NOTRE SALUT : un homme ordinaire pris dans une histoire extraordinairehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/10/01.jpg1366768Samantha PirardSamantha Pirardhttps://secure.gravatar.com/avatar/398744a57b688406542ada5514e2a49bd94bf7128710a8997e6f7f597e7ae6c8?s=96&d=mm&r=g
Notre salut ★★
Réalisé par Emmanuel Marre Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit
Drame historique
2h35
Septembre 1940. La France est sous le régime de Vichy. Henri Marre, 49 ans, arrive à Vichy sans argent, sans relations et loin de sa femme et de ses enfants. Dans sa valise, il transporte son traité politique, Notre salut, publié à compte d’auteur. Il y défend une vision patriotique de la France et prône davantage « d’efficacité » pour reconstruire un pays marqué par la débâcle.
Henri pense avoir enfin trouvé l’occasion de démontrer sa valeur. Mais derrière cette ambition se cache aussi un homme qui tente, peut-être, de fuir ses propres échecs.
Une histoire inspirée de lettres familiales
Pour Emmanuel Marre, Notre salut est avant tout une histoire personnelle. Le réalisateur a découvert un jour une boîte contenant près de 300 lettres échangées par ses arrière-grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale.
Cette correspondance lui a permis de découvrir un pan méconnu de l’histoire familiale, mais aussi de regarder autrement cette période particulièrement sombre de l’histoire française.
Plutôt que de raconter la guerre à travers les grandes batailles ou les événements politiques majeurs, Emmanuel Marre choisit de s’intéresser à la vie quotidienne. Henri se retrouve ainsi plongé dans les rouages de l’administration de Vichy et observe progressivement les transformations du régime.
L’arrivée de Pétain, par exemple, n’est pas montrée comme une grande scène historique. Le réalisateur préfère filmer la foule, les drapeaux et les réactions du public, en mêlant ces images à des archives. Un choix qui place le spectateur au niveau de ceux qui vivent les événements sans encore savoir ce qui va suivre.
Un homme qui découvre progressivement la réalité du régime
Henri est loin d’être présenté comme un héros. Nationaliste convaincu, idéaliste et parfois naïf, il a englouti l’héritage de sa femme dans des projets foireux. Son arrivée à Vichy lui donne l’impression qu’une nouvelle vie est possible.
En parallèle, le film montre la vie de sa femme restée à la maison. À travers leur correspondance, on découvre une autre réalité de la guerre : les tickets de rationnement, la faim, le froid, l’attente et l’incertitude.
Une mise en scène volontairement brute
Visuellement, Notre salut est loin du film historique classique. Emmanuel Marre adopte une mise en scène très brute, presque documentaire, avec peu d’artifices et une lumière souvent directe. Ajoutons que le jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné le Prix du scénario. Quant à son monteur, Nicolas Rumpl, il y a reçu le Prix CST de l’artiste-technicien.
Le réalisateur a également laissé une large place à l’improvisation. Les personnages semblent parfois chercher leurs mots, hésiter ou tâtonner dans leurs conversations. Cette approche renforce l’impression que les protagonistes ne savent pas encore ce qui va leur arriver.
Une belle distribution, mais un rythme parfois difficile
Swann Arlaud (Anatomie d’une chute, L’Étranger) porte le rôle principal avec Sandrine Blancke (Un bon garçon, Toto le héros, L’ombre du doute, Sœur Sourire, bientôt Un détour par Diane). Autour d’eux, une galerie de seconds rôles et de figurants contribue à donner au film son aspect presque documentaire. Citons notamment l’excellentissime Mathieu Perotto.
Cette volonté de réalisme fonctionne particulièrement bien dans certaines scènes. En revanche, l’improvisation et la longueur du film peuvent parfois rendre les dialogues difficiles à suivre. Certaines conversations semblent s’étirer et le spectateur peut perdre le fil ou décrocher, malgré un sujet qui reste particulièrement intéressant.
La multiplicité des personnages secondaires ajoute également parfois à la confusion. On peine à comprendre immédiatement qui sont certain·e·s protagonistes et quelle est exactement leur place dans l’histoire.
Une ouverture remarquée au Festival du Film de Bruxelles
La séance affichait complet et plusieurs figurants et acteurs secondaires étaient également présents dans la salle. L’ambiance était particulièrement chaleureuse et émouvante, avec une équipe visiblement heureuse de présenter le film à Bruxelles.
Le film y a remporté rien moins que le Grand Prix de la Compétition Internationale.
En conclusion
Malgré quelques faiblesses narratives, Notre salut offre une approche originale de la période de Vichy.
Ce sont les petites décisions, les doutes et les silences d’un homme, voire d’une population, qui amèneront vers la catastrophe.
La 9e édition du BRIFF se clôture sur un record de fréquentationhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/09/001.jpg1280960Samantha PirardSamantha Pirardhttps://secure.gravatar.com/avatar/398744a57b688406542ada5514e2a49bd94bf7128710a8997e6f7f597e7ae6c8?s=96&d=mm&r=g
Après neuf jours placés sous le signe du cinéma, le BRIFF clôture sa 9e édition sur une note particulièrement réjouissante : une fréquentation en forte hausse !
Les séances ont régulièrement affiché sold-out très rapidement. Au total, plus de 23 000 spectateurs ont délaissé le beau soleil de septembre pour pousser les portes de l’UGC De Brouckère, du Palace, du Cinéma Galeries, de l’Aventure et du Jacques Franck. Et ce chiffre ne tient pas compte du public venu profiter des projections en plein air au Mont des Arts et sur la place Bethléem.
