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Retour sur le 41e FIFF Namur et son palmarès, en vidéo et avec nos critiques de films

Retour sur le 41e FIFF Namur et son palmarès, en vidéo et avec nos critiques de films 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Le 4 octobre dernier, la 41e édition du Festival International du Film Francophone (FIFF) de Namur refermait ses portes. Douze jours plus tard, voici notre retour sur le palmarès du FIFF Namur 2026, en vidéo et en critiques.

À l’issue de la révélation du palmarès officiel, nous avons d’abord tendu notre micro à César Díaz, président du Jury Longs Métrages.

Ensuite, nous nous sommes entretenus avec Ann Sirot et Raphaël et Thelma Balboni, réalisateurices et actrice de Un détour par Diane, Bayard du Meilleur scénario (voir critique ci-dessous).

Enfin, nous avons interviewé Gessica Généus, réalisatrice de Marie Madeleine, film pour lequel le chef opérateur Nicolas Canniccioni a obtenu le Bayard de la Meilleure photographie.

Crédits vidéo : En Cinémascope – Patricia Büsch

Le reste du palmarès

Le Grand Prix du FIFF, le Bayard d’Or du Meilleur film, a été décerné au film français 15/18, de Cédric Kahn, tout comme l’a été le Prix du Jury Junior, composé de sept jeunes élèves de deuxième secondaire, ainsi que le Prix BeTV (voir critique ci-dessous).

Le Bayard de la Meilleure Première Œuvre a, lui, récompensé les qualités du long métrage franco-polonais Du fioul dans les artères, de Pierre Le Gall, film également récompensé du Bayard de la Meilleure interprétation pour son duo de comédiens principaux : Alexis Manenti et Julian Świeżewski.

Le Bayard Spécial du Jury est allé au film franco-belge Le Corset, de Louis Clichy.

Quant au Prix du Public, il a été remis au film français Camembert, de Nicolas Slomka et Matthieu Rumani.

L'actrice belge Fantine Harduin, qui a remis le Bayard de la Meilleure photographie au FIFF Namur 2026


C’est l’actrice belge Fantine Harduin qui a annoncé le nom du lauréat du Bayard de la Meilleure photographie : Nicolas Canniccioni pour Marie Madeleine
Crédit photo : FIFF Namur 2026 – Pascal Teise

Enfin, le Bayard du Meilleur court métrage a été attribué au film luxembourgeois Men in Towels, de Kiyan Agadjani.

La suite du palmarès de la Compétition Courts métrages est à découvrir ici.

Jean-Philippe Thiriart

Alice de Broqueville, Caroline Bonmarchand et Marc Fitoussi sur la scène de la soirée d'ouverture du FIFF Namur 2026


Le 41e FIFF Namur avait été ouvert par Alice de Broqueville, Caroline Bonmarchand et Marc Fitoussi, actrice, productrice et réalisateur de Ni vue, ni connue
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Nous vous proposons ci-après de découvrir, en critiques, notre top trois des meilleurs films découverts lors de cette cuvée 2026 du Festival.

Notre top trois…

Si tu penses bien   ★★★★
Géraldine Nakache (Belgique, France)

Gil, une technicienne du cinéma, rencontre Jacques à Dubaï en pleine période de deuil. Tout va très vite. Gil tombe enceinte, se marie, emménage avec Jacques, et abandonne peu à peu tout ce qui composait sa vie avant l’arrivée de l’heureux élu.
Géraldine Nakache quitte le registre de la comédie pour nous offrir un long métrage dramatique réussi. Grâce à une subtile psychologie des personnages, elle montre habilement toute la complexité de l’emprise. Le film ne fait pas l’impasse sur les « red flags » du comportement de Jacques mais il met aussi en lumière les bons moments que Gil passe avec lui. Le duo Monia Chokri/Niels Schneider s’avère convaincant dans une relation dont la dimension religieuse occupe une place importante. Le personnage du rabbin surprend d’ailleurs agréablement et apporte un éclairage salutaire dans ce chaos conjugal.
Si tu penses bien ne laissera personne indifférent tant son histoire fait écho à des situations malheureusement trop familières. Certain·e·s se reconnaîtront dans Gil, d’autres dans sa famille qu’on a amputée d’un membre.
Géraldine Nakache embarque avec brio le spectateur dans un tourbillon d’émotions avant de le terrasser par une fin magistrale.
Un film appelé à devenir, sans aucun doute, une référence en matière d’emprise conjugale.

(en salles depuis le 7 octobre)

La réalisatrice Géraldine Nakache et Cathy Immelen sur la scène du FIFF Namur 2026


Géraldine Nakache et Cathy Immelen
Crédit photo : En Cinémascope – Bérangère Wilmart

15/18   ★★★★
Cédric Kahn (France)

Eloïse, Lucia, Marvin, Ulysse et leurs camarades sont hospitalisés en unité pédopsychiatrique. Alors que chacun essaie de panser ses plaies, l’équipe soignante voit d’un mauvais œil l’arrivée d’Enzo, un jeune homme interné après avoir commis une violente agression à l’arme blanche.
Cédric Kahn revient au FIFF après avoir décroché en 2023 le Bayard Spécial du Jury pour son film Le procès Goldman, porté par l’acteur belgo-français Arieh Worthalter. Changement de décor : il décide cette fois de mettre en lumière l’univers de la pédopsychiatrie. Le sujet est très bien traité, au point de lever intelligemment le tabou qui entoure les maladies mentales et de recentrer l’attention sur ces adolescent·e·s, souvent fragilisé·e·s par les défaillances de leur cercle familial.
Le réalisateur a choisi des acteurs non professionnels pour incarner ces jeunes en détresse et le pari est réussi : chacun·e interprète son rôle avec naturel et justesse. L’équipe soignante n’est pas en reste, dévouée à redonner un cadre et une stabilité à ses patient·e·s.
Un film qui rappelle La Mif de Frédéric Baillif. Les deux œuvres dressent le portrait d’adolescent·e·s cabossé·e·s par les épreuves de la vie, mais refusant d’abandonner. Bayard d’Or, Prix du Jury Junior et Prix BeTV amplement mérités.

(en salles le 18 novembre)

Un détour par Diane   ★★★
Ann Sirot et Raphaël Balboni (Belgique)

Diane est sûre d’elle et n’hésite pas à tenir tête aux hommes. Lorsqu’elle découvre que sa mère a été violée dans sa jeunesse, elle se met en tête de retrouver son bourreau et de lui faire payer la monnaie de sa pièce.
Ann Sirot et Raphaël Balboni jouent avec les contrastes comme avec les chapeaux de cowboys. Ils nous offrent le portrait de Diane (Ninon Borséi), une femme au caractère bien trempé qui assume pleinement son désir et l’exprime avec une liberté que l’on associe plus volontiers aux personnages masculins. À l’inverse, son dernier amant en date (Lucas Meister) est un personnage sensible et réservé, qui n’a pas peur de remettre en question son environnement.
Remarqué à la Mostra de Venise où il a remporté le Grand Prix Orizzonti, décerné au Meilleur Film de cette compétition du festival italien, Un détour par Diane interroge les traumas intergénérationnels et ouvre le dialogue sur les répercussions que les actes des violeurs peuvent avoir sur leur entourage. C’est là que réside tout l’intérêt du film. Une émotion plus palpable lui aurait toutefois permis de gagner en puissance.

(en salles le 3 février 2027)

L'équipe du film Un détour par Diane, d'Ann Sirot et Raphaël Balboni, sur la scène du FIFF Namur 2026


L’équipe de Un détour par Diane
Crédit photo : En Cinémascope – Bérangère Wilmart

… et une déception

Un peu avant minuit   ☆
Nicolas Pariser (France)

Léo (Melvil Poupaud), 49 ans, profite d’un court passage à Paris pour revoir d’anciens collègues perdus de vue. Alors que la capitale est marquée par les violences policières, un événement personnel le pousse à faire le bilan de sa vie. A-t-il eu un comportement respectueux avec les femmes qui ont croisé son chemin ?
La thématique du film est louable et encore peu traitée au cinéma : la remise en question d’un homme face à son parcours amoureux. Cependant, le réalisateur Nicolas Pariser semble peu maîtriser son sujet et peine à nous embarquer. Alors que Léo retrouve deux femmes de son passé (Anaïs Demoustier et Golshifteh Farahani), ces dernières n’ont finalement pas grand-chose à lui dire lorsqu’il les questionne sur leur histoire commune et sur son attitude à leur égard. Des femmes indépendantes et féministes à l’ère #metoo qui n’auraient pas réfléchi à leurs relations passées ? Difficile à croire. Cette absence de répartie finit pourtant par faire le jeu du patriarcat, en cantonnant les femmes au rôle de spectatrices de leur propre histoire.
Outre cette faiblesse, le principal problème du film réside dans son incapacité à susciter des émotions. Plus d’une heure trente de tribulations intellectuelles, sur un ton monotone, autour du sujet pourtant passionnant qu’est l’amour… À quoi bon ?

