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Cette année, c’est René : la fête du cinéma belge reliftée dans la continuité

Cette année, c’est René : la fête du cinéma belge reliftée dans la continuité 2560 1810 Jean-Philippe Thiriart

Au lendemain des César, qui ont notamment vu récompensé le travail de la Belge Catherine Cosme, lauréate du César des Meilleurs décors pour L’inconnu de la grande arche, de Stéphane Demoustier, nous préfaçons aujourd’hui, pour vous, la 15e Cérémonie de remise des Prix du cinéma belge.

Ces Prix, dénommés jusqu’à l’an dernier les Magritte, changent de nom, pour se faire un… prénom : les René !

Organisée depuis 2011 par l’Académie André Delvaux, la Cérémonie est désormais en partie chapeautée par une nouvelle équipe : le trio Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide, respectivement président de l’Académie, secrétaire générale de cette dernière, et administrateur de l’UPFF+, l’Union des Producteur·ice·s Francophones de Films et de Séries.


Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide
Crédit photo : Emmanuel Laurent

Changement de nom, donc, mais pas des objectifs initiaux : la mise en avant de la diversité et de la créativité des talents du cinéma belge et, dorénavant, de la… télévision belge, à travers ses séries ! Les René se veulent, plus que jamais, être une vitrine pour le cinéma et les séries belges en Belgique, mais aussi à l’étranger.

Deux nouvelles catégories voient ainsi le jour, les membres de l’Académie André Delvaux élisant à présent la Meilleure actrice et le Meilleur acteur dans une série.

Et, autre nouveauté, majeure en termes d’ouverture vers le public : ce dernier est invité à décerner trois prix. Le Prix du public du Meilleur film (Prix RTBF Auvio), le Prix du public de la Meilleure série (Prix Loterie nationale), et le Coup de cœur du public (Proximus Think Possible Award), avec le support de Be tv. Les spectateurs deviennent dès lors acteurs de la Cérémonie.

Le Prix du public du Meilleur film viendra récompenser un des sept films nominés dans les catégories Meilleur film et/ou Meilleur premier film.

Celui de la Meilleure série primera une des sept séries en lice, à (re)découvrir parmi d’autres dans leur intégralité sur Auvio, dont Ennemi Public (saison 3) (avec Pauline Etienne, Angelo Bison et le regretté Philippe Jeusette, notamment, tous trois nominées pour le Coup de cœur du public, et écrite et réalisée par une belle brochette de talents). Quant au Coup de cœur du public, il saluera la performance d’un·e des 15 acteurs ou actrices parmi les nominé·e·s dans les catégories Meilleure actrice, Meilleur acteur, ou Meilleure actrice ou Meilleur acteur dans une série.


L’affiche de la Cérémonie, œuvre de Cyprien Gain, étudiant de l’École Supérieure ARTS2

Jusqu’à ce mercredi 4 mars, date limite pour voter en ligne en vue d’attribuer ses trois prix, le public peut (re)découvrir tous les films et toutes les séries nominés, gratuitement sur RTBF Auvio et, dans le cadre d’une fenêtre VOD gratuite, sur Proximus Pickx et Proximus Show Case.

Et, cerise sur le gâteau, une fois leurs votes enregistrés, les spectateurs pourront participer à un tirage au sort qui leur permettra peut-être de vivre la Cérémonie du 7 mars en direct depuis le chapiteau des René du Cinéma installé Place Sainte-Croix ! Notez également que jusque fin mars, la plateforme Sooner vous invite à voir ou à revoir une série de films en lice pour les Magritte dans un passé récent tels que Sous le vent des marquises, avec Salomé Dewaels, et Adorables, ainsi que 14 des films nominés cette année aux René, parmi lesquels Kika d’Alexe Poukine.

Et les nominé·e·s sont…

Cette année, c’est On vous croit, premier long métrage réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys et porté par la performance d’actrice de Myriem Akheddiou, qui fait office de favori, avec 11 nominations.


En lice pour 11 René du Cinéma, On vous croit arrive en tête des nominations

Viennent ensuite Kika d’Alexe Poukine (huit nominations) et Jeunes mères, dixième long métrage réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne à être sélectionné en Compétition officielle au Festival de Cannes (sept nominations dont celle du Meilleur espoir féminin pour Elsa Houben).

Suivent L’intérêt d’Adam de Laura Wandel et Maldoror de Fabrice du Welz avec, chacun, six nominations, Fabrice du Welz étant nominé pour la troisième fois pour la qualité de sa mise en scène (après ses nominations pour Alleluia et Adoration).

En sixième position, apparaît cette année aux René le très singulier Reflet dans un diamant mort du duo formé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, nominé dans cinq catégories (parmi lesquelles celles du Meilleur acteur pour Yannick Renier, et de la Meilleure image pour le très talentueux Manu Dacosse, déjà lauréat de trois récompenses, dont celles reçues pour les deux précédents films des cinéastes, L’étrange couleur des larmes de ton corps et Laissez bronzer les cadavres).

Signalons aussi que Lubna Azabal ajoutera peut-être, cette année, un sixième trophée à sa collection, qui serait le cinquième de la Meilleure actrice, pour Rabia, tandis que Arieh Worthalter pourrait égaler ce nombre de trophées glanés grâce son interprétation dans le fim Les Braises.

Que Jean-Benoît Ugeux, qui s’est déjà vu décerner le Prix du Meilleur acteur dans un second rôle pour Le Fidèle et celui du Meilleur court métrage documentaire, en tant que réalisateur donc cette fois, pour Arbres, sera en lice samedi pour celui du Meilleur acteur avec Krump de Cédric Bourgeois. Ce dernier est nominé pour le René du Meilleur court métrage d’animation avec Cimarron, film coréalisé avec Rémi Vandenitte.

Et, enfin, que Bérangère McNeese, déjà récompensée comme réalisatrice pour son dernier court métrage, Matriochkas, est nommée pour la première fois en tant que Meilleure actrice avec Demain si tout va bien d’Ivan Goldschmidt.

Comme l’an dernier, cette célébration de nos talents se tiendra dans le mythique Studio 4 de Flagey, avec Charline Vanhoenacker en guise de Maîtresse de Cérémonie et avec, non loin, un certain Pierre Kroll et ses dessins effectués à chaud. La Cérémonie sera diffusée en direct sur RTBF Auvio, mais également sur la chaîne Proximus Showcase. En outre, TV5 Monde proposera, comme de coutume, un résumé de cette première édition des René, le lundi 9 mars à 23h. Quant au passage des invité·e·s sur le tapis des René, il sera diffusé dès 20h20 sur La Une, Pickx et Proximus Showcase.


Charline Vanhoenacker officiera une nouvelle fois comme Maîtresse de Cérémonie
Crédit photo : Académie André Delvaux – Laure Geerts

La semaine du cinéma belge démarre !

De ce lundi 2 au dimanche 8 mars, la RTBF donnera une place de choix au cinéma belge francophone avec toute une série de films, de magazines, de capsules et d’émissions spéciales. Seront ainsi diffusés :

Chiennes de vies de Xavier Seron ce mardi 3 mars à 22h25, et
Rosetta, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec l’inoubliable Emilie Dequenne, le 12 mars à 20h30.

Enfin, plus de 40 films et séries de fiction seront mis en avant sur RTBF Auvio, tels que :

Adieu les cons
Augure
Chiennes de vies
Duelles
Keeper
La Fille inconnue
La Nuit du 12
Le Gamin au vélo
Le Grand Bain
Losers Revolution
Pas son genre
Rosetta
Tango libre
Troisièmes noces, et
Une part d’ombre

Bons films et bonnes séries belges et, déjà, excellents René du Cinéma !

Jean-Philippe Thiriart

Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascope

Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascope 2048 1363 Jean-Philippe Thiriart

Comme nous vous l’avions annoncé, la sixième édition du ARFF (le 7ème Aaaargh Retro Film Festival) s’est déroulée du 29 octobre au 2 novembre derniers. Cinq jours passés à regarder des longs métrages, anciens et nouveaux, mais aussi des courts, à écouter les invités parler de leur art, à admirer les œuvres des deux artistes plasticiens qui y exposaient, à goûter les bières de la brasserie Valduc, l’un des sponsors de l’événement, et, le samedi, à chiner des DVD, Blu-ray, fanzines, fumetti et autres objets lors de la petite bourse appelée ARFF’ifacts.


Pour en revenir aux invités, le réalisateur flamand Jonas Govaerts a introduit la projection de son Welp, alias Cub, puis, à l’issue de celle-ci, s’est prêté au jeu de la séance de questions-réponses. Son film n’ayant pas bénéficié d’une sortie en Wallonie à l’époque, le voir enfin sur grand écran en plein centre de la capitale wallonne tenait un peu, sur le plan symbolique, de l’injustice réparée. Jaume Balagueró, fer de lance de l’horreur espagnole moderne, était parmi nous le samedi, journée placée sous le signe du pays de Cervantès, au cours de laquelle était projeté notamment [REC]. Le Q&A qui suivit fut une franche réussite, Balagueró étant proche du public, avide de lui poser moult questions, le réalisateur catalan répondant systématiquement en français, attention pour le moins appréciable.

La compétition des courts métrages belges réunissait The Act de Nicolas Florin, Love Machine de Tresor Kataley, La Fille de Jorge Sermini, Cowboys de Robinson Van Hoof, À la limite de Clothilde Closon, Tetaniya de Patrice Mougeolle, Clairvoyance de Brandon Gotto et Éloge du Capitalisme Sauvage de Julien Cescotto. La Fille a remporté le Best Belgian Award et le Best Audience Award. Une mention spéciale a été attribuée à Cowboys.

La compétition de courts métrages internationaux regroupait, quant à elle, Dans l’ombre de Jérémy Barlozo, Cursed Croman d’Andrés Damonte, Lost In Galactic Translation de Rasmus Lindkvist, Lavenza de Lauren Eden, Slasher d’Igor Belov, Menú Del Dia de Denim Candenza, Dévitalisée de Romane Eilahtan, The RVM de Gergely András Leipold, Rotten Faith de Flávio Carnielli et The Beneath de Lisette Vlassak. Dévitalisée a gagné le Best International Short et le Best Audience Award. Rotten Faith a récolté une mention spéciale. Pour l’ensemble de la compétition, Rotten Faith a remporté le Best Youth Award et Éloge du Capitalisme Sauvage a raflé à la fois le Prix Cinergie et le Grand Prix du Festival. Bravo à tou·te·s les gagnant·e·s et, en particulier, à Julien Cescotto !


