus ou moins extrême qui a du mal à avoir de la visibilité. Le Japon était mis à l’honneur, avec pas moins de sept films qui en étaient originaires, sur les dix longs métrages que comptait la sélection, et trois invités venant tout droit de ce pays : le réalisateur Katsumi Sasaki, l’actrice Aya Takami et l’éditeur, distributeur, journaliste spécialisé et organisateur du Festival Gore Fest Hiroshi Egi.
Retour, par ordre alphabétique, sur chacun des dix films qui y étaient programmés.
Bakemono ★ Doug Roos (Japon)
Bakemono est une production japonaise réalisée par un Américain vivant depuis des années au Pays du Soleil Levant. Le sujet du film étant l’influence négative de la ville de Tokyo sur ses habitants, traitée de manière horrifique, le regard que porte Roos sur cette cité est intéressant, car il s’agit du regard d’un étranger, mais connaissant bien ce dont il parle. Le film adopte une structure complètement éclatée. Il montre une multitude de personnes séjournant à des moments différents dans un petit appartement ne payant pas de mine loué via Airbnb. Le montage nous faisant passer sans cesse de l’un à l’autre. Malgré cela, quelques scènes sont trop tirées en longueur (notamment celle dans la minuscule salle de bain). Par ailleurs, vu le montage et le grand nombre de personnages, on a du mal à s’attacher à ceux-ci. Les effets gores, très nombreux et le monstre qui apparaît à tous les personnages comptent parmi les éléments positifs de ce petit budget. Intéressant dans son idée, mais perfectible dans son exécution.
Beaten to Death ★★★ Sam Curtain (Australie)
Un petit couple prenant une mauvaise décision dans l’espoir de changer de vie, la campagne profonde australienne et des gens du terroir peu amènes : on connaît la chanson. Mais ici, le personnage principal s’en prend plein la gueule dès le tout début, pas d’introduction amenant le sujet en douceur, et ça n’arrêtera pour ainsi dire jamais. Le pourquoi du comment sera expliqué par flash-back. On souffre pour le héros, même si on ne peut s’empêcher de penser qu’il n’avait qu’à ne pas suivre un plan aussi foireux. Violent, le film nous fait aussi profiter des beaux paysages naturels de la région (il a été tourné en Tasmanie, pour être précis). L’acteur principal a dû fort s’investir dans son rôle (par exemple, sans même parler des maquillages sanguinolents qu’il porte tout du long, il a de nombreuses scènes où il ne voyait rien, ayant les yeux bandés). Un film hargneux, sans pitié, qui fait mal par où ça passe, et on aime ça ! Un des meilleurs films de la sélection.
Dick Dynamite: 1944 ★ Robbie Davidson (Royaume-Uni)
En 1944, les nazis décident d’envoyer sur New-York une grosse bombe contenant une substance transformant les gens en zombies. Dick Dynamite, grand dur à cuire tueur de nazis, est envoyé en mission afin de contrecarrer ce plan des Allemands, avec à ses côtés un petit commando composé de personnages hauts en couleur. Dick Dynamite: 1944 peut être décrit comme une sorte d’Inglorious Basterds version série Z. Robbie Davidson s’autorise tous les délires : on y croise des ninjas nazis, des cyborgs, un tireur d’élite zombie, etc. Le personnage principal renvoie aux héros musculeux des années 80, façon Arnold Schwarzenegger et le film adopte l’esprit bourrin qui en découle. N’ayons pas peur des mots : c’est con, mais relativement fun pour peu qu’on adhère au délire. Comme il est bourré d’action et bien rythmé, on n’a pas l’occasion de s’ennuyer. Par contre, la vulgarité systématique des dialogues devient vite lourde. On pourrait croire que ce micro-budget est une production américaine, mais non, étonnamment, c’est britannique. Un film dans l’esprit « grindhouse » à rapprocher des Iron Sky (mais en plus fauché) et autres Mad Heidi.
