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Interview de Denis Villeneuve, réalisateur de INCENDIES, disponible sur MUBI !

Interview de Denis Villeneuve, réalisateur de INCENDIES, disponible sur MUBI ! 1656 1060 Jean-Philippe Thiriart

Un Incendies qui a enflammé nos cœurs !

Incendies

Réalisé par Denis Villeneuve (2010)
Avec Lubna Azabal, Rémy Girard, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Abdelghafour Elaaziz

Drame
2h06

★★★★

Il y a presque dix ans jour pour jour que nous nous sommes entretenus avec Denis Villeneuve, le metteur en scène d’Incendies (distribué dans les salles belges par Cinéart). Une très belle rencontre pour évoquer avec le réalisateur de Prisoners, Sicario, Blade Runner 2049 et Dune (sur nos écrans en septembre prochain) notamment, un film qui nous a énormément touchés. Pour la force de son scénario ainsi que pour l’incroyable interprétation de l’actrice principale du film, la Belge Lubna Azabal, d’abord. Mais aussi pour la construction du film. Cette dernière s’avère en effet elle aussi très intéressante dans la mesure où Denis Villeneuve parvient à nous faire sans cesse voyager dans les différents temps de l’histoire de cette famille dont le spectateur découvrira les passé, présent et futur en même temps que les deux enfants du personnage central du film, Nawal Marwan (Lubna Azabal).

Multi-primé, Incendies avait remporté le Prix du Public lors de l’édition 2010 du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et allait représenter, quelques mois plus tard, le Canada aux Oscars. Le film est diffusé depuis une semaine sur le service de streaming MUBI, qui y voit « La percée de Denis Villeneuve ».

MUBI se définit à la fois comme un programmateur, une compagnie de production, un distributeur et un passionné de cinéma. Des nouveaux réalisateurs aux cinéastes maintes fois récompensés. Ce service donne à voir des films « beaux, passionnants et incroyables, en provenance des quatre coins du monde ».

Rencontre

Comment définiriez-vous votre film ?

C’est un passage à l’âge adulte. C’est l’histoire de jumeaux qui, à la mort de leur mère, décident de remonter son histoire pour découvrir un père et un frère dont ils ignoraient l’existence.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter Incendies au cinéma, au départ l’œuvre du dramaturge libanais Wajdi Mouawad ?

J’ai eu un énorme coup de foudre pour la pièce. J’ai été époustouflé, ébahi par la beauté et la force, la puissance du texte. C’est un texte qui parle de l’intimité. Ce qui m’a bouleversé dans ce texte, c’est le discours que Wajdi portait sur la colère, comment la colère voyage de génération en génération dans une même famille, dans un même peuple. J’ai trouvé ça extrêmement pertinent et puissant comme thème. Ça a été instantané : on appelle donc ça un… coup de foudre !

Quel a été l’apport de Wajdi Mouawad, lors des différentes phases de la création du film ?

Wajdi m’a donné carte blanche. Quand je l’ai approché, il a été touché mais il n’était pas sûr que c’était une bonne idée d’adapter Incendies pour l’écran parce qu’il venait d’adapter Littoral, sa pièce précédente. Je crois qu’il avait trouvé le cinéma assez lourd. Il était lui-même en train d’écrire une nouvelle pièce – Forêts – qui le happait complètement. Il m’a donné les droits d’Incendies mais en me disant que j’allais le faire seul, que j’allais être obligé de remonter l’histoire, d’effectuer le même chemin que lui. Il est parti à Paris et puis il m’a laissé travailler sur Incendies. C’est un immense cadeau parce que je n’avais pas le poids de son regard derrière moi. Il m’a permis de faire des erreurs. Je dirais donc que sa participation à l’écriture du scénario s’est faite principalement au début du processus parce qu’il me donnait des pistes : certains photographes, certains textes, certains passages de la bible… C’était très excitant pour moi parce qu’il m’ouvrait l’atelier initial, l’atelier de genèse d’Incendies. C’est vrai qu’il m’a donné les clés de base : tout ce qu’il avait espéré au départ. C’est un cadeau énorme ! Il m’a vraiment donné son access, son intimité créatrice. Puis il m’a laissé avec cela et je me suis débrouillé. Je ne savais pas faire autrement de toute façon !

Sur quels points rejoignez-vous Wajdi Mouawad en matière de mise en scène et en quoi vous êtes-vous éloigné de la sienne ?