(en salles le 26 décembre)

Bérangère Wilmart

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Le public du 41e FIFF Namur devant l'écran aux couleurs du Festival International du Film Francophone 2026


Le 41e FIFF Namur a vécu. Alors, plus que jamais, vive le FIFF !
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Photo de couverture : César Díaz, président du Jury Longs Métrages
Crédit photo : En Cinémascope – Patricia Büsch

Pierre de Maere sur le tapis bleu de la 11e cérémonie des Magritte du Cinéma

Pierre de Maere sort son nouvel album : il nous chantait Michel Legrand aux Magritte du Cinéma

Pierre de Maere sort son nouvel album : il nous chantait Michel Legrand aux Magritte du Cinéma 1600 900 Jean-Philippe Thiriart

Ce vendredi 25 septembre 2026, Pierre de Maere sort son nouvel album, Ave de Maere. Pour l’occasion, nous avons ressorti de nos archives une séquence tournée en février 2022 sur le tapis bleu de la 11e cérémonie des Magritte du Cinéma. Quelques minutes avant de monter sur scène, le chanteur belge nous avait accordé une courte interview et chanté un extrait de La Chanson de Maxence, signée Michel Legrand pour Les Demoiselles de Rochefort.

Le nouvel album de Pierre de Maere, fait d’histoires vraies

Plus de trois ans et demi après Regarde-moi, sorti en janvier 2023 et certifié platine, Ave de Maere compte douze titres. Le clin d’œil à « Ave César » n’a rien d’un hasard : le chanteur y voit un résumé de son état d’esprit, entre conquête du monde et conquête de soi.

L’écriture a changé de nature. Son premier album racontait surtout des fantasmes. Celui-ci s’appuie sur des histoires vécues : des premières fois arrivées sur le tard, une adolescence rattrapée, des premières amours et quelques désillusions. Pierre de Maere a aussi gardé la main sur la fabrication. Il a participé aux productions aux côtés de son frère Xavier et a imaginé lui-même l’univers visuel du disque.

Trois singles ont ouvert la voie. Je pense à vous, sorti au printemps. J’aurais fini par te plaire a suivi quelques semaines plus tard et, plus récemment, est arrivé Opinel. Côté scène, la tournée passera par l’Ancienne Belgique, à Bruxelles, les 1er et 2 décembre.

Février 2022, avant que tout s’emballe

Retour quatre ans et demi en arrière. Le 12 février 2022, les Magritte du Cinéma tiennent leur 11e cérémonie au Square, à Bruxelles, sous la présidence du documentariste Thierry Michel. Covid oblige, seuls les nommés sont conviés dans la salle.

Pierre de Maere a 20 ans. Son premier EP, Un jour, je, vient de sortir, et Un jour je marierai un ange commence à faire parler de lui. Le titre sera certifié disque de diamant en France l’année suivante.

Ce soir-là, il est invité à reprendre La Chanson de Maxence, écrite par Michel Legrand et Jacques Demy pour Les Demoiselles de Rochefort (1967). Dans le film, c’est Jacques Perrin qui incarne Maxence, ce marin poète à la recherche de son idéal féminin. Pierre de Maere la chante dans une version piano-violoncelle arrangée par son frère.

Juste avant de rejoindre la scène des Magritte, il s’arrête devant notre caméra, nous salue, tout sourire, d’un « Bonjour, bonsoir », puis nous chante un extrait du morceau qu’il s’apprête à interpréter. La version longue ci-dessous reprend l’échange dans son intégralité, avec l’extrait complet.

Des Demoiselles de Rochefort à Ave de Maere

Revoir ces images aujourd’hui a quelque chose de touchant. Les Magritte eux-mêmes n’existent plus sous ce nom : depuis janvier dernier, les récompenses du cinéma belge francophone s’appellent les René du Cinéma.

Quant au jeune homme qui chantait Legrand entre deux remises de trophées, il a depuis été sacré révélation masculine aux Victoires de la Musique 2023. Son premier album a été certifié platine, et il s’est invité sur une version de These Walls de Dua Lipa.

Le goût de l’image, lui, est resté. Chez Pierre de Maere, le visuel compte presque autant que la chanson, et il signe lui-même celui de ce nouvel album. Le voir, ce soir de février, se glisser dans l’univers en couleurs de Jacques Demy n’a finalement rien de surprenant.

Ave de Maere est disponible depuis ce vendredi 25 septembre. Les deux vidéos sont sur cette page et sur notre chaîne YouTube, avec nos autres interviews.


Crédits vidéos

Le Short
Montage : Patricia Büsch
Merci à Florence Manente

La vidéo complète
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Image : Gerardo Marra
Montage : Gerardo Marra et Jean-Philippe Thiriart

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession

VIGILANTE : quand la traque aux pédophiles vire à l’obsession 1366 911 Samantha Pirard

Après avoir partagé avec vous son choix de chanson pour Morville, son personnage dans Vigilante, nous mettons de nouveau Eddy de Pretto en avant, avec notre critique de ce thriller belge, dont il est de tous les plans.
Présenté en première mondiale au Festival du Film Francophone d’Angoulême, puis en avant-première belge au BRIFF, Vigilante est produit par la société bruxelloise Kwassa Films.

Vigilante   ★★

Réalisé par Olivier Pairoux
Avec Eddy de Pretto, Damien Chapelle, Roxane Mesquida, Zacharie Chasseriaud, Léontine Clerbois, Johan Heldenbergh, Tom Audenaert

Thriller

1h31

Un sujet brûlant. Un acteur qui crève l’écran. Une ville qui devient un personnage à part entière. Vigilante est le deuxième long métrage du réalisateur belge Olivier Pairoux. On est loin du style familial pop à la Goonies de son premier film : SpaceBoy (2021). Ici, changement de registre total : on est dans un polar âpre et sombre.

Eddy de Pretto, capuche sur la tête et caméra au poing, dans une scène de nuit de Vigilante d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

On suit Morville (Eddy de Pretto), YouTubeur à la vie privée chaotique, chasseur de pédophiles autoproclamé. Lui et ses potes, Steve (Zacharie Chasseriaud) et Xavier (Damien Chapelle), se font passer pour des ados sur le web afin de piéger, en flagrant délit, les prédateurs qui y pullulent.

Le film est volontairement tourné de nuit, pour l’essentiel. Un choix qui colle à la noirceur du sujet et des personnages. Jamais graveleux, jamais complaisant. Au fil de l’intrigue, Morville perd de son tranchant. Ses potes, eux, perdent de leur candeur de justiciers. Ces chasseurs ne finissent-ils pas par faire obstacle à des enquêtes policières plus larges ? Et à force de côtoyer des individus peu recommandables, ne glissent-ils pas eux-mêmes vers des zones plus troubles ?

Eddy de Pretto et Damien Chapelle dans Vigilante, thriller belge d'Olivier Pairoux


Eddy de Pretto et Damien Chapelle
Crédit photo : Kwassa Films

Dégâts collatéraux

Ce que le film montre également, c’est l’onde de choc sur les familles. Exposer un homme en pâture sur les réseaux, c’est aussi entraîner des proches qui n’ont rien vu venir. Une compagne dont la vie bascule. Des enfants harcelés à l’école pour les fautes d’un père.

Eddy de Pretto, la révélation

Eddy de Pretto trouve dans ce rôle un terrain à sa mesure : sensibilité à fleur de peau, rage incontrôlable, engagement physique, lui qui n’a jamais été un bagarreur dans l’âme.

Il explique que « la beauté du cinéma, c’est d’abord de faire passer un message. » « L’idée, c’était de transmettre l’émotion d’un type débordé par sa propre sensibilité, qui ne sait plus quoi en faire, et qui déverse tout ça dans une quête folle : traquer et exposer des pédophiles », précise-t-il.