Julien Cescotto, se voyant décerner le Prix Cinergie par Thierry Zamparutti, aux côtés du coordinateur du Festival, Frédéric Burlet, pour son film Éloge du Capitalisme sauvage
Crédit photo : Sandy Foulon

Après ce palmarès et en attendant la prochaine édition du Festival, qui se tiendra du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre prochains, et dont l’une des nouveautés sera rien moins qu’un prix décerné par En Cinémascope, nous revenons pour vous sur la quasi-totalité des longs métrages projetés lors de l’événement !

La Città proibita   ★★★
Gabriele Mainetti (Italie)

C’est sur cette excellente note que le festival s’est clôturé. Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) était de retour en 2025 avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille.
Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser.
Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’actions impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Cittá proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !

Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno)   ★★★
Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem (Espagne/France)

Film à la réputation maudite, réalisé par Claudio Guerín, décédé très jeune pendant le tournage, et terminé par Juan Antonio Bardem (La Corruption de Chris Miller), Les Cloches de l’enfer (on trouve aussi le titre au singulier, La Cloche de l’enfer) est un petit bijou de l’horreur à l’européenne des années 70.
Un jeune homme, Jean dans la version française, au passé très lourd, obtient la permission de sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné et retourne dans son village natal pour reprendre contact avec sa tante, qui le voit d’un très mauvais œil, et ses trois cousines, dont l’une d’elles a eu une relation amoureuse avec lui. Il ourdit une terrible vengeance…
Le personnage de Jean est fascinant, sorte de force chaotique qui fait ressurgir l’hypocrisie de la bonne société, tout en étant parcouru de pulsions destructrices. Il est magistralement interprété par l’acteur français Renaud Verley. Le reste de la distribution est également fort intéressante : le grand acteur espagnol Alfredo Mayo (le giallo Folie meurtrière), Viveca Lindfors (La Tempête, Creepshow) et les très jolies Christina von Blanc (Une vierge chez les morts-vivants), Nurio Gimeno (Les Orgies du Docteur Orloff) et Maribel Martín (La Résidence, La Mariée sanglante). La mise en scène est extraordinaire et très intelligente, les décors sont beaux, l’atmosphère qui s’en dégage est unique et le double final, qui mêle thriller, drame et horreur, est particulièrement marquant. Un vrai régal !

Les Crocs du diable (El Perro)   ★★★
Antonio Isasi-Isasmendi (Espagne)


Dans une dictature d’Amérique du Sud, un mathématicien de génie, fait prisonnier politique, parvient à s’évader. Il sera inlassablement traqué par un chien dressé pour retrouver et tuer les prisonniers échappés. Au sortir de la période franquiste, l’Espagne accouchait de cet hallucinant thriller politique dans lequel le chien fonctionne comme une métaphore évidente. Le rôle principal est interprété de manière très investie par Jason Miller (le Père Karras dans L’Exorciste), tandis que d’autres noms importants apparaissent à l’écran : Lea Massari (L’Avventura, Peur sur la ville), grande actrice italienne décédée l’année dernière, Marisa Paredes (L’Échine du diable, de nombreux Almodóvar), Manuel de Blas (Le Monde des morts vivants, Christophe Colomb : La découverte), Aldo Sambrell (… Et pour quelques dollars de plus) et même le réalisateur Juan Antonio Bardem en leader de l’opposition clandestine… sans oublier le chien, terrifiante némésis du héros. Ce film offre de l’action, du suspense, de l’aventure, un peu d’érotisme, bref, fonctionne comme un bon divertissement, tout en ayant un réel propos politique. La première partie, qui se passe dans la nature et s’apparente à un survival, est supérieure à la seconde, qui se déroule, elle, en ville et voit son rythme se relâcher un peu, même si elle recèle aussi de sacrés moments. Dans tous les cas, c’est un film à (re)découvrir !

Frankie Freako   ★★
Steven Kostanski (Canada)

Frankie est un homme coincé, ennuyant et beaucoup trop investi dans son travail, au détriment de sa vie privée. Alors que sa femme le laisse seul à la maison pour quelques jours, il compose le numéro d’un service téléphonique qui va permettre à des gobelins d’une autre planète d’atterrir chez lui et de mettre le souk dans sa vie.
Steven Kostanski (Psycho Goreman) signe une comédie fantastico-horrifique dans la veine des Gremlins, Ghoulies et autres Puppet Master. L’amour de ces productions des années 80 qui s’en dégage est tellement prégnant et leur esprit tellement bien respecté qu’on dirait un film perdu de cette décennie-là, qui aurait été miraculeusement retrouvé. Nostalgiques des 80’s, vous voilà prévenus ! Outre les petites créatures, figurées par des marionnettes, ayant chacune leur look bien défini et leur personnalité, tant et si bien qu’elles finissent par devenir attachantes, le film offre à voir des robots, un voyage vers un autre monde et un grand méchant, mégalomane comme il se doit. Les clins d’œil abondent : à Freddy Krueger via une réplique, à feu le réalisateur et créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler (Troll, Ghoulies III) via le nom d’un personnage, à Masters of the Universe via une des tenues du héros, etc. Précisons enfin que Kostanski ne joue pas ici la carte du gore, le film pouvant être vu par un public plus large et plus jeune que celui des splatters. Un tout petit budget, mais avec un cœur gros comme ça !

La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis)   ★★
León Klimovsky (Espagne/Allemagne de l’Ouest)


La Furie des vampires fait partie de la série de films mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, interprété par l’acteur Paul Naschy, grande figure du courant de l’horreur espagnole allant de la fin des années 60 au mitant des années 70 appelé « Fantaterror ». Daninsky est un noble d’origine polonaise mordu par un lycanthrope et, à la suite de cela, condamné à se transformer lui-même en loup-garou. À noter que La Furie…, qui date de 1971, n’est pas le premier film de cette saga. Il est précédé desVampires du Dr. Dracula (1968) et de Dracula contre Frankenstein (1969). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir vu ceux-ci avant de visionner La Noche de Walpurgis, les histoires étant plus ou moins indépendantes.
Deux étudiantes, Elvira et Geneviève, sillonnent la campagne française à la recherche de la tombe de la comtesse Wandesa pour les besoins de la thèse universitaire de la première. Elles se perdent et finissent par être hébergées par le comte Daninsky. Elles vont trouver la tombe qu’elles cherchaient et ressusciter malencontreusement la comtesse, vampire de son état, qui voudra se constituer une troupe d’esclaves.
Même si, globalement, les effets spéciaux et les maquillages sont datés, et qu’il existe des faiblesses narratives, le charme typique des années 70 opère et le film s’avère plaisant à regarder. De beaux décors, une touche d’érotisme de bon aloi et un amour palpable de Naschy (comme souvent, c’est lui qui est à l’origine du scénario) pour le bestiaire fantastique mettent dans le mille. Un grand succès de son époque.

Hot Spring Shark Attack   ☆
Morihito Inoue (Japon)

Hot Spring Shark Attack constitue clairement la fausse note de cette sélection. Il est symptomatique de la dégénérescence du sous-genre appelé Sharksploitation filon du cinéma d’exploitation basé sur la figure du requin tueur – qui, notamment sous l’impulsion de sociétés de production telles que Nu Image et surtout The Asylum, s’enferre depuis trop longtemps dans une surenchère de concepts loufoques et d’effets spéciaux de mauvaise qualité. On en arrive à des requins évoluant sous le sable, sous la neige des montagnes, dans l’espace, des requins à six têtes ou encore possédés par le diable. Pour donner une idée, il existe réellement des films intitulés Sharkula, Sharkenstein, Shark Exorcist, Amityville Shark House, Shark Encounters of the Third Kind et Sharks of the Corn
Hot Spring Shark Attack s’inscrit donc dans cette veine. Une petite ville thermale japonaise subit les assauts de requins capables de remonter les canalisations d’eau pour s’en prendre aux gens un peu partout : dans les thermes, dans leur salle de bain, etc. Le budget est plus que riquiqui, et ça se voit, les effets spéciaux sont moches comme tout et la réalisation ne sauve pas les meubles. Certains films d’exploitation compensent leurs défauts en se montrant généreux en gore et/ou en érotisme, mais ce n’est même pas le cas ici. Ne subsiste qu’une accumulation d’idées farfelues.

Jimmy and Stiggs   ★★
Joe Begos (États-Unis)

Écrit et réalisé par Joe Begos (Almost Human, Bliss, VFW), Jimmy and Stiggs est un gros délire fiévreux à petit budget conçu dans un esprit « grindhouse ». Il est parrainé par Eli Roth, qui signe les deux fausses bandes-annonces qui ouvrent le film, intitulées The Piano Killer et Don’t Go In That House, Bitch!. Mises en bouche réjouissantes. Passé celles-ci, Begos se met lui-même en scène dans le rôle principal, Jimmy, aux côtés de Matt Mercer dans le rôle de Stiggs, son ancien ami avec lequel il s’est brouillé. Pur huis-clos, le film est entièrement tourné à l’intérieur de l’habitation de son auteur. Jimmy est cloîtré chez lui et passe son temps à consommer de l’alcool et d’autres drogues illégales. À partir d’un moment, il devient furieux, persuadé de se retrouver face à une invasion d’extraterrestres qui tenteraient de l’enlever. Réalité ou projections de son esprit sous influence ? Tout le film prend l’apparence d’un bad trip hystérique, aux couleurs fluorescentes, nourri de la paranoïa sous-jacente aux théories du complot, où tous les dialogues sont orduriers (tentative de rivaliser avec ceux de August Underground’s Mordum ?), et dans lequel le gore, à base de sang extraterrestre orangé, fuse abondamment dans tous les sens. Une expérience cinématographique intéressante par son côté « DIY », mais d’où l’on sort lessivé.

La Madre muerta   ★★★
Juanma Bajo Ulloa (Espagne)


L’une des belles découvertes de ce festival. Ce film des années 90 mêle drame et thriller en brassant des thèmes comme le meurtre, l’enlèvement et le handicap mental.
Un petit criminel, en plein vol d’une œuvre d’art, tue une restauratrice de tableaux et tire sur la fille de celle-ci. Vingt ans plus tard, la fillette, toujours vivante, est devenue jeune femme. Ne parlant pas et accusant un retard mental, elle passe beaucoup de temps dans un institut spécialisé. L’ancien cambrioleur la croise par hasard, la reconnaît et a dès lors peur qu’elle l’ait aussi reconnu et qu’elle le dénonce. Avec sa compagne, ils décident de l’enlever.
La Madre muerta brille d’une lueur sombre par l’intéressante complexité des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, par la qualité du jeu des acteurs et actrices et par sa réalisation classieuse. La distribution comprend Karra Elejalde, vu par exemple dans Action Mutante, La Secte sans nom et Timecrimes, Ana Álvarez (GAL), Silvia Marsó (Amour, Prozac et autres curiosités) et notre Lio nationale. Tout ce beau monde parvient à susciter une belle intensité d’émotion dans ce drame où Juanma Bajo Ulloa cherche l’humanité derrière le mal.