C’est une très bonne question ! Je dirais que Wajdi avait créé, dans sa mise en scène, des images d’une très grande force, une force très théâtrale, qui n’étaient pas adaptables au cinéma dans un cadre naturaliste. Cela n’aurait pas du tout fonctionné. C’était très important pour moi de respecter les thèmes et la structure dramatique, que je trouvais très belle, et que j’ai modifiée par rapport au temps et à l’espace pour modeler le scénario, le film. Je suis resté le plus proche possible de la quête du personnage de Nawal. La quête de Nawal était la référence de départ parce que c’était le personnage de base. Et la bible, je la traînais quotidiennement avec moi sur le plateau. Ça a été ma référence tout au long du processus de fabrication du film. La pièce et le film sont complètement différents. Je me suis complètement approprié la pièce. J’ai carrément bousillé la poésie de Wajdi, un texte absolument magnifique que j’ai volontairement massacré pour arriver à en extirper des images et puis à faire du cinéma ! Ce qui est lié, ce sont vraiment les personnages principaux et puis les thèmes de base. La pièce était beaucoup plus touffue. Elle contenait beaucoup plus de violence. Il y avait nombre d’événements supplémentaires. Le film est plus concis et peut-être plus simple que la pièce. J’ai parfois résumé quatre pages de texte en une image.

Êtes-vous d’accord avec moi si je vous dis que les mots « traumatisme » et « thérapie » sont, parmi d’autres bien sûr, deux mots-clés du film ?

Ça me fait extrêmement plaisir de vous entendre dire cela ! Je pense que c’est la première fois qu’un journaliste me parle de « thérapie ». C’est tout à fait le cas ! C’est un texte qui parle de guerre, du Moyen-Orient et de conflits qui me sont très éloignés. Mais il parle aussi de la famille. Et c’est par l’angle de la famille, par l’angle de l’intimité dans une famille, que j’ai pu aborder ce texte. Dès lors, j’ai accentué ce thème dans le film. Il y a un rapport à la thérapie. Pour moi, un des premiers pas, en thérapie, consiste à retourner aux origines de la colère. L’idée, c’est de se dégager de ces colères névrotiques qui viennent en soi entraver la véritable liberté, qui nous empêchent d’être de véritables adultes. Et je trouve que ces thèmes sont très présents dans le cinéma d’une manière ou d’une autre. Dans Incendies, ces thèmes étaient vraiment bien articulés. Et moi, ça m’a profondément touché. Je rajouterais que Wajdi m’avait dit que pour être capable d’adapter la pièce, il fallait que je fasse un travail d’introspection important pour être capable de transposer le théâtre au cinéma. Et ne fût-ce qu’entrer en relation avec le texte sous le bon angle, ça m’a pris des mois.

Quelles options principales avez-vous délibérément choisies à l’heure de scénariser et puis de réaliser Incendies ?

Il y a un point très important. La pièce se déroulait dans un Liban imaginaire. Tout le monde devinait que c’était le Liban parce que Wajdi est d’origine libanaise. Mais le Liban n’était jamais nommé. Tous les lieux sont des lieux inventés. Les événements sont une très grande transposition de la réalité. À un moment, j’ai été très tenté de « marier » l’histoire, l’histoire du Liban. J’ai eu très envie d’incarner le film dans Beyrouth. J’allais me casser la gueule pour plusieurs raisons et j’ai eu de l’aide, des conseils de mes amis libanais et de Wajdi. J’ai réopté pour l’imaginaire, pour des régions imaginaires. C’est la grande question qui s’est posée dans la scénarisation.

Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous avez structuré votre récit, en y imbriquant une série de sous-récits ?

La structure de la pièce travaille sur deux présents : le présent des jeunes et le présent de la mère. Personnellement, je n’aime pas les flashbacks au cinéma. Mais ici, je trouvais que les choses étaient vraiment bien articulées. J’ai trouvé cette structure dramatique vraiment en accord. Elle est originale parce que si l’on observe bien les choses, on constate quelque chose de particulier à ce niveau-là dans la pièce, que j’ai essayé de restituer dans le film. On suit le parcours de la fille et puis on la quitte. On entre alors en relation avec la mère dans le même état émotif que dans celui dans lequel on a quitté la fille. On suit un parcours avec la mère, qui nous amène au prochain état de la fille. Il y a une espèce de dialogue, de réciprocité, d’échange dramatique et émotif entre les deux temps. J’ai essayé de conserver ça le plus possible. J’ai été obligé de modifier cette structure mais cette idée, cette manière de raconter l’histoire, était à l’origine dans la pièce.