Roxane Mesquida dans Vigilante d'Olivier Pairoux


Roxane Mesquida
Crédit photo : Kwassa Films


Léontine Clerbois, la nièce entraînée dans la spirale

N’oublions pas la jeune actrice Léontine Clerbois, qui incarne la nièce de Morville. La jeune ado se retrouve happée par cet environnement malsain. Morville, en voulant justement la protéger, finit par l’y impliquer directement. Un choix scénaristique qui renforce encore le propos du film sur les ravages que peut causer une obsession, même animée des meilleures intentions.

Olivier Pairoux, casque sur les oreilles, dirige Eddy de Pretto sur le tournage de Vigilante


Olivier Pairoux et Eddy de Pretto
Crédit photo : Olivier Pirard

Le libre arbitre, le vrai sujet du film

Au bout du compte, c’est le libre arbitre qui structure tout le film. Fait-on réellement ses propres choix, ou cède-t-on à la pression extérieure : sociale, familiale, numérique, collective ?

Un film intéressant sur un sujet brûlant d’actualité.

Samantha

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Olivier Pirard

Crédits vidéo
Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Bryan Lassudry
Montage : Jean-Philippe Thiriart
Coproduction : Patricia Büsch

VIGILANTE : Eddy de Pretto choisit la chanson de Morville

VIGILANTE : Eddy de Pretto choisit la chanson de Morville 1080 608 Jean-Philippe Thiriart

Sous influence, sous surveillance

Vigilante, le deuxième long métrage d’Olivier Pairoux, sort ce mercredi 9 septembre dans les salles belges. Eddy de Pretto y tient son premier grand rôle au cinéma. Nous l’avons rencontré à Bruxelles et lui avons notamment posé une question importante à nos yeux : celle de la chanson de son répertoire qui pourrait accompagner son personnage. Sa réponse tient en trente secondes, et elle en dit long sur le film !

Présenté en première mondiale au Festival du Film Francophone d’Angoulême, dans la section « Premiers Rendez-vous », puis en avant-première belge au BRIFF le 5 septembre dernier, Vigilante arrive dans nos salles. Six ans après SpaceBoy, hommage familial et solaire au cinéma d’aventure, Olivier Pairoux change complètement de terrain. Le thriller noir qu’il signe ici s’attaque à une pratique dont les vidéos circulent depuis plusieurs années déjà sur les réseaux : celle des internautes qui se font passer pour des enfants afin de piéger des prédateurs, puis diffusent le résultat en ligne.

Morville, trentenaire solitaire, a cessé d’attendre quoi que ce soit d’un système qu’il juge défaillant. Il traque, il expose, il ruine des vies. Quand l’un de ses camarades de traque se fait sauvagement agresser, il repart au combat, et le récit bascule vers un terrain qui lui échappe. Nous n’en dirons pas davantage sur la façon dont Olivier Pairoux resserre l’étau, la découverte de celle-ci faisant partie du dispositif choisi par le réalisateur belge, qui signe également le scénario de « Vigilante ».

Reste la question qui traverse tout le film : jusqu’où peut-on aller quand on décide de rendre la justice à la place de la justice ?

C’est ici qu’intervient notre rencontre avec Eddy de Pretto. Le 4 septembre, cinq jours avant la sortie du film, le chanteur français dévoilait « Sous Influence », premier extrait d’un quatrième album à venir. Le morceau interroge la part de nos décisions qui nous appartient réellement, quand le regard des autres et le besoin d’être accepté s’en mêlent. Nous lui avons demandé laquelle de ses chansons ferait la bande-son personnelle de Morville.

« Vigilante » a été produit par Kwassa Films, la maison bruxelloise à qui l’on doit également « Young Hearts » d’Anthony Schatteman et « Rabia » de Mareike Engelhardt, en coproduction avec la société québécoise Art & Essai. Autour d’Eddy de Pretto, Olivier Pairoux a notamment réuni Damien Chapelle, Roxane Mesquida, ainsi que quatre comédiens belges : Zacharie Chasseriaud, Léontine Clerbois, Johan Heldenbergh et Tom Audenaert. Thomas Rentier signe la photographie, Maarten Janssens le montage, et le duo The Penelopes la musique originale. Quant au tournage, il s’est déroulé en Belgique en février 2025.

Un film en salles en Belgique depuis le 9 septembre 2026.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo
Interview : Jean-Philippe Thiriart
Image : Bryan Lassudry
Montage : Jean-Philippe Thiriart
Coproduction : Patricia Büsch

INCENDIES ressort en salles dans sa version restaurée 4K : interview de son réalisateur Denis Villeneuve

INCENDIES ressort en salles dans sa version restaurée 4K : interview de son réalisateur Denis Villeneuve 2010 1156 Jean-Philippe Thiriart

Un Incendies qui a enflammé nos cœurs !

Incendies   ★★★★

Réalisé par Denis Villeneuve
Avec Lubna Azabal, Rémy Girard, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Abdelghafour Elaaziz

Drame
2h03

Voici un peu plus de quinze ans, nous nous entretenions avec Denis Villeneuve. Une très belle rencontre pour plonger dans ce film qui nous a énormément touchés avec le réalisateur de, notamment, Prisoners, Sicario, Blade Runner 2049, la saga Dune (le troisième volet débarque sur nos écrans dans tout juste six mois) et le prochain James Bond – excusez du peu. Pour la force de son intrigue ainsi que pour l’incroyable interprétation de l’actrice principale du film, la Belge Lubna Azabal, d’abord. Mais aussi pour la construction du film. Cette dernière s’avère en effet, elle aussi, très intéressante, dans la mesure où Denis Villeneuve parvient à nous faire voyager, sans cesse, dans les différents temps de l’histoire de cette famille dont le spectateur découvrira les passé, présent et futur en même temps que les deux enfants du personnage central du film, Nawal Marwan (bouleversante Lubna Azabal).

Multiprimé, Incendies avait remporté le Prix du Public lors de l’édition 2010 du Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) et allait représenter, quelques mois plus tard, le Canada aux Oscars.


En Cinémascope : Comment définiriez-vous votre film ?

Denis Villeneuve : C’est un passage à l’âge adulte. C’est l’histoire de jumeaux qui, à la mort de leur mère, décident de remonter son histoire pour découvrir un père et un frère dont ils ignoraient l’existence.

E.C. : Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’adapter Incendies au cinéma, au départ l’œuvre du dramaturge libanais Wajdi Mouawad ?

Denis Villeneuve : J’ai eu un énorme coup de foudre pour la pièce. J’ai été époustouflé, ébahi par la beauté et la force, la puissance du texte. C’est un texte qui parle de l’intimité. Ce qui m’a bouleversé dans ce texte, c’est le discours que Wajdi portait sur la colère, comment la colère voyage de génération en génération dans une même famille, dans un même peuple. J’ai trouvé ça extrêmement pertinent et puissant comme thème. Ça a été instantané : on appelle donc ça un… coup de foudre !

E.C. : Quel a été l’apport de Wajdi Mouawad, lors des différentes phases de la création du film ?

Denis Villeneuve : Wajdi m’a donné carte blanche. Quand je l’ai approché, il a été touché mais il n’était pas sûr que c’était une bonne idée d’adapter Incendies pour l’écran parce qu’il venait d’adapter Littoral, sa pièce précédente. Je crois qu’il avait trouvé le cinéma assez lourd. Il était lui-même en train d’écrire une nouvelle pièce – Forêts – qui le happait complètement. Il m’a donné les droits de Incendies mais en me disant que j’allais le faire seul, que j’allais être obligé de remonter l’histoire, d’effectuer le même chemin que lui. Il est parti à Paris et puis il m’a laissé travailler sur Incendies. C’est un immense cadeau parce que je n’avais pas le poids de son regard derrière moi. Il m’a permis de faire des erreurs. Je dirais donc que sa participation à l’écriture du scénario s’est faite principalement au début du processus parce qu’il me donnait des pistes : certains photographes, certains textes, certains passages de la bible… C’était très excitant pour moi parce qu’il m’ouvrait l’atelier initial, l’atelier de la genèse de Incendies. C’est vrai qu’il m’a donné les clés de base : tout ce qu’il avait espéré au départ. C’est un cadeau énorme ! Il m’a vraiment donné son access, son intimité créatrice. Puis, il m’a laissé avec cela et je me suis débrouillé. Je ne savais pas faire autrement de toute façon !

E.C. : Sur quels points rejoignez-vous Wajdi Mouawad en matière de mise en scène et en quoi vous êtes-vous éloigné de la sienne ?