Ouvrant le Festival Cinéma Interdit le vendredi 6 septembre à 19 heures, Eight Eyes a fait fort bonne impression auprès du public. Cette coproduction américano-serbe (produite par l’éditeur Vinegar Syndrome et tournée en Serbie) est le premier film d’Austin Jennings. Il part d’un postulat proche de Hostel : un jeune couple passe sa lune de miel en ex-Yougoslavie quand il croise le chemin d’un gars du coin, qui leur propose un petit plan alternatif pour leur voyage… Dans cette partie, le suspense tient dans la question de savoir quand précisément l’homme s’en prendra au couple. On s’attend à tout moment à les voir se réveiller dans une cave glauque, enchaînés, prêts à se faire salement torturer. Ce ne sera pas très éloigné de ça, mais Jennings et son coscénariste ajoutent une dimension supplémentaire au scénario, qui lui fait aller dans une direction moins convenue. Un aspect mystique et psychédélique qui donne à Eight Eyes son originalité et qui expliquera ce titre un peu mystérieux.
Holy Mother ★ Yoshihiro Nishimura (Japon)
Avant-dernier film en date de Yoshihiro Nishimura, grand nom du splatter délirant made in Japan, Holy Mother raconte comment une transsexuelle venue du futur et dotée de super pouvoirs vient au secours d’un gang de « gentils » yakuzas sino-japonais victimes d’un gang de vilains racistes. Quand Nishimura fait du cinéma « progressiste », cela donne un gros délire gore typique de son auteur. La formule ne change pas d’un iota. Femme aux quatre membres coupés servant de moyen de locomotion pour s’élever dans les airs grâce à la force des geysers de sang pulsant de ses moignons orientés vers le bas, créatures dont le haut est une femme et dont le bas est une grosse mâchoire à la dentition impressionnante (rappelant une mutation similaire vue dans Tokyo Gore Police), femme-nuage… L’excès de gore, de délire et d’humour pas fin est bien là. Malheureusement, ce film se situe en dessous de ce qu’a réalisé précédemment Nishimura. La formule commence à être usée, il recycle trop ce qu’il a déjà fait avant et cela apparaît plus bâclé, plus cheap. Donc moins impactant, mais totalement dans l’esprit de feu le label Sushi Typhoon.
Mukuro Trilogy ★★★ Katsumi Sasaki (Japon)
Voici l’un des poids lourds de la programmation. Le réalisateur Katsumi Sasaki a réuni trois de ses courts-métrages (Apartment Inferno, Sweet Home Inferno et Just Like A Mother) en une anthologie gore qui a de quoi ravir les amateurs de cinéma japonais extrême. Femme séquestrée, violée, démembrée, découpée en petits morceaux, on a tout ça et même plus dans ces petites histoires. Le tout servi par des effets gores réalistes de grande qualité et des gros plans qui nous donnent le temps de savourer le travail effectué. Côté interprétation, chapeau à l’actrice Aya Takami, pourtant pas habituée à ce genre de productions, convaincante et fort investie dans son rôle. De plus, malgré le petit budget, on voit l’effort pour soigner la forme (notamment la photo). Il faut en outre souligner que ce n’est pas qu’un étalage de barbaque : non seulement il y a des histoires, mais il y a aussi une touche personnelle de l’auteur, un ton particulier. Même si tout ça est éprouvant, on en redemande ! Le genre de découvertes qu’on espérait faire à ce festival, donc mission accomplie !
Vermilion★★★ Daisuke Yamanouchi (Japon)
Il n’y avait pas que des films d’horreur projetés à Cinéma Interdit. Pour preuve, ce film érotique japonais (pinku eiga) fort efficace. C’est l’occasion de se rendre compte que Daisuke Yamanouchi, connu des amateurs de cinéma extrême pour ses deux Red Room (1999 et 2000) et Muzan-e (1999), est toujours actif, et même carrément très prolifique. Vermilion nous fait voir les relations extraconjugales d’un riche couple marié par pur intérêt, n’ayant pas de relations sexuelles entre eux. Elle s’amourache d’une jeune artiste peintre, lui entretient une relation avec leur domestique… De fil en aiguille, une vraie intrigue se tisse. Le film est très soigné, notamment sur le plan visuel. Entre les éclairages rouges (d’où le titre) et bleutés, on en prend plein les mirettes, sans compter que les corps nus et les ébats sont bien mis en valeur. Les scènes érotiques lesbiennes prennent une bonne place dans l’économie du récit. Yamanouchi est en mode soft, pas d’extrémités à la Muzan-e ici. Cependant, on peut lui faire confiance pour mettre en scène des paraphilies originales (voir par exemple le vieil homme qui récolte dans un verre la transpiration d’une jeune femme en nage afin de la boire voluptueusement). Une belle découverte dans le genre. C’est une bonne idée d’avoir programmé ce film : il a permis de varier agréablement les plaisirs.