Vous avez conquis un public assez large là où le film a été présenté. Estimez-vous que le sujet que vous traitez dans Incendies est universel et si oui, en quoi ?

C’est une bonne question. Je pense que les idées de Wajdi sont déjà très fortes à la base. Son théâtre voyage beaucoup. Je ne peux pas m’approprier cela. Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Le film fonctionne grâce à la beauté des idées de Wajdi Mouawad. Si le film est vendu partout dans le monde, c’est grâce à ses idées à lui. Ce sont elles qui font que le film a ce succès. Je pense que cela touche toutes les personnes, qu’elles soient de n’importe quel peuple. À l’intérieur-même d’une famille, le rapport entre le parent et l’enfant est toujours à la base de la construction d’un être humain. C’est tellement universel comme propos, le rapport entre l’enfant et son parent, la colère qui est engendrée chez l’enfant par le comportement de l’adulte, le silence, l’absence de l’adulte… C’est quelque chose qui voyage partout. Ce que je trouve assez admirable, c’est que Wajdi était capable d’en parler, que ce soit dans l’intimité, comme je le disais plus tout, mais aussi de l’illustrer, de travailler dans un espace beaucoup plus large qu’une région ou un pays en conflit, de parler de cette idée de colère, qui hante une société mais aussi un individu.

Quelques mots sur deux de vos acteurs à présent, si vous le voulez bien.
Pourriez-vous d’abord nous parler de la façon dont vous avez travaillé avec votre actrice principale, la Belge Lubna Azabal, et nous expliquer pourquoi vous l’avez choisie, elle, pour interpréter le rôle de Nawal Marwan ?

En réalité, j’ai fait du casting à Paris et c’est Constance Demontoy, la directrice de casting à Paris, qui m’a donné la clé. Je donne son nom parce que ces gens-là ne sont jamais nommés. C’est elle qui m’a dit qu’elle allait, certes, me faire rencontrer une série de comédiens. Mais elle m’a surtout très clairement fait comprendre que Nawal Marwan, c’était Lubna Azabal. Il était impératif, pour elle, que je rencontre Lubna. J’ai eu un entretien avec elle et j’ai été très impressionné par sa présence et par ce qu’elle dégageait. On a parlé de la pièce de théâtre de Wajdi et on a fait un bout d’essai. On dit souvent que « Casting is everything! » mais je pense que c’est vrai ! Quatre-vingt-quinze pourcent de la direction de comédiens, c’est le casting au départ. Et Lubna Azabal avait cette force intérieure, ce feu. Elle a quelque chose de gitan. En anglais, on dit une « drive ». Au-delà du fait que c’est une excellente comédienne, c’est quelqu’un qui est capable de faire passer beaucoup avec juste un regard. Pour moi, c’est très important. À l’écran, elle dégageait quelque chose de très fort. Il est important qu’on puisse croire que ce personnage-là traverse la guerre et est issu d’un village modeste à la campagne sur une frontière au Moyen-Orient. Quelqu’un qui subit une grande violence et est capable d’avoir un écho de résilience par rapport à cette violence-là. On sent qu’il y a derrière la comédienne une force, une capacité d’adaptation. Je sentais ça chez Lubna. Et j’estime que les gens qui ont vu la pièce et qui vont voir le film vont nécessairement avoir des déceptions parce que ce sont deux objets complètement différents. Ils vont avoir des deuils. Mais il y a un deuil qu’ils n’auront pas, et c’est ma grande fierté dans le film, c’est que Nawal Marwan, c’est Lubna Azabal. J’en suis intimement convaincu. C’est très touchant parce qu’à la première du film, à Montréal, la femme qui a créé Nawal Marwan au théâtre était là et elle a trouvé Lubna extraordinaire. Elle a trouvé que c’était vraiment l’incarnation de Nawal, qu’on ne s’était pas trompé du tout.