Denis Villeneuve : C’est une très bonne question ! Je dirais que Wajdi avait créé, dans sa mise en scène, des images d’une très grande force, une force très théâtrale, qui n’étaient pas adaptables au cinéma dans un cadre naturaliste. Cela n’aurait pas du tout fonctionné. C’était très important pour moi de respecter les thèmes et la structure dramatique, que je trouvais très belle, et que j’ai modifiée par rapport au temps et à l’espace pour modeler le scénario, le film. Je suis resté le plus proche possible de la quête du personnage de Nawal. La quête de Nawal était la référence de départ parce que c’était le personnage de base. Et la bible, je la traînais quotidiennement avec moi sur le plateau. Ça a été ma référence tout au long du processus de fabrication du film. La pièce et le film sont complètement différents. Je me suis complètement approprié la pièce. J’ai carrément bousillé la poésie de Wajdi, un texte absolument magnifique, que j’ai volontairement massacré pour arriver à en extirper des images et puis à faire du cinéma ! Ce qui est lié, ce sont vraiment les personnages principaux et puis les thèmes de base. La pièce était beaucoup plus touffue. Elle contenait beaucoup plus de violence. Il y avait nombre d’événements supplémentaires. Le film est plus concis et peut-être plus simple que la pièce. J’ai parfois résumé quatre pages de texte en une image.


E.C. : Êtes-vous d’accord avec moi si je vous dis que les mots « traumatisme » et « thérapie » sont deux des mots-clés du film ?

Denis Villeneuve : Ça me fait extrêmement plaisir de vous entendre dire cela ! Je pense que c’est la première fois qu’un journaliste me parle de « thérapie ». C’est tout à fait le cas ! C’est un texte qui parle de guerre, du Moyen-Orient et de conflits qui me sont très éloignés. Mais il parle aussi de la famille. Et c’est par l’angle de la famille, par l’angle de l’intimité dans une famille, que j’ai pu aborder ce texte. Dès lors, j’ai accentué ce thème dans le film. Il y a un rapport à la thérapie. Pour moi, un des premiers pas, en thérapie, consiste à retourner aux origines de la colère. L’idée, c’est de se dégager de ces colères névrotiques qui viennent en soi entraver la véritable liberté, qui nous empêchent d’être de véritables adultes. Et je trouve que ces thèmes sont très présents dans le cinéma d’une manière ou d’une autre. Dans Incendies, ces thèmes étaient vraiment bien articulés. Et moi, ça m’a profondément touché. Je rajouterais que Wajdi m’avait dit que pour être capable d’adapter la pièce, il fallait que je fasse un travail d’introspection important pour être capable de transposer le théâtre au cinéma. Et ne fût-ce qu’entrer en relation avec le texte sous le bon angle, ça m’a pris des mois.

E.C. : Quelles options principales avez-vous délibérément choisies à l’heure de scénariser et puis, de réaliser Incendies ?

Denis Villeneuve : Il y a un point très important. La pièce se déroulait dans un Liban imaginaire. Tout le monde devinait que c’était le Liban parce que Wajdi est d’origine libanaise. Mais le Liban n’était jamais nommé. Tous les lieux sont des lieux inventés. Les événements sont une très grande transposition de la réalité. À un moment, j’ai été très tenté de « marier » l’histoire, l’histoire du Liban. J’ai eu très envie d’incarner le film dans Beyrouth. J’allais me casser la gueule pour plusieurs raisons et j’ai eu de l’aide, des conseils de mes amis libanais et de Wajdi. J’ai réopté pour l’imaginaire, pour des régions imaginaires. C’est la grande question qui s’est posée dans la scénarisation.

E.C. : Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous avez structuré votre récit, en y imbriquant une série de sous-récits ?

Denis Villeneuve : La structure de la pièce travaille sur deux présents : le présent des jeunes et le présent de la mère. Personnellement, je n’aime pas les flashbacks au cinéma. Mais ici, je trouvais que les choses étaient vraiment bien articulées. J’ai trouvé cette structure dramatique vraiment en accord. Elle est originale parce que si l’on observe bien les choses, on constate quelque chose de particulier à ce niveau-là dans la pièce, que j’ai essayé de restituer dans le film. On suit le parcours de la fille et puis on la quitte. On entre alors en relation avec la mère dans le même état émotif que dans celui dans lequel on a quitté la fille. On suit un parcours avec la mère, qui nous amène au prochain état de la fille. Il y a une espèce de dialogue, de réciprocité, d’échange dramatique et émotif entre les deux temps. J’ai essayé de conserver ça le plus possible. J’ai été obligé de modifier cette structure mais cette idée, cette manière de raconter l’histoire, était, à l’origine, dans la pièce.


E.C. : Vous avez conquis un public assez large, là où le film a été présenté. Estimez-vous que le sujet que vous traitez dans Incendies est universel et si oui, en quoi ?

Denis Villeneuve : C’est une bonne question. Je pense que les idées de Wajdi sont déjà très fortes à la base. Son théâtre voyage beaucoup. Je ne peux pas m’approprier cela. Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Le film fonctionne grâce à la beauté des idées de Wajdi Mouawad. Si le film est vendu partout dans le monde, c’est grâce à ses idées à lui. Ce sont elles qui font que le film a ce succès. Je pense que cela touche toutes les personnes, qu’elles soient de n’importe quel peuple. À l’intérieur même d’une famille, le rapport entre le parent et l’enfant est toujours à la base de la construction d’un être humain. C’est tellement universel comme propos, le rapport entre l’enfant et son parent, la colère qui est engendrée chez l’enfant par le comportement de l’adulte, le silence, l’absence de l’adulte… C’est quelque chose qui voyage partout. Ce que je trouve assez admirable, c’est que Wajdi était capable d’en parler, que ce soit dans l’intimité, comme je le disais plus tout, mais aussi de l’illustrer, de travailler dans un espace beaucoup plus large qu’une région ou un pays en conflit, de parler de cette idée de colère, qui hante une société mais aussi un individu.

E.C. : Quelques mots sur deux de vos acteurs à présent, si vous le voulez bien.
Pourriez-vous d’abord nous parler de la façon dont vous avez travaillé avec votre actrice principale, la Belge Lubna Azabal, et nous expliquer pourquoi vous l’avez choisie, elle, pour interpréter le rôle de Nawal Marwan ?

Denis Villeneuve : En réalité, j’ai fait un casting à Paris et c’est Constance Demontoy, la directrice de casting à Paris, qui m’a donné la clé. Je donne son nom parce que ces gens-là ne sont jamais nommés. C’est elle qui m’a dit qu’elle allait, certes, me faire rencontrer une série de comédiennes. Mais elle m’a surtout très clairement fait comprendre que Nawal Marwan, c’était Lubna Azabal. Il était impératif, pour elle, que je rencontre Lubna. J’ai eu un entretien avec elle et j’ai été très impressionné par sa présence et par ce qu’elle dégageait. On a parlé de la pièce de théâtre de Wajdi et on a fait un bout d’essai. On dit souvent que « Casting is everything! » mais je pense que c’est vrai ! Quatre-vingt-quinze pourcent de la direction de comédiens, c’est le casting au départ. Et Lubna Azabal avait cette force intérieure, ce feu. Elle a quelque chose de gitan. En anglais, on dit une « drive ». Au-delà du fait que c’est une excellente comédienne, c’est quelqu’un qui est capable de faire passer beaucoup avec juste un regard. Pour moi, c’est très important. À l’écran, elle dégageait quelque chose de très fort. Il est important qu’on puisse croire que ce personnage-là traverse la guerre et est issu d’un village modeste à la campagne sur une frontière au Moyen-Orient. Quelqu’un qui subit une grande violence et est capable d’avoir un écho de résilience par rapport à cette violence-là. On sent qu’il y a derrière la comédienne une force, une capacité d’adaptation. Je sentais ça chez Lubna. Et j’estime que les gens qui ont vu la pièce et qui vont voir le film vont nécessairement avoir des déceptions parce que ce sont deux objets complètement différents. Ils vont avoir des deuils. Mais il y a un deuil qu’ils n’auront pas, et c’est ma grande fierté dans le film, c’est que Nawal Marwan, c’est Lubna Azabal. J’en suis intimement convaincu. C’est très touchant parce qu’à la première du film, à Montréal, la femme qui a créé Nawal Marwan au théâtre était là et elle a trouvé Lubna extraordinaire. Elle a trouvé que c’était vraiment l’incarnation de Nawal, qu’on ne s’était pas trompé du tout.