Mort de rire (Muertos de risa)   ★★★
Álex de la Iglesia (Espagne)

Film d’ouverture du festival, Mort de rire est une comédie noire de la fin des années 90 du célèbre réalisateur espagnol Álex de la Iglesia. Cette fiction raconte l’histoire d’un duo de comiques, Nino (Santiago Segura) et Bruno (El Gran Wyoming), des circonstances de leur formation dans les années 70 à leur duel à mort final (qui est montré d’entrée de jeu). Leur succès est dû à une baffe que le second donne au premier sur scène, ce qui ravit le public, et l’on voit comment leur jalousie, leur paranoïa et leur haine mutuelle enflent au fur et à mesure de leur célébrité grandissante. Ce film est parcouru d’une énergie folle, anarchisante, typique de son réalisateur. Celui-ci y va de sa critique des relations humaines et du show-business, montrant ses coulisses peu glorieuses et sa facticité, notamment via une idée de mise en scène assez géniale avec cette fausse fête sans fin organisée pour pourrir la vie du rival. On est pris dans un tourbillon d’émotions fort diversifiées, entre rire, grincement de dents et attendrissement. Une comédie qui n’est pas qu’une comédie, pourrait-on dire, et qui a des choses à dire.

Rabid Grannies (Les Mémés cannibales)   ★★
Emmanuel Kervyn (Belgique)

Second long métrage de la journée « Mad in Belgium » consacrée à nos productions de genre nationales, Rabid Grannies est une comédie gore ayant l’honneur de figurer dans le catalogue de Troma Entertainment, la célèbre société de production américaine de films indépendants fondée par Lloyd Kaufman et Michael Herz. L’esprit de ce film n’est pas très éloigné de celui de Braindead de Peter Jackson, qui déboulera quelques années plus tard. Autant dire qu’il détonne dans le paysage cinématographique belge.
Deux riches vieilles filles invitent les membres de leur famille à l’occasion de leur anniversaire. Tout le monde rapplique, en ayant comme principale préoccupation le futur héritage à toucher. Seul absent notable : la bête noire de la famille, un sataniste à la sinistre réputation. L’individu n’a cependant pas oublié les grand-tantes : une étrange femme vient apporter de sa part un mystérieux coffret en guise de cadeau d’anniversaire. Après avoir ouvert celui-ci, les gentilles mémés se transforment en monstres assoiffés de sang. Le carnage commence…
Emmanuel Kervyn se fait un malin plaisir de pointer du doigt l’hypocrisie des convives, peints comme de véritables vautours tournant autour des naïves vieillardes avant d’être traqués dans le vieux château qui abrite les festivités. Le spectacle est réjouissant par son humour, sa galerie de personnages hauts en couleur, sa générosité dans le gore et son cadre bien belge (le film est tourné à Courtrai et au château d’Ingelmunster).

[REC]   ★★★
Jaume Balagueró et Paco Plaza (Espagne)

Désormais classique du cinéma d’horreur des années 2000, [REC] constitue par la même occasion l’un des chefs-d’œuvre du style cinématographique appelé found footage. Pour rappel, nous y suivons la jeune journaliste Ángela et son caméraman (qui tient la caméra intradiégétique par laquelle nous découvrons les faits) qui, pour une émission de télévision, suivent pendant une nuit des pompiers dans l’exercice de leur fonction. Cela va les mener à l’intérieur d’un immeuble où la situation va vite tourner au cauchemar : le bâtiment est mis en quarantaine par les autorités, ils ne peuvent donc pas en sortir, et un terrible virus s’y propage. Le film fait preuve d’une efficacité redoutable, avec une tension qui va crescendo et une fin mémorable. Le jeu spontané et juste de Manuela Velasco dans le rôle principal contribue à la crédibilité du spectacle. Toujours concernant la question de la crédibilité, les scénaristes ont fourni une justification valable au fait que le personnage qui tient la caméra continue à filmer même lorsque tout dégénère, ce qui constitue parfois un point problématique dans certaines productions appartenant à cette catégorie. Un modèle pour de nombreux autres found footages ultérieurs et le point de départ d’une saga comprenant à ce jour quatre volets plus un remake américain.

Le Sadique à la tronçonneuse (Pieces / Mil Gritos tiene la noche)   ★★
Juan Piquer Simón (Espagne)

De même que l’Espagne avait produit des giallos, genre typiquement italien, elle a également produit quelques slashers, genre associé au départ à l’Amérique du Nord. Le Sadique à la tronçonneuse, qui a connu des titres alternatifs divers et variés lors de son exploitation en VHS (Pieces, Un tueur au campus, Mutilator Man, Le Cri du Cobra…), en est un bon exemple, d’autant qu’il conserve vaguement quelques motifs giallesques (les gants noirs, par exemple). L’action se déroule sur le campus universitaire de Boston (même si, en dehors de quelques plans, tout le film a été tourné en Espagne). Un tueur y sévit, armé d’une tronçonneuse, découpant ses victimes en emportant chaque fois un morceau de celles-ci afin de reconstituer un puzzle sexy de son enfance. Mais quelle est l’identité de ce psychopathe ? La police patauge, au point de demander à l’un des étudiants de l’aider dans cette enquête. En clair, Pieces est un nanar qui fait passer un excellent moment, pour peu, bien sûr, qu’on soit amateur d’horreur bien « bis », grâce à sa générosité (gore outrancier, nudité) et à ses maladresses fort amusantes. Le summum du n’importe quoi est atteint lors de la scène de la policière infiltrée qui se fait agresser sans raison en pleine nuit par un prof de kung fu sorti de nulle part, séquence sans rapport avec l’intrigue, greffée là en dépit du bon sens pour le simple plaisir d’avoir un caméo de Bruce Le, qui tournait un autre film dans les parages à la même période. Cela donne une petite idée de l’esprit du film…

Último Deseo   ★★
León Klimovsky (Espagne)


Un groupe de personnes appartenant à la haute société se réunit dans le sous-sol d’un château isolé pour y célébrer des réjouissances placées sous le signe du Marquis de Sade. Alors que la fête commence et que les jolies femmes payées pour prestations sexuelles spéciales se plient aux fantaisies des convives, une bombe nucléaire explose. C’est la guerre. Le groupe est sain et sauf, mais quelques domestiques qui n’étaient pas abrités dans la cave sont devenues aveugles. Craignant l’arrivée des radiations, quelques-uns se dépêchent de se rendre au village le plus proche afin de réunir un maximum de vivres. Là, ils découvrent que les habitants qui faisaient la fête dehors ont aussi perdu la vue. Des tensions entre les nantis et les humbles locaux vont éclater et la situation va dégénérer.
On retrouve la paire de La Furie des vampires : León Klimovsky à la réalisation et Paul Naschy dans un des rôles-clés. Ce qui commençait comme un film de Sexploitation typique des années 70 se mue en autre chose. Le scénario réserve quelques surprises de ce genre, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Último Deseo tire aussi sa force de sa charge politique, très claire. Il met en scène à sa manière la lutte des classes, mettant en avant la dépravation et l’égoïsme de l’élite, en l’opposant au petit peuple malmené, qui a de quoi se révolter. Voilà un film à la fois ancré dans son époque et pourtant toujours d’actualité, malheureusement.

Welp   ★★
Jonas Govaerts (Belgique)

Une meute de louveteaux flamands (les jeunes scouts, pas les animaux) s’en va en camp d’été dans les Ardennes. Sur place, ils ont maille à partir avec deux authentiques barakis wallons, mais surtout, ils sont confrontés à un garçon sauvage revêtu d’un masque d’écorce qui élimine tout intrus qui s’aventure dans ces bois.
En tant que Wallons, nous pourrions nous offusquer de l’image peu reluisante que Welp, aussi sorti sous le titre Cub, renvoie de la population du sud du pays, mais laissons de côté la polémique et postulons qu’il ne s’agit que d’un pur prétexte pour construire une fiction d’horreur. Qui s’avère être un bon petit survival. D’une durée (1h24) convenant parfaitement à son sujet, bien rythmé, avec quelques moments nerveux et sans concession (adolescents, enfants, animaux, tout peut y passer), ce film est une bonne série B efficace comme il s’en produit malheureusement trop peu dans notre petit pays. Un modeste exemple à suivre. Souhaitons qu’entre ses nombreux tournages de clips musicaux et de séries télévisées, Jonas Govaert ait à nouveau l’occasion de se frotter au long métrage de genre.

Sandy Foulon

Photo de couverture : Jaume Balagueró

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Retour sur l’année cinéma 2025 : une sélection… fantastique !

Retour sur l’année cinéma 2025 : une sélection… fantastique ! 1200 800 Jean-Philippe Thiriart

En ce début d’année 2026, nous vous proposons de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et de revenir sur une sélection de films sortis dans nos salles obscures lors de l’année écoulée. Une sélection résolument orientée… cinéma de genre !

28 ans plus tard   ★★★
Danny Boyle (Royaume-Uni/Canada/États-Unis)

Après avoir passé la main à Juan Carlos Fresnadillo pour la première suite de son 28 jours plus tard, Danny Boyle reprend les commandes pour cette deuxième suite tardive. Moins axé sur l’action que l’opus précédent, celui-ci délivre une leçon de vie et de mort, le réalisateur de Trainspotting mettant en scène un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. L’approche ne manque pas d’intérêt et permet d’éviter une redite. Le film est parsemé de bonnes idées visuelles et symboliques, telles la longue digue qui se recouvre d’eau (qui rappelle celle de La Dame en noir) ou les colonnes d’ossements. Depuis le phénomène The Walking Dead, difficile d’inventer une histoire postapocalyptique avec des zombies/infectés sans que cela nous fasse penser, d’une manière ou d’une autre, à cette série. Et, de fait, l’effet « long épisode de luxe de The Walking Dead » n’est pas évité (le garçon qui fait penser à l’enfant de Rick, les différentes petites communautés qui se sont retranchées dans des endroits plus ou moins sûrs, etc.). Une petite frustration à pointer : le poème déclamé sur des images de guerre est bien vu, mais on s’attendait à ce qu’il revienne plus tard pour accompagner une scène dramatiquement forte, à la façon de la bande-annonce du film. On ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont passés à côté d’un moment très intense en ne faisant pas cela. Tant qu’on y est, les toutes dernières minutes, qui appellent une nouvelle suite (sortie voici trois semaines), laissent dubitatif. Ça part un peu trop dans le délire. Pour un post-nuke italien des années 80 ou un délire à la RKSS (Turbo Kid), d’accord, mais pas pour un 28… plus tard ! En dehors de cela, le film commence étonnamment par annuler la direction prise par les dernières secondes de son prédécesseur : la Grande-Bretagne est en quarantaine, dans le reste du monde la situation est revenue à la normale, et l’action se recentre sur une petite île britannique et ses environs. Les infectés ont eu le temps d’évoluer et se subdivisent désormais en plusieurs catégories : les rampants, obèses qui se nourrissent de vers ainsi que d’autres petits bestioles peu rapides, et les « classiques » avec, à leur tête, les alphas, particulièrement dangereux. Les décors sont beaux, le jeune acteur Alfie Williams, qui interprète Spike, le personnage principal, est fort convaincant, et le chemin de ce dernier croisera celui d’un personnage très intéressant, un médecin que l’on dit avoir sombré dans la folie… En clair, 28 ans plus tard n’est pas une claque et ne retrouve pas l’efficacité de 28 semaines…, mais il contient suffisamment d’éléments dignes d’intérêt pour que l’on s’y arrête.

