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Retour sur l’année cinéma 2025 : une sélection… fantastique !

Retour sur l’année cinéma 2025 : une sélection… fantastique ! 1200 800 Jean-Philippe Thiriart

En ce début d’année 2026, nous vous proposons de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et de revenir sur une sélection de films sortis dans nos salles obscures lors de l’année écoulée. Une sélection résolument orientée… cinéma de genre !

28 ans plus tard   ★★★
Danny Boyle (Royaume-Uni/Canada/États-Unis)

Après avoir passé la main à Juan Carlos Fresnadillo pour la première suite de son 28 jours plus tard, Danny Boyle reprend les commandes pour cette deuxième suite tardive. Moins axé sur l’action que l’opus précédent, celui-ci délivre une leçon de vie et de mort, le réalisateur de Trainspotting mettant en scène un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. L’approche ne manque pas d’intérêt et permet d’éviter une redite. Le film est parsemé de bonnes idées visuelles et symboliques, telles la longue digue qui se recouvre d’eau (qui rappelle celle de La Dame en noir) ou les colonnes d’ossements. Depuis le phénomène The Walking Dead, difficile d’inventer une histoire postapocalyptique avec des zombies/infectés sans que cela nous fasse penser, d’une manière ou d’une autre, à cette série. Et, de fait, l’effet « long épisode de luxe de The Walking Dead » n’est pas évité (le garçon qui fait penser à l’enfant de Rick, les différentes petites communautés qui se sont retranchées dans des endroits plus ou moins sûrs, etc.). Une petite frustration à pointer : le poème déclamé sur des images de guerre est bien vu, mais on s’attendait à ce qu’il revienne plus tard pour accompagner une scène dramatiquement forte, à la façon de la bande-annonce du film. On ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont passés à côté d’un moment très intense en ne faisant pas cela. Tant qu’on y est, les toutes dernières minutes, qui appellent une nouvelle suite (sortie voici trois semaines), laissent dubitatif. Ça part un peu trop dans le délire. Pour un post-nuke italien des années 80 ou un délire à la RKSS (Turbo Kid), d’accord, mais pas pour un 28… plus tard ! En dehors de cela, le film commence étonnamment par annuler la direction prise par les dernières secondes de son prédécesseur : la Grande-Bretagne est en quarantaine, dans le reste du monde la situation est revenue à la normale, et l’action se recentre sur une petite île britannique et ses environs. Les infectés ont eu le temps d’évoluer et se subdivisent désormais en plusieurs catégories : les rampants, obèses qui se nourrissent de vers ainsi que d’autres petits bestioles peu rapides, et les « classiques » avec, à leur tête, les alphas, particulièrement dangereux. Les décors sont beaux, le jeune acteur Alfie Williams, qui interprète Spike, le personnage principal, est fort convaincant, et le chemin de ce dernier croisera celui d’un personnage très intéressant, un médecin que l’on dit avoir sombré dans la folie… En clair, 28 ans plus tard n’est pas une claque et ne retrouve pas l’efficacité de 28 semaines…, mais il contient suffisamment d’éléments dignes d’intérêt pour que l’on s’y arrête.

Alpha   ★★
Julia Ducournau (France/Belgique)

Comme on le verra aussi dans la critique de Together, le body horror est à la mode ces temps-ci, et voici encore un autre film qui vient le confirmer. Ici, Julia Ducournau le traite à la sauce drame d’auteur social. Et pourquoi pas, après tout ? Alpha est intéressant, avant tout pour la qualité de l’interprétation de ses acteurs et actrices (notamment Tahar Rahim, Golshifteh Farahani et Mélissa Boros), mais aussi pour son travail sur l’image et son approche personnelle du thème. Maintenant, c’est sûr, les amateurs du genre horrifique peuvent éprouver un plaisir plus grand et plus direct quand le body horror est traité à la Brian Yuzna ou à la David Cronenberg des débuts.

Black Phone 2   ★★★
Scott Derrickson (États-Unis/Canada)



Scott Derrickson signe une suite réussie de son propre film qui, pour rappel, était basé sur une nouvelle de Joe Hill (le fils de Stephen King). Tout d’abord, il a l’intelligence de ne pas suivre la même structure narrative que le premier. Trop de suites ne sont que des variations, pour ne pas dire des remakes déguisés, du film original. Cet écueil est évité. Sur le plan visuel, la photographie et le travail sur le grain de l’image (qui permet de distinguer les rêves de la réalité) donnent un cachet appréciable au film. Les décors de neige et de glace apportent eux aussi, à leur manière, une impression de nouveauté dans cet univers. Techniquement abouti, Black Phone 2 réussit également à générer de l’émotion, notamment grâce à la bonne prestation de Madeleine McGraw dans le rôle de Gwen (la sœur de Finn), sur qui le film est focalisé. Enfin, la dimension cauchemardesque, qui est centrale, rend l’ensemble fort goûtu. Le vilain, toujours campé par Ethan Hawke, devient plus que jamais une sorte de Freddy Krueger. Pour ne rien gâcher, Scott Derrickson ne lésine pas sur le gore, sans en faire trop non plus. Le seul défaut notable, c’est un côté répétitif dans le déroulé des événements. Black Phone 2 reste, globalement, assez enthousiasmant pour les amateurs d’horreur fantastique.

Bugonia   ★★★
Yorgos Lanthimos (Irlande/Royaume-Uni/Canada/Corée du Sud/États-Unis)

Bugonia est le remake, signé Yorgos Lanthimos, du film coréen Save The Green Planet! (2003). Après Pauvres créatures, Emma Stone retrouve le réalisateur grec pour un rôle très différent. Elle incarne cette fois-ci une PDG très en vue qui se fait enlever par deux pauvres gars persuadés qu’elle fait partie de l’élite d’une race extraterrestre qui a envahi la Terre à l’insu de tous en ayant pris l’apparence des humains. L’idée de ces deux gugusses est de la persuader de gré ou de force, quitte à recourir à la torture, d’obtenir une entrevue avec le big boss des aliens afin de plaider la cause des humains. Délires complotistes ou réalité ? Le film repose pour beaucoup sur un sacré trio d’acteurs : outre Emma Stone déjà citée, Jesse Plemons (The Irishman, Affamés) livre une prestation assez hallucinée en « bouseux » qui va jusqu’au bout de ses idées, même si celles-ci paraissent complètement farfelues, et Aidan Delbis, acteur débutant, campe un simplet qui suit son cousin dans ses plans fous, restant dans l’ombre de ce dernier. Lanthimos signe un film plus accessible que ses précédents, bien que ceux-ci ne soient pas non plus inaccessibles, qu’on pourrait qualifier de bon remake. Cela dit, on reste davantage émerveillé par son Pauvres Créatures.

Conjuring : L’Heure du Jugement   ★★
Michael Chavez (États-Unis/Royaume-Uni/Canada)

Quatrième Conjuring (sans compter les films dérivés de la franchise), cette Heure du Jugement est réalisée par Michael Chavez, un habitué de cet univers, déjà aux commandes de Conjuring : Sous l’emprise du diable, La Malédiction de la Dame blanche et La Nonne : La Malédiction de Sainte-Lucie. Si le classicisme de sa mise en scène n’est pas déplaisant, il commet cependant l’erreur de trop régulièrement s’attarder inutilement sur ses séquences, allongeant la durée du film à 2h15, durée exagérée pour ce genre de productions. En outre, la confrontation finale ne répond pas à toutes les attentes créées par l’introduction du film. Il n’est pas mauvais pour autant, mais peut-être que James Wan aurait dû revenir au poste qu’il occupait sur les deux premiers Dossiers Warren.

Dangerous Animals   ★★
Sean Byrne (Australie/États-Unis/Canada)



Dangerous Animals marque le retour du réalisateur australien Sean Byrne, dont on n’avait plus entendu parler depuis bien trop longtemps. Découvert à la toute fin des années 2000 avec le très bon The Loved Ones, il avait fallu attendre 2015 pour qu’il sorte un deuxième long métrage, The Devil’s Candy, qui, injustement, n’est pas parvenu jusqu’à nos contrées. Depuis, plus rien… jusqu’à aujourd’hui. Il y a plus prolifique !
Comme l’indique le pluriel du titre, il n’y a pas qu’une seule espèce animale dangereuse dans ce film. La question qu’il pose et à laquelle il répond est : qui, entre le requin et l’homme, est le plus dangereux ? On a donc un mélange entre film de psycho-killer et film d’attaques animales assez bien vu. Après une introduction efficace nous mettant bien dans le bain et annonçant la couleur, le script suit la jeune femme qui, après avoir passé une super nuit avec sa rencontre du jour, se fait enlever par un sadique qui va la séquestrer dans son bateau.
Le résultat est un petit film d’horreur efficace, avec un bon méchant (in)humain (important, ça, d’avoir un bon méchant !), que l’on pourrait décrire un peu rapidement comme la rencontre entre Wolf Creek et Les Dents de la mer. En moins marquant, bien sûr. De quoi passer un bon moment au cinéma, sans non plus se prendre un uppercut. Le fait qu’il ait bénéficié d’une sortie en salles est encourageant ; espérons que cela permettra à Sean Byrne de rapidement enchaîner avec un autre projet dans le cinéma de genre.