L’intuition joue un grand rôle à l’heure de choisir un comédien. Par la suite, pour le travail avec le comédien, j’aime beaucoup répéter. Mais ce qui est essentiel à mes yeux, c’est d’entrer en relation avec la personne, comprendre la tête qui est devant moi, comprendre quel genre de vocabulaire je dois utiliser pour aller rejoindre cette personne et pour créer une certaine complicité. Il faut que j’acquière la confiance de l’autre. Je dois être en lien avec cette personne pour être capable de la diriger. Tous les acteurs sont différents. On n’avait pas tout l’argent du monde pour faire le film et on a souvent manqué de temps. Plusieurs scènes ont été tournées à une vitesse incroyable puisqu’on faisait parfois une ou deux prises seulement. Et Lubna s’est montrée très engagée et très combative. Comme une parachutiste, elle ne pose pas de questions, elle saute dans le vide et puis elle atterrit. C’est une actrice très intuitive. Il faut que tout l’aspect cérébral soit fait pendant la préparation. Il ne faut ensuite plus poser de questions. Il faut agir. Il faut vivre.


E.C. : Dans Incendies, vous dirigez également Rémy Girard…

Denis Villeneuve : Rémy, j’avais pensé à lui dès l’écriture du scénario, pour le rôle du notaire Lebel. C’était le seul que j’avais choisi en écrivant le scénario. Rémy a été parfait. J’étais très heureux qu’il accepte le rôle. C’est un comédien très connu chez nous.

E.C. : Un véritable monstre sacré du cinéma québécois !

Denis Villeneuve : Oui, c’est ça ! C’est un habitué des grands rôles. Et puis il s’est complètement donné, dans une grande générosité, avec une énorme présence ! J’ai adoré travailler avec lui. On m’avait mis en garde en me disant qu’il pouvait être redoutable et puis il s’est avéré être un ange sur le plateau. C’était très touchant pour moi parce qu’il faut savoir que le notaire Lebel est un personnage qui m’est très cher pour toute une série de raisons. Une d’entre elles est que mon grand-père était notaire. Son frère était notaire. Mon père était notaire. Mes oncles sont notaires. Ma tante a marié un notaire. Bref, je suis entouré de notaires ! Mon frère est avocat… Je suis entouré d’un monde que je connais fort bien. Je me souviens que quelqu’un m’avait dit dans une salle, l’autre jour, que le personnage incarné par Rémy Girard était très… notaire ! Presqu’un peu trop, presque caricatural. Mais j’ai tout de suite répondu à cette personne que c’était tout le portrait de mon père. Que si mon père descendait dans un camp de réfugiés au Moyen-Orient, il aurait sa cravate ! (il rit) C’est vraiment un personnage qui m’est très cher.

Jean-Philippe Thiriart

Crédits vidéo :
Captation et montage : Patricia Büsch
Journaliste : Jean-Philippe Thiriart
Merci à Florence Manente !

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY 1280 760 Samantha Pirard

Tandis que la 79e édition du Festival de Cannes bat son plein, nous avons choisi de mettre en avant combien le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook se devait d’en être le président du Jury Longs Métrages. En se penchant sur son cinéma et sur la place majeure que le réalisateur coréen occupe au sein de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), ainsi que sur son film culte, Old Boy. Avec, entre autres, deux de nos vidéos : la Minute Cinéma qui leur est consacrée et l’interview du cinéaste lors du 35e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).


Park Chan-wook au BIFFF, où il a été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau
Crédit photo : 35e BIFFF – Francesco Serafini

Pourquoi Park Chan-wook est président du Jury à Cannes cette année

Vingt-deux ans après son Grand Prix à Cannes pour Old Boy, Park Chan-wook devient ainsi, cette année, le premier réalisateur sud-coréen à présider le Jury des Longs Métrages du Festival. Une consécration pour celui qui continue d’influencer le cinéma et la pop culture mondiale !

En 2004, surgissait un véritable ovni : Old Boy (올드보이). Un film choc à tous les niveaux : déflagration visuelle, humour noir, violence dérangeante et bande-son naviguant entre tango, valse et techno. Quentin Tarantino, alors président du Jury du Festival de Cannes, y défendit le film avec ferveur. C’est ainsi qu’à seulement deux voix près, Old Boy aurait décroché la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.

Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook retrouve la Croisette pour la cinquième fois, à présent en tant que président du Jury. Un moment historique pour ce cinéaste autodidacte, sans parcours académique en cinéma, devenu au fil des années l’un des habitués du Festival et de son palmarès : Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009 et Prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022.

Pourquoi ce cinéma fascine-t-il autant ?

Après Old Boy, le cinéma coréen cesse d’être considéré comme marginal. Les productions sud-coréennes s’imposent désormais autant que les grandes productions occidentales. Park Chan-wook devient alors un des symboles majeurs de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), aux côtés de Bong Joon-ho, le réalisateur de la Palme d’or 2019 : Parasite.

Leur point commun ? Des univers immédiatement reconnaissables : violence stylisée, intensité émotionnelle, critique sociale et récits imprévisibles. Mais, surtout, des films qui marquent durablement les spectateurs.

À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes pensées pour une standardisation mondiale des récits, le cinéma coréen a longtemps assumé sa singularité culturelle. Et c’est précisément cette identité forte qui lui a permis de devenir universel.

Une particularité qui influence le cinéma coréen

La Corée du Sud possède une particularité peu connue : les armes à feu y sont strictement interdites. Cette spécificité a fortement influencé le cinéma et les séries coréennes, poussant les scénaristes et réalisateurs à imaginer des scènes d’action plus physiques, inventives et chorégraphiées.

Les affrontements privilégient ainsi les poings, les couteaux ou les objets du quotidien plutôt que les fusillades classiques. Sans cette contrainte culturelle, la mythique scène du couloir de Old Boy n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

À l’origine : un manga japonais

Pour la petite histoire, Old Boy est adapté d’un manga écrit par Garon Tsuchiya (alias Karibu Marei) et illustré par Nobuaki Minegishi, publié en 1997.


Park Chan-wook transformera profondément le personnage principal. Il renomme d’abord le héros Oh Dae-su, un nom pouvant être traduit par « avancer un jour à la fois », et en fait un homme pathétique, incapable de gérer correctement son enfermement. Une approche très différente du manga original, où le personnage apparaît beaucoup plus froid et impassible.

Autre changement majeur : dans le manga, le protagoniste n’est ni marié, ni père de famille. Deux détails loin d’être anodins puisqu’ils transforment profondément le récit… et surtout son final !

Quand BTS rend hommage à Old Boy

Depuis plus de vingt ans, la Corée du Sud développe une stratégie culturelle redoutablement efficace. Cinéma, séries, musique, mode ou jeux vidéo : la « K-culture » est devenue l’une des industries culturelles les plus influentes au monde.

Après Old Boy, le triomphe mondial de Parasite, Palme d’or en 2019, donc, puis Oscar du meilleur film l’année suivante, marque un nouveau tournant historique. Dans le même temps, Squid Game conquiert les plateformes mondiales, tandis que la K-pop devient un phénomène planétaire, porté notamment par le groupe BTS.

Difficile, dès lors, de ne pas voir un symbole dans le clip hommage de BTS reprenant le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy. Notez que le groupe y remplace le célèbre marteau du film par plusieurs objets emblématiques de la culture coréenne.

Le clip de BTS, hommage à Old Boy

Cette référence illustre parfaitement la manière dont la pop coréenne s’appuie sur le prestige du cinéma sud-coréen pour nourrir son propre imaginaire. Chaque succès renforce alors les autres, faisant de la Hallyu un véritable écosystème culturel.

La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et cette année, en le choisissant pour présider son Jury des Longs Métrages, le Festival de Cannes rend hommage à l’un de ses plus grands génies artistiques : Park Chan-wook !

Samantha Pirard

Un autre regard sur Old Boy

Avec notamment, au casting, le trio d’acteurs et d’actrice composé de Choi Min-sik, Yoo Ji-tae et Gang Hye-jung, Old Boy fait partie de la trilogie que Park Chan-wook a choisi de consacrer à son thème le plus cher : la vengeance. Initiée en 2003 avec Sympathy for Mr. Vengeance, cette saga comprend, outre Old Boy, le film Lady Vengeance, commis en 2005.