Alpha   ★★
Julia Ducournau (France/Belgique)

Comme on le verra aussi dans la critique de Together, le body horror est à la mode ces temps-ci, et voici encore un autre film qui vient le confirmer. Ici, Julia Ducournau le traite à la sauce drame d’auteur social. Et pourquoi pas, après tout ? Alpha est intéressant, avant tout pour la qualité de l’interprétation de ses acteurs et actrices (notamment Tahar Rahim, Golshifteh Farahani et Mélissa Boros), mais aussi pour son travail sur l’image et son approche personnelle du thème. Maintenant, c’est sûr, les amateurs du genre horrifique peuvent éprouver un plaisir plus grand et plus direct quand le body horror est traité à la Brian Yuzna ou à la David Cronenberg des débuts.

Black Phone 2   ★★★
Scott Derrickson (États-Unis/Canada)



Scott Derrickson signe une suite réussie de son propre film qui, pour rappel, était basé sur une nouvelle de Joe Hill (le fils de Stephen King). Tout d’abord, il a l’intelligence de ne pas suivre la même structure narrative que le premier. Trop de suites ne sont que des variations, pour ne pas dire des remakes déguisés, du film original. Cet écueil est évité. Sur le plan visuel, la photographie et le travail sur le grain de l’image (qui permet de distinguer les rêves de la réalité) donnent un cachet appréciable au film. Les décors de neige et de glace apportent eux aussi, à leur manière, une impression de nouveauté dans cet univers. Techniquement abouti, Black Phone 2 réussit également à générer de l’émotion, notamment grâce à la bonne prestation de Madeleine McGraw dans le rôle de Gwen (la sœur de Finn), sur qui le film est focalisé. Enfin, la dimension cauchemardesque, qui est centrale, rend l’ensemble fort goûtu. Le vilain, toujours campé par Ethan Hawke, devient plus que jamais une sorte de Freddy Krueger. Pour ne rien gâcher, Scott Derrickson ne lésine pas sur le gore, sans en faire trop non plus. Le seul défaut notable, c’est un côté répétitif dans le déroulé des événements. Black Phone 2 reste, globalement, assez enthousiasmant pour les amateurs d’horreur fantastique.

Bugonia   ★★★
Yorgos Lanthimos (Irlande/Royaume-Uni/Canada/Corée du Sud/États-Unis)

Bugonia est le remake, signé Yorgos Lanthimos, du film coréen Save The Green Planet! (2003). Après Pauvres créatures, Emma Stone retrouve le réalisateur grec pour un rôle très différent. Elle incarne cette fois-ci une PDG très en vue qui se fait enlever par deux pauvres gars persuadés qu’elle fait partie de l’élite d’une race extraterrestre qui a envahi la Terre à l’insu de tous en ayant pris l’apparence des humains. L’idée de ces deux gugusses est de la persuader de gré ou de force, quitte à recourir à la torture, d’obtenir une entrevue avec le big boss des aliens afin de plaider la cause des humains. Délires complotistes ou réalité ? Le film repose pour beaucoup sur un sacré trio d’acteurs : outre Emma Stone déjà citée, Jesse Plemons (The Irishman, Affamés) livre une prestation assez hallucinée en « bouseux » qui va jusqu’au bout de ses idées, même si celles-ci paraissent complètement farfelues, et Aidan Delbis, acteur débutant, campe un simplet qui suit son cousin dans ses plans fous, restant dans l’ombre de ce dernier. Lanthimos signe un film plus accessible que ses précédents, bien que ceux-ci ne soient pas non plus inaccessibles, qu’on pourrait qualifier de bon remake. Cela dit, on reste davantage émerveillé par son Pauvres Créatures.

Conjuring : L’Heure du Jugement   ★★
Michael Chavez (États-Unis/Royaume-Uni/Canada)

Quatrième Conjuring (sans compter les films dérivés de la franchise), cette Heure du Jugement est réalisée par Michael Chavez, un habitué de cet univers, déjà aux commandes de Conjuring : Sous l’emprise du diable, La Malédiction de la Dame blanche et La Nonne : La Malédiction de Sainte-Lucie. Si le classicisme de sa mise en scène n’est pas déplaisant, il commet cependant l’erreur de trop régulièrement s’attarder inutilement sur ses séquences, allongeant la durée du film à 2h15, durée exagérée pour ce genre de productions. En outre, la confrontation finale ne répond pas à toutes les attentes créées par l’introduction du film. Il n’est pas mauvais pour autant, mais peut-être que James Wan aurait dû revenir au poste qu’il occupait sur les deux premiers Dossiers Warren.

Dangerous Animals   ★★
Sean Byrne (Australie/États-Unis/Canada)



Dangerous Animals marque le retour du réalisateur australien Sean Byrne, dont on n’avait plus entendu parler depuis bien trop longtemps. Découvert à la toute fin des années 2000 avec le très bon The Loved Ones, il avait fallu attendre 2015 pour qu’il sorte un deuxième long métrage, The Devil’s Candy, qui, injustement, n’est pas parvenu jusqu’à nos contrées. Depuis, plus rien… jusqu’à aujourd’hui. Il y a plus prolifique !
Comme l’indique le pluriel du titre, il n’y a pas qu’une seule espèce animale dangereuse dans ce film. La question qu’il pose et à laquelle il répond est : qui, entre le requin et l’homme, est le plus dangereux ? On a donc un mélange entre film de psycho-killer et film d’attaques animales assez bien vu. Après une introduction efficace nous mettant bien dans le bain et annonçant la couleur, le script suit la jeune femme qui, après avoir passé une super nuit avec sa rencontre du jour, se fait enlever par un sadique qui va la séquestrer dans son bateau.
Le résultat est un petit film d’horreur efficace, avec un bon méchant (in)humain (important, ça, d’avoir un bon méchant !), que l’on pourrait décrire un peu rapidement comme la rencontre entre Wolf Creek et Les Dents de la mer. En moins marquant, bien sûr. De quoi passer un bon moment au cinéma, sans non plus se prendre un uppercut. Le fait qu’il ait bénéficié d’une sortie en salles est encourageant ; espérons que cela permettra à Sean Byrne de rapidement enchaîner avec un autre projet dans le cinéma de genre.

Destination finale : Bloodlines   ★
Zach Lipovsky/Adam B. Stein (États-Unis/Canada)

Ce sixième volet de la franchise Destination finale suit Stefani Reyes, jeune femme hantée par un cauchemar récurrent dans lequel elle voit ses grands-parents périr avec de nombreuses autres personnes dans l’effondrement d’un restaurant panoramique. Contre l’avis de reste de sa famille, elle décide de se rendre chez sa grand-mère, qui vit en recluse, pour l’interroger sur ce qui la tracasse.
Des effets numériques qui tuent l’horreur couplés à une incapacité à dramatiser les morts qui surviennent donnent ce film qui manque cruellement d’impact sur ses spectateurs. Hormis cela, il y a quelques éléments funs. Et un qui ne l’est pas du tout : on peut y voir une des dernières apparitions à l’écran de Tony Todd (Candyman), décédé entre-temps. Apparition qui fait mal à voir, car l’acteur iconique y est très amaigri et affaibli par la maladie. Mais ses dernières paroles avant de disparaître résonnent de manière particulière…

L’Élue   ★★★
Osgood Perkins (Canada/États-Unis)

Un séjour romantique dans un luxueux chalet sis au milieu des bois se mue en expérience angoissante pour Liz, qui, laissée seule une journée, se met à voir et à ressentir des choses mystérieuses et épouvantables. Osgood Perkins, fils d’Anthony Perkins, remarqué ces derniers temps pour Longlegs et The Monkey, est de retour en salles avec ce film scénarisé par Nick Lepard (Dangerous Animals). Il filme ses plans avec grand soin, offrant beaucoup de belles images, prend le temps d’installer son ambiance en y allant progressivement, par petites touches insolites, scrutant ses décors avec une insistance telle qu’on comprend qu’il y a quelque chose de louche, et dirige bien ses acteurs, Tatiana Maslany (déjà présente dans The Monkey) et Rossif Sutherland (demi-frère de Kiefer Sutherland, vu par exemple dans Esther 2 : les Origines) en tête. Le final présente des idées visuelles horrifiques stimulantes, dont une créature aux multiples visages assez perturbante. Un film réussi, se nourrissant de folk horror.

Évanouis   ★★★
Zach Cregger (États-Unis)



Un beau jour, ou plutôt une nuit, tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un seul, disparaissent sans laisser de trace. La population locale, sous le choc, va nourrir des soupçons vis-à-vis de l’institutrice de cette classe, point commun entre les différents élèves. Mais comme celle-ci est bien placée pour savoir qu’elle n’y est pour rien dans cette affaire, elle va mener sa propre enquête… Évanouis, Weapons en VO, constitue l’une des agréables surprises de cette année 2025 en matière d’horreur. Ce film est étonnant à plus d’un titre. Sa structure narrative n’est pas linéaire. Il est découpé en chapitres et chaque chapitre suit un personnage différent pour montrer comment il vit les faits. Ensuite, il combine en équilibriste différentes tonalités, entre drame, humour et épouvante, des touches d’humour qui ont déstabilisé certains spectateurs. Le réalisateur et scénariste Zach Cregger parvient très bien à rendre cette histoire réellement intrigante. On est vraiment curieux de connaître l’explication. Et celle-ci, qu’on ne révélera pas, implique une figure du genre qu’on a plaisir à retrouver dans ce contexte. Bien interprété et relativement original, ce film a connu un très beau succès, au point que son studio planche déjà sur une préquelle.