L’intuition joue un grand rôle à l’heure de choisir un comédien. Par la suite, pour le travail avec le comédien, j’aime beaucoup répéter. Mais ce qui est essentiel à mes yeux, c’est d’entrer en relation avec la personne, comprendre la tête qui est devant moi, comprendre quel genre de vocabulaire je dois utiliser pour aller rejoindre cette personne et pour créer une certaine complicité. Il faut que j’acquière la confiance de l’autre. Je dois être en lien avec cette personne pour être capable de la diriger. Tous les acteurs sont différents. On n’avait pas tout l’argent du monde pour faire le film et on a souvent manqué de temps. Plusieurs scènes ont été tournées à une vitesse incroyable puisqu’on faisait parfois une ou deux prises seulement. Et Lubna s’est montrée très engagée et très combative. Comme une parachutiste, elle ne pose pas de questions, elle saute dans le vide et puis elle atterrit. C’est une actrice très intuitive. Il faut que tout l’aspect cérébral soit fait pendant la préparation. Il ne faut ensuite plus poser de questions. Il faut agir. Il faut vivre.

Dans Incendies, vous dirigez également Rémy Girard…

Rémy, j’avais pensé à lui dès l’écriture du scénario, pour le rôle du notaire Lebel. C’était le seul que j’avais choisi en écrivant le scénario. J’avais deux noms en tête pour faire ce personnage : Rémy et Roman Polanski. Je trouvais que Roman Polanski avait, comme Rémy, les qualités pour jouer le notaire Lebel. Mais pour des raisons évidentes (Il rit.), il ne pouvait pas venir en Amérique. De toute façon, Rémy était parfait. J’étais très heureux qu’il accepte le rôle. C’est un comédien très connu chez nous.

Un véritable monstre sacré du cinéma québécois !

Oui, c’est ça ! C’est un habitué des grands rôles. Et puis il s’est complètement donné, dans une grande générosité, avec une énorme présence ! J’ai adoré travailler avec lui. On m’avait mis en garde en me disant qu’il pouvait être redoutable et puis il s’est avéré être un ange sur le plateau. C’était très touchant pour moi parce qu’il faut savoir que le notaire Lebel est un personnage qui m’est très cher pour toute une série de raisons. Une d’entre elles est que mon grand-père était notaire. Son frère était notaire. Mon père était notaire. Mes oncles sont notaires. Ma tante a marié un notaire. Bref, je suis entouré de notaires ! Mon frère est avocat… Je suis entouré d’un monde que je connais fort bien. Je me souviens que quelqu’un m’avait dit dans une salle l’autre jour que le personnage incarné par Rémy Girard était très… notaire ! Presqu’un peu trop, presque caricatural. Mais j’ai tout de suite répondu à cette personne que c’était tout le portrait de mon père. Que si mon père descendait dans un camp de réfugiés au Moyen-Orient, il aurait sa cravate ! (Il rit.) C’est vraiment un personnage qui m’est très cher.

N’hésitez pas à découvrir notre critique du dernier film de Denis Villeneuve sorti sur nos écrans – Blade Runner 2049 – et du Blu-ray 4K Ultra HD du film, sorti chez Sony Pictures, ainsi que notre retour sur le Blade Runner de Ridley Scott.

Pour découvrir Incendies sur MUBI, c’est par ici !

Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Sortie Blu-ray et DVD : LE CAS RICHARD JEWELL, de Clint Eastwood

Sortie Blu-ray et DVD : LE CAS RICHARD JEWELL, de Clint Eastwood 1458 1937 Jean-Philippe Thiriart

Réalisé par Clint Eastwood
Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm

Drame
2h11

Une sortie Warner Home Video

Le film   ★★★

Clint Eastwood ne s’éloigne jamais longtemps de la caméra, que ce soit en tant que réalisateur, acteur ou les deux en même temps. Il est d’ailleurs impressionnant de voir que ce monument du cinéma américain, malgré ses 90 printemps cette année, enchaîne toujours les films à un rythme effréné. Mais le plus surprenant est que, sauf quelques rares erreurs de parcours, les œuvres eastwoodiennes ont très souvent rencontré un succès aussi bien public que critique. Le bonhomme a le don de mettre en scène mais aussi de raconter des histoires parfois dérangeantes, souvent touchantes. Le Cas Richard Jewell s’inscrit d’ailleurs assez bien dans cette dernière catégorie.