Précisons d’emblée que si chacun des films de cette trilogie est rudement efficace, Old Boy en est sans conteste la pièce maitresse.


Choi Min-sik, percutant pour le moins, est le Oh Dae-su de Park Chan-wook

Si Old Boy s’inscrit quelque peu dans la même lignée que Kill Bill : Volume 1, le film du réalisateur sud-coréen n’a rien à envier au travail de Tarantino. Il méritait d’ailleurs à Cannes, cette année-là, tellement plus la Palme d’Or que le très bon Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. On ne réécrit pas l’histoire.

Old Boy fait partie de ces œuvres qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Jouissif au possible, d’une grande violence – nécessaire à son scénario en béton –, clos par un final dantesque et porté par un acteur principal au sommet de son art en la personne de Choi Min-sik, qui avait déjà brillé dans le film Ivre de femmes et de peinture, le film mérite absolument les quatre étoiles que nous lui accordons !

Bienvenue en enfer !

Jean-Philippe Thiriart

Notre Minute Cinéma

N’hésitez pas à découvrir la Minute Cinéma de En Cinémascope dans laquelle nous vous proposons une présentation critique de Old Boy et de son réalisateur, ainsi que de l’expo qui célébrait, voici un peu plus de deux ans, au Cinéma Galeries, les 20 ans du film.

J.-Ph. T.

Notre interview de Park Chan-wook

Enfin, nous nous invitons à visionner notre interview de Park Chan-wook au 35e BIFFF. Non sans remercier Haetal Chung, du Centre Culturel Coréen de Bruxelles, interprète ce jour-là de Park Chan-wook !

J.-Ph. T.

Photo de couverture : Lee Seung-hee

Retour sur VALEUR SENTIMENTALE, dernier Grand Prix à Cannes, disponible sur Sooner, avec l’interview de son réalisateur

Retour sur VALEUR SENTIMENTALE, dernier Grand Prix à Cannes, disponible sur Sooner, avec l’interview de son réalisateur 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Très grand succès dans nos salles, le film multi primé Valeur Sentimentale – entre autres Meilleur film européen aux Prix du Cinéma européen, Oscar du Meilleur film international (pour neuf nominations) et Grand Prix lors de la dernière édition du Festival de Cannes – est disponible sur Sooner.

Valeur Sentimentale parle, avec brio, des relations familiales, des traumatismes et de la reconstruction du lien. Nous avons rencontré son réalisateur, Joachim Trier.


Également coscénariste de Valeur Sentimentale, aux côtés de Eskil Vogt, et déjà auteur, notamment, de Julie (en 12 chapitres), le cinéaste dano-norvégien est entre autres revenu pour nous sur l’expérience cannoise, Festival dont la nouvelle édition – la 79e – débute aujourd’hui.

Le film est notamment interprété par le quatuor d’acteurs composé des comédiennes Renate Reinsve, Inga Ibsdotter Lilleaas et Elle Fanning, et du comédien Stellan Skårsgard, père de Bill Skårsgard, que nous avons interviewé il y a peu.

Jean-Philippe Thiriart

Rencontre avec Bill Skarsgård pour la sortie de DEAD MAN’S WIRE, de Gus Van Sant

Rencontre avec Bill Skarsgård pour la sortie de DEAD MAN’S WIRE, de Gus Van Sant 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

À l’occasion de la sortie en salles belges et françaises, ce mercredi 15 avril, de Dead Man’s Wire (La Corde au cou), le nouveau long métrage du réalisateur américain Gus Van Sant, nous vous proposons de découvrir notre rencontre avec son comédien principal : Bill Skarsgård.

Face à la caméra de Gus Van Sant, figure incontournable du cinéma contemporain, Bill Skarsgård poursuit un parcours d’une rare intensité, lui qui est devenu un des visages les plus marquants de sa génération. En témoigne, notamment, son interprétation mémorable du clown Pennywise en 2017 dans It (Ça) et, deux ans plus tard, dans It: Chapter Two (Ça : Chapitre 2), adaptations du roman éponyme de Stephen King. Rien d’étonnant que ce rôle lui ait à nouveau été confié dans la série It: Welcome to Derry (Ça : Bienvenue à Derry) (2025), sa performance habitée, pour le moins troublante, ayant marqué nombre de spectateurs.

Dans l’interview vidéo que nous vous proposons aujourd’hui (en anglais, sous-titrée en français), le comédien revient sur son travail dans Dead Man’s Wire, sa collaboration avec Gus Van Sant, sa manière d’aborder ses personnages, et le souvenir qu’il garde du tournage du film.

Jean-Philippe Thiriart

Retour, en bilan et en vidéo, sur les Premiers René du Cinéma, en salles jusqu’au 8 avril avec La Quadrature du Cercle, et sur Sooner

Retour, en bilan et en vidéo, sur les Premiers René du Cinéma, en salles jusqu’au 8 avril avec La Quadrature du Cercle, et sur Sooner 1800 1025 Jean-Philippe Thiriart

Avec, à la présentation, Charline Vanhoenacker, pour qui le cinéma est « à la fois un refuge et une évasion », la première Cérémonie des René du Cinéma, qui aura duré près de 3h20, a vu décernés, sur la scène du Studio 4 de Flagey et au sein du chapiteau érigé non loin, pas moins de vingt-sept prix, soit autant de trophées, œuvres du plasticien belge Vincent Solheid. Avec cinq nouvelles récompenses : deux remises par les membres de l’Académie André Delvaux – Meilleurs acteur et actrice dans une série – et trois décernées par le public : Meilleur film, Meilleure série, et Coup de cœur, un acteur ou une actrice présent·e dans un film ou une série étant ici mis·e en avant.
Nous vous faisons revivre, aujourd’hui, la cérémonie et son black carpet… comme si vous y étiez !

Grand gagnant de la soirée, On vous croit, réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, remporte pas moins de huit récompenses. Suivent ensuite les films Reflet dans un diamant mort, avec quatre prix pour cinq nominations, et les films Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, Aimer perdre (deux trophées pour trois nominations : ceux des Meilleurs espoirs féminin et masculin, pour María Cavalier-Bazan et Maxi Delmelle) et la série Pandore, avec deux récompenses attribuées à chacune de ces œuvres.

Nominé à huit reprises, le film Kika de Alexe Poukine remporte quand même le René du Meilleur premier film, Maldoror de Fabrice du Welz, nominé, lui, six fois, quittant Flagey avec le René de la Meilleure musique originale pour la partition de Vincent Cahay.

Jeunes mères et L’intérêt d’Adam sont, quant à eux, les oubliés de ces premiers René, alors qu’ils étaient pourtant nominés, respectivement, à sept et six reprises.

On vous croit

Le coréalisateur du film, Arnaud Dufeys, venu recevoir seul le René du Meilleur scénario original ou adaptation, Charlotte Devillers n’ayant pu être présente, a salué l’initiative « assez unique » du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’est l’aide aux longs métrages réalisés dans des conditions de production légères, qui a donné à la production de On vous croit « une force et un sentiment d’urgence qui a nourri le film ».

La comédienne française Vimala Pons, lauréate cette année du César de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans L’attachement de Carine Tardieu, pour qui « tourner en Belgique a été jubilatoire », a repris les paroles de Simone Weil, selon laquelle « l’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». Elle a ensuite remis le René de la Meilleure actrice, un prix qui, à ses yeux, « vient célébrer une qualité très rare : l’attention aux autres », à Myriem Akheddiou, qui n’a pas manqué de remercier ses réalisateur et réalisatrice « pour ce cadeau de rôle » dans un film au sein duquel « le jeu, les acteurs ont été mis au centre ». Non sans ajouter que « une société qui tolère l’abandon d’une partie de ses membres fabrique elle-même son propre enfer ».
Myriem Akheddiou a également été élue « Coup de cœur du public », remerciant ce dernier, dont « la sympathie et l’enthousiasme la touchent », ajoutant ensuite que « le kif le plus dingue pour un acteur, c’est pouvoir se transformer et changer de registre ».

Se déclarant « absolument dingue du cinéma belge », aimant « son mélange de poésie et de violence », la comédienne française Michèle Laroque a remis le René de la Meilleure réalisation à Arnaud Dufeys.
Déclarant avoir été « très bien entouré » sur On vous croit par des personnes pour lesquelles il s’agissait souvent, du premier long métrage de fiction, il a ajouté qu’il rêvait de tourner avec Myriem Akheddiou depuis qu’il l’avait découverte dans Le Jeune Ahmed des frères Dardenne et que c’était « fascinant de la voir pendant le tournage derrière le combo ».