Good Boy   ★★
Ben Leonberg (États-Unis)

Good Boy propose une situation maintes fois vues dans les films d’horreur : une maison isolée au milieu des bois dans laquelle il se passe des phénomènes inquiétants. Mais toute l’originalité réside dans son approche : faire du chien, Indy, fidèle compagnon de l’humain qui se cloître dans cette vieille bâtisse, le personnage principal du film (qui ne compte d’ailleurs quasiment pas d’autres personnages), et dans la mise en scène qui en découle, la caméra épousant le point de vue du chien. Ce dernier est l’animal de compagnie du réalisateur dans la vraie vie et cela se ressent. Leonberg le traite comme un véritable acteur et c’est impressionnant de voir ce qu’il est arrivé à lui faire faire. En clair, le chien mériterait un Oscar ! Surtout que son rôle est touchant. On ne dira pas pourquoi, pour ne pas trop en révéler. Comme les acteurs humains dans pareille situation, Indy a peur, s’inquiète, fait des cauchemars, se prend quelques jump scares, etc., mais ses spécificités canines sont aussi prises en considération : son instinct et son flair lui permettent de détecter des choses inquiétantes que son maître ne voit pas. Hélas, ce concept fort aurait mieux convenu à un court métrage qu’à un long car au bout d’un moment, on commence à trouver le temps long, alors que le film ne dure qu’1h12 ! Trop de minimalisme : très, très peu de personnages, un manque d’interactions entre humains, peu de décors différents, etc. Cela dit, jolie fin, émouvante sans en faire trop.

Maldoror   ★★★
Fabrice du Welz (Belgique/France)

Maldoror est une fiction librement inspirée de l’affaire Dutroux. Fabrice du Welz a eu beaucoup de courage de s’emparer ainsi de ce sujet. On suit un jeune gendarme idéaliste qui, en plein contexte de disparitions inquiétantes de fillettes, va être intégré à l’opération secrète Maldoror, consistant à surveiller un criminel. Les limitations et dysfonctionnements de la voie officielle vont le pousser à transgresser les ordres et à mener son enquête personnelle. Ce film est bouleversant. Difficile de s’en remettre. Plus traumatisant que cent films d’horreur réunis. Tout le travail sur la suggestion et le jeu avec ce que le spectateur sait de la vraie affaire est intelligemment mené. Le danger d’un tel film, c’est qu’à chaque fois qu’on y repense après coup, notre esprit risque de se glacer et de se sentir souillé. Maldoror n’a pas eu le succès qu’il méritait et c’est dommage, car au-delà de la dureté de son sujet, c’est du bon cinéma.

Marche ou crève   ★★
Francis Lawrence (États-Unis/Canada)



Cette adaptation d’un vieux roman de Stephen King réussit à maintenir notre intérêt tout du long, et donc à ne pas générer d’ennui, alors que tout le film peut se résumer par des gens qui marchent et qui parlent entre eux. Le concept même de cette histoire est aussi sa limite : ça manque un peu de variété. Le plus intéressant, c’est sa dimension de satire politique. Pas mal mais nous ne le classerons pas parmi les films marquants de cette année cinéma 2025.

La Nuit des clowns   ★★
Eli Craig (États-Unis/Luxembourg/Royaume-Uni/Canada)

Un père et sa fille ado, Quinn, viennent s’installer dans la petite ville de Kettle Spring, sise au milieu de vastes étendues de champs. Quinn va rapidement se lier d’amitié avec une bande d’amis youtubeurs qui a mauvaise réputation dans le coin. Bientôt, d’inquiétants clowns vont s’adonner à un véritable massacre en ces lieux campagnards… Adaptation du roman américain A Clown in a Cornfield d’Adam Cesare, La Nuit des clowns est un pur slasher qui, à aucun moment, n’essaie d’innover un tant soit peu. De son accumulation de figures et de scènes déjà vues et revues ailleurs émerge néanmoins un vrai respect du genre et de ses codes, qui pourra faire mouche chez les fans de slashers. Une volonté de s’inscrire dans une tradition, une certaine générosité dans les meurtres et un rythme enlevé associé à une durée non excessive en font un petit divertissement pas désagréable. Cependant, quand on sait que c’est Eli Craig qui a réalisé ce film, c’est-à-dire l’homme qui avait fait Tucker & Dale fightent le mal, devenu une référence de la comédie horrifique de la transition entre les années 2000 et 2010, au point que les Coréens en ont récemment tiré un remake réussi (Handsome Guys, présenté l’année dernière au Festival International du Film Fantastique, le BIFFF), on ne peut qu’éprouver une pointe de déception.

L’Œuf de l’ange   ★★★★
Mamoru Oshii (Japon)

Quel plaisir de découvrir sur grand écran ce film d’animation japonais datant de 1985 grâce à cette ressortie ! Ce film de Mamoru Oshii (Ghost In The Shell, Avalon) est une merveille visuelle. Les décors et les arrière-plans sont absolument superbes. La ville-fantôme que traverse l’héroïne rappelle l’ambiance du cœur historique de certaines vieilles villes du nord de la Belgique, ambiance qu’on retrouve par exemple dans le chef-d’œuvre du fantastique belge Malpertuis. On y suit une jeune fille tenant un gros œuf à la provenance mystérieuse, traversant un monde en ruine seulement peuplé d’images-souvenirs. Elle rencontre un homme aux intentions floues qui va la suivre. Ce n’est pas un film d’animation destiné aux enfants. Pas que son contenu soit choquant, mais il est exigeant. Son rythme est posé, il n’y a pas beaucoup d’action ni de dialogues. Et son sens est assez cryptique. Il convoque la mythologie chrétienne (le Déluge, l’ange, etc.), utilise pas mal de symboles (l’œuf peut symboliser l’espoir, par exemple) et nous réserve une fin vertigineuse. Quelque peu hermétique mais envoûtant. S’il est encore joué près de chez vous, laissez-vous tenter, c’est une belle expérience !

Predator : Badlands   ★★
Dan Trachtenberg (États-Unis/Australie/Nouvelle-Zélande/Canada/Allemagne)



La saga cinématographique des Predator en est désormais à six films live action, un film d’animation (Predator: Killer of Killers) et deux crossovers (Alien vs. Predator et Alien vs. Predator: Requiem). Soucieux de ne pas refaire ce qui a déjà été fait, Dan Trachtenberg a opté pour un scénario où le personnage principal est un Predator et où les humains sont absents (tous les personnages à l’apparence humaine qui y interviennent ne sont que des androïdes). À l’exception du début, l’histoire se passe sur une planète étrangère, tant pour le Predator que pour les spectateurs. La découverte de la faune et de la flore de cette planète excessivement dangereuse constitue l’aspect le plus enthousiasmant du film. Celui-ci peut être vu comme un agréable divertissement d’aventure science-fictionnel à grand spectacle. Cependant, les personnages souffrent d’une caractérisation qui fait trop film d’animation à la DreamWorks, Disney (et pour cause…) et Cie, avec le compagnon du héros trop bavard (comme l’Âne dans Shrek), cf. Thia, du moins dans un premier temps, la petite créature au design mignon facilement marketable, etc. L’apparence même du héros extraterrestre, qui a fait polémique lors de la découverte de la bande-annonce, n’est pas terrible, mais est cohérent avec l’intention du réalisateur : choisir pour personnage principal un gringalet qui ne mériterait limite pas de vivre selon les critères de son espèce. Globalement, le ton sombre et le côté crade du film originel font ici défaut. Les partis pris de Trachtenberg ont un effet de démythification regrettable du Predator hyper dangereux et implacable.

Résurrection   ★★★★
Bi Gan (Chine/France/États-Unis)

Dans le but de rester immortels, les humains ont cessé de rêver. Les quelques personnes qui s’adonnent encore aux songes sont appelées les Rêvoleurs. Une dame, La Grande Autre, rencontre un de ceux-ci et va explorer ses rêves avec, pour objectif, de le comprendre.
Prix spécial du Jury du Festival de Cannes 2025, Résurrection, écrit, réalisé et monté par le Chinois Bi Gan, est un véritable OFNI, objet filmique non identifié. Il constitue un énorme hommage au cinématographe lui-même, chacune de ses cinq parties rendant son tribut à une époque différente et à un genre spécifique du septième art, doublé d’une réflexion bouddhiste et d’un travail en profondeur sur chaque sens. D’une ambition folle et d’un résultat artistique à couper le souffle, ce film est plus qu’un film : c’est une leçon de cinéma et sur le cinéma. La musique, signée par les Français de M83, vient draper le tout d’une sensibilité idoine. L’un des films forts de l’année 2025.

Running Man   ★★
Edgar Wright (Royaume-Uni/États-Unis)

Les adaptations de romans et de nouvelles de Stephen King se portent très bien. Juste après Marche ou crève, voici qu’a débarqué sur nos grands écrans Running Man, deuxième adaptation du même écrit après celle des années 80 avec Arnold Schwarzenegger. Force est de constater qu’il existe de nombreux points communs entre Marche ou crève et Running Man (futur dystopique, jeux suivis par le peuple où il y a de très fortes chances d’y laisser la vie…). C’est donc assez cocasse, ces deux sorties rapprochées. L’acteur principal, Glen Powell, a clairement l’étoffe du nouveau beau gosse star du cinéma d’action et il réussit bien à faire ressentir la rage envers le système, incarnée par son personnage. Le réalisateur Edgar Wright a pondu un film furieux. Néanmoins, on est en droit de préférer sa « trilogie Cornetto » (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la fin du monde) et son envoûtant Last Night In Soho.

Sinners   ★★★
Ryan Coogler (États-Unis/Australie/Canada)



Le réalisateur des Black Panter se frotte à l’horreur vampirique et accouche d’un formidable film sur l’amour du blues.
Années 30, État du Mississippi. Le jeune Sammie cueille le coton le jour et joue de la gratte le soir. Un jour, il tombe sur ses cousins Smoke et Stack, des jumeaux qui étaient partis à Boston jouer les gangsters, mais qui sont de retour au bercail pour repartir de zéro en créant un club dédié au blues. Le jeune homme est engagé par ses cousins pour animer la soirée. Après tous les préparatifs, la fête bat enfin son plein quand le mal fait soudain son apparition, attiré par le chant extraordinaire qui s’élève de l’âme de Sammie…
Immersif, Sinners sent la sueur, la chaleur et le sexe (il n’est pas érotique, mais il aborde le sujet sans ambages). Certains spectateurs ont été frustrés de ne pas avoir eu droit à un Une nuit en enfer, bien que la situation y fasse penser. Ceux-là n’ont pas compris quel était le véritable cœur du film. Au fond, peu importe que la dimension horrifique ne soit pas la plus percutante de l’ensemble. Il parle tellement bien de la passion pour la musique, des racines de la musique afro-américaine, et donc d’une partie de la culture de cette communauté, qu’on peut bien lui pardonner ses éventuelles imperfections. Solidement interprété et mis en scène (ce plan-séquence quand le chant fait se mêler les différentes époques !), Sinners a pu bénéficier des moyens nécessaires à son ambition, et ça fait plaisir de voir un projet aussi atypique se concrétiser et débouler dans nos salles.