Basé sur une histoire vraie, le film relate une partie de la vie d’un homme en surpoids vivant toujours chez sa mère et dont le rêve est de devenir policier. À défaut d’y parvenir, il s’investit dans son métier de vigile avec un grand sens du devoir. Nous sommes en 1996 et lors des Jeux Olympiques d’Atlanta, Richard Jewell travaille dans l’une des équipes chargées d’assurer la sécurité de l’évènement. Un soir, lors d’un concert en plein air, il découvre un sac à dos sous un banc, qu’il soupçonne être un colis suspect. Il applique donc le protocole adéquat en avertissant les forces de police et en faisant évacuer le public. La bombe contenue dans le sac finira par exploser et le professionnalisme de Jewell aura sauvé de nombreuses vies. Mais si dès le lendemain, le simple agent de sécurité est élevé au rang de héros national, il subira tout aussi rapidement une véritable descente aux enfers suite à l’obstination du FBI qui voit en lui le suspect idéal et ces accusations de s’accompagner d’un véritable acharnement de la presse à son égard.

Le Cas Richard Jewell impressionne par sa maîtrise et sa justesse. L’acteur interprétant le rôle-titre, Paul Walter Hauser, y est assurément pour beaucoup tant il incarne son personnage avec la bonhomie nécessaire pour le rendre d’autant plus attachant. Des qualités qui se retourneront d’ailleurs contre lui au fur et à mesure de l’histoire tant son respect pour les forces de l’ordre le poussera à vouloir simplement aider mais, a contrario, le fera s’engouffrer dans une spirale d’accusations, au grand dam de son avocat, campé par l’excellent Sam Rockwell.

En plus de rendre hommage et justice à l’homme, le film se présente également comme une critique de la toute-puissance des médias. Ceux-ci ayant l’effrayant pouvoir, en un mot ou une image, de briser un destin sans même parfois avoir ne serait-ce qu’une infime partie de vérité. Le Cas Richard Jewell peut donc être vu tout aussi bien avec un regard tourné vers le passé qu’avec un œil sur le présent. L’une de ses thématiques n’aura peut-être jamais été aussi actuelle tant le flux d’informations auquel nous sommes soumis en permanence obstrue une vision critique pourtant nécessaire.

Le Blu-ray   ★

Côté bonus, l’édition Blu-ray de la Warner n’en propose pas un florilège mais a le mérite d’aller à l’essentiel avec deux séquences d’un peu plus de six minutes chacune. D’une part, un making-of dans lequel figurent quelques rapides explications sur l’impressionnante reconstitution de la scène au Centennial Park d’Atlanta et quelques anecdotes de tournage. D’autre part, une séquence sur la véritable histoire de Richard Jewell (décédé en 2007) racontée en grande partie par l’équipe du film et par sa mère.

Guillaume Triplet

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★   Impératif

Sortie Blu-ray et DVD : BIRDS OF PREY

Sortie Blu-ray et DVD : BIRDS OF PREY 556 768 Jean-Philippe Thiriart

Vous reprendrez bien un peu de Suicide Squad !

Réalisé par Cathy Yan
Avec Margot Robbie, Ewan McGregor, Rosie Perez, Jurnee Smollett-Bell

Action, aventure DC
1h49
Interdit aux moins de 12 ans

Une sortie Warner Home Video

Birds of Prey (And the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn) (Birds of Prey (et la Fantabuleuse Histoire d’Harley Quinn)) vient de sortir en Blu-ray 4K Ultra HD, en Blu-ray et en DVD. Nous vous proposons aujourd’hui une critique du film et du Blu-ray version 4K Ultra HD sorti par Warner Home Video, version qui vaut clairement le détour.

Le film   ★★

Birds of Prey (And the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn) (Birds of Prey (et la Fantabuleuse Histoire d’Harley Quinn)) met en scène le personnage d’Harley Quinn, l’ex-petite amie du Joker. Un « blockbuster divertissement » dans l’univers établi par Suicide Squad et qui s’écarte de l’approche intimiste du Joker de Todd Phillips.

L’histoire ? Celle de quatre femmes : Harley Quinn, fraichement séparée du Joker ; The Huntress, meurtrière dont les motivations sont mystérieuses ; Black Canary, chanteuse au night-club appartenant au Black Mask ; et Renee Montoya, flic en manque de reconnaissance. Elles vont s’associer pour endiguer les manigances de Roman Simonis alias The Black Mask.