Aussi lauréat, par ailleurs, des René du Meilleur film du public, du Meilleur montage pour Nicolas Bier, ainsi que du Meilleur acteur dans un second rôle pour Laurent Capelluto, On vous croit a, au terme de la soirée, été déclaré Meilleur film par le réalisateur Frédéric Fonteyne et Sergi López, son acteur dans Une liaison pornographique et Tango libre.

Manu Dacosse, lauréat du René de la Meilleure image pour Reflet dans un diamant mort

Reflet dans un diamant mort

D’abord lauréat du René des Meilleurs costumes pour le travail de Jackye Fauconnier, pour qui ce prix récompense « un travail d’équipe » car « on n’est rien les uns sans les autres », le film coréalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani a ensuite reçu celui des Meilleurs décors pour le travail de Laurie Colson, réceptionné en son nom par ses conominés, Eve Martin et Emmanuel De Meulemeester. Pour Laurie Colson, Reflet dans un diamant mort a eu « le goût du risque, la saveur de l’audace », elle qui voit « avant tout une famille » dans l’industrie du cinéma belge. Quant à Emmanuel De Meulemeester, il a exprimé le souhait que « le cinéma puisse continuer à contribuer à changer le monde ».

Le directeur photo du film, Manu Dacosse, a dit, lui, tout devoir à son duo de réalisateur et réalisatrice « notamment grâce au découpage de leur film ». Il est récompensé du Prix de la Meilleure image pour la quatrième fois, la troisième dans le cadre de sa collaboration avec le duo de cinéastes, après ceux reçus pour L’étrange couleur des larmes de ton corps en 2015 et Laissez bronzer les cadavres en 2019.

Enfin, quatrième René pour le film, celui du Meilleur acteur, remis à Yannick Renier par les Barons Nader Boussandel et Mourade Zeguendi. Dressant le constat que la télévision couleur était arrivée dans nos foyers il y a une soixantaine d’années, Mourade Zeguendi a exhorté à mettre « un peu de couleurs dans la télé ! » Yannick Renier a, lui, précisé, en évoquant ses réalisatrice et réalisateur, que « Hélène et Bruno, c’est une vraie famille », après avoir vécu « une expérience unique, dans un film unique ».

Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau

Film sans dialogue ayant bénéficié d’un savant travail sur le son, Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau a été récompensé du René du Meilleur film étranger en coproduction, ainsi que de celui du Meilleur son, justement, décerné au trio composé de Philippe Charbonnel, Gurwal Coïc-Gallas et Bertrand Boudaud, ce dernier ayant une pensée pour le réalisateur Rémy Belvaux, qui l’a « mis dans le long métrage belge » avec le film culte C’est arrivé près de chez vous.

L’équipe son de Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau

Élue Meilleure actrice dans un second rôle pour Nino, récemment sacré César du Meilleur premier film et réalisé par Pauline Loquès, Salomé Dewaels a remercié sa réalisatrice, grâce à laquelle, « pour la première fois » elle a « eu l’impression de pouvoir être complètement elle-même à travers un rôle », celle-ci lui donnant la « liberté d’être imparfaite, fragile et vivante ».

Kika d’Alexe Poukine a été élu Meilleur premier film, prix remis à la réalisatrice par une membre du public sous le chapiteau des René. Le film signe le passage à la fiction d’Alexe Poukine, qui avait en fait déjà réalisé quatre longs métrages documentaires.

Le René de la Meilleure série a été réceptionné sur scène par une grande partie de l’équipe de Baraki (saison 2), Julien Vargas, cocréateur de la série voyant dans ce prix une récompense pour « tous ceux qui ont fait un travail de dingue dans des conditions difficiles ».

L’équipe de Baraki, sacrée Meilleure série

Décerné par le chef cuisinier San Degeimbre et l’activiste Adelaïde Charlier, pour laquelle le documentaire « dit le spectacle de la vie », le René du Meilleur documentaire est allé à Soundtrack to a Coup d’État de Johan Grimonprez, déjà nominé aux Oscars l’an dernier. Venue accompagner sur scène le réalisateur du film, Marie Daulne, qui prête sa voix au rôle de Andrée Blouin, militante de la décolonisation et du panafricanisme, a précisé que le film « ne crée pas », mais « témoigne des faits », exhortant à remettre « de l’humain dans nos histoires ».

Après une interprétation intense sur scène, Camille Yembe, pour qui « la musique décuple les émotions », a remis le René de la Meilleure musique originale à Vincent Cahay, pour la BO de Maldoror. Ce dernier en a profité pour souligner qu’il travaillait avec son réalisateur Fabrice du Welz depuis plus de vingt ans, leur aventure professionnelle commune ayant démarré en 2005 avec Calvaire.

L’équipe de Julian, lauréat du René du Meilleur film flamand avec, au centre, sa réalisatrice Cato Kusters

Déjà élu Meilleur film aux Ensors, les Prix qui viennent récompenser, dans le nord du pays, le meilleur de la fiction, du documentaire et de l’animation, Julian, réalisé par Cato Kusters s’est, cette fois, vu décerner le René du Meilleur film flamand. Il a été produit par Michiel et Lukas Dhont et coproduit par Jean-Pierre et Luc Dardenne, et Delphine Tomson.

Le duo de policiers de la série La Trêve composé de Lara Hubinont et Karim Barras a décerné les René des Meilleure actrice et Meilleur acteur dans une série à Anne Coesens et Yoann Blanc pour la qualité de leur jeu dans Pandore (saison 2). Anne Coesens a estimé « bon d’avoir un service public qui ose le débat et qui est là pour rassembler et pas pour diviser » tandis que Yoann Blanc a vu dans Pandore « une série qui nous raconte nous, aujourd’hui, et Bruxelles ».

Alice D’Hauwe, réalisatrice de La moisson, et son René du Meilleur court métrage de fiction

Les courts métrages

Décernés par Yoann Zimmer et Mara Taquin, pour laquelle le court métrage est « un endroit de recherche et de liberté », les René des Meilleurs courts métrages ont été décernés, en fiction, à La moisson de Alice D’Hauwe, comédienne qui passait ici pour la première fois derrière la caméra et dédia son prix « à toutes les personnes qui traversent la perte et le chemin vertigineux de la résilience ». En documentaire, à Réunion de famille de Jean Forest, présent avec un os de poulet porte-bonheur (si si !). Et, en animation, à Autokar de Sylwia Skiladz, film d’animation en 2D qui faisait partie, cette année, des 15 finalistes pour l’Oscar du Meilleur court métrage d’animation, et s’inspire de la migration de la réalisatrice de la Pologne vers la Belgique quand elle était enfant.

Un bel hommage a été rendu à Émilie Dequenne, en présence de sa famille, Charline Vanhoenacker et Frédéric Fromet, qui est venu l’accompagner sur scène, chantant avec tendresse que « nous avions la bonté, l’empathie dans les yeux d’Émilie », ajoutant ensuite que « d’humanité remplie, nous t’aimons fort, Émilie ! »

Sylwia Skiladz et son René du Meilleur court métrage d’animation pour Autokar

Les René sur Sooner…

Retrouvez différents films en lice pour ces premiers René du Cinéma sur Sooner, avec, disponibles « à la carte », notamment : Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau, Jeunes mères, Maldoror, Merckx, On vous croit, Rabia, Reflet dans un diamant mort, et Soundtrack to a Coup d’État.

… et près de chez vous jusqu’au 8 avril !

Dans le cadre de la Tournée des René du Cinéma, organisée par La Quadrature du Cercle, vous pourrez ainsi découvrir, sur grand écran, les films :

Vitrival ce mercredi 1er avril à 20h au Centre culturel de Welkenraedt ;

On vous croit
– le jeudi 2 avril à 14h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy,
– le vendredi 3 avril 2026 à 20h au Centre culturel d’Éghezée,
– le samedi 4 avril à 10h30 au Cinéma Vendôme à Ixelles, organisé par « Les Samedis du Ciné » (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys),
– le dimanche 5 avril à 18h au Centre culturel de Huy à Imagix Huy, et
– le mardi 7 avril à 20h30, précédé du court métrage Autokar, au Centre culturel de Durbuy (en présence du réalisateur Arnaud Dufeys) ;

Soundtrack to a coup d’État le vendredi 3 avril à 20h30 au Travers Emotion à Incourt ;

Kika le dimanche 5 avril à 20h au Jacques Franck – Centre culturel de Saint-Gilles ; et

Nino, précédé du court métrage La Moisson, le mercredi 8 avril à 19h à La Vénerie – Centre culturel de Watermael-Boitsfort (en présence de l’acteur Gaëtan Lejeune).