Destination finale : Bloodlines   ★
Zach Lipovsky/Adam B. Stein (États-Unis/Canada)

Ce sixième volet de la franchise Destination finale suit Stefani Reyes, jeune femme hantée par un cauchemar récurrent dans lequel elle voit ses grands-parents périr avec de nombreuses autres personnes dans l’effondrement d’un restaurant panoramique. Contre l’avis de reste de sa famille, elle décide de se rendre chez sa grand-mère, qui vit en recluse, pour l’interroger sur ce qui la tracasse.
Des effets numériques qui tuent l’horreur couplés à une incapacité à dramatiser les morts qui surviennent donnent ce film qui manque cruellement d’impact sur ses spectateurs. Hormis cela, il y a quelques éléments funs. Et un qui ne l’est pas du tout : on peut y voir une des dernières apparitions à l’écran de Tony Todd (Candyman), décédé entre-temps. Apparition qui fait mal à voir, car l’acteur iconique y est très amaigri et affaibli par la maladie. Mais ses dernières paroles avant de disparaître résonnent de manière particulière…

L’Élue   ★★★
Osgood Perkins (Canada/États-Unis)

Un séjour romantique dans un luxueux chalet sis au milieu des bois se mue en expérience angoissante pour Liz, qui, laissée seule une journée, se met à voir et à ressentir des choses mystérieuses et épouvantables. Osgood Perkins, fils d’Anthony Perkins, remarqué ces derniers temps pour Longlegs et The Monkey, est de retour en salles avec ce film scénarisé par Nick Lepard (Dangerous Animals). Il filme ses plans avec grand soin, offrant beaucoup de belles images, prend le temps d’installer son ambiance en y allant progressivement, par petites touches insolites, scrutant ses décors avec une insistance telle qu’on comprend qu’il y a quelque chose de louche, et dirige bien ses acteurs, Tatiana Maslany (déjà présente dans The Monkey) et Rossif Sutherland (demi-frère de Kiefer Sutherland, vu par exemple dans Esther 2 : les Origines) en tête. Le final présente des idées visuelles horrifiques stimulantes, dont une créature aux multiples visages assez perturbante. Un film réussi, se nourrissant de folk horror.

Évanouis   ★★★
Zach Cregger (États-Unis)



Un beau jour, ou plutôt une nuit, tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un seul, disparaissent sans laisser de trace. La population locale, sous le choc, va nourrir des soupçons vis-à-vis de l’institutrice de cette classe, point commun entre les différents élèves. Mais comme celle-ci est bien placée pour savoir qu’elle n’y est pour rien dans cette affaire, elle va mener sa propre enquête… Évanouis, Weapons en VO, constitue l’une des agréables surprises de cette année 2025 en matière d’horreur. Ce film est étonnant à plus d’un titre. Sa structure narrative n’est pas linéaire. Il est découpé en chapitres et chaque chapitre suit un personnage différent pour montrer comment il vit les faits. Ensuite, il combine en équilibriste différentes tonalités, entre drame, humour et épouvante, des touches d’humour qui ont déstabilisé certains spectateurs. Le réalisateur et scénariste Zach Cregger parvient très bien à rendre cette histoire réellement intrigante. On est vraiment curieux de connaître l’explication. Et celle-ci, qu’on ne révélera pas, implique une figure du genre qu’on a plaisir à retrouver dans ce contexte. Bien interprété et relativement original, ce film a connu un très beau succès, au point que son studio planche déjà sur une préquelle.

Good Boy   ★★
Ben Leonberg (États-Unis)

Good Boy propose une situation maintes fois vues dans les films d’horreur : une maison isolée au milieu des bois dans laquelle il se passe des phénomènes inquiétants. Mais toute l’originalité réside dans son approche : faire du chien, Indy, fidèle compagnon de l’humain qui se cloître dans cette vieille bâtisse, le personnage principal du film (qui ne compte d’ailleurs quasiment pas d’autres personnages), et dans la mise en scène qui en découle, la caméra épousant le point de vue du chien. Ce dernier est l’animal de compagnie du réalisateur dans la vraie vie et cela se ressent. Leonberg le traite comme un véritable acteur et c’est impressionnant de voir ce qu’il est arrivé à lui faire faire. En clair, le chien mériterait un Oscar ! Surtout que son rôle est touchant. On ne dira pas pourquoi, pour ne pas trop en révéler. Comme les acteurs humains dans pareille situation, Indy a peur, s’inquiète, fait des cauchemars, se prend quelques jump scares, etc., mais ses spécificités canines sont aussi prises en considération : son instinct et son flair lui permettent de détecter des choses inquiétantes que son maître ne voit pas. Hélas, ce concept fort aurait mieux convenu à un court métrage qu’à un long car au bout d’un moment, on commence à trouver le temps long, alors que le film ne dure qu’1h12 ! Trop de minimalisme : très, très peu de personnages, un manque d’interactions entre humains, peu de décors différents, etc. Cela dit, jolie fin, émouvante sans en faire trop.

Maldoror   ★★★
Fabrice du Welz (Belgique/France)

Maldoror est une fiction librement inspirée de l’affaire Dutroux. Fabrice du Welz a eu beaucoup de courage de s’emparer ainsi de ce sujet. On suit un jeune gendarme idéaliste qui, en plein contexte de disparitions inquiétantes de fillettes, va être intégré à l’opération secrète Maldoror, consistant à surveiller un criminel. Les limitations et dysfonctionnements de la voie officielle vont le pousser à transgresser les ordres et à mener son enquête personnelle. Ce film est bouleversant. Difficile de s’en remettre. Plus traumatisant que cent films d’horreur réunis. Tout le travail sur la suggestion et le jeu avec ce que le spectateur sait de la vraie affaire est intelligemment mené. Le danger d’un tel film, c’est qu’à chaque fois qu’on y repense après coup, notre esprit risque de se glacer et de se sentir souillé. Maldoror n’a pas eu le succès qu’il méritait et c’est dommage, car au-delà de la dureté de son sujet, c’est du bon cinéma.

Marche ou crève   ★★
Francis Lawrence (États-Unis/Canada)



Cette adaptation d’un vieux roman de Stephen King réussit à maintenir notre intérêt tout du long, et donc à ne pas générer d’ennui, alors que tout le film peut se résumer par des gens qui marchent et qui parlent entre eux. Le concept même de cette histoire est aussi sa limite : ça manque un peu de variété. Le plus intéressant, c’est sa dimension de satire politique. Pas mal mais nous ne le classerons pas parmi les films marquants de cette année cinéma 2025.

La Nuit des clowns   ★★
Eli Craig (États-Unis/Luxembourg/Royaume-Uni/Canada)

Un père et sa fille ado, Quinn, viennent s’installer dans la petite ville de Kettle Spring, sise au milieu de vastes étendues de champs. Quinn va rapidement se lier d’amitié avec une bande d’amis youtubeurs qui a mauvaise réputation dans le coin. Bientôt, d’inquiétants clowns vont s’adonner à un véritable massacre en ces lieux campagnards… Adaptation du roman américain A Clown in a Cornfield d’Adam Cesare, La Nuit des clowns est un pur slasher qui, à aucun moment, n’essaie d’innover un tant soit peu. De son accumulation de figures et de scènes déjà vues et revues ailleurs émerge néanmoins un vrai respect du genre et de ses codes, qui pourra faire mouche chez les fans de slashers. Une volonté de s’inscrire dans une tradition, une certaine générosité dans les meurtres et un rythme enlevé associé à une durée non excessive en font un petit divertissement pas désagréable. Cependant, quand on sait que c’est Eli Craig qui a réalisé ce film, c’est-à-dire l’homme qui avait fait Tucker & Dale fightent le mal, devenu une référence de la comédie horrifique de la transition entre les années 2000 et 2010, au point que les Coréens en ont récemment tiré un remake réussi (Handsome Guys, présenté l’année dernière au Festival International du Film Fantastique, le BIFFF), on ne peut qu’éprouver une pointe de déception.

L’Œuf de l’ange   ★★★★
Mamoru Oshii (Japon)

Quel plaisir de découvrir sur grand écran ce film d’animation japonais datant de 1985 grâce à cette ressortie ! Ce film de Mamoru Oshii (Ghost In The Shell, Avalon) est une merveille visuelle. Les décors et les arrière-plans sont absolument superbes. La ville-fantôme que traverse l’héroïne rappelle l’ambiance du cœur historique de certaines vieilles villes du nord de la Belgique, ambiance qu’on retrouve par exemple dans le chef-d’œuvre du fantastique belge Malpertuis. On y suit une jeune fille tenant un gros œuf à la provenance mystérieuse, traversant un monde en ruine seulement peuplé d’images-souvenirs. Elle rencontre un homme aux intentions floues qui va la suivre. Ce n’est pas un film d’animation destiné aux enfants. Pas que son contenu soit choquant, mais il est exigeant. Son rythme est posé, il n’y a pas beaucoup d’action ni de dialogues. Et son sens est assez cryptique. Il convoque la mythologie chrétienne (le Déluge, l’ange, etc.), utilise pas mal de symboles (l’œuf peut symboliser l’espoir, par exemple) et nous réserve une fin vertigineuse. Quelque peu hermétique mais envoûtant. S’il est encore joué près de chez vous, laissez-vous tenter, c’est une belle expérience !

Predator : Badlands   ★★
Dan Trachtenberg (États-Unis/Australie/Nouvelle-Zélande/Canada/Allemagne)



La saga cinématographique des Predator en est désormais à six films live action, un film d’animation (Predator: Killer of Killers) et deux crossovers (Alien vs. Predator et Alien vs. Predator: Requiem). Soucieux de ne pas refaire ce qui a déjà été fait, Dan Trachtenberg a opté pour un scénario où le personnage principal est un Predator et où les humains sont absents (tous les personnages à l’apparence humaine qui y interviennent ne sont que des androïdes). À l’exception du début, l’histoire se passe sur une planète étrangère, tant pour le Predator que pour les spectateurs. La découverte de la faune et de la flore de cette planète excessivement dangereuse constitue l’aspect le plus enthousiasmant du film. Celui-ci peut être vu comme un agréable divertissement d’aventure science-fictionnel à grand spectacle. Cependant, les personnages souffrent d’une caractérisation qui fait trop film d’animation à la DreamWorks, Disney (et pour cause…) et Cie, avec le compagnon du héros trop bavard (comme l’Âne dans Shrek), cf. Thia, du moins dans un premier temps, la petite créature au design mignon facilement marketable, etc. L’apparence même du héros extraterrestre, qui a fait polémique lors de la découverte de la bande-annonce, n’est pas terrible, mais est cohérent avec l’intention du réalisateur : choisir pour personnage principal un gringalet qui ne mériterait limite pas de vivre selon les critères de son espèce. Globalement, le ton sombre et le côté crade du film originel font ici défaut. Les partis pris de Trachtenberg ont un effet de démythification regrettable du Predator hyper dangereux et implacable.