Côté programmation, le BRIFF 2026, c’était 52 longs métrages et 16 courts métrages venus des quatre coins du monde.
Crédit photo : Patricia Büsch
Et comme chaque année, de nombreux invités ont répondu présents à l’appel du Festival : Sara Giraudeau, SABU, Jean-Hugues Anglade, Sonia Rolland, Eddy de Pretto, Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit, Yoann Blanc, Laura Wandel, Valéry Carnoy, Bérangère McNeese, et bien d’autres encore !
Le BRIFF comptait également un Jury International, composé d’Alexe Poukine, Frédéric Fonteyne, Myriem Akheddiou et Zinedine Soualem. Ce dernier n’a d’ailleurs pas caché son plaisir de passer quelques jours dans la capitale belge.
Une cérémonie de clôture de toute beauté
Pour clôturer cette 9e édition, direction la magnifique salle « Grand Eldorado » de l’UGC De Brouckère, le samedi 12 septembre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le public était au rendez-vous : salle archicomble, en effet, pour découvrir le palmarès de ce BRIFF 2026.
Notre salut, Grand Prix du 9e BRIFF Crédit photo : Kidam et Michigan Films
Le Grand Prix a été décerné à Notre salut, du réalisateur belge Emmanuel Marre tandis que le Prix du Jury revient quant à lui à Markus Schleinzer pour Rose, porté par l’incroyable Sandra Hüller.
Rose s’est vu décerner le Prix du Jury
Mais le film qui a particulièrement marqué cette édition est sans conteste La Bucolie. Ce long métrage coréalisé par Tom Boccara et Wided Ouassale a raflé le Prix du Public national, ainsi que les Prix de la Meilleure actrice pour Wided Ouassale et du Meilleur acteur pour Tom Boccara.
La Bucolie a reçu pas moins de trois Prix
Une belle récompense pour ces deux comédiens qui se connaissent depuis l’enfance. Un joli clin d’œil à leur amitié, mais aussi au cinéma burlesque et au cinéma muet. Ici, les corps portent la narration en lieu et place des mots.
Tom Boccara et Wided Ouassale Crédit photo : Samantha
Et pour finir… une invitation !
La soirée s’est poursuivie avec la projection de The Invite, comédie d’Olivia Wilde qui réunit à l’écran la réalisatrice aux côtés de Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton.
Une 9e édition riche, intense et particulièrement réussie, qui laisse déjà entrevoir une 10e qui s’annonce… en or !
Le BRIFF : 9e édition, 9 jours et un changement de saison !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/09/001-Eddy-de-Pretto-dans-Vigilante-c-Olivier-Pirard-scaled.jpg25601708Samantha PirardSamantha Pirardhttps://secure.gravatar.com/avatar/398744a57b688406542ada5514e2a49bd94bf7128710a8997e6f7f597e7ae6c8?s=96&d=mm&r=g
Dès ce vendredi 4 septembre, et jusqu’au samedi 12, le Brussels International Film Festival (BRIFF) investit Bruxelles pour neuf jours de cinéma, de rencontres et de découvertes. Après avoir changé ses dates, le Festival quitte juin pour septembre et entend bien faire de cette rentrée cinématographique un véritable rendez-vous festif.
Au programme : avant-premières, cinéma belge et international, compétitions, rétrospectives, projections en plein air et rencontres avec de nombreux invités, sans oublier les activités au Village.
Garance Crédit photo : Marie-Camille Orlando
Un festival qui regarde le monde en face
Cette 9e édition continue de mêler cinéma engagé et découvertes dans trois cinémas bruxellois : l’UGC De Brouckère, le Cinéma Palace et le Cinéma Galeries.
Trois compétitions seront au cœur du Festival : la Compétition Internationale, la Compétition Nationale, qui met les talents belges à l’honneur, et la Directors’ Week, consacrée aux jeunes cinéastes européens.
Côté international, le BRIFF s’ouvrira avec Notre Salut d’Emmanuel Marre, Prix du Scénario à Cannes. Le film, porté par Swann Arlaud et Sandrine Blancke aborde la France de 1940 et ses zones grises.
Notre salut Crédit photo : Kidam et Michigan Films
Focus Ireland et Once Upon a Time
Cette édition propose également Focus Ireland, une section qui met en avant la vitalité du cinéma irlandais et qui fait écho à la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne.
The Quiet Girl
Once Upon a Time rappelle le parcours de cinq réalisatrices ayant marqué le 7e art à travers des longs métrages comme Persepolis, Sambizanga, La Crise ou encore Une vie manifeste.
Le cinéma belge en première ligne
Impossible de parler du BRIFF sans parler de cinéma belge. Parmi les films programmés : Ceci n’est pas un film français de Tom Adjibi, The Silent Treatment de Caroline Strubbe, Kwibuka, se souvenir de Jonas d’Adesky, Frontera de Judith Colell, Comme un château fort de Lou Colpé et Gregor, le nouveau film d’animation de Manuel Gomez.
Bref, de quoi rappeler que le cinéma belge ne manque ni d’idées ni d’audace.
Kwibuka
Séances Spéciales
Le BRIFF aime aussi sortir des cases. Les Séances Spéciales réunissent justement des films inclassables, souvent traversés par de grandes questions de société.
Parmi les rendez-vous à ne pas manquer : Vigilante d’Olivier Pairoux, thriller porté par Eddy de Pretto, qui interprète ici son premier rôle au cinéma. Le film suit un homme qui traque des prédateurs sexuels sur les réseaux sociaux et interroge sur la frontière entre justice et vengeance. Eddy de Pretto sera présent à Bruxelles.