Le film s’inscrit dans un genre action décomplexée, voire fun. Et ce même si quelques scènes peuvent choquer un public sensible, raison pour laquelle le film est classé « R » (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) par la Motion Picture Association of America. Il s’agit du premier film de l’univers cinématographique DC à avoir cette classification. Birds of Prey se rapproche de la marque de fabrique de Marvel : une conjugaison de violence et d’humour. Bien loin de ce que proposait Watchmen ou encore les Batman de Christopher Nolan. Le but est de respecter l’esprit originel de Suicide Squad. Dans l’ensemble, la sauce prend plutôt bien, mieux encore que chez son prédécesseur. Soulignons néanmoins que certaines scènes frisent le ridicule et l’irréalisme.

Margot Robbie (Once Upon a Time… in Hollywood) incarne une Harley Quinn détruite par sa séparation avec le Joker. Celle-ci cherche à s’émanciper de leur passé commun. Contrairement au jeu dans les autres adaptations, Margot Robbie opte pour une interprétation plus sage et moins hystérique. Quant aux autres acteurs, Ils s’inscrivent dans les standards de ce type de production, sans éviter quelques lourdeurs. À l’exception d’Ewan McGregor (Trainspotting), qui incarne un Black Mask tout à fait convaincant.

Le scénario, certes plaisant et dynamique, traduit quelques confusions que la narratrice, Harley Quinn, ne parvient pas à combler dans son récit.
Côté mise en scène, peu de surprises : efficace et sans bavure, et répondant aux attentes. La réalisatrice accentue la puissance des scènes d’action en recourant à des ralentis bien maitrisés. Niveau colorimétrie et jeux de lumière, le film s’inscrit dans un champ chromatique relativement électrique focalisé sur le rose et le vert pour représenter Harley Quinn.
La bande-son pop/RnB/trap rend les scènes encore plus énergiques. L’univers sonore, accrocheur et vivant, mérite sans conteste une vision en Atmos.

En conclusion, le film se révèle être un bon divertissement hollywoodien. Nous regrettons cependant un scénario sans grande subtilité et manichéen, qui s’inscrit, il faut bien l’admettre dans l’air du temps.

Le Blu-ray 4K Ultra HD   ★★★

Le coffret comprend deux disques. Le film en 4K Ultra Haute Définition avec le choix entre un son Dolby Atmos-TrueHD et un son Dolby Digital 5.1. Et les bonus en Haute Définition et en Dolby Atmos-TrueHD pour la version française, en Dolby Atmos DD+ pour la version anglaise, ainsi qu’en Dolby Digital 5.1 dans les deux langues.

L’image 4K Ultra HD vaut clairement le détour et le son est à la hauteur de celle-ci. Le film étant porté par une excellente bande-son, on en prend plein les oreilles.

Rayon bonus, c’est du lourd, avec huit chapitres différents.

Une Vue en mode Harley Quinn, tout d’abord (Birds Eye View Mode). Soit le film dans une version visuellement très léchée qui voit incrustés des Behind the Scenes. À savoir les interviews de la réalisatrice et des acteurs, mais aussi de différents membres de l’équipe technique, qui évoquent les cascades, les mouvements de caméra, les costumes, la lumière, la déco et les effets spéciaux ; le scénario, le jeu des acteurs, les personnages ou encore l’inspiration des différents comics Batman n’étant pas en reste.
Cette Vue donne aussi à découvrir de nombreux faits intéressants et anecdotes qui ne manqueront pas d’enrichir votre connaissance de la belle Harley.

Les sept autres chapitres des bonus, d’une durée totale de plus de 40 minutes sont les suivants :

Birds Of Prey : Qui se ressemble s’assemble
Romanesque, autour du villain du film : Roman Sionis aka Black Mask, interprété avec une bonne dose de folie par l’Écossais Ewan McGregor,
L’Amour à roulettes,
Crasse et Crime (Grime and Crime)
La Santé mentale c’est has been (Sanity Is Sooo Last Season),
Les Geeks sauvages, et
– un bêtisier.

On va donc plus loin que le film avec pas mal de gourmandise !

Jean-Philippe Thiriart et Maxence Debroux

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★   Impératif

Retour sur le Blu-ray de GIRL, Caméra d’Or en 2018 à Cannes

Retour sur le Blu-ray de GIRL, Caméra d’Or en 2018 à Cannes 2560 1704 Jean-Philippe Thiriart

En cette période (en théorie) cannoise, nous avons choisi de revenir aujourd’hui sur le Blu-ray du film Girl, lauréat voici deux ans de la Caméra d’Or. Ce Prix vient récompenser le meilleur premier film projeté au Festival, toutes sections confondues.