Résurrection   ★★★★
Bi Gan (Chine/France/États-Unis)

Dans le but de rester immortels, les humains ont cessé de rêver. Les quelques personnes qui s’adonnent encore aux songes sont appelées les Rêvoleurs. Une dame, La Grande Autre, rencontre un de ceux-ci et va explorer ses rêves avec, pour objectif, de le comprendre.
Prix spécial du Jury du Festival de Cannes 2025, Résurrection, écrit, réalisé et monté par le Chinois Bi Gan, est un véritable OFNI, objet filmique non identifié. Il constitue un énorme hommage au cinématographe lui-même, chacune de ses cinq parties rendant son tribut à une époque différente et à un genre spécifique du septième art, doublé d’une réflexion bouddhiste et d’un travail en profondeur sur chaque sens. D’une ambition folle et d’un résultat artistique à couper le souffle, ce film est plus qu’un film : c’est une leçon de cinéma et sur le cinéma. La musique, signée par les Français de M83, vient draper le tout d’une sensibilité idoine. L’un des films forts de l’année 2025.

Running Man   ★★
Edgar Wright (Royaume-Uni/États-Unis)

Les adaptations de romans et de nouvelles de Stephen King se portent très bien. Juste après Marche ou crève, voici qu’a débarqué sur nos grands écrans Running Man, deuxième adaptation du même écrit après celle des années 80 avec Arnold Schwarzenegger. Force est de constater qu’il existe de nombreux points communs entre Marche ou crève et Running Man (futur dystopique, jeux suivis par le peuple où il y a de très fortes chances d’y laisser la vie…). C’est donc assez cocasse, ces deux sorties rapprochées. L’acteur principal, Glen Powell, a clairement l’étoffe du nouveau beau gosse star du cinéma d’action et il réussit bien à faire ressentir la rage envers le système, incarnée par son personnage. Le réalisateur Edgar Wright a pondu un film furieux. Néanmoins, on est en droit de préférer sa « trilogie Cornetto » (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la fin du monde) et son envoûtant Last Night In Soho.

Sinners   ★★★
Ryan Coogler (États-Unis/Australie/Canada)



Le réalisateur des Black Panter se frotte à l’horreur vampirique et accouche d’un formidable film sur l’amour du blues.
Années 30, État du Mississippi. Le jeune Sammie cueille le coton le jour et joue de la gratte le soir. Un jour, il tombe sur ses cousins Smoke et Stack, des jumeaux qui étaient partis à Boston jouer les gangsters, mais qui sont de retour au bercail pour repartir de zéro en créant un club dédié au blues. Le jeune homme est engagé par ses cousins pour animer la soirée. Après tous les préparatifs, la fête bat enfin son plein quand le mal fait soudain son apparition, attiré par le chant extraordinaire qui s’élève de l’âme de Sammie…
Immersif, Sinners sent la sueur, la chaleur et le sexe (il n’est pas érotique, mais il aborde le sujet sans ambages). Certains spectateurs ont été frustrés de ne pas avoir eu droit à un Une nuit en enfer, bien que la situation y fasse penser. Ceux-là n’ont pas compris quel était le véritable cœur du film. Au fond, peu importe que la dimension horrifique ne soit pas la plus percutante de l’ensemble. Il parle tellement bien de la passion pour la musique, des racines de la musique afro-américaine, et donc d’une partie de la culture de cette communauté, qu’on peut bien lui pardonner ses éventuelles imperfections. Solidement interprété et mis en scène (ce plan-séquence quand le chant fait se mêler les différentes époques !), Sinners a pu bénéficier des moyens nécessaires à son ambition, et ça fait plaisir de voir un projet aussi atypique se concrétiser et débouler dans nos salles.

Substitution – Bring Her Back   ★★★
Danny et Michael Philippou (Australie)

Après La Main (Talk To Me en VO), qui avait été très bien reçu par les fans de films d’horreur, les frères australiens Danny et Michael Philippou sont de retour avec Substitution – Bring Her Back, toujours sous l’égide de la société A24.
On y suit un frère adolescent et sa sœur malvoyante qui découvrent leur père mort dans leur salle de bain. Désormais orphelins, et passablement traumatisés, ils vont être recueillis par une femme vivant dans une maison isolée. Cette dame, qui se targue d’être psychologue, a un plan très tordu en tête…
Ce film d’horreur assez âpre et viscéral aborde les thématiques de la maltraitance infantile, du deuil et de la gestion d’un handicap. Dans le rôle de la mère adoptive psychotique, Sally Hawkins (La Forme de l’eau) est épatante. Le reste du cast, limité en nombre, est également convainquant. Le petit « plus » glauque qui fait plaisir ? L’insertion de séquences regardées en VHS, montrant un rituel impie, agréablement perturbantes. Les Philippou abordent le genre avec amour et sérieux, s’intéressant à leurs personnages au moins autant qu’aux événements épouvantables qui leur arrivent, ce qui est rarement une mauvaise approche ! Face à la généralisation des sorties « direct-to-(S)VOD », nous voulions partager ce plaisir simple de pouvoir découvrir pareil film au cinéma.

Together   ★★★
Michael Shanks (Australie/États-Unis)

Décidément, le body horror a le vent en poupe ces derniers temps ! Après The Substance, Else, The Ugly Stepsister et d’autres encore, Together apporte sa pierre à l’édifice. Dans Else, l’animé fusionnait avec l’inanimé, ici, en une sorte de variante du concept, l’animé fusionne avec l’animé. On voit tout de suite où le film veut en venir, et, à vrai dire, il fonctionne aussi bien littéralement qu’en tant que métaphore du couple fusionnel. Le script s’attache à décrire toutes les étapes par lesquelles passe le couple : le contexte de départ, la cause, la première surprise, les tentatives de cacher la situation à la partenaire, le moment où ce n’est plus possible de la cacher, les réactions respectives, etc. Les deux acteurs principaux, sur lesquels tout repose, rendent ce couple crédible et pour le moins… attachant ! Rafraîchissant.

Until Dawn : La Mort sans fin   ★★
David F. Sandberg (États-Unis/Hongrie)



Un groupe d’amis se rend dans un endroit reculé à la recherche de réponses à propos de la mystérieuse disparition d’une des leurs, survenue un an auparavant.
Cette adaptation de l’univers du jeu vidéo Until Dawn commence comme un slasher avec boucles temporelles à la Happy Birthdead, mais sans la dimension comédie, puis surprend en explorant différents sous-genres de l’horreur au gré de ses boucles. Pour une fois, les mêmes événements ne se reproduisent pas encore et encore : à chaque fois, c’est différent. Idée appréciable car les personnages ne savent pas anticiper ce qui va leur tomber dessus et cela crée plus de surprise pour les spectateurs. Une série B horrifique généreuse avec son public, notamment concernant le gore.

Top 3 2025

1. Résurrection (Bi Gan)



Pour son ambition artistique, son sens esthétique, sa diversité d’approches au sein de son unité et son amour pour le cinéma qu’il transmet de manière magnifique.

2. L’Œuf de l’ange (Mamoru Oshii)



Pour sa beauté envoûtante, la qualité de son animation et de sa direction artistique, son sens du surréalisme et le vertige que sa résolution provoque chez le spectateur.

3. Maldoror (Fabrice du Welz)



Pour son audace et la puissance des émotions qu’il fait jaillir.

Belle suite d’année ciné 2026 !

Sandy Foulon

Photo de couverture : Résurrection

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Nous vous souhaitons une année 2026 cinémagique, qui marquera nos… 15 ans d’existence !

Nous vous souhaitons une année 2026 cinémagique, qui marquera nos… 15 ans d’existence ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite une merveilleuse année 2026 !

Une année que nous voulons pour vous, une nouvelle fois, cinémagique, mais pas que !

Puisse-t-elle être parsemée de grands et de petits bonheurs pour vous et pour les personnes qui sont chères à votre cœur, et voir vos rêves se réaliser. Sans perdre de vue, naturellement, la situation mondiale actuelle, extrêmement préoccupante, que nous souhaitons tellement voir s’améliorer, avec une priorité donnée à la fin des conflits armés et de la détresse, quelle qu’elle soit, dans laquelle vivent de nombreuses personnes. Avec, toujours, une place centrale accordée à un véritable vivre-ensemble.

Quoi de mieux, pour vous présenter nos vœux 2026 en mode « en cinémascope », que de donner la parole à quatre acteurs et actrice du cinéma ?

Nous avons ainsi tendu notre micro :

– au comédien Benoît Poelvoorde (La Bonne Étoile, C’est arrivé près de chez vous, Le Tout Nouveau Testament, Adoration, Saint Amour),

– à la comédienne Elsa Houben (Le Cœur noir des forêts, Jeunes mères, Comme ça, tu sais),

– au comédien, réalisateur, scénariste et producteur Pascal Elbé (La Bonne Étoile, Tête de Turc, Un cœur simple), et

– au réalisateur, scénariste, auteur et professeur de cinéma Frédéric Sojcher (l’ouvrage Anatomie du Cinéma, les films Le Cours de la vie et Climax).


Pour En Cinémascope, 2026 est une année très spéciale car nous fêterons, avec vous, nos 15 années d’existence.

Nous ne manquerons pas de célébrer cet anniversaire dignement avec, entre autres, un grand concours exclusif vous permettant de remporter des cadeaux, petits et grands, qui seront au nombre de… 15. Forcément !

Et comme de coutume, nous couvrirons une série de Festivals de cinéma, de cérémonies célébrant sa vivacité, d’événements en lien avec cet art qu’on dit être le septième, et de sorties de films dans les salles obscures, en Blu-ray et en DVD, sur les plateformes et en télé.

Vous l’avez compris : pour vivre ensemble, en 2026, le cinéma avec passion, nous vous donnons rendez-vous sur le site, encinemascope.be, ainsi que sur les réseaux sociaux, où nous vous invitons à nous rejoindre :
Instagram,
YouTube, et
Facebook !

À très bientôt et, une nouvelle fois, magnifique année 2026 à vous !