Autre temps fort : Garance de Jeanne Herry, avec Adèle Exarchopoulos, qui explore le parcours d’une femme confrontée à ses addictions, ses joies et ses blessures. Le film sera projeté en présence de Jeanne Herry et, sous réserve, de Sara Giraudeau.
Un BRIFF pour toutes les générations
Le Festival ne s’adresse pas uniquement aux cinéphiles aguerris. Avec son volet Youth & Families, le BRIFF ouvre grand ses portes aux enfants et aux familles : ateliers, initiations à la critique et activités autour de l’image.
Et cette année, les plus petits sont encore mieux servis puisqu’une séance est ajoutée pour les enfants dès 3 ans.
Un festival qui se vit aussi hors des salles
Le Festival, c’est aussi le Village du BRIFF, qui sera une nouvelle fois installé place De Brouckère. Avec sa terrasse en accès libre, ses concerts et ses rencontres, tout est prévu pour prolonger les discussions après les projections.
Et pour profiter du cinéma sous les étoiles, direction le Mont des Arts, où deux projections gratuites en plein air permettront de partager, au coucher du soleil, films grand public et classiques du 7e art.
Cette année encore, le BRIFF promet donc un cinéma éclectique, sensible, engagé et surtout vivant. Une belle manière de commencer la rentrée !
Merveilleuse année 2024… cinémagique, avec En Cinémascope !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2024/01/Merveilleuse-annee-2024-cinemagique-avec-En-Cinemascope.jpg15641041Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite une merveilleuse année 2024… cinémagique !
Douze acteurs et actrices du cinéma belge et international se joignent à nous, en images, pour vous transmettre, ensemble, nos meilleurs vœux pour cette année nouvelle.
Une année 2024 que nous désirons pour vous remplie de grands et de petits bonheurs, cinématographiques mais pas que !
ÀMA GLORIA : interview de la réalisatrice Marie Amachoukelihttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2023/10/01-scaled.jpg25601350Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Vrai film de cinéma bénéficiant d’une magnifique photo et d’un travail sur la lumière pour le moins abouti, àma GLORIA nous fait passer du rire aux larmes avec beaucoup de pudeur. Marie Amachoukeli signe un film à hauteur d’enfant, avec des comédiens et des comédiens au jeu empreint de justesse, la jeune Louise Mauroy-Panzani en tête, qui livre une véritable performance d’actrice.
Crédits vidéo : Lionel Callewaert (captation) et Jean-Philippe Thiriart (journaliste et montage)
Nous avons rencontré la réalisatrice de ce film toujours présent dans nos salles lors de la dernière édition du Brussels International Film Festival (BRIFF). Un film qui a ouvert, cette année, la 62e Semaine de la Critique du Festival de Cannes.
Elle nous a parlé de son travail avec Inès Tabarin, sa directrice de la photographie. Ensuite, Marie Amachoukeli nous a expliqué comme elle était parvenue à tourner ce film à hauteur d’enfant, mettant notamment en avant sa collaboration avec Laure Roussel, la coach enfant du film. Nous lui avons, par après, demandé de définir sa direction d’acteurs et d’actrices. Elle a, alors, accepté de donner un grand conseil à l’attention de celles et ceux qui ont, elles et eux aussi, le souhait de raconter des histoires via le medium qu’elle a choisi : le cinéma. Enfin, nous sommes revenus ensemble sur la présence cette année à Cannes de àma GLORIA.
Louise Mauroy-Panzani livre une véritable performance d’actrice
Et pour connaître les horaires des séances en salles, c’est par ici !
LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES, en salles, et UNE VIE DÉMENTE, en DVD ? DES CHOSES EN COMMUN !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2023/10/LSDAP-1.jpg1200675Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Le Syndrome des amours passées, le nouveau film du duo Ann Sirot-Raphaël Balboni – leur dixième, déjà, courts et longs métrages confondus -, entame aujourd’hui sa troisième semaine dans les salles belges. Avant une sortie française programmée le mercredi 25 octobre.
L’occasion pour nous de vous présenter leur dernier bébé, mais aussi de faire un focus sur leurs deux films précédents. Avec différentes interviews, aux Magritte du Cinéma et au Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF), autour de leur premier long métrage – Une vie démente – et du DVD du film. Et une rencontre dans le cadre de la diffusion au Festival International du Film de Bruxelles (BRIFF) de leur dernier court : Des Choses en commun.
Une vie démente
Le DVD
Crédit vidéo : Harald Duplouis (image et montage)
Distribué par Imagine, le DVD de Une vie démente comprend deux fort sympathiques bonus, à savoir les deux derniers courts métrages signés par Ann Sirot et Raphaël Balboni : Avec Thelma (Magritte 2018 du Meilleur court métrage de fiction) et Des Choses en commun (un des quatre courts métrages issus du premier volume de La Belge Collection)
Des interviews aux Magritte du Cinéma et…
Pas moins de sept statuettes pour Une vie démente lors des 11e Magritte du Cinéma ! Crédit vidéo : Gerardo Marra (image et montage)
… au FIFF !
C’est lors du 35e Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) que nous avons rencontré l’équipe d’Une vie démente pour la première fois. Présenté en sélection officielle, le film avait ouvert le Festival.
Aux côtés du film Des Choses en commun, dans La Belge Collection – Volume 1, figurent trois autres courts métrages : Mieux que les rois et la gloire, de Guillaume Senez, Rien lâcher, de Laura Petrone et Guillaume Kerbusch, et Sprötch, de Xavier Seron.