Nous avions eu le plaisir de rencontrer l’équipe du film l’an dernier aux Magritte du Cinéma, où Girl a remporté pas moins de quatre trophées : Meilleurs Scénario original ou adaptation (Lukas Dhont et Angelo Tijssens), Film flamand, Acteur (Victor Polster) et Acteur dans un second rôle (Arieh Worthalter).

Le réalisateur du film, Lukas Dhont, nous a confié être « tombé amoureux de Victor (Polster) d’une certaine manière » et ce « dès les premiers moments ».
Lors de cette avant-dernière édition des Magritte, nous avons également interviewé Victor Polster, l’interprète de la jeune Lara, qui y a entre autres trouvé « l’ambiance beaucoup plus relax qu’à Cannes ».
Enfin, Arieh Worthalter nous a notamment défini Cannes comme « une très belle aventure » qui leur est « passée dessus comme un camion ».

Pas d’autre bonus que la bande-annonce sur le Blu-ray du film, distribué par Lumière. Une galette qu’il convient néanmoins d’avoir à la maison pour voir et revoir ce grand film.

Bonne écoute de nos interviews et belle (re-)découverte de Girl en Blu-ray !

Jean-Philippe Thiriart

Retour sur le Blu-ray de DOGMAN, Prix d’interprétation masculine en 2018 à Cannes

Retour sur le Blu-ray de DOGMAN, Prix d’interprétation masculine en 2018 à Cannes 1125 612 Jean-Philippe Thiriart

DOGMAN ou l’importance de savoir s’entourer

Réalisé par Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano

Drame, thriller
1h42
Distribution : Cinéart

Le Film ★★★

En cette période (en théorie) cannoise, nous avons choisi de revenir aujourd’hui sur le Blu-ray du film Dogman, récompensé voici deux ans par le Prix d’interprétation masculine pour son acteur Marcello Fonte.

En toute honnêteté, si on s’attarde sur le pitch de départ, on ne peut pas dire que le film soit très engageant. L’histoire se déroule dans une banlieue italienne sinistrée, presque désertique. Un toiletteur pour chiens, Marcello, retrouve un ami sorti de prison, Simoncino, qui va l’entrainer dans divers méfaits.

Pourtant, après visionnage, force est de constater qu’on comprend mieux pourquoi ce film a été si bien accueilli par la critique lors de sa projection à l’édition 2018 du Festival de Cannes.
Nous nous garderons bien d’en dire trop sur la suite de l’histoire mais sachez qu’il est question d’empathie, de haine et de vengeance.

Ce long métrage est, de notre point de vue, poignant, conté de fort belle manière, comportant également quelques moments vraiment touchants et marquants. Ajoutons que la photographie est soignée, sans pour autant verser dans le tape-à-l’œil.

En conclusion, Dogman se laisse regarder avec plaisir. Quant à parler de chef-d’œuvre, il y a un pas que nous ne franchirons cependant pas.

Le Blu-ray ★★

Concernant la partie technique, Blu-ray oblige, l’image est très bien définie. On ne note également aucune présence de bruit. Petite particularité : le vert est presque totalement absent.

Au niveau audio, le film est proposé en DTS-HD (pas spécialement indispensable pour ce genre de films mais ne boudons pas notre plaisir).
Enfin, pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur l’origine de Dogman, une interview très intéressante du réalisateur et de l’acteur principal est présente comme unique supplément.

Denis Mathias, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★            Convaincant
★★★         Remarquable
★★★★       Impératif

Sortie Blu-ray de BLADE RUNNER 2049 : un must

Sortie Blu-ray de BLADE RUNNER 2049 : un must 500 250 Jean-Philippe Thiriart

Retour vers le futuristique Blade Runner

Synopsis
Los Angeles, 2019. La colonisation de l’espace a débuté. La Tyrell Corporation produit des esclaves androïdes dont les capacités surpassent celles de leurs concepteurs. Nommés replicants, ces androïdes sont déclarés hors-la-loi après une mutinerie loin de notre planète. Rick Deckard (Harrison Ford), un blade runner, est recruté afin de les éliminer.