Jean-Philippe Thiriart et toute l’équipe de En Cinémascope

Crédits vidéo
Captation : Geoffrey Baras et Vinnie Ky-Maka
Montage : Geoffrey Baras

MR. NOBODY a 15 ans : retour sur l’œuvre de Jaco Van Dormael avec notre Minute Cinéma et notre critique de son film majeur

MR. NOBODY a 15 ans : retour sur l’œuvre de Jaco Van Dormael avec notre Minute Cinéma et notre critique de son film majeur 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Voici 15 ans, sortait dans nos salles Mr. Nobody. Nous avons dès lors choisi, en ce dernier jour de l’année, de vous inviter à revenir sur l’œuvre de celui qui fait partie de nos réalisatrices et réalisateurs de cœur, Jaco Van Dormael, en faisant un focus sur son film majeur. Cela à travers notre Minute Cinéma qui leur est dédiée, ainsi qu’en vous proposant une critique du film.

Notre Minute Cinéma


Notre critique de Mr. Nobody


« Quand on doit faire un choix, il n’y a jamais seulement deux options possibles mais une infinité qui découlent des deux premières. »
Jaco Van Dormael

Mr. Nobody   ★★★★

Réalisé par Jaco Van Dormael
Avec Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham

Science-fiction, drame

2h21 (film sorti en salles initialement)
2h38 (director’s cut : version longue sortie dans un second temps)

Le synopsis

Un enfant sur le quai d’une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu’il n’a pas choisi, tout reste possible.

Toutes les vies méritent d’être vécues.

Un coup de cœur énorme

Parmi les longs métrages que nous avons eu tantôt le bonheur, tantôt le déplaisir, de visionner, figurent, au top cinq de ceux qui nous ont le plus touché Le Grand Bleu, Le Temps des gitans, Old Boy, Le Premier jour du reste de ta vie et, en tête de ce quintet, depuis le 20 novembre 2009 et sa découverte en vision de presse, Mr. Nobody. L’avant-dernier long métrage de Jaco Van Dormael est depuis devenu notre film de chevet.

Le moins que l’on puisse écrire est que Jaco Van Dormael a su se faire rare. Voilà treize ans qu’on attendait, alors, la sortie du dernier bébé de ce perfectionniste : le complètement fou Mr. Nobody, film sur la vie, sur le doute, mais avant tout sur les choix et leur complexité.

Budgété à 50 millions d’euros, le film en aura finalement coûté un peu plus de 30. Il a été tourné en six mois, d’abord en Belgique, puis en Angleterre et au Canada et, enfin, en Allemagne. Un an de montage a ensuite été nécessaire pour finaliser l’œuvre.

Nous rejoignions entièrement Philippe Godeau, le producteur de Jaco Van Dormael depuis Toto le héros, lorsqu’il dit que son ami est d’abord un poète, avant d’être un metteur en scène : « Jaco ne fait pas de discours mais nous fait sentir, vivre et revivre. C’est un tour de force. ». Le cinéma étant l’art de montrer et non de dire, nous ne pouvons qu’abonder dans son sens. Les larmes viennent à plusieurs reprises lors du visionnage de Mr. Nobody. Nous avons tenté de les retenir, en vain…

Les acteurs et actrices


« C’est un cadeau merveilleux d’avoir été invité dans cette famille [qu’est l’équipe de Jaco] pour vivre cette aventure. »
Jared Leto

L’interprétation des acteurs est très juste. À commencer par celle de Jared Leto, qui a mis à profit la fatigue pour réussir à atteindre ces moments de grâce où il perd le contrôle pour devenir son personnage, celui de Nemo Nobody, le personnage le plus complexe qui lui a été donné d’incarner.

Quant à Diane Kruger, Anna à l’écran, c’était la deuxième fois qu’elle interprétait un rôle de mère, après celui qu’elle avait incarné dans Pour elle, du Français Fred Cavayé. Et elle le fait avec un rare talent.

Sarah Polley est, elle, plus que crédible en mère dépressive. Très enthousiaste, elle dit n’avoir jamais été aussi heureuse sur un plateau que sur celui de Mr. Nobody alors qu’elle est en pleurs lors de pas mal de ses passages à l’écran.


« C’est dans ces moments-là que le métier d’actrice devient le plus beau métier du monde. »
Sarah Polley

Sans oublier Linh Dan Pham, dont le personnage est, comme le dit Jaco Van Dormael, sans doute le plus dramatique du film.


Soulignons enfin la maturité du jeu des jeunes Toby Regbo et Juno Temple qui sont, à l’écran, Anna et Nemo adolescents.


Toby Regbo et Juno Temple

La musique


Pierre Van Dormael a composé la bande originale du film
« Le son s’adresse à l’inconscient, il change l’image et laisse imaginer tout ce que l’on ne voit pas. »
Jaco Van Dormael

La musique originale du film a été composée par le frère de Jaco Van Dormael, qui n’est autre que le grand jazzman Pierre Van Dormael. Décédé peu avant la finalisation du film, Pierre Van Dormael est l’orchestrateur de la musique des trois premiers longs métrages de son frère. Il est parvenu à apporter au film un savant mélange de simplicité et de complexité. Deux morceaux reviennent à plusieurs reprises, interprétés par des musiciens différents : Mr. Sandman et la Pavane op. 50. Si Mr. Sandman était présent dès l’écriture du scénario, la majorité des autres morceaux du film sont venus s’ajouter par après.

L’image

Le film, qui a bénéficié d’un montage de un an, est littéralement époustouflant au niveau visuel. Avec Mr. Nobody, Jaco Van Dormael réinvente le terme « flash-back ». Nous avons été frappés par les très beaux procédés filmiques auxquels le réalisateur a eu recours dans cette petite merveille pour les yeux. Jaco Van Dormael a tout pensé avec une précision incroyable : une vie filmée de façon à obtenir à l’écran une fusion de deux charges amoureuses, une dans laquelle on joue sur la distance, une maniant avec efficacité la technique du hors-champ, une entièrement floue ou encore une où tout est net. Jaco Van Dormael est en outre parvenu à proposer un futur très crédible. Pour ce faire, il a surtout pu compter sur l’aide de trois personnes-clés : la décoratrice Sylvie Olivé, le dessinateur François Schuiten, qui a imaginé ce futur, et Louis Morin, responsable des effets spéciaux et réalisateur deuxième équipe.

Le choix de l’anglais

Un travail important a été effectué au point de vue de la traduction du scénario et des dialogues du film. Celui-ci semble en effet avoir été écrit et dialogué directement en anglais alors que Jaco Van Dormael a écrit le film en français, sauf quand certaines idées ou certains dialogues lui venaient directement en anglais.


« Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix mais seulement la manière de les vivre. »
Jaco Van Dormael

Laissez la magie opérer !

Crédit photos, hormis celle de Pierre Van Dormael : Pan-européenne – Chantal Thomine Desmazures

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite un excellent réveillon de nouvel an et vous dit… à l’année prochaine, sur notre site, encinemascope.be, et sur les réseaux sociaux : Instagram, YouTube et Facebook.

Une année lors de laquelle nous fêterons, à l’instar du film culte mis en avant ce jour, nos quinze ans !

Jean-Philippe Thiriart

RIEN D’INSOLUBLE fête ses 20 ans avec notre interview de son réalisateur, Xavier Seron !

RIEN D’INSOLUBLE fête ses 20 ans avec notre interview de son réalisateur, Xavier Seron ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Cette année 2025 marque le vingtième anniversaire du court métrage Rien d’insoluble, réalisé par le Belge Xavier Seron, et de sa première projection internationale au sein de la compétition Corto Cortissimo de la 62e Mostra de Venise.

L’occasion, pour nous, de revenir sur ce film singulier qui portait, déjà, la patte d’un des meilleurs réalisateurs que compte le cinéma belge. Atypique et bouleversant, Rien d’insoluble nous donne notamment à découvrir deux acteurs hyper talentueux, magnifiquement dirigés : Jean-Jacques Rausin et Cédric Lenoir.

Notre interview de Xavier Seron autour de son court métrage Rien d’insoluble

Si Xavier Seron a réalisé deux longs métrages de fiction (Je me tue à le dire et Chiennes de vies) et coréalisé un long métrage documentaire (Dreamcatchers, avec Cédric Bourgeois), il a aussi réalisé différents courts métrages, parmi lesquels Sprötch, et coréalisé cinq autres : Le Crabe (avec Christophe Hermans), Mauvaise Lune, L’Ours noir et Le Plombier (avec Méryl Fortunat-Rossi) et Les Tubes (avec Matthieu Donck).


Jean-Jacques Rausin et Cédric Lenoir, magnifiquement dirigés par Xavier Seron dans Rien d’insoluble


Vous désirez en apprendre davantage sur l’œuvre de ce cinéaste aussi doué qu’attachant ? Nous vous invitons alors à découvrir nos :

Minute Cinéma consacrée à Chiennes de vies et au cinéma de Xavier Seron,

passage en radio lors duquel nous mettions également un coup de projecteur sur ces derniers,

rencontre avec Xavier, peu après son troisième Magritte du Meilleur court métrage de fiction, pour Sprötch, après ceux qui lui ont été décernés, ainsi qu’à son coréalisateur Méryl Fortunat-Rossi, pour L’Ours noir et Le Plombier, et


Les cheveux au vent ? En noir et blanc, forcément !


rencontre avec Xavier et ses camarades réalisatrices et réalisateurs du premier volume de La Belge Collection : Laura Petrone et Guillaume Kerbusch, Guillaume Senez et Ann Sirot et Raphaël Balboni.

Jean-Philippe Thiriart

Retour sur la sortie Blu-ray de LEE MILLER, avec… notre interview de Kate Winslet !

Retour sur la sortie Blu-ray de LEE MILLER, avec… notre interview de Kate Winslet ! 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

En cette période très spéciale qu’est Noël, article… spécial, lui aussi, aujourd’hui, avec l’interview de celle qui est incontestablement, à nos yeux notamment, la plus grande actrice de sa génération : une certaine Kate Winslet !

Les Blu-ray et DVD d’un de ses tout derniers films, Lee Miller, sortis voici quelques mois, est l’occasion pour nous de publier notre rencontre avec celle qui a initié ce film et le porte véritablement sur ses épaules.

Bon visionnage !