Substitution – Bring Her Back   ★★★
Danny et Michael Philippou (Australie)

Après La Main (Talk To Me en VO), qui avait été très bien reçu par les fans de films d’horreur, les frères australiens Danny et Michael Philippou sont de retour avec Substitution – Bring Her Back, toujours sous l’égide de la société A24.
On y suit un frère adolescent et sa sœur malvoyante qui découvrent leur père mort dans leur salle de bain. Désormais orphelins, et passablement traumatisés, ils vont être recueillis par une femme vivant dans une maison isolée. Cette dame, qui se targue d’être psychologue, a un plan très tordu en tête…
Ce film d’horreur assez âpre et viscéral aborde les thématiques de la maltraitance infantile, du deuil et de la gestion d’un handicap. Dans le rôle de la mère adoptive psychotique, Sally Hawkins (La Forme de l’eau) est épatante. Le reste du cast, limité en nombre, est également convainquant. Le petit « plus » glauque qui fait plaisir ? L’insertion de séquences regardées en VHS, montrant un rituel impie, agréablement perturbantes. Les Philippou abordent le genre avec amour et sérieux, s’intéressant à leurs personnages au moins autant qu’aux événements épouvantables qui leur arrivent, ce qui est rarement une mauvaise approche ! Face à la généralisation des sorties « direct-to-(S)VOD », nous voulions partager ce plaisir simple de pouvoir découvrir pareil film au cinéma.

Together   ★★★
Michael Shanks (Australie/États-Unis)

Décidément, le body horror a le vent en poupe ces derniers temps ! Après The Substance, Else, The Ugly Stepsister et d’autres encore, Together apporte sa pierre à l’édifice. Dans Else, l’animé fusionnait avec l’inanimé, ici, en une sorte de variante du concept, l’animé fusionne avec l’animé. On voit tout de suite où le film veut en venir, et, à vrai dire, il fonctionne aussi bien littéralement qu’en tant que métaphore du couple fusionnel. Le script s’attache à décrire toutes les étapes par lesquelles passe le couple : le contexte de départ, la cause, la première surprise, les tentatives de cacher la situation à la partenaire, le moment où ce n’est plus possible de la cacher, les réactions respectives, etc. Les deux acteurs principaux, sur lesquels tout repose, rendent ce couple crédible et pour le moins… attachant ! Rafraîchissant.

Until Dawn : La Mort sans fin   ★★
David F. Sandberg (États-Unis/Hongrie)



Un groupe d’amis se rend dans un endroit reculé à la recherche de réponses à propos de la mystérieuse disparition d’une des leurs, survenue un an auparavant.
Cette adaptation de l’univers du jeu vidéo Until Dawn commence comme un slasher avec boucles temporelles à la Happy Birthdead, mais sans la dimension comédie, puis surprend en explorant différents sous-genres de l’horreur au gré de ses boucles. Pour une fois, les mêmes événements ne se reproduisent pas encore et encore : à chaque fois, c’est différent. Idée appréciable car les personnages ne savent pas anticiper ce qui va leur tomber dessus et cela crée plus de surprise pour les spectateurs. Une série B horrifique généreuse avec son public, notamment concernant le gore.

Top 3 2025

1. Résurrection (Bi Gan)



Pour son ambition artistique, son sens esthétique, sa diversité d’approches au sein de son unité et son amour pour le cinéma qu’il transmet de manière magnifique.

2. L’Œuf de l’ange (Mamoru Oshii)



Pour sa beauté envoûtante, la qualité de son animation et de sa direction artistique, son sens du surréalisme et le vertige que sa résolution provoque chez le spectateur.

3. Maldoror (Fabrice du Welz)



Pour son audace et la puissance des émotions qu’il fait jaillir.

Belle suite d’année ciné 2026 !

Sandy Foulon

Photo de couverture : Résurrection

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Nous vous souhaitons une année 2026 cinémagique, qui marquera nos… 15 ans d’existence !

Nous vous souhaitons une année 2026 cinémagique, qui marquera nos… 15 ans d’existence ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite une merveilleuse année 2026 !

Une année que nous voulons pour vous, une nouvelle fois, cinémagique, mais pas que !

Puisse-t-elle être parsemée de grands et de petits bonheurs pour vous et pour les personnes qui sont chères à votre cœur, et voir vos rêves se réaliser. Sans perdre de vue, naturellement, la situation mondiale actuelle, extrêmement préoccupante, que nous souhaitons tellement voir s’améliorer, avec une priorité donnée à la fin des conflits armés et de la détresse, quelle qu’elle soit, dans laquelle vivent de nombreuses personnes. Avec, toujours, une place centrale accordée à un véritable vivre-ensemble.

Quoi de mieux, pour vous présenter nos vœux 2026 en mode « en cinémascope », que de donner la parole à quatre acteurs et actrice du cinéma ?

Nous avons ainsi tendu notre micro :

– au comédien Benoît Poelvoorde (La Bonne Étoile, C’est arrivé près de chez vous, Le Tout Nouveau Testament, Adoration, Saint Amour),

– à la comédienne Elsa Houben (Le Cœur noir des forêts, Jeunes mères, Comme ça, tu sais),

– au comédien, réalisateur, scénariste et producteur Pascal Elbé (La Bonne Étoile, Tête de Turc, Un cœur simple), et

– au réalisateur, scénariste, auteur et professeur de cinéma Frédéric Sojcher (l’ouvrage Anatomie du Cinéma, les films Le Cours de la vie et Climax).


Pour En Cinémascope, 2026 est une année très spéciale car nous fêterons, avec vous, nos 15 années d’existence.

Nous ne manquerons pas de célébrer cet anniversaire dignement avec, entre autres, un grand concours exclusif vous permettant de remporter des cadeaux, petits et grands, qui seront au nombre de… 15. Forcément !

Et comme de coutume, nous couvrirons une série de Festivals de cinéma, de cérémonies célébrant sa vivacité, d’événements en lien avec cet art qu’on dit être le septième, et de sorties de films dans les salles obscures, en Blu-ray et en DVD, sur les plateformes et en télé.

Vous l’avez compris : pour vivre ensemble, en 2026, le cinéma avec passion, nous vous donnons rendez-vous sur le site, encinemascope.be, ainsi que sur les réseaux sociaux, où nous vous invitons à nous rejoindre :
Instagram,
YouTube, et
Facebook !

À très bientôt et, une nouvelle fois, magnifique année 2026 à vous !

Jean-Philippe Thiriart et toute l’équipe de En Cinémascope

Crédits vidéo
Captation : Geoffrey Baras et Vinnie Ky-Maka
Montage : Geoffrey Baras

MR. NOBODY a 15 ans : retour sur l’œuvre de Jaco Van Dormael avec notre Minute Cinéma et notre critique de son film majeur

MR. NOBODY a 15 ans : retour sur l’œuvre de Jaco Van Dormael avec notre Minute Cinéma et notre critique de son film majeur 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Voici 15 ans, sortait dans nos salles Mr. Nobody. Nous avons dès lors choisi, en ce dernier jour de l’année, de vous inviter à revenir sur l’œuvre de celui qui fait partie de nos réalisatrices et réalisateurs de cœur, Jaco Van Dormael, en faisant un focus sur son film majeur. Cela à travers notre Minute Cinéma qui leur est dédiée, ainsi qu’en vous proposant une critique du film.

Notre Minute Cinéma


Notre critique de Mr. Nobody


« Quand on doit faire un choix, il n’y a jamais seulement deux options possibles mais une infinité qui découlent des deux premières. »
Jaco Van Dormael

Mr. Nobody   ★★★★

Réalisé par Jaco Van Dormael
Avec Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham

Science-fiction, drame

2h21 (film sorti en salles initialement)
2h38 (director’s cut : version longue sortie dans un second temps)

Le synopsis

Un enfant sur le quai d’une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu’il n’a pas choisi, tout reste possible.

Toutes les vies méritent d’être vécues.

Un coup de cœur énorme

Parmi les longs métrages que nous avons eu tantôt le bonheur, tantôt le déplaisir, de visionner, figurent, au top cinq de ceux qui nous ont le plus touché Le Grand Bleu, Le Temps des gitans, Old Boy, Le Premier jour du reste de ta vie et, en tête de ce quintet, depuis le 20 novembre 2009 et sa découverte en vision de presse, Mr. Nobody. L’avant-dernier long métrage de Jaco Van Dormael est depuis devenu notre film de chevet.

Le moins que l’on puisse écrire est que Jaco Van Dormael a su se faire rare. Voilà treize ans qu’on attendait, alors, la sortie du dernier bébé de ce perfectionniste : le complètement fou Mr. Nobody, film sur la vie, sur le doute, mais avant tout sur les choix et leur complexité.

Budgété à 50 millions d’euros, le film en aura finalement coûté un peu plus de 30. Il a été tourné en six mois, d’abord en Belgique, puis en Angleterre et au Canada et, enfin, en Allemagne. Un an de montage a ensuite été nécessaire pour finaliser l’œuvre.

Nous rejoignions entièrement Philippe Godeau, le producteur de Jaco Van Dormael depuis Toto le héros, lorsqu’il dit que son ami est d’abord un poète, avant d’être un metteur en scène : « Jaco ne fait pas de discours mais nous fait sentir, vivre et revivre. C’est un tour de force. ». Le cinéma étant l’art de montrer et non de dire, nous ne pouvons qu’abonder dans son sens. Les larmes viennent à plusieurs reprises lors du visionnage de Mr. Nobody. Nous avons tenté de les retenir, en vain…

Les acteurs et actrices


« C’est un cadeau merveilleux d’avoir été invité dans cette famille [qu’est l’équipe de Jaco] pour vivre cette aventure. »
Jared Leto

L’interprétation des acteurs est très juste. À commencer par celle de Jared Leto, qui a mis à profit la fatigue pour réussir à atteindre ces moments de grâce où il perd le contrôle pour devenir son personnage, celui de Nemo Nobody, le personnage le plus complexe qui lui a été donné d’incarner.

Quant à Diane Kruger, Anna à l’écran, c’était la deuxième fois qu’elle interprétait un rôle de mère, après celui qu’elle avait incarné dans Pour elle, du Français Fred Cavayé. Et elle le fait avec un rare talent.