Blade Runner
est l’adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick (1966). Œuvre culte, ce grand film d’anticipation – ou hard SF – fait partie de ces désormais classiques qui ont donné ses lettres de noblesse à la science-fiction sur grand écran. Dans la foulée de Star Wars et du Alien que Scott venait de signer. De ces œuvres d’art qui ont inspiré plusieurs générations de cinéastes. Par les beautés visuelle et sonore (la BO signée Vangelis) qu’il nous donne à contempler, les questions qu’il pose en ayant l’intelligence de ne pas y répondre, et les enjeux auxquels il nous confronte.


À l’issue du tournage de Blade Runner, Ridley Scott perd le contrôle artistique de son film, ce que d’aucuns pointeront comme la cause de son échec commercial à sa sortie en 1982. Il aura fallu pas moins de 25 ans et sept versions différentes de Blade Runner pour avoir enfin devant les yeux le director’s cut ultime de l’œuvre du cinéaste britannique. Signalons qu’il s’agit du premier film à bénéficier d’un director’s cut. C’était en 1992, soit dix ans après la sortie du métrage en salles. En 2007, allait néanmoins sortir un second director’s cut, réellement fidèle à la vision de Ridley Scott cette fois. La boucle était bouclée.


Regard sur Blade Runner 2049

Synopsis
Los Angeles, 2049. La société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. Lorsque l’officier K (Ryan Gosling), un blade runner, découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, qui a disparu depuis des décennies.


Une suite fidèle à l’œuvre originale

Le 7e Art se devait de donner une suite à Blade Runner.
Il aura fallu attendre 35 ans et un réalisateur de la trempe de Denis Villeneuve pour que la magie opère. Mission casse-gueule vu la qualité de l’original et les attentes générées mais mission accomplie, sur toute la ligne.

Le Canadien signe ici son dixième long métrage en vingt ans et le cinquième en cinq ans, depuis son arrivée à Hollywood avec le thriller poignant Prisoners en 2013. Nous l’avions découvert en 2010 avec Incendies, drame bouleversant porté par la Belge Lubna Azabal, pour lequel il nous avait accordé une agréable interview.
Le Canadien sait tout faire, navigant avec brio de la romance (Un 32 août sur Terre) à la science-fiction (Premier Contact et à présent Blade Runner 2049) en passant par le drame (Incendies donc, mais aussi Maelström), le thriller (Prisoners, certes, mais également Enemy) et le film policier (Sicario).


Pour la première fois, Denis Villeneuve a dû composer avec l’univers d’un autre grand faiseur d’images. Pour parvenir à extérioriser son propre univers intérieur. Son Blade Runner est très référencé et fidèle à l’œuvre originale d’un point de vue tant visuel (la photo est signée Roger Deakins, déjà actif sur Prisoners et Sicario), sonore, que musical (Hans Zimmer à la BO). Mais il porte aussi sa patte.


Cette superproduction est longue – 2h43 – mais elle est surtout captivante, de bout en bout. Et en prise avec la plus actuelle que jamais question de ce qui fait de nous ce que nous sommes, de ce qui nous différencie de ce que nous créons.
L’écriture du film fut collective et nous la devons notamment à Ridley Scott lui-même mais aussi à Hampton Fancher, le scénariste du premier Blade Runner, un gage de plus de la qualité de ce Blade Runner 2049.


Le Blu-ray 4K Ultra HD et ses bonus

4 fois la résolution du format HD, une High Dynamic Range offrant brillants contrastes et noirs plus profonds pour l’expérience visuelle la plus dynamique possible, un large spectre de couleurs et un son immersif.
Voilà la promesse faite avec ce Blu-ray Ultra HD de Blade Runner 2049. Nous n’avons pas été déçus et recommandons par conséquent chaudement le visionnage de Blade Runner 2049 dans ces conditions idéales.


Les bonus

Rayon bonus, le coffret Blu-ray – Blu-ray 4K Ultra HD nous régale de pas mal de bonus, à savoir :
– un making of d’une vingtaine de minutes sur la création du monde de Blade Runner 2049,
– trois courts-métrages qui font figure d’autant de prologues à l’histoire telle qu’elle se déroule en 2049 : l’impressionnante animation 2022: Blackout de Shinichiro Watanabe, et les deux fictions que sont 2036: Nexus Dawn et 2048: Nulle part où aller, et
Blade Runner 101, bonus multiple qui présente L’évolution des réplicants, les Blade Runners, la Wallace Corp, un Bienvenue en 2049, le personnage de Joi, singulier et multiple, et Dans les cieux : Spinners, Pilotfish et Barracudas.

Jean-Philippe Thiriart