Jean-Philippe Thiriart

ANATOMIE DU CINÉMA, LE cadeau de Noël idéal ! – Interview de Frédéric Sojcher

ANATOMIE DU CINÉMA, LE cadeau de Noël idéal ! – Interview de Frédéric Sojcher 1280 720 Jean-Philippe Thiriart

Un·e ami·e ou un membre de votre famille sont fans de cinéma et/ou de lecture. Vous réalisez que nous sommes à un peu plus d’une semaine de Noël. Vous souhaitez les gâter. Oui mais voilà, vous n’avez pas (encore) trouvé LE cadeau qui viendra les combler…

C’est là que En Cinémascope intervient, avec une excellente idée pour combler de joie le destinataire de votre générosité : le dernier ouvrage de Frédéric Sojcher, sorti il y a peu !

Réalisateur, scénariste, écrivain et enseignant, le Bruxellois maîtrise le sujet du septième art comme peu. Pour preuve, son livre Anatomie du Cinéma (Ce qu’il faut savoir avant de se lancer), paru aux Éditions Nouveau Monde.

Pour vous donner envie d’offrir ou, pourquoi pas, de vous offrir, à vous, cet ouvrage de référence, nous sommes partis à la rencontre de ce multi casquetté.

Résultat : plus d’un quart d’heure en compagnie de ce personnage à la fois intéressant et attachant. Pour le moins.

Bon visionnage, et bonne attende de Noël, aussi !
Une semaine, qu’on vous disait…

Jean-Philippe Thiriart

LA BONNE ÉTOILE : interviews de Benoît Poelvoorde et de Pascal Elbé

LA BONNE ÉTOILE : interviews de Benoît Poelvoorde et de Pascal Elbé 1800 1200 Jean-Philippe Thiriart

Ce mois-ci, sort en salles La Bonne Étoile, le nouveau film de Pascal Elbé. Le Français y porte plusieurs casquettes : celles de réalisateur, de scénariste, de coproducteur, mais aussi d’acteur.

Il interprète en effet un des rôles principaux de cette comédie dramatique, aux côtés, entre autres, de notre Benoît Poelvoorde national, et des comédiennes françaises Audrey Lamy et Zabou Breitman.

Nous sommes partis à la rencontre des deux comparses.

Résultat ? Des interviews fort différentes mais qui s’avèrent, toutes deux, riches d’enseignement.

Avec un Benoît Poelvoorde en grande forme, c’est peu de le dire, et un Pascal Elbé, certes plus posé, mais pas moins intéressant pour autant !


À vous, à présent, de découvrir La Bonne Étoile dans les salles belges ou françaises !

Jean-Philippe Thiriart

Crédits photos
En Cinémascope – Vincent Melebeck

Crédits vidéos
Journaliste et Montage : Jean-Philippe Thiriart
Captation : Geoffrey Baras

Merci à Sofía Marroquín Simar et à Marie-France Dupagne !

Pascal Elbé et Benoît Poelvoorde, tout sourire, tandis que ce dernier invite son réalisateur à rejoindre notre équipe

Le Festival Cinéma Interdit revient à Bruxelles ce week-end !

Le Festival Cinéma Interdit revient à Bruxelles ce week-end ! 1439 2048 Jean-Philippe Thiriart

Nos lecteurs assidus connaissent désormais l’existence du Festival Cinéma Interdit puisque nous avions publié un article sur ce jeune festival l’année dernière. Aujourd’hui, vendredi 5 septembre, dès 18h30, débute la nouvelle édition bruxelloise de cet événement plutôt orienté underground.

Il en existe, pour rappel, deux déclinaisons différentes : une parisienne, qui a lieu à la fin du printemps au Club de l’Étoile et qui en était cette année à sa troisième édition, et une qui se tient dans la capitale belge, au Cinéma Aventure, à deux pas de la Grand-Place et qui, elle, en sera à sa deuxième édition. Cette particularité permet de toucher des publics différents.

L’organisateur du Festival, connu sur YouTube sous le pseudonyme d’Azz l’épouvantail, porte à lui seul ce projet à bout de bras. Son but ? Partager sa passion pour le cinéma d’horreur radical et faire ainsi découvrir au public des films qu’il n’aura souvent pas l’occasion de voir ailleurs sur grand écran.

Ces 5, 6 et 7 septembre, l’Aventure se transformera donc en temple de l’Horreur. L’invité principal sera le réalisateur japonais Noboru Igushi, là tout au long du week-end, qui viendra présenter The Machine Girl, Cannibal Girls, Hypertrophy Genitals Girl et Tales of Bliss and Heresy, et reviendra sur sa carrière lors d’une masterclass.

Toujours du côté du Japon, les spectateurs pourront aussi venir découvrir The Unsolved Love Hotel Murder Case Incident, qui sera accompagné du court métrage 2 Girls 1 Gut (à ne pas confondre avec la vidéo 2 Girls 1 Cup).

Le reste du monde sera représenté par la suite sud-africaine du film gore culte Street Trash, 1978, des frères argentins Luciano et Nicolás Onetti (Abrakadabra), l’allemand Bark, de Marc Schölermann et, enfin, le français Que ton règne vienne, documentaire de Mathias Averty.

Pour plus d’informations, nous vous renvoyons vers la page de l’événement, sur le site du Cinéma Aventure.

Bon Festival !

Sandy Foulon

Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgique

Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgique 904 1320 Jean-Philippe Thiriart

Voici un peu plus de trois mois, se clôturait la 18e édition de l’Offscreen Film Festival, qui s’est déroulée du 12 au 30 mars à Bruxelles, avec quelques prolongements en avril via ses délocalisations (Offscreen Liège du 1er au 11 avril, double séance namuroise le 6 avril). Ce fut l’occasion de s’immerger dans le côté sombre du folklore britannique et irlandais, d’explorer les facettes étranges et provocatrices du cinéma grec, de se souvenir que la Belgique possède aussi ses sympathiques trublions (Picha, Boris Szulzinger) et, en plus de ces importants volets rétrospectifs, de découvrir de nouvelles productions de diverses contrées, souvent hors normes, en avant-première. Un bon cocktail d’ancien et de récent, d’underground et de classiques, de longs et de courts, le tout servi en des lieux, eux aussi, fort variés (le cinéma Nova, Cinematek, l’Aventure, le Ritcs : plusieurs salles, plusieurs ambiances).

Ce fut aussi l’opportunité de rencontrer toute une série d’invités. Le réalisateur Thibault Emin est par exemple venu présenter Else, l’équipe de Reflet dans un diamant mort a assisté à la belle avant-première de ce nouveau film de Hélène Cattet et Bruno Forzani, le Britannique Robert Wynne-Simmons a introduit son The Outcasts ainsi que La Nuit des maléfices de Piers Haggard, dont il a signé le scénario, Miguel Llansó est venu pour son nouveau film, Infinite Summer, mais était aussi présent pour une mini rétrospective en son honneur, sans oublier notre Picha national ! Le samedi 15 mars après-midi, des conférenciers se sont succédé pour parler de folk horror sous différents angles. Jacques Spohr, quant à lui spécialiste du cinéma d’exploitation grec, a captivé le public avec ses connaissances pointues et son art de la présentation, notamment lors de séances organisées en partenariat avec le Wet Kingdom Film Club.

Côté pratique, certains soirs, les festivaliers pouvaient se restaurer au bar du Nova, qui faisait, pour ces occasions, table d’hôtes. De la bonne nourriture saine servie à un prix démocratique. Un concept convivial pas assez mis en avant. Nous souhaitions préciser cela.

La petite bourse de cinéma d’occasion, organisée dans le sous-sol du Nova, a permis de chiner des DVD, Blu-ray, affiches et livres. Un rendez-vous qui fait toujours plaisir aux collectionneurs !

Mais revenons aux films en eux-mêmes, avec un retour sur une sélection choisie de la programmation de cette 18e édition du Festival.


All You Need Is Death   ★★
Paul Duane (Irlande)

Un jeune couple, Anna et Aleks, collecte les chansons traditionnelles irlandaises. Un jour, ils tombent sur une piste qui a l’air particulièrement intéressante : une mystérieuse dame âgée connaîtrait une très vieille chanson dont les paroles sont dans une langue antérieure au gaélique. Mais leur quête va les mettre en danger, car une malédiction est attachée à cet ancien chant.

Paul Duane, qui a essentiellement réalisé des courts métrages, des épisodes de séries télévisées, des clips et des documentaires musicaux, signe un film d’épouvante original et immersif. Il mêle folk horror et épouvante gothique, avec une touche de body horror. Bien entendu, la dimension musicale est importante et bien travaillée. On ne saurait trop conseiller de regarder All You Need Is Death en V.O. afin de maximaliser le « bain linguistique », vu l’importance accordées aux sonorités langagières. À mentionner tout de même, une légère déception quant à la fin, qu’on aurait espérée plus impressionnante, même si la proposition de Duane (réalisateur, mais aussi scénariste du film) se défend également.

Arcadia   ★★
Paul Wright (Royaume-Uni)

Arcadia est un documentaire expérimental que l’on doit à Paul Wright, réalisateur, producteur et scénariste britannique auteur de plusieurs courts métrages et du long métrage de fiction For Those In Peril, présenté à Cannes dans le cadre de la 52e Semaine de la Critique en 2013. Datant de 2017, Arcadia consiste en un montage d’images d’archives notamment tirées du British Film Institute (téléfilms, public information films, etc.) qui retrace l’évolution de la relation entre les Britanniques et leur terre sur un siècle. Le sens est assez cryptique, le spectateur n’est pas pris par la main, c’est à lui à deviner ce que le réalisateur veut signifier par cette accumulation tumultueuse d’images. On y voit, par exemple, des nudistes, des danseurs Morris, des paysans travailler les champs au début du vingtième siècle, des personnes s’adonnant à quelques rites païens, des rave parties… Le tout est accompagné de musiques produites par Adrian Utley (Portishead) et Will Gregory (Goldfrapp), musiques qui aident grandement le spectateur à se laisser bercer – presque hypnotiser – par ces images. Wright joue du contraste entre une certaine nostalgie du rapport primitif à la terre et une crainte liée aux conséquences de l’industrialisation du pays. Un propos identitaire et écologique coulé dans une forme originale. Arcadia, c’est une œuvre filmique qui se vit et ne se raconte pas. Une expérience bizarre dont l’Offscreen Film Festival a le secret.