Violator ★★ Jun’Ichi Yamamoto (Japon)
Tout d’abord, il convient de préciser qu’il ne faut pas se fier au titre. En effet, le viol n’est pas l’élément central de ce film, celui-ci parle du phénomène du suicide collectif au Japon. Le réalisateur de Meatball Machine nous revenait en 2018 avec cette histoire qui lui avait été soumise à l’origine par un studio, mais qu’il a entièrement remaniée. Une jeune fille mène son enquête pour savoir ce qu’est devenue sa petite sœur portée disparue. Elle apprend que cette dernière est partie dans un minuscule village perdu au beau milieu de nulle part rejoindre d’autres jeunes dans le but de se suicider ensemble. Elle va se rendre sur place et découvrir les différentes personnes qui se trouvent là-bas. Violator donne l’impression bizarre qu’il y avait au départ un script sérieux, sur le sujet plombant évoqué, auquel Yamamoto a greffé de force des scènes délirantes très graphiques. En résulte un film qui semble avoir le cul entre deux chaises. Dans ce cas précis, on aurait préféré une approche sérieuse de bout en bout, même si, dans l’absolu, on n’est pas du tout contre les scènes déviantes aux effets gores « sushityphoonesques » proposées par Yamamoto.
Walking Woman ★ Sôichi Umezawa (Japon)
Sôchi Umezawa est un maquilleur et spécialiste en effets spéciaux (il a travaillé sur des films tels que Alien vs. Ninja de Seiji Chiba, Tag et Prisoners of the Ghostland de Sion Sono) passé à la réalisation depuis 2014 et son segment pour l’anthologie horrifique The ABCs of Death 2. Walking Woman (également titré Walking Girl) est son tout dernier forfait en date, qui ne fait que débuter son parcours en festivals. Une femme bossant dans une agence immobilière souffre de problèmes de mémoire. Mais son sombre secret, impliquant des morts, va refaire surface suite aux visites récurrentes d’un homme sur son lieu de travail… Cette production japonaise se situe entre le drame et le thriller horrifique. Elle se caractérise par un rythme lent. Un petit potentiel scénaristique gâché par ses excès de lenteur, malheureusement. Restent quelques idées visuelles intéressantes et une interprétation tout en retenue d’Asuka Kurosawa (A Snake of June, Cold Fish, Psycho Goreman).
When You Wish Upon A Star ★ Katsumi Sasaki (Japon)
Le film de clôture du festival était aussi la seconde séance consacrée au cinéaste Katsumi Sasaki, qui était toujours présent en compagnie de son actrice Aya Takami pour répondre aux questions du public. Une fille prénommée Eve, qui se prostitue, rencontre un jour la naïve Kimi, qui tombe elle-même dans les griffes de vils proxénètes. Cédant à ses noires pulsions, Eve se rend compte qu’après avoir découpé son « amie » en morceaux, cette dernière revient vivante et entière, comme si de rien n’était. Phantasmes morbides ou réalité ? When You Wish Upon A Star contient quelques scènes très gores dans le style de ce qu’on trouvait dans Mukuro Trilogy, mais celles-ci sont plus éparses, diluées dans un récit que Sasaki tire en longueur. Après le choc Mukuro, When You Wish Upon A Star déçoit, ne retrouvant pas l’intensité de l’anthologie gore. Qu’à cela ne tienne, le plaisir était aussi, et surtout, dans le fait même de pouvoir découvrir ce genre de films fous, rares, parfois déviants, dans un cadre particulièrement convivial.