Rencontre avec Pierre Jolivet, réalisateur du film engagé LES ALGUES VERTEShttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2023/07/ITV-Pierre-Jolivet-Les-Algues-vertes.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
LE film engagé de cette semaine cinéma, réalisé par un cinéaste qui ne l’est pas moins ? Les Algues vertes, de Pierre Jolivet ! Ce dernier signe ici son – déjà – dix-huitième long métrage. Un film coscénarisé avec Inès Léraud, l’autrice de la bande dessinée Algues vertes, l’histoire interdite, qui a inspiré ce film de fiction. Publiée par la Revue dessinée – Delcourt, la BD est illustrée par Pierre Van Hove.
Cette réalisation a de nombreux atouts, notamment une belle mise en images signée par le Belge Olivier Boonjing et une interprétation très juste de Céline Sallette, Nina Meurisse ou encore Jonathan Lambert.
Nous avons récemment rencontré le metteur en scène lors de la sixième édition du Brussels International Film Festival (BRIFF), où le film était présenté dans le cadre de la sélection « Green Planet ».
Nous avons d’abord demandé à Pierre Jolivet pourquoi il avait choisi de réaliser un long métrage de fiction à partir de la BD originelle. Il nous a ensuite parlé du travail de coscénarisation du film avec Inès Léraud. Par après, il nous a dit quel directeur d’acteurs il est. Rayon acteurs toujours, il s’est arrêté sur son choix de Céline Sallette pour interpréter son Inès Léraud à l’écran. Enfin, il a évoqué la belle relation qui l’unit à son fils Adrien, acteur dans Les Algues vertes et auteur de la musique originale du film.
Deux Festivals sinon rien, clap deuxième : le BSFF et le BRIFF sont de retour !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2021/08/BRIFF-new.jpg1394929Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Tout comme l’an dernier, c’est en parallèle que se dérouleront, en cette fin de mois d’août puis début septembre, deux des festivals de cinéma majeurs de Bruxelles. Le Festival du Court-Métrage de Bruxelles (Brussels Short Film Festival – BSFF) fera de notre capitale celle, mondiale, du court-métrage pendant neuf jours. Dès aujourd’hui, samedi 28 août, jusqu’au dimanche 5 septembre, avec la projection des films primés les 6 et 7, pour une – déjà – 24e édition. Quant au jeune Festival International du Film de Bruxelles (Brussels International Film Festival – BRIFF), il en sera à sa quatrième édition, s’ouvrira ce mercredi 1er septembre avec le nouveau film du Français Mathieu Amalric – Serre-moi fort –, présenté cette année à Cannes, et se clôturera le samedi 11 avec LE film-événement de la rentrée : Dune, du réalisateur québécois de génie Denis Villeneuve (Incendies, Blade Runner 2049).
Organisés par l’asbl Un Soir… Un Grain, les deux Festivals que nous vous présentons aujourd’hui auront pour centre névralgique le traditionnel chapiteau, dressé cette année sur la place De Brouckère. Notez que le lieu de retrouvailles des festivaliers du Short sera, du 28 août au 1er septembre, un autre chapiteau, dressé Place Sainte-Croix à Ixelles cette fois.
Le 24e Brussels Short Film Festival
Le Festival du Court prendra ces jours-ci ses quartiers à Ixelles (à Flagey, au Cinéma Vendôme et, pour la première fois, au cinéma coopératif qu’est le Kinograph) et à Bruxelles-Ville (au Mont des Arts et au Cinéma Galeries) puis, en décembre, dans les quatre coins de la Belgique avec le « BSFF on Tour » et ses projections « Best of » et du palmarès 2021. Avec pas moins de 345 films en compétition et en « Off », le Brussels Short Film Festival donnera une nouvelle fois à voir ce qui se fait de mieux en format court.
Trois compétitions et…
Trois compétitions seront au menu : la compétition internationale et ses près de cent films issus d’un peu partout dans le monde, d’abord. La compétition nationale, ensuite, composée de productions du nord et du sud du pays, l’occasion notamment de découvrir ou de redécouvrir les quatre films issus du premier volume de la Belge Collection (Mieux que les Rois et la Gloire de Guillaume Senez, Des Choses en Commun de Ann Sirot et Raphaël Balboni, Rien lâcher de Laura Petrone et Guillaume Kerbusch, et Sprötch de Xavier Seron). Et, enfin, la compétition Next Generation, qui fera découvrir aux spectateurs des films réalisés par des étudiants d’écoles de cinéma. Soulignons que les Grands Prix des Compétitions nationale et internationale seront à nouveau présélectionnés aux Oscar, rien de moins !
… quatre programmes « Off » !
À côté des plus de 200 films en compétition, seront présentés toute une série d’autres films – 145 au total – divisés en quatre grandes sections : Rock’n’roll, Travelling, Events et Musts.
Les Rock’n’roll, ce sont Les Très Court – programme de films de moins de quatre minutes proposé par le Très Court International Film Festival –, Courts Mais Trash et sa séance de films 100% atypiques au ton survolté et à l’humour corrosif et, nouveauté de cette année, les Short Rounds : six films où la boxe occupe une place majeure et qui témoignent du succès avec lequel le court métrage s’est emparé du noble art.