Arcadia   ★★★
Yorgos Zois (Grèce/Bulgarie/États-Unis)

Il ne s’agit pas d’une erreur de notre part, il y a bien eu deux films différents intitulés « Arcadia » programmés cette année. Celui-ci est une pure fiction, une avant-première qui avait sa place dans le module « Weird Greece » qui regroupait aussi bien des films plus ou moins récents du courant appelé « Greek Weird Wave » (Canines de Yorgos Lanthimos, Pity de Babis Makridis…) que de purs films d’exploitation des années 60 et 70 (Island of Death de Nico Mastorakis, The Wild Pussycat de Dimis Dadiras…). Yorgos Zois conte l’histoire d’un couple qui se rend dans un village côtier grec afin d’identifier le corps d’un accidenté de la route. Dans ce long métrage, on apprend que les fantômes ne savent pas ôter les chaussures qu’ils portaient de leur vivant et qu’ils doivent s’adonner à des actes sexuels pour pouvoir se remémorer leur passé. Des idées loufoques pour une comédie ? Non, il s’agit bien d’un drame fantastique dans lequel le réalisateur fait montre d’une jolie sensibilité qui rend l’ensemble touchant malgré ce côté décalé. Le ton du film est donc sérieux, la démarche de Zois, sincère, et la direction d’acteurs, tout à fait adéquate. Vangelis Mourikis, qui a déjà une carrière de plusieurs décennies derrière lui, possède une bonne présence physique ; on se souviendra de son visage.

Dead Mail   ★★★
Joe DeBoer et Kyle McConaghy (États-Unis)

Dans les années 80, un employé de la poste spécialisé dans les courriers perdus reçoit un bout de papier maculé de sang sur lequel est écrit un appel à l’aide. Il va tout mettre en œuvre pour trouver d’où provient cette singulière missive. Super bien écrit, Dead Mail nous fait passer du point de vue d’un personnage à l’autre et mêle différents genres ainsi que différentes émotions. Étonnant, malin, original et touchant, ce film bénéficie d’une interprétation savoureuse de la part des multiples acteurs principaux et d’un joli rendu d’image à l’ancienne mimant le grain de la pellicule 16 mm. Les personnages sont attachants, la direction artistique, adéquate (même les affreux papiers peints lui confèrent un certain charme), et le rythme ne faiblit pas, tout comme l’intérêt du spectateur, qui est constamment relancé. Il y est question, entre autres, de passion (passion pour les synthétiseurs, passion pour son travail…), de solitude, de débrouillardise et de volonté de contrôle. Une très sympathique découverte parmi les « Offscreenings », le module qui regroupe les avant-premières.


Else   ★★
Thibault Emin (Belgique/France)

Multirécompensée, notamment au festival de Sitges, cette coproduction belgo-française a été mise à l’honneur par les organisateurs de l’Offscreen Film Festival en tant que film d’ouverture de cette 18e édition. Elle faisait partie, elle aussi, du module « Offscreenings ». L’histoire est celle d’Anx et Cass, qui vivent les débuts d’une idylle ensemble dans un monde comme le nôtre, si ce n’est qu’ils peuvent se connecter en deux clics à un vaste système de surveillance par caméras, appelé sans surprise « Big Brother ». Un étrange virus va faire son apparition, se transmettant par le regard et faisant fusionner le vivant à l’inanimé. Bravant le confinement qui s’est rapidement imposé, Cass va s’installer chez son nouvel amoureux afin de vivre à deux cette situation chaotique. Premier long métrage de Thibault Emin, qui adapte son propre court métrage, Else est une intéressante variation autour de la thématique du body horror, qui donne lieu à des visions impressionnantes (un chien ayant fusionné avec l’intérieur d’un mur, par exemple). Le réalisateur s’adonne à de nombreuses expérimentations visuelles (couleurs vs. noir et blanc, flou…), tandis que l’actrice Edith Proust (Cass) apporte une belle plus-value par son jeu d’une fraîcheur épatante. La fin, elle, nous a laissé plus dubitatif avec son esthétique qui tranche trop avec le reste.


Le Big Bang   ★★
Picha (France/Belgique)

Le Belge Picha (pseudonyme de Jean-Paul Walravens) ainsi que son comparse Boris Szulzinger, étaient célébrés par le festival via une rétrospective de leurs principaux faits d’armes et le documentaire de Luc Jabon Picha, envers et contre tout. On en a profité pour zieuter Le Big Bang (1987), sur lequel Picha est réalisateur et Szulzinger producteur. Dans ce film d’animation pour adultes, la surface de la Terre, bien amochée par la Troisième Guerre mondiale, est désormais divisée en deux continents : l’USSSR, peuplé par des hommes mutants russo-américains et Vaginia, où vivent uniquement des femmes. Fred, un super héros looser, qui gagne sa croûte en tant qu’éboueur de l’espace, est envoyé sur notre planète par les plus hautes instances afin d’éviter à tout prix une Quatrième Guerre mondiale qui apparaît comme imminente. Il croisera sur son chemin un dictateur obsédé par les postérieurs, des robots-Hitler, des robots-Valkyries, des danseuses de ballets parachutées du ciel, et on en passe. Un film d’animation irrévérencieux, grossier et ne s’excusant pas de l’être, où tout tourne autour du sexe et dont l’humour fonctionne souvent, mais pas toujours. Il se situe en dessous du niveau de Tarzoon, la honte de la jungle : il est tout à fait dans la même veine, mais en recycle plusieurs éléments (leader féminin aux innombrables seins…), ce qui le rend un peu moins novateur.


Reflet dans un diamant mort   ★★★
Hélène Cattet et Bruno Forzani (Belgique/Luxembourg/Italie/France)

C’est lors de cette édition du Festival qu’a eu lieu la première Bénélux de Reflet dans un diamant mort, en présence d’une grande partie de l’équipe du film.

N’hésitez pas à découvrir notre critique ici !

Vous retrouverez également, sur En Cinémascope, un article reprenant la critique de leur film précédent – Laissez bronzer les cadavres et du combo Blu-ray – DVD de celui-ci, ainsi qu’un long entretien avec les réalisateurs. Avec, en bonus, une interview express de Manu Dacosse, le directeur photo de tous les longs métrages qu’ils ont commis, leur premier film, Amer, inclus, dans le cadre de la présence aux Magritte du Cinéma de leur deuxième bébé : L’étrange couleur des larmes de ton corps.

Reflet dans un diamant mort

The Outcasts   ★★★
Robert Wynne-Simmons (Irlande/Royaume-Uni)

The Outcasts fait partie du module « The haunted isles : folk horror and the wyrd in the UK and Ireland », l’une des thématiques principales de cette dix-huitième édition de l’Offscreen Film Festival. Réalisée par le trop rare Robert Wynne-Simmons, scénariste de La Nuit des maléfices (Blood on Satan’s Claw), également programmé cette année, cette petite perle sombre constitue une bonne immersion dans l’Irlande rurale du début du dix-neuvième siècle et son folklore. Maura, jeune femme marginalisée, ne parlant presque pas, rencontre Scarf Michael en pleine forêt, lors de la nuit du mariage de sa sœur. Ce Scarf Michael est un violoniste itinérant faisant l’objet d’une légende rurale dont l’évocation fait frémir de terreur les villageois. Suite à des circonstances malheureuses, Maura sera accusée de sorcellerie… Avec sa beauté rugueuse, le film fait bien sentir la dureté de la vie de l’époque et parle de la peur de l’inconnu, du rejet de la différence et de la difficulté à s’affirmer. Bercé par une superbe B.O. folk, se déroulant sur un rythme posé et aidé par une interprétation pleine d’authenticité, il conjugue amour et mort en un tableau grave et touchant.


Sandy Foulon

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture :
Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisatrice et réalisateur de Reflet dans un diamant mort, au Nova
Crédit photo : Offscreen Film Festival

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES : critiques du film et du combo Blu-ray – DVD, et interview des réalisateurs

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES : critiques du film et du combo Blu-ray – DVD, et interview des réalisateurs 1280 777 Jean-Philippe Thiriart

Aujourd’hui, sort dans nos salles Reflet dans un diamant mort, le nouveau film du duo Hélène Cattet-Bruno Forzani. Avant de vous en livrer une critique, nous vous proposons un retour sur leur métrage précédent : Laissez bronzer les cadavres.

Au menu : critique du film, du combo Blu-ray – DVD, et interview des réalisateurs.

Et, en guise de petit plus, notre interview de Manu Dacosse, le directeur de la photographie du film, rencontré aux Magritte du Cinéma l’année où y était présent L’étrange couleur des larmes de ton corps, le deuxième long métrage de Hélène Cattet et Bruno Forzani, pour lequel il avait remporté le Magritte de la Meilleure image. Un prix qui lui a à nouveau été décerné, quatre en plus tard, pour son travail sur Laissez bronzer les cadavres.

Le film

Du Plomb en Or

Laissez bronzer les cadavres   ★★★★

Réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani
Scénario : Hélène Cattet et Bruno Forzani, d’après le roman Laissez bronzer les cadavres! de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid
Directeur de la photographie : Manu Dacosse
Avec Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Hervé Sogne, Bernie Bonvoisin, Pierre Nisse, Marc Barbé, Michelangelo Marchese

Thriller
1h30

Une bande de braqueurs dérobe 250 kilos d’or. Après le casse, les malfrats se voient contraints d’emmener deux femmes et un enfant, se rendant dans un village abandonné et reculé qui sert de planque à la bande. Mais l’arrivée de deux flics va bouleverser les plans de chacun et la retraite virera bientôt au carnage.

Avec ce troisième film, librement adapté du roman éponyme de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, le duo de réalisateurs Cattet-Forzani enfonce le clou et s’impose comme garant d’un cinéma de genre nouveau qui ne manque pas de rendre hommage aux anciens, gialli italiens en tête de liste.
Après Amer (2010) et L’étrange couleur des larmes de ton corps (2014), l’identité cinématographique du couple est confirmée par ce nouveau long métrage réalisé de mains de maîtres.