Sarah Polley est, elle, plus que crédible en mère dépressive. Très enthousiaste, elle dit n’avoir jamais été aussi heureuse sur un plateau que sur celui de Mr. Nobody alors qu’elle est en pleurs lors de pas mal de ses passages à l’écran.


« C’est dans ces moments-là que le métier d’actrice devient le plus beau métier du monde. »
Sarah Polley

Sans oublier Linh Dan Pham, dont le personnage est, comme le dit Jaco Van Dormael, sans doute le plus dramatique du film.


Soulignons enfin la maturité du jeu des jeunes Toby Regbo et Juno Temple qui sont, à l’écran, Anna et Nemo adolescents.


Toby Regbo et Juno Temple

La musique


Pierre Van Dormael a composé la bande originale du film
« Le son s’adresse à l’inconscient, il change l’image et laisse imaginer tout ce que l’on ne voit pas. »
Jaco Van Dormael

La musique originale du film a été composée par le frère de Jaco Van Dormael, qui n’est autre que le grand jazzman Pierre Van Dormael. Décédé peu avant la finalisation du film, Pierre Van Dormael est l’orchestrateur de la musique des trois premiers longs métrages de son frère. Il est parvenu à apporter au film un savant mélange de simplicité et de complexité. Deux morceaux reviennent à plusieurs reprises, interprétés par des musiciens différents : Mr. Sandman et la Pavane op. 50. Si Mr. Sandman était présent dès l’écriture du scénario, la majorité des autres morceaux du film sont venus s’ajouter par après.

L’image

Le film, qui a bénéficié d’un montage de un an, est littéralement époustouflant au niveau visuel. Avec Mr. Nobody, Jaco Van Dormael réinvente le terme « flash-back ». Nous avons été frappés par les très beaux procédés filmiques auxquels le réalisateur a eu recours dans cette petite merveille pour les yeux. Jaco Van Dormael a tout pensé avec une précision incroyable : une vie filmée de façon à obtenir à l’écran une fusion de deux charges amoureuses, une dans laquelle on joue sur la distance, une maniant avec efficacité la technique du hors-champ, une entièrement floue ou encore une où tout est net. Jaco Van Dormael est en outre parvenu à proposer un futur très crédible. Pour ce faire, il a surtout pu compter sur l’aide de trois personnes-clés : la décoratrice Sylvie Olivé, le dessinateur François Schuiten, qui a imaginé ce futur, et Louis Morin, responsable des effets spéciaux et réalisateur deuxième équipe.

Le choix de l’anglais

Un travail important a été effectué au point de vue de la traduction du scénario et des dialogues du film. Celui-ci semble en effet avoir été écrit et dialogué directement en anglais alors que Jaco Van Dormael a écrit le film en français, sauf quand certaines idées ou certains dialogues lui venaient directement en anglais.


« Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix mais seulement la manière de les vivre. »
Jaco Van Dormael

Laissez la magie opérer !

Crédit photos, hormis celle de Pierre Van Dormael : Pan-européenne – Chantal Thomine Desmazures

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite un excellent réveillon de nouvel an et vous dit… à l’année prochaine, sur notre site, encinemascope.be, et sur les réseaux sociaux : Instagram, YouTube et Facebook.

Une année lors de laquelle nous fêterons, à l’instar du film culte mis en avant ce jour, nos quinze ans !

Jean-Philippe Thiriart

RIEN D’INSOLUBLE fête ses 20 ans avec notre interview de son réalisateur, Xavier Seron !

RIEN D’INSOLUBLE fête ses 20 ans avec notre interview de son réalisateur, Xavier Seron ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Cette année 2025 marque le vingtième anniversaire du court métrage Rien d’insoluble, réalisé par le Belge Xavier Seron, et de sa première projection internationale au sein de la compétition Corto Cortissimo de la 62e Mostra de Venise.

L’occasion, pour nous, de revenir sur ce film singulier qui portait, déjà, la patte d’un des meilleurs réalisateurs que compte le cinéma belge. Atypique et bouleversant, Rien d’insoluble nous donne notamment à découvrir deux acteurs hyper talentueux, magnifiquement dirigés : Jean-Jacques Rausin et Cédric Lenoir.

Notre interview de Xavier Seron autour de son court métrage Rien d’insoluble

Si Xavier Seron a réalisé deux longs métrages de fiction (Je me tue à le dire et Chiennes de vies) et coréalisé un long métrage documentaire (Dreamcatchers, avec Cédric Bourgeois), il a aussi réalisé différents courts métrages, parmi lesquels Sprötch, et coréalisé cinq autres : Le Crabe (avec Christophe Hermans), Mauvaise Lune, L’Ours noir et Le Plombier (avec Méryl Fortunat-Rossi) et Les Tubes (avec Matthieu Donck).


Jean-Jacques Rausin et Cédric Lenoir, magnifiquement dirigés par Xavier Seron dans Rien d’insoluble


Vous désirez en apprendre davantage sur l’œuvre de ce cinéaste aussi doué qu’attachant ? Nous vous invitons alors à découvrir nos :

Minute Cinéma consacrée à Chiennes de vies et au cinéma de Xavier Seron,

passage en radio lors duquel nous mettions également un coup de projecteur sur ces derniers,

rencontre avec Xavier, peu après son troisième Magritte du Meilleur court métrage de fiction, pour Sprötch, après ceux qui lui ont été décernés, ainsi qu’à son coréalisateur Méryl Fortunat-Rossi, pour L’Ours noir et Le Plombier, et


Les cheveux au vent ? En noir et blanc, forcément !


rencontre avec Xavier et ses camarades réalisatrices et réalisateurs du premier volume de La Belge Collection : Laura Petrone et Guillaume Kerbusch, Guillaume Senez et Ann Sirot et Raphaël Balboni.

Jean-Philippe Thiriart

Retour sur la sortie Blu-ray de LEE MILLER, avec… notre interview de Kate Winslet !

Retour sur la sortie Blu-ray de LEE MILLER, avec… notre interview de Kate Winslet ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

En cette période très spéciale qu’est Noël, article… spécial, lui aussi, aujourd’hui, avec l’interview de celle qui est incontestablement, à nos yeux notamment, la plus grande actrice de sa génération : une certaine Kate Winslet !

Les Blu-ray et DVD d’un de ses tout derniers films, Lee Miller, sortis voici quelques mois, est l’occasion pour nous de publier notre rencontre avec celle qui a initié ce film et le porte véritablement sur ses épaules.

Bon visionnage !


Jean-Philippe Thiriart

ANATOMIE DU CINÉMA, LE cadeau de Noël idéal ! – Interview de Frédéric Sojcher

ANATOMIE DU CINÉMA, LE cadeau de Noël idéal ! – Interview de Frédéric Sojcher 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

Un·e ami·e ou un membre de votre famille sont fans de cinéma et/ou de lecture. Vous réalisez que nous sommes à un peu plus d’une semaine de Noël. Vous souhaitez les gâter. Oui mais voilà, vous n’avez pas (encore) trouvé LE cadeau qui viendra les combler…

C’est là que En Cinémascope intervient, avec une excellente idée pour combler de joie le destinataire de votre générosité : le dernier ouvrage de Frédéric Sojcher, sorti il y a peu !

Réalisateur, scénariste, écrivain et enseignant, le Bruxellois maîtrise le sujet du septième art comme peu. Pour preuve, son livre Anatomie du Cinéma (Ce qu’il faut savoir avant de se lancer), paru aux Éditions Nouveau Monde.

Pour vous donner envie d’offrir ou, pourquoi pas, de vous offrir, à vous, cet ouvrage de référence, nous sommes partis à la rencontre de ce multi casquetté.

Résultat : plus d’un quart d’heure en compagnie de ce personnage à la fois intéressant et attachant. Pour le moins.

Bon visionnage, et bonne attende de Noël, aussi !
Une semaine, qu’on vous disait…

Jean-Philippe Thiriart

LA BONNE ÉTOILE : interviews de Benoît Poelvoorde et de Pascal Elbé

LA BONNE ÉTOILE : interviews de Benoît Poelvoorde et de Pascal Elbé 1800 1200 Jean-Philippe Thiriart

Ce mois-ci, sort en salles La Bonne Étoile, le nouveau film de Pascal Elbé. Le Français y porte plusieurs casquettes : celles de réalisateur, de scénariste, de coproducteur, mais aussi d’acteur.

Il interprète en effet un des rôles principaux de cette comédie dramatique, aux côtés, entre autres, de notre Benoît Poelvoorde national, et des comédiennes françaises Audrey Lamy et Zabou Breitman.

Nous sommes partis à la rencontre des deux comparses.

Résultat ? Des interviews fort différentes mais qui s’avèrent, toutes deux, riches d’enseignement.

Avec un Benoît Poelvoorde en grande forme, c’est peu de le dire, et un Pascal Elbé, certes plus posé, mais pas moins intéressant pour autant !


À vous, à présent, de découvrir La Bonne Étoile dans les salles belges ou françaises !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos
En Cinémascope – Vincent Melebeck

Crédits vidéos
Journaliste et Montage : Jean-Philippe Thiriart
Captation : Geoffrey Baras

Merci à Sofía Marroquín Simar et à Marie-France Dupagne !

Pascal Elbé et Benoît Poelvoorde, tout sourire, tandis que ce dernier invite son réalisateur à rejoindre notre équipe

Retour sur la deuxième édition bruxelloise du Festival Cinéma Interdit

Retour sur la deuxième édition bruxelloise du Festival Cinéma Interdit 1000 1477 Jean-Philippe Thiriart

En cette journée d’Halloween, nous avons choisi de vous parler… d’Horreur ! Et, pour ce faire, quoi de mieux que d’aborder le Cinéma Interdit, où le sang gicle avec abondance sur grand écran ?

La deuxième édition du jeune Festival Cinéma Interdit s’est tenue du 5 au 7 septembre derniers au cinéma Aventure, au centre de Bruxelles. L’événement est convivial, à taille humaine, avec un organisateur qui prend le temps d’introduire lui-même chaque film, d’interagir avec le public et de poser des questions à ses invités afin que les spectateurs profitent de leurs réponses. Ce fut par exemple le cas lors de la masterclass avec le réalisateur japonais Noboru Iguchi, qui a constitué l’un des moments forts de cette édition. La fréquentation était en hausse par rapport à l’an passé, ce qui est de bonne augure pour l’année prochaine. En Cinémascope était sur place et a tout vu, ou presque. Retour sur huit des neuf longs métrages qui y étaient projetés.