Les Travelling permettront de se mouvoir d’une Carte blanche au Seoul International Extreme-Short Image & Film Festival (SESIFF), qui proposera deux séances de films issus de la filmographie du Pays du Matin Frais, aux Latino – carte blanche au Festival Biarritz Amérique Latine –, en passant par, et c’est une nouveauté de cette année, le Portugal, en deux programmes inédits : une carte blanche au Festival Curtas Vila do Conde et une séance lors de laquelle Lisbonne sera mise à l’honneur.
Trois « Events » à souligner ? La séance d’ouverture, qui devrait vous en mettre plein les yeux avec six courts-métrages de haut vol. La séance de clôture et son annonce du palmarès mais aussi, la projection de plusieurs films primés. Et la Nuit du court et sa valse à quatre temps : Best of made in BSFF, Carte blanche au Festival VKRS (Video Killed the Radio Star) pour une séance de clips entièrement noirs-jaunes-rouges, Comédies musicales, et Le temps des Très court.
Enfin, quatre « Musts » figurent au programme du BSFF. Deux projections « best-of » gratuites en plein air avec, annoncé, du cinéma drôle, léger et trash, tant belge qu’étranger. Les European Short Film Audience Awards (ESFAA), neuf films récompensés par un prix national du public, qui partent à la conquête de l’Europe. Les courts nominés aux Oscar 2021. Les European Film Awards, soit des courts-métrages récompensés dans des festivals comme ceux de Berlin ou de Venise. Et, petit nouveau : le Short Comedy Club – série de comédies dont le savoureux court La foire agricole de Vincent Patar et Stephan Aubier.
Activités jeune public
Une série d’activités jeune public seront également proposées : une séance famille et un atelier de doublage encadré par une comédienne professionnelle, notamment. Mais aussi un atelier de critique de films animé par le journaliste et auteur Christian Campion, lequel permettra aux critiques en herbe de voir leurs analyses publiées dans le journal critique du Festival.
Le 4e BRIFF
Le Festival International du Film de Bruxelles présentera sa sélection de films dans trois cinémas du centre de la capitale – l’UGC De Brouckère, le Cinéma Galeries et le Cinéma Palace –, ainsi qu’à Bozar. Et au Mont des Arts, lors de séances en plein air. Comme précisé plus haut, c’est au Village du Festival, situé Place De Brouckère, que les festivaliers pourront se retrouver autour d’un verre entre deux séances du BRIFF.
C’est le nouveau film du Français Mathieu Amalric – le drame Serre-moi fort – qui ouvrira le Festival, le mercredi 1er septembre, en présence du réalisateur et de son acteur principal : le Belge Arieh Worthalter. Le BRIFF se clôturera le samedi 11 septembre dans la prestigieuse salle du Grand Eldorado de l’UGC De Brouckère avec la proclamation du palmarès. Une clôture en force puisqu’elle sera aussi l’occasion pour les festivaliers de découvrir en avant-première nationale le nouveau film de science-fiction de Denis Villeneuve, passé maître dans ce genre cinématographique : Dune !
Trois compétitions rythmeront le Festival : la compétition internationale, la compétition nationale, annoncée comme très éclectique avec en lice notamment le premier long-métrage documentaire en solo de Méryl Fortunat-Rossi (on lui devait déjà la coréalisation avec Xavier Seron, voici bientôt dix ans, du court-métrage très remarqué Mauvaise Lune) : Phèdre, ou l’explosion des corps étrangers. Mais aussi la compétition Directors’ week, au sein de laquelle concourront huit films qui ont permis à leurs auteurs et autrices d’exprimer une approche singulière de nos sociétés. Le film belge Fils de Plouc en fait partie. Outre les Prix remis par les jurys de chacune de ces compétitions, deux autres seront décernés : le Prix du Public et – c’est une première au BRIFF – le Prix Cinévox, remis par un jury de citoyens.
Fil rouge des films programmés cette année en « Off » : la nécessité de changement, avec un message commun : « Faut que ça bouge ! ». Et cinq grands volets : Green Planet, Rumba Cinéma, Ukrainian Spring, les séances Teens et les séances en plein air. Au sein du programme « Green Planet », quatre films dont les marquants Captain Fantastic avec Viggo Mortensen et le film Into The Wild de Sean Penn. « Rumba Cinéma » donnera à voir les documentaires The Rumba Kings et Bakolo Music International. Un concert de rumba congolaise aura d’ailleurs lieu au village du BRIFF le 10 septembre. « Ukrainian Spring » marquera une nouvelle collaboration entre le BRIFF et Bozar avec la projection de trois films dont Nomera (Number) de Oleg Sentsov, lauréat en 2018 du Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, décerné par le Parlement européen pour son combat en faveur des droits humains. Les séances Teens, ce sera, outre Captain Fantastic, Bigger Than Us, réalisé par la Française Flore Vasseur. Également au sein de cette programmation « off », trois séances en plein air au Mont des Arts : des épisodes de Baraki, la prochaine série de la RTBF, Effacer l’historique du duo Benoît Deléphine – Gustave Kervern et le Buena Vista Social Club de Wim Wenders.
Si de nombreux films nous font de l’œil, quelques-uns ne devraient pas manquer de marquer les spectateurs, à commencer par le dernier Paul Verhoeven : Benedetta, avec Virginie Efira. Le film sera présenté par une de ses actrices : notre compatriote Daphné Patakia. Cette musique ne joue pour personne du toujours inspiré Samuel Benchetrit devrait aussi valoir le détour. Il sera défendu par le réalisateur et son acteur Bouli Lanners, grand habitué du BRIFF mais aussi du BSFF. Enfin, le film New Order, de Michel Franco, ne devrait pas laisser le spectateur indifférent, loin de là.