L’esthétique, si chère à la réalisatrice et au réalisateur, est encore une fois au premier plan de Laissez bronzer les cadavres. Au même titre que leurs deux films précédents, une influence du cinéma italien des années 70 ne peut être niée. Nous voilà donc ici en présence d’un ovni à la croisée des chemins entre film noir, polar et western.

Esthétique rime avec beauté plastique mais pas seulement. Certes, Cattet et Forzani attachent en effet énormément d’importance au rendu visuel de leurs films, avec la photographie éblouissante de Manu Dacosse (NDLR : la photographie d’Amer et de L’étrange couleur des larmes de ton corps, c’était déjà lui. Il avait d’ailleurs obtenu le Magritte de la Meilleure image pour son travail sur L’étrange couleur des larmes de ton corps : voir notre interview ci-dessous.) Mais ils ne s’arrêtent pas là, la bande-son jouant également un rôle prédominant dans l’atmosphère du film. Que ce soit la bande originale ou simplement les bruitages de scène (aaah, ce son envoûtant du cuir !), l’ensemble participe à l’œuvre et chaque aspect contribue à ce que l’objet filmique soit un réel plaisir des sens.

Manu Dacosse, lauréat en 2019 du Magritte de la Meilleure image pour son travail sur Laissez bronzer les cadavres
Crédit photo : Madame fait son Cinéma – Stéphanie Lannoy

Et ces sens, parlons-en. Le cinéma du duo est un cinéma sensoriel, charnel. La caméra ne se veut pas uniquement le vecteur de présentation des scènes mais représente un réel relais entre celles-ci et le spectateur, au point que ce dernier peut ressentir la chaleur plombante du soleil, les odeurs, les textures. La manière de filmer, les différents points de vue adoptés ou encore les gros plans sur des parties de corps (marque de fabrique des réalisateurs depuis leurs débuts) y sont évidemment pour beaucoup dans cette envie de faire participer celui ou celle qui se laisse prendre au jeu et peuvent très facilement reléguer au second plan un jeu d’acteurs parfois bancal.

Signalons que c’est le monteur son et coordinateur des effets visuels Daniel Bruylandt qui a collaboré avec le duo Cattet-Forzani sur leurs quatre longs métrages. Il remportait d’ailleurs, aux côtés de Yves Bemelmans, Benoît Biral et Olivier Thys, le Magritte du Meilleur son pour Laissez bronzer les cadavres. Il a aussi travaillé sur le son en postproduction de The Belgian Wave de Jérôme Vandewattyne, réalisateur de Slutterball et de Spit’n’Split, notamment.

Laissez bronzer les cadavres est un métrage résultant d’une certaine expérimentation en matière de mise en scène. Si chaque détail, chaque mouvement de caméra, chaque coup de feu a son importance, certaines idées et transitions de plan participent également à l’ambiance générale. Une très jolie preuve que le cinéma peut encore inventer. Et surprendre !

Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Le combo Blu-ray – DVD

★★★★

Bel objet pour le moins complet que ce combo Blu-ray – DVD de Laissez bronzer les cadavres, qui comprend le film en Blu-ray et en DVD, donc, ainsi qu’une série de bonus, et quels bonus ! Cinq interviews, la bande annonce et un teaser du film, le récit de tournage, écrit par le journaliste et critique de cinéma Christophe Lemaire sous forme de livret et, enfin, deux courts métrages du duo Cattet-Forzani : Santos Palace (2006) et O is for Orgasm (segment de The ABCs of Death, film à sketches d’horreur américano-néo-zélandais sorti en 2012).

Les interviews

Plutôt que de prendre eux-mêmes la parole, estimant peut-être qu’elle et il le font déjà entièrement à travers leurs films, Hélène Cattet et Bruno Forzani préfèrent ici la donner, pendant près d’une heure et demie, à quatre de leurs acteurs et actrices – Elina Löwensohn, Dominique Troye, Stéphane Ferrara et Bernie Bonvoisin -, et à Jean-Pierre Bastid, coauteur avec Jean-Patrick Manchette du roman éponyme de Laissez bronzer les cadavres, et Doug Headline, le fils de ce dernier, qui est aussi le producteur associé du film.

Elina Löwensohn établit un lien entre le cinéma de ses réalisateurs et les gialli, de Dario Argento notamment. Elle explique qu’avec eux, elle a le sentiment de faire du vrai cinéma et détaille leur processus créatif si spécifique. Elle qui « préfère faire des films où la personnalités des auteurs est présente », ne souhaite pas jouer dans « des films qu’on peut voir à la télé », et a un véritable amour pour la pellicule.

Ensuite, Dominique Troye, qui n’était plus retournée devant une caméra depuis 25 ans, jouant bien souvent des rôles pour le moins déshabillés, souligne entre autres à quel point ses réalisateurs sont complémentaires, après nous avoir parlé de sa rencontre avec eux et de la façon dont son rôle lui a été confié. Elle présente aussi, de manière fort intéressante, la conception d’un des dispositifs utilisés pendant le tournage, dont nous ne vous dirons rien de plus, de peur de divulgâcher une partie du récit, comme disent nos amis québécois.

Par après, Stéphane Ferrara, ancien champion de boxe « formé par Galabru », nous parle de sa rencontre avec Jean-Paul Belmondo, rencontre qui en a, elle-même, mené à une autre : celle de Jean-Luc Godard. Lui, pour qui la caméra doit aimer les acteurs, voit en Hélène Cattet et Bruno Forzani deux des membres de sa famille de cinéma, eux qui transgressent les règles du cinéma en faisant du grand cinéma à travers, ici, un film précurseur. Il nous parle alors, lui aussi, de son rapport à la pellicule.

Au tour du comédien rockeur Bernie Bonvoisin, par la suite, de nous parler de la manière de travailler de Hélène Cattet et Bruno Forzani, des « chabraques » dans l’univers desquels c’est « un privilège d’entrer ». Il explique combien il sentait sur le plateau, situé à 800 mètres d’altitude, « qu’il se passait quelque chose de différent », combien, quand on allait « se le prendre dans la gueule », ça allait être puissant. Il nous confie aussi qu’il a vu dans ce film des choses qu’il n’avait jamais vues auparavant.

Enfin, ce sont Jean-Pierre Bastid et Doug Headline qui, séparément, nous permettent d’en apprendre encore davantage sur le film.

Jean-Pierre Bastid, grand amoureux du cinéma américain de série B, nous retrace la genèse de l’ouvrage coécrit avec Jean-Patrick Manchette. Il évoque aussi, notamment, leur envie de cinéma, bien avant l’écriture de Laissez bronzer les cadavres !, livre dans lequel il voit un polar, certes, mais aussi un western.
Doug Headline, lui, nous fait part, entre autres, de la manière dont a été coécrit Laissez bronzer les cadavres !, une expérience d’écriture à la fois « assez hasardeuse et assez sympathique » d’un livre qui renferme un peu de commentaire social, ainsi que socio-culturel.

Jean-Philippe Thiriart

L’interview des réalisateurs

Bruxelles, Avenue Louise, Workshop Café. 8 janvier 2018, 17h.

C’est dans ce cadre détendu mais néanmoins propice au travail que nous avons rendez-vous avec les réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani à l’occasion de la sortie, le mercredi 10 janvier 2018, de leur troisième long métrage : Laissez bronzer les cadavres. Le sourire aux lèvres et tout en décontraction, les responsables des chefs-d’œuvre Amer et L’étrange couleur des larmes de ton corps ne seront pas avares en explications sur leurs méthodes de travail, leurs visions cinématographiques, leurs influences et la « carte blanche » qui leur sera consacrée au Cinéma Nova du 10 janvier au 25 février 2018. Un entretien des plus riches autour d’un thé, d’une eau gazeuse et d’un double espresso. Parce qu’on a beau être détendu, on n’en est pas moins sérieux.

En Cinémascope : Laissez bronzer les cadavres est votre troisième long métrage. Vous avez déjà une certaine notoriété auprès du public de cinéma de genre mais pour un public plus large, qui sont Hélène Cattet et Bruno Forzani ?

Bruno Forzani : Moi, j’ai l’impression que c’est Hélène qui a la réponse. (il rit)

Hélène Cattet : C’est assez difficile comme question. C’est vrai qu’on a un certain public mais j’ai l’impression qu’on touche un public déjà un peu plus large que celui du cinéma de genre. On a bien sûr un public fidèle au genre mais on passe aussi dans des festivals de films plus généralistes.

B.F. : Les spectateurs qui aiment le genre aiment peut-être nos films parce qu’ils y trouvent tous les ingrédients en termes d’érotisme ou de violence car on y va à fond. Et les gens qui aiment plus le cinéma d’auteur avec une recherche formelle ou esthétique y trouvent aussi leur compte parce qu’il y a aussi un gros travail à ce niveau-là. C’est un peu pour ça que nos films passent dans des festivals de films de genre mais aussi dans des musées d’art contemporain ou encore à l’UGC comme au Nova. C’est assez varié. C’est difficile à définir, ça mélange plein de choses.

Laissez bronzer les cadavres, un duel au soleil

E.C. : Ce film est adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce livre et vous a donné envie de l’adapter au cinéma ?

H.C. : Pour ma part, ce que j’ai aimé en le lisant, c’est que je l’ai trouvé d’emblée très cinématographique et très visuel. Tout y était déjà posé : les ambiances, presque les cadrages… c’était tout le temps dans l’action. Et cette action me faisait penser à des westerns à l’italienne. Je m’y suis vraiment retrouvée parce que, comme on aime beaucoup le cinéma de genre italien des années 70, j’ai vraiment eu des images qui me sont revenues de films à la Sergio Leone.

B.F. : Ce que moi, j’ai aimé, en lisant le livre, c’est que tout était raconté en termes d’espace et de temps. Donc c’était hyper cinématographique. Et ça rejoignait ce qu’on avait fait avant puisqu’on n’est pas du tout dans une approche psychologisante mais plutôt dans une optique comportementaliste où les personnages se définissent par leurs actions.

H.C. : Les personnages se racontent par ce qu’ils font. On comprend qui ils sont en les voyant agir et pas par des dialogues explicatifs. C’est vraiment cette action, leurs gestes, les choix qu’ils font, qui parlent des personnages et qui font tout avancer.