Rendez-vous a d’ores et déjà été donné l’année prochaine !

Jean-Philippe Thiriart

Crédit photos : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Crédit vidéo : En Cinémascope – Patricia Büsch

Photo de couverture : l’équipe du film On vous croit, tout sourire

Cette année, c’est René : la fête du cinéma belge reliftée dans la continuité

Cette année, c’est René : la fête du cinéma belge reliftée dans la continuité 2560 1810 Jean-Philippe Thiriart

Au lendemain des César, qui ont notamment vu récompensé le travail de la Belge Catherine Cosme, lauréate du César des Meilleurs décors pour L’inconnu de la grande arche, de Stéphane Demoustier, nous préfaçons aujourd’hui, pour vous, la 15e Cérémonie de remise des Prix du cinéma belge.

Ces Prix, dénommés jusqu’à l’an dernier les Magritte, changent de nom, pour se faire un… prénom : les René !

Organisée depuis 2011 par l’Académie André Delvaux, la Cérémonie est désormais en partie chapeautée par une nouvelle équipe : le trio Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide, respectivement président de l’Académie, secrétaire générale de cette dernière, et administrateur de l’UPFF+, l’Union des Producteur·ice·s Francophones de Films et de Séries.


Jean-Yves Roubin, Kassandra Decloux et François Touwaide
Crédit photo : Emmanuel Laurent

Changement de nom, donc, mais pas des objectifs initiaux : la mise en avant de la diversité et de la créativité des talents du cinéma belge et, dorénavant, de la… télévision belge, à travers ses séries ! Les René se veulent, plus que jamais, être une vitrine pour le cinéma et les séries belges en Belgique, mais aussi à l’étranger.

Deux nouvelles catégories voient ainsi le jour, les membres de l’Académie André Delvaux élisant à présent la Meilleure actrice et le Meilleur acteur dans une série.

Et, autre nouveauté, majeure en termes d’ouverture vers le public : ce dernier est invité à décerner trois prix. Le Prix du public du Meilleur film (Prix RTBF Auvio), le Prix du public de la Meilleure série (Prix Loterie nationale), et le Coup de cœur du public (Proximus Think Possible Award), avec le support de Be tv. Les spectateurs deviennent dès lors acteurs de la Cérémonie.

Le Prix du public du Meilleur film viendra récompenser un des sept films nominés dans les catégories Meilleur film et/ou Meilleur premier film.

Celui de la Meilleure série primera une des sept séries en lice, à (re)découvrir parmi d’autres dans leur intégralité sur Auvio, dont Ennemi Public (saison 3) (avec Pauline Etienne, Angelo Bison et le regretté Philippe Jeusette, notamment, tous trois nominées pour le Coup de cœur du public, et écrite et réalisée par une belle brochette de talents). Quant au Coup de cœur du public, il saluera la performance d’un·e des 15 acteurs ou actrices parmi les nominé·e·s dans les catégories Meilleure actrice, Meilleur acteur, ou Meilleure actrice ou Meilleur acteur dans une série.


L’affiche de la Cérémonie, œuvre de Cyprien Gain, étudiant de l’École Supérieure ARTS2

Jusqu’à ce mercredi 4 mars, date limite pour voter en ligne en vue d’attribuer ses trois prix, le public peut (re)découvrir tous les films et toutes les séries nominés, gratuitement sur RTBF Auvio et, dans le cadre d’une fenêtre VOD gratuite, sur Proximus Pickx et Proximus Show Case.

Et, cerise sur le gâteau, une fois leurs votes enregistrés, les spectateurs pourront participer à un tirage au sort qui leur permettra peut-être de vivre la Cérémonie du 7 mars en direct depuis le chapiteau des René du Cinéma installé Place Sainte-Croix ! Notez également que jusque fin mars, la plateforme Sooner vous invite à voir ou à revoir une série de films en lice pour les Magritte dans un passé récent tels que Sous le vent des marquises, avec Salomé Dewaels, et Adorables, ainsi que 14 des films nominés cette année aux René, parmi lesquels Kika d’Alexe Poukine.

Et les nominé·e·s sont…

Cette année, c’est On vous croit, premier long métrage réalisé par Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys et porté par la performance d’actrice de Myriem Akheddiou, qui fait office de favori, avec 11 nominations.


En lice pour 11 René du Cinéma, On vous croit arrive en tête des nominations

Viennent ensuite Kika d’Alexe Poukine (huit nominations) et Jeunes mères, dixième long métrage réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne à être sélectionné en Compétition officielle au Festival de Cannes (sept nominations dont celle du Meilleur espoir féminin pour Elsa Houben).

Suivent L’intérêt d’Adam de Laura Wandel et Maldoror de Fabrice du Welz avec, chacun, six nominations, Fabrice du Welz étant nominé pour la troisième fois pour la qualité de sa mise en scène (après ses nominations pour Alleluia et Adoration).

En sixième position, apparaît cette année aux René le très singulier Reflet dans un diamant mort du duo formé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, nominé dans cinq catégories (parmi lesquelles celles du Meilleur acteur pour Yannick Renier, et de la Meilleure image pour le très talentueux Manu Dacosse, déjà lauréat de trois récompenses, dont celles reçues pour les deux précédents films des cinéastes, L’étrange couleur des larmes de ton corps et Laissez bronzer les cadavres).

Signalons aussi que Lubna Azabal ajoutera peut-être, cette année, un sixième trophée à sa collection, qui serait le cinquième de la Meilleure actrice, pour Rabia, tandis que Arieh Worthalter pourrait égaler ce nombre de trophées glanés grâce son interprétation dans le fim Les Braises.

Que Jean-Benoît Ugeux, qui s’est déjà vu décerner le Prix du Meilleur acteur dans un second rôle pour Le Fidèle et celui du Meilleur court métrage documentaire, en tant que réalisateur donc cette fois, pour Arbres, sera en lice samedi pour celui du Meilleur acteur avec Krump de Cédric Bourgeois. Ce dernier est nominé pour le René du Meilleur court métrage d’animation avec Cimarron, film coréalisé avec Rémi Vandenitte.

Et, enfin, que Bérangère McNeese, déjà récompensée comme réalisatrice pour son dernier court métrage, Matriochkas, est nommée pour la première fois en tant que Meilleure actrice avec Demain si tout va bien d’Ivan Goldschmidt.

Comme l’an dernier, cette célébration de nos talents se tiendra dans le mythique Studio 4 de Flagey, avec Charline Vanhoenacker en guise de Maîtresse de Cérémonie et avec, non loin, un certain Pierre Kroll et ses dessins effectués à chaud. La Cérémonie sera diffusée en direct sur RTBF Auvio, mais également sur la chaîne Proximus Showcase. En outre, TV5 Monde proposera, comme de coutume, un résumé de cette première édition des René, le lundi 9 mars à 23h. Quant au passage des invité·e·s sur le tapis des René, il sera diffusé dès 20h20 sur La Une, Pickx et Proximus Showcase.


Charline Vanhoenacker officiera une nouvelle fois comme Maîtresse de Cérémonie
Crédit photo : Académie André Delvaux – Laure Geerts

La semaine du cinéma belge démarre !

De ce lundi 2 au dimanche 8 mars, la RTBF donnera une place de choix au cinéma belge francophone avec toute une série de films, de magazines, de capsules et d’émissions spéciales. Seront ainsi diffusés :

– Chiennes de vies de Xavier Seron ce mardi 3 mars à 22h25, et
– Rosetta, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec l’inoubliable Emilie Dequenne, le 12 mars à 20h30.

Enfin, plus de 40 films et séries de fiction seront mis en avant sur RTBF Auvio, tels que :

Adieu les cons
Augure
Chiennes de vies
Duelles
Keeper
La Fille inconnue
La Nuit du 12
Le Gamin au vélo
Le Grand Bain
Losers Revolution
Pas son genre
Rosetta
Tango libre
Troisièmes noces, et
Une part d’ombre

Bons films et bonnes séries belges et, déjà, excellents René du Cinéma !

Jean-Philippe Thiriart

Avec le soutien de

En Cinémascope
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