Permettons-nous l’expression, ici nullement galvaudée : last but not least… l’invité d’honneur de ce 4e BRIFF sera un des Français les plus belges : le trublion Benoît Delépine. Une rétrospective de cinq films du Grolandais seront donnés à voir aux festivaliers : le cultissime Aaltra, le déjanté Avida, le féroce Louise Michel, le Depardiesque Mammuth mais aussi son dernier film : Effacer l’historique donc, avec l’atypique Corinne Masiero. Et à vos agendas : le samedi 4 septembre au Cinéma Palace, Delépine participera à une rencontre exclusive avec Bouli Lanners. Tous deux partiront à la rencontre du public du Festival. Et ça s’annonce déjà mémorable !
Précisons que le Jury international de ce 4e BRIFF sera composé de l’actrice et réalisatrice française Maryline Canto, de l’acteur islandais Tómas Lemarquis, de l’artiste protéiforme belge qu’est Helena Noguerra ou encore du réalisateur belge Olivier Masset-Depasse (qui réalisera, en novembre, l’adaptation US de son film Duelles).
Les organisateurs du Festival proposeront également différentes activités autour du cinéma à l’attention des 10-25 ans, telles un atelier de réalisation et des ateliers de critiques de films.
Interviews de Terry Gilliam, réalisateur de L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE, ce mercredi soir en TVhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2021/07/terry-gilliam.jpg512371Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Terry Gilliam arrive dans votre salon, ce mercredi soir à 20h40 sur La Trois (et jusqu’au 21 août sur Auvio), avec son dernier long-métrage : L’Homme qui tua Don Quichotte. Nous avons eu le bonheur de le rencontrer à deux reprises. Pour Proximus TV dans le cadre de la présentation en avant-première de son dernier bébé au Festival International du Film de Bruxelles (BRIFF). Et voici bientôt dix ans, en 2012, au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).
Terry Gilliam est avant tout un réalisateur de talent, qui a pris place derrière la caméra voici plus d’un demi-siècle déjà ! On lui doit notamment Brazil, L’Armée des 12 singes, Las Vegas Parano ou encore Tideland. Voilà, en quelques films parmi d’autres, pour sa carrière de réalisateur en solo. Mais Terry Gilliam, c’est aussi un des six Monty Python. C’est en effet aux côtés de Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin que tout a véritablement commencé pour lui. En télévision d’abord, au cinéma ensuite. Seul membre américain de ce sextuor presqu’entièrement britannique, Terry Gilliam fait partie des grands de l’absurde, avec des films comme Monty Python : Sacré Graal et La Vie de Brian, entre autres. Gilliam est aussi l’auteur de chacun de ses films. Il produit, monte et joue dans certains de ses films, dans ceux d’autres et dans les différents Monty Python. Et il a encore bien d’autres casquettes.
Interview de Terry Gilliam pour L’Homme qui tua Don Quichotte
Interview au BIFFF de Terry Gilliam, le Python surréaliste
Lors du trentième BIFFF, en 2012, Terry Gilliam était adoubé Chevalier de l’Ordre du Corbeau. Il y présentait The Wholly Family, son dernier court-métrage en date, un film où les pasta permettaient au réalisateur de laisser libre court à son imagination. Monty Python à vie, l’Américain à la malchance légendaire est avant tout un des plus fameux réalisateurs surréalistes en activité. Retour sur cette rencontre.
Crédit photo : Cedric Arnold
Vous avez été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau. Qu’est-ce que cela fait d’être membre de cette communauté très particulière ?
C’est plus important que d’être un des Templiers. Je suppose qu’il y a beaucoup d’argent sous le beau bâtiment qui se trouve près de nous ! (NdA : Le BIFFF prenait cette année-là ses quartiers à Tour & Taxis pour la dernière fois, avant un déménagement vers BOZAR l’année suivante.) C’est un drôle d’honneur. C’est tout ce que je peux vous dire. Néanmoins, il me faudra probablement des années pour véritablement réaliser les complexités de la fonction. De nombreuses responsabilités sont sans doute inhérentes à cet honneur. Je devrai peut-être sauver des demoiselles des griffes de dragons ! (Il rit.)
Vous venez cette année au BIFFF pour présenter votre nouveau film, le court-métrage The Wholly Family, désigné l’an dernier Meilleur Court-Métrage aux Prix du Cinéma européen. J’ai cru comprendre que Garofalo, une société italienne de pâtes, a financé votre film. Quelles sont les origines de ce projet ?
C’est très simple en fait. Un homme est venu sonner à la porte de ma maison en Italie avec une énorme boîte de pâtes. Il m’a dit qu’elle m’était destinée. Et il a ajouté que Garofalo était prête à financer un de mes courts-métrages à partir du moment où il se déroulait à Naples. J’avais carte blanche. C’était aussi simple que ça. La seule réponse que je pouvais donner était « oui ». (Il rit.) Comment aurais-je pu dire « non » ? Et à présent, je peux manger des pâtes jusqu’à la fin de ma vie !
Terry Gilliam lors du tournage de The Wholly Family
Pourriez-vous nous dire quelques mots sur les Monty Python à présent ? Comment le succès est-il arrivé ? Au début, cela a dû s’avérer difficile de vous imposer. Les Monty Python, c’est un style forcément tout britannique alors que vous êtes… américain !