1978   ★★★
Luciano Onetti et Nicolás Onetti (Argentine / Nouvelle-Zélande) 

 

Les frères Onetti, ces prolifiques cinéastes argentins, nous ont livré par le passé, tantôt en duo, tantôt en solo, plusieurs néo-giallos (Sonno Profondo, Francesca, Abrakadabra) et des films tels que What the Waters Left Behind et sa suite, entre autres. Comme l’indique son titre, l’histoire du présent film se déroule en 1978, année où l’Argentine, sous la coupe d’une dictature militaire, se retrouve contre les Pays-Bas en finale de la Coupe du monde de football. Alors que tous les yeux sont rivés sur ce match, un groupe de jeunes gens, accusé de dissidence, est kidnappé et torturé par une unité paramilitaire. En amenant dans leurs locaux ces personnes interrompues en pleine cérémonie satanique, les sbires du gouvernement commettent une terrible erreur… Si on ne peut pas dire que son scénario soit super bien écrit, ce film fait plaisir par la générosité dont il fait preuve, notamment en ce qui concerne le gore. Il mêle horreur humaine et horreur surnaturelle. La première partie est davantage réussie que la seconde, avec certains acteurs faisant très bien leur travail, mais l’ensemble est appréciable, à la condition cependant de prendre ce 1978 pour ce qu’il est : une pure série B d’horreur, et non un film qui aurait un grand discours sur le contexte historique qu’il met en scène.

Bark   ★★
Marc Schölermann (Allemagne)

Plus soft que les autres productions projetées dans le cadre de ce festival, ce thriller allemand met en scène un homme qui se réveille solidement attaché à un arbre en pleine forêt, sans se souvenir de pourquoi et de comment il est arrivé là. Le danger d’un tel postulat minimaliste est de rapidement lasser les spectateurs mais le réalisateur Marc Schölermann se montre suffisamment adroit pour éviter cet écueil. Le mystère de la raison de la captivité du personnage est bien entretenu. Entre ses tentatives hyper limitées pour assurer sa survie (par exemple, ouvrir la bouche pour récolter quelques gouttes quand la pluie tombe), les interactions avec un autre personnage, quelques visions qui brouillent les pistes ou encore un flash-back à la fin, il y a toujours un élément qui vient relancer l’attention du public. La réalisation est en totale adéquation avec son sujet, Schölermann filmant au plus près les éléments de la forêt – les gouttes de rosée, les fougères, les insectes, une mésange, etc. -, ce qui témoigne de son amour de la nature et confère une organicité bienvenue au film. Le tout est servi par une photographie idoine.

Cannibal Girl   ★
Noboru Iguchi (Japon)

Récent film de Noboru Iguchi, qui assume parfaitement son obsession des troubles liés au fait de manger et d’excréter, Cannibal Girl raconte la relation tordue qui se noue entre deux jeunes femmes partageant une même aversion pour l’ingurgitation d’aliments. Elles vont décider de se laisser mourir de faim ensemble, collées l’une à l’autre par une de leurs mains enduite de super glue. Leur envie va ensuite évoluer dans une direction qui justifiera le titre. Dans ce film, le cannibalisme n’est pas vu comme l’expression d’une barbarie sans nom comme dans les films italiens des années 70 et 80 sur ce thème (Cannibal Ferox notamment), mais comme l’expression du plus haut degré d’amour.
Dans la première partie, celle de la rencontre des deux filles aux abords d’un étang dans la campagne japonaise, Iguchi soigne la photo lors des gros plans sur les visages, soulignant surtout le caractère très mignon de celui de l’ex-idol Brazil, qui interprète le personnage de Yôko. Ce sera pour mieux nous surprendre par après quand celle-ci déformera son visage avec des grimaces fort peu rassurantes. Le réalisateur de The Machine Girl avait ici tout le potentiel pour signer un drame trash émouvant, mais il désamorce celui-ci en y adjoignant des touches de grotesque et de scatologie qui lui sont certes typiques, mais qu’il aurait gagné à réfréner dans ce cas-ci.

Hypertrophy Genitals Girl   ☆
Noboru Iguchi (Japon)

Le point de départ de ce film promettait un gros délire : deux étudiantes croisent la route d’un extraterrestre à la tête phallique qui les dote l’une d’un pénis géant et l’autre, d’un vagin surdimensionné. Elles partiront chacune de leur côté, tombant sur des gens qui voudront avoir des relations sexuelles avec elles, pas forcément consenties. Hélas, le résultat final est filmé platement, très mal rythmé, avec un montage manquant cruellement de dynamisme, et doté d’incohérences (la paire de seins de la première protagoniste qui est d’abord normale, puis hypertrophiée, avant de redevenir normale, sans raison apparente). La question du rythme est certes un problème récurrent dans les films pornographiques – car Hypertrophy Genitals Girl en est bel et bien un –, puisque leur visée est avant tout masturbatoire, mais malgré tout, il en existe des plus rythmés que cela. Point de sexploitation hardcore qui se laisserait suivre comme un film traditionnel, donc, point d’action délirante et effrénée mêlant sexe et gore, mais une succession de scènes de sexe bien trop étirées en longueur. Seul le début ainsi que la scène finale (unique scène gore) correspondent à ce qu’on pouvait en attendre. Une déception, donc.

Que ton règne vienne   ★★
Mathias Averty (France) 

 

Que ton règne vienne est un documentaire suivant le parcours initiatique d’un artiste dans le milieu du satanisme en France. Se rendant en divers lieux stratégiques, de Nantes à Marseille, Mathias Averty interviewe des spécialistes et de simples adeptes afin de présenter différentes facettes du mouvement et de montrer la manière dont ces frater et soror perçoivent la figure de Satan et vivent leurs croyances. La fin montre une cérémonie célébrant le solstice d’été dans une grotte menée par un petit groupe de satanistes marseillais. Si le fil rouge est légèrement fictionnel, le reste est en revanche authentique. Bien structuré, ce film s’adresse aux personnes curieuses et ouvertes d’esprit. Il ne faut pas nécessairement être versé dans le sujet pour bien le suivre et l’apprécier. Le réalisateur et l’intervenant principal étaient présents lors de la séance, ce qui a permis un échange intéressant avec le public. Voilà un film qui a apporté une rafraîchissante diversité au sein de la sélection !

Street Trash   ★
Ryan Kruger (Afrique du Sud / États-Unis) 

 

Variation sud-africaine du film culte de 1987, ce Street Trash-ci, qui date de l’année passée, était jusqu’à présent passé inaperçu. Sa programmation à Cinéma Interdit constituait donc une belle occasion de le découvrir.
Le maire de Cape Town, qui s’est mis en tête d’éradiquer les SDF qui prolifèrent dans « sa » ville, fait mettre au point un gaz à partir du fameux Viper, colporté par des drones qui sillonnent les bas-quartiers et ciblent les sans-abris. Le script suit une petite bande de déshérités qui va devoir lutter contre cette menace létale.
Les personnages principaux sont attachants et les effets gores, joyeusement répugnants, sont généreux et colorés, fidèles en cela à l’une des marques de fabrique du film original. Cependant, si au niveau des thèmes et des motifs, Street Trash 2024 cligne souvent de l’œil en direction du film de Jim Muro (les clochards, le Viper, la casse de voiture brièvement vue, les corps qui fondent et explosent…), on regrette le manque d’effort pour clarifier les liens entre les événements des deux films, posant la question du statut de celui-ci par rapport à son modèle (ni remake, ni suite directe…). Par ailleurs, sur le plan visuel, le rendu de l’image ne retrouve pas l’aspect crade qu’avait le premier. Bizarrement, alors que les limites budgétaires auraient pu (voire dû) constituer un atout, elles se font ressentir, notamment au niveau de la gestion des décors.
On peut d’ores et déjà affirmer que ce film n’aura jamais l’impact que son aîné a eu sur l’Histoire du cinéma gore.

Tales of Bliss and Heresy   ★★
Noboru Iguchi (Japon) 

 

Cette deuxième édition s’est conclue en compagnie de Noboru Iguchi et de son Tales of Bliss and Heresy, film à sketches de 2023 composé de trois segments : Painful Shadows, sur le harcèlement au travail et le sado-masochisme, The One Armed Flower, qui est conçu par son réalisateur comme une suite tardive de The Machine Girl (le film-phare de sa filmographie) et The Table of Bataille, qui apparaît, quant à lui, comme une variation de Cannibal Girls. Noboru Iguchi y explore ses thèmes de prédilection et se fait plaisir en mettant en scènes différentes perversions. La dernière histoire va assez loin dans la scatologie en nous réservant une « surprise » qui a provoqué l’hilarité générale dans la salle. Un bon Iguchi, qui tisse des liens entre les différents sketches et avec d’autres films de sa filmographie, notamment via le retour de personnages. Les acteurs sont à la hauteur, la forme est soignée pour une petite production de cet acabit et on ne peut nier une certaine originalité dans le fond.

The Unsolved Love Hotel Murder Case Incident   ★
Guy, et Dave Jackson (Japon) 

 

Ce found footage est un film japonais réalisé par deux Occidentaux vivant au Pays du Soleil Levant. Le premier, Guy, est l’auteur de The Sound of Summer et de plusieurs courts métrages, dont le très gore 2 Girls 1 Gut, projeté en début de séance. Le second a réalisé notamment le perturbant Cat Sick Blues.
Ici, les deux compères se mettent en scène eux-mêmes. Un soir, en discutant avec une amie barmaid, ils apprennent l’existence d’un sordide fait divers incluant une mort brutale et mystérieuse dans un love hotel. Cette affaire irrésolue les intrigue, au point qu’ils décident de mener leur enquête et finissent par se rendre sur les lieux du crime, embarquant avec eux leur amie.
Ce faux documentaire est fort court (1h10), mais la mise en place met proportionnellement beaucoup de temps. La partie où l’horreur arrive enfin frontalement est trop brève, ce qui crée un sentiment de frustration. Pour tout dire, vu le passif des réalisateurs et la mise en bouche qu’avait constitué 2 Girls 1 Gut, on s’attendait à plus extrême. L’effet de réel, particulièrement recherché dans cette catégorie de films, est cependant bien réussi. Il s’agit, en fin de compte, d’un film anecdotique.

Bref, des petits coup de cœur, quelques déceptions, mais toujours la même envie de découvrir et de partager des cinématographies qui sortent des sentiers battus, qui s’écartent des productions mainstream, tant dans le chef du programmateur que dans celui du public. On a déjà hâte de connaître ce que nous réservera la prochaine édition !

Par ailleurs, n’hésitez pas à découvrir notre retour, en dix critiques de films notamment, sur la première édition du Festival !

Sandy Foulon

Nos cotes
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