C’était très spécial. Je me suis toujours défini comme un anglophile convaincu. C’est en 1967 que je me suis rendu pour la première fois en Angleterre. J’ai eu un peu le sentiment de découvrir un public qui saisissait ce que j’essayais de faire tandis qu’aux États-Unis, personne ne me comprenait. J’ai toujours vu ça comme quelque chose de magique. J’ai rejoint cinq autres gars qui ont fait Oxbridge : Oxford et Cambridge. Des types avec lesquels je partageais la même vision du monde ! Nous faisons certes les choses de manière différente. Parmi eux, certains sont d’excellents acteurs, ce que je ne suis pas. Je peux faire dans le grotesque, contrairement à eux. Ils jonglent plus aisément que moi avec les mots. J’ai une meilleure approche des images qu’eux. Et il s’est avéré que ça marchait. Il faut dire aussi qu’à cette époque-là, la BBC nous a dit que nous pouvions commencer par faire sept émissions. Et si celles-ci fonctionnaient, la chaîne nous permettait d’en faire d’autres. C’était très simple. Nous avions donc entière carte blanche pour faire ce qui nous plaisait. Nous n’étions pas entourés de commerciaux, de managers ou d’agents nous disant de faire ceci ou cela. Nous étions juste six mecs occupés à faire ce qui les faisait marrer.
Gilliam (en bas à gauche), le seul Python américain, avec ses camarades de jeu
Je crois savoir que George Harrison a consenti une hypothèque afin que La Vie de Brian voit le jour, pour la bonne et simple raison qu’il voulait voir le film. Est-ce exact ?
Oui. George était un grand fan des Python. Il connaissait chaque sketch par cœur. Et lorsque EMI – le studio qui était sur le point de financer le film – s’est retiré en dernière minute, George a sauvé la situation. Ils ont hypothéqué leur grand immeuble de bureaux de Knightsbridge, à Londres. Il a donc rassemblé la somme d’argent nécessaire à la réalisation du film. Et… ça a marché !
Est-ce que vous êtes d’accord avec moi si je vous dis que vous avez pour habitude de casser les codes ? Le christianisme avec La Vie de Brian, bien sûr. La bureaucratie et l’économie avec Brazil…
Ce n’est pas faux. En particulier la cause sainte : les choses que nous sommes supposés croire. J’estime que nous devons les déconstruire. Constamment.
Les contes, les rêves et l’imagination ont une grande place dans votre univers. Vous êtes un des rares réalisateurs surréalistes mondialement connus ?
Si ce n’était pas le cas, j’aurais probablement eu plus de succès auprès du grand public. Il y a cependant de nombreux réalisateurs qui font des films surréalistes, mais dont on n’entend jamais parler. J’ai juste la chance de pouvoir toucher Hollywood et des lieux semblables qui permettent à mes films d’être vus par davantage de gens.
Que pensez-vous du surréalisme belge ? Je pense à René Magritte, Christian Dotremont, Joseph Noiret…
La Belgique est au cœur du surréalisme, pas vrai ?
Tout à fait !
Je pense que tout a commencé avec Jérôme Bosch. Et Pieter Brueghel. Puis viennent Magritte et tous les autres. La Belgique est un drôle d’endroit. Je trouve que c’est un pays schizophrène parce qu’il est à la fois flamand et francophone. Et une certaine friction donne sans doute naissance à une série de choses. C’est ainsi qu’un feu démarre : en mélangeant deux choses.
C’est la quatrième fois que vous venez au BIFFF. Vous étiez notamment présent en 1996 pour présenter L’Armée des 12 singes. Que représentent la Belgique et, en particulier, Bruxelles, à vos yeux ? Est-ce que vous connaissez le cinéma belge et, si oui, y a-t-il un film issu de notre production nationale que vous affectionnez particulièrement ?
Le cinéma belge que j’aime depuis toujours est celui que l’on retrouve dans Toto le héros, de Jaco Van Dormael. J’ai adoré ce film ! « Qui est ce mec ? », me suis-je demandé. Il parvient, à mes yeux, à exprimer exactement ce qui constitue le surréalisme belge. Il y a une certaine magie. Il y a quelque chose de présent… Je ne sais pas de quoi il s’agit cependant. Je ne connais pas la Belgique. Un peu Bruxelles mais c’est tout. Je sais en tout cas que le meilleur musée au monde sur la bande dessinée se trouve sur votre territoire.
Toto le héros, un grand film surréaliste de l’avis de Terry Gilliam
Vous vous y êtes rendu hier, n’est-ce pas ?
Tout à fait ! Je ne saisis pas encore toutes les particularités de la ville mais je l’apprécie pour la bonne et simple raison qu’elle ne ressemble à aucune autre. Il y a un petit quelque chose qui se produit ici, que je ne suis pas à même de traduire avec des mots. Ça reste donc pour moi un mystère. Quelque chose d’intriguant.
Avez-vous vu Mr. Nobody, le dernier film de Jaco Van Dormael ?
Non. Est-ce qu’il est bon ?
Absolument !
Je dois me le procurer par ce qu’il n’est pas arrivé jusqu’en Angleterre. J’ai rencontré Jaco Van Dormael. Je ne me souviens plus de quand c’était. Il y a quelques années. Et c’est une crème. Il est terrible. François Schuiten a-t-il également œuvré sur ce film ?
Oui !
Je vous pose cette question parce que je trouve que Schuiten est extraordinaire. Je l’ai rencontré lors de ma dernière venue ici. Mais c’est là un des points négatifs que de vivre à Londres : nous n’avons pas la possibilité d’y voir assez de films étrangers. Ceux d’Almodóvar arrivent jusque chez nous. C’est ridicule de faire partie de l’Europe et, en même temps, de faire comme si nous n’étions pas dedans.
François Schuiten et Jaco Van Dormael lors de leur venue au BIFFF, avant la finalisation de Mr. Nobody Crédit photo : Maria Deiana pour le BIFFF
Parmi les différentes étapes qui jalonnent le processus d’élaboration d’un film, quelle est celle que vous affectionnez le plus ?
L’écriture est un chouette moment parce que c’est celui de tous les possibles : le rêve est là. Le tournage, c’est un cauchemar parce que chaque jour apporte son lot de déceptions, mais de surprises aussi. Puis vient le montage, lorsque vous ordonnez le tout. J’adore le montage parce qu’il impose certaines limites : voilà ce avec quoi nous devons travailler, voilà ce que nous avons tourné, ni plus ni moins. Comment allons-nous faire en sorte que ça marche ? Et, à nouveau, il s’agit quelque part d’une réécriture du scénario du film dans son ensemble à ce moment-là. Et ça, c’est super !
Que pensez-vous des changements que connaît aujourd’hui le cinéma ? Tout d’abord, considérez-vous le moindre usage de la pellicule en faveur du numérique comme un véritable progrès ?
Cela m’importe peu que le film soit tourné en numérique. Il faut juste savoir si vous êtes à même de créer une image suffisamment belle. Et à l’heure actuelle, la pellicule est encore et toujours plus subtile que le numérique. Elle permet de capturer un peu plus de détails. Mais il ne faudra qu’un an ou deux avant que le numérique ne dépasse la pellicule. Je travaille toujours avec le matériau le plus pratique et de la façon qui s’avère sans doute la moins onéreuse. Parce qu’il s’agit toujours d’économiser de l’argent afin que le message que vous souhaitez exprimer passe au mieux.
Qu’en est-il de la 3D ? Voyez-vous cela comme une révolution qui pourrait être comparée, dans un sens, à l’arrivée du cinéma parlant, ou comme un simple gadget ?
C’est un gadget ! La 3D n’a été pensée selon moi que pour vendre de nouveaux postes de télévision. Je pense vraiment que c’est l’idée de base. Je ne sais pas si ça va durer ou pas. Ça coûte plus d’argent. Et si ça coûte plus d’argent, ça vient sans doute limiter les idées que vous pouvez concrétiser à l’écran. Ça ne m’intéresse pas. Les paires de lunettes ne sont pas agréables à porter. J’estime que ce procédé sacrifie le contraste. Il n’y a donc aucun intérêt. Le contraste vous apporte de la profondeur. Il se trouve grandement diminué et puis vous mettez ces lunettes sur le nez et faites ce truc artificiel. Est-ce que ça en vaut la peine ? Je n’en suis pas convaincu.
Pourriez-vous nous dire quelques mots sur les acteurs avec lesquels vous avez travaillé, de manière générale ? Et peut-être sur un d’entre eux en particulier : Johnny Depp. C’est, je crois, un de ceux avec lesquels vous avez préféré tourner…
En fait, j’ai eu la chance de travailler avec d’excellents acteurs. Tourner avec Johnny était pour moi une grande joie parce qu’il est à la fois très drôle et très vif. Il est très rapide. À de nombreux égards, c’était un peu comme si je travaillais à nouveau avec les Monty Pythons car il est extrêmement inventif. Il avait une idée, moi une autre… Il avait une idée, j’en avais une… Boum ! Ça se passait comme ça ! Mais il y a aussi des gens comme Jeff Bridges. J’adore Jeff ! Quelque part, il prenait un peu de ma folie pour lui donner une sorte de solidité et en faire quelque chose de vraiment concret. C’est magnifique de travailler avec ces acteurs. Je ne suis pas chanceux en fait : je fais très attention au moment de choisir les personnes avec lesquelles je travaille.
Quelques mots pour les visiteurs de « En Cinémascope » peut-être, à présent ?
Salut ! Vous êtes sur « En Cinémascope » ! Et vous êtes en train de regarder, quelque part, Terry Gilliam qui regarde des gens travaillant « En Cinémascope » ! Ce n’est pas en cinémascope ! C’est sur un petit écran. Vous lisez peut-être ça sur votre iPhone. Et vous devez regarder au-delà de votre iPhone parce qu’un monde entier vous attend. Mais quoi que vous fassiez, restez connecté à « En Cinémascope » ! Je serai là le restant de vos jours !
Interview des six réalisateurs de LA BELGE COLLECTION, projetée ce soir au 35e FIFFhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2020/10/Interview-La-Belge-Collection-1.jpg1380920Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Voici un peu moins d’un mois, nous avons eu le plaisir d’interviewer au Festival International du Film de Bruxelles (BRIFF) les six réalisateurs des courts métrages du premier volume de La Belge Collection : Guillaume Senez (Mieux que les rois et la gloire), Laura Petrone et Guillaume Kerbusch (Rien Lâcher), Ann Sirot et Raphaël Balboni (Des Choses en commun), et Xavier Seron (Sprötch).
Ces quatre courts métrages 100% belges seront projetés aujourd’hui, dimanche 4 octobre à 20h30 au Delta en clôture du week-end du court du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF).
Quatre films parrainés – ou plutôt marrainés – par la comédienne belge Émilie Dequenne, réalisés à Bruxelles, et qui font la part belle au jeu dans des univers singuliers, donnant à des acteurs émergents l’opportunité de se révéler.
Bonne écoute et excellente suite de Festival !
Jean-Philippe Thiriart
Crédit photo : Claire Zombas pour le BRIFF
Avec la fine équipe de réalisateurs de La Belge Collection – Crédit photo : Claire Zombas pour le BRIFF