E.C. : Vous parliez de cinéma italien des années 70. Que ce soit dans Amer, dans L’étrange couleur des larmes de ton corps ou encore ici, dans Laissez bronzer les cadavres, on remarque bien que l’esthétique est prédominante chez vous, qu’elle soit visuelle ou sonore. L’influence de ce genre de cinéma est-elle encore assumée ou devient-elle ennuyeuse pour vous à force d’entendre dire que vos films sont des hommages aux gialli italiens ?

B.F. : Il y a deux choses en fait. Le côté années 70 est assumé parce qu’on est nés dans cette période-là. Mais c’était surtout une époque où le cinéma était en recherche, était très créatif. Tu as eu la Nouvelle Vague à la fin des années 60 et puis le cinéma de genre par la suite était quelque chose de créatif, ce n’étaient pas juste des produits, il y avait une vraie recherche. Donc, de ce point de vue-là, on est dans cette mouvance. Par contre, on ne perçoit pas vraiment ce qu’on fait comme des hommages à un truc qu’on aime bien. C’est quelque chose de plus viscéral. On se sert davantage d’un langage pour raconter des histoires personnelles.

H.C. : C’est vrai que ce cinéma nous a nourris et nous a inspirés mais je pense qu’on a digéré et oublié ces références, et maintenant elles sont en nous. Quand on fait un film, ça sort naturellement. C’est devenu notre vocabulaire, notre manière de faire.

E.C. : Vous parlez justement de ce qui vous a nourris. Quel est donc votre parcours cinématographique ?

B.F. : Ça a commencé quand on était petits avec ce qui passait à la télé genre King Kong, Charlot… Les premiers souvenirs que j’ai, c’est ça. Et puis après, au cinéma, j’ai vu les Walt Disney. Par la suite j’ai découvert Fellini avec La Dolce Vita vers mes dix ans. À partir de douze ans, j’étais à fond dans les films d’horreur, slashers et autres. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le cinéma de genre italien où, par rapport aux films américains qui étaient des produits sans surprise, tu avais vraiment de la mise en scène, la violence était exploitée de manière graphique et pas du tout puritaine. Ça donnait quelque chose de différent. Après cela, il y a eu Orange Mécanique. J’étais à cette époque en recherche d’adrénaline. J’entendais parler de ce film depuis que j’étais petit et je me le représentais un peu comme un summum de la violence. Alors que quand je l’ai vu, ce n’était pas un film violent mais plutôt un film sur la violence, ce qui m’a donné un autre point de vue. Et donc si tu me demandes mon parcours cinématographique, je te dirais que tout s’est un peu construit en allant de Charlot à Orange Mécanique.

Orange mécanique, un des films qui ont construit le réalisateur qu’est Bruno Forzani

H.C. : Pour ma part, c’est plus comme si j’avais trouvé un moyen d’expression. Je n’ai jamais été super à l’aise pour parler ou m’exprimer par le verbe. Donc quand j’ai découvert la manière dont on faisait des films, j’ai eu l’impression de trouver un moyen de dire les choses. C’est vraiment avec la pratique que j’ai appris. On a commencé à faire des courts métrages autoproduits, sans argent. On faisait ça avec les copains et on a appris petit à petit à faire nos films, à construire notre univers, à essayer des choses…
Les festivals nous ont aussi beaucoup aidés, soutenus, encouragés. Et grâce à eux, on a essayé de trouver un producteur. C’est comme ça qu’on a rencontré notre productrice, Eve Commenge, avec qui on a fait tous nos longs métrages.

B.F. : C’est aussi avec elle qu’on a fait notre dernier court, Santos Palace (2005).

H.C. : Ce court métrage a été notre première expérience avec un producteur. On a donc progressé à partir de là.

B.F. : On a appris de manière pragmatique et non intellectuelle. Comme on a commencé à faire les choses avec des moyens très pauvres, on ne pouvait pas faire tout ce qu’on avait dans la tête. On a donc toujours conçu les films par rapport aux moyens qu’on avait et pas par rapport à une idée folle.

H.C. : Pour les courts métrages, on n’avait rien du tout, pour ainsi dire. C’était vraiment le système de la débrouillardise totale et ça nous a appris à fonctionner d’une certaine manière. C’est comme ça qu’on a fait Amer.

B.F. : On voulait tourner en pellicule mais comme on n’avait pas d’argent pour en acheter, on l’a fait en diapositives comme Chris Marker dans La Jetée (NDLR : court métrage français sorti en 1962 et salué par la critique). On ne pouvait donc pas faire de prises de sons directes. Du coup, on a développé cette manière de faire le son en postproduction.

H.C. : Tous nos films sont faits comme ça. On n’a pas de preneur de son, donc tous nos films sont muets quand ils sont tournés et montés. Après, on recrée tous les sons avec un bruiteur.

B.F. : Il y a donc un deuxième tournage, qui est sonore.

H.C. : C’est pour ça que le son est aussi important, parce qu’il y a une étape où on ne travaille que ça.

E.C. : Ce qui marque chez vous, au niveau de la réalisation, c’est l’importance de chaque détail. Comme si chaque plan et chaque point de celui-ci participaient à la narration du film. On a l’impression que vous êtes de grands perfectionnistes…

B.F. : C’est un peu notre problème et du coup on souffre beaucoup. (il rit) La postproduction est donc un long tunnel de neuf mois.

H.C. : Il faut être un peu masochiste. C’est super dur mais on n’arrive pas à faire autrement. Chaque détail parle de l’histoire et des personnages donc chaque détail est important.

B.F. : Du coup, dans la manière de travailler, on est obligés d’être là en permanence dans le dos des gens et de les embêter. (il rit)

E.C. : Il y a aussi un côté très expérimental chez vous…

B.F. : Pour ma part, ce n’est pas quelque chose que je revendique mais c’est juste parce qu’on essaie de raconter nos histoires par la forme, par le montage et par des outils cinématographiques. Alors est-ce que c’est le cinéma qui est devenu plus pauvre maintenant et que dès que tu travailles un peu la forme et que tu utilises un peu ces outils, ça devient expérimental tellement le reste, ce n’est que des champs – contre-champs avec des personnes qui parlent dans une pièce, je ne sais pas. Mais moi, en tout cas, je n’ai pas la sensation de faire des films expérimentaux.

H.C. : Moi non plus mais je sais qu’on essaie d’utiliser au plus ces outils visuels et sonores. C’est vrai qu’on essaie des choses et on en « expérimente » d’autres quand même.

E.C. : Vous fixez-vous des limites dans ces mises en forme ?

B.F. : Moi, ma seule limite, c’est Hélène.

H.C. : Et moi, c’est Bruno. (ils rient) On s’arrête quand on est satisfaits et qu’on a réussi à faire passer tel ou tel sentiment. On aime raconter des choses avec un certain nombre d’éléments mais que ceux-ci ne soient pas totalement expliqués. On aime que le spectateur se crée aussi son histoire.

E.C. : Vous laissez une place à l’interprétation…

H.C. : Exactement ! Comme quand on lit un livre. On s’imagine des choses, on a sa place dans le livre. On veut que le spectateur ait aussi sa place dans le film et que chacun, en fonction de qui il ou elle est, de son expérience, de son bagage, s’imagine ou vive les choses un peu différemment que son voisin. Et, en même temps, ça reste une démarche collective parce que c’est quelque chose qu’on fait pour l’ensemble.

E.C. : Finalement c’est une démarche assez vendeuse pour vos films parce que ça signifie qu’on peut regarder plusieurs fois le film et le vivre peut-être différemment à chaque fois.

B.F. : On le fait dans cette optique-là, pour qu’à chaque fois que tu le revois, tu découvres de nouvelles choses et qu’il prenne plus de profondeur.

E.C. : Y a-t-il une dimension mystique, de rêves ou de fantasmes dans les histoires que vous racontez ?

H.C. : Tout à fait. C’est vrai que ce film-ci est un peu différent des autres mais on essaie de travailler sur les fantasmes des personnages…

B.F. : Et d’effacer la limite entre le rêve et la réalité.

H.C. : On essaie de jouer avec les frontières : passé-présent, rêve-réalité, fantasme-réalité…

E.C. : À ce propos, existe-t-il un rêve ou un fantasme cinématographique que vous aimeriez réaliser ?

B.F. : J’ai déjà l’impression qu’on l’a réalisé avec tout ce qui nous arrive en ce moment, le fait d’avoir fait des courts métrages et trois longs, que des personnes s’intéressent à ce qu’on fait, que ça procure des sensations aux gens, de les voir émus ou énervés à la fin du film…

Laissez bronzer les cadavres, ça va chier !

E.C. : Vous aimez susciter les réactions ?

H.C. : Nous, on aime bien avoir des réactions au cinéma. On aime ressortir en étant questionnés, perturbés, épuisés. En tout cas, en ayant vécu quelque chose qui nous fait réfléchir. C’est donc peut-être pour ça aussi qu’on fait de tels films.

E.C. : Pourriez-vous nous parler de la bande originale et de vos choix musicaux pour Laissez bronzer les cadavres ?

H.C. : Le thème principal vient du film La Route de Salina de Georges Lautner (1970).

B.F. : C’est un film français qui a été tourné à Lanzarote. Un peu particulier, parfois légèrement Quatrième Dimension et totalement hippie dans l’esthétique et dans la nudité des personnages. Et cette musique assez incroyable a été écrite par le chanteur français Christophe. Elle nous faisait énormément penser aux westerns de Sergio Leone et comme notre film est un peu un mélange de genres, on trouvait que cette musique était cohérente. Puis on a utilisé des vrais thèmes de westerns à l’italienne comme Le Dernier Face à face d’Ennio Morricone. (NDLR : extrait du film du même nom de Sergio Sollima (1967)) On a utilisé plusieurs thèmes de ce compositeur dans le film. Notre but était d’utiliser ces musiques parfois dans un autre contexte que celui pour lequel elles avaient été faites au départ. On en a par exemple utilisé une dans la phase de préparation du braquage dans le film, donc plus dans un contexte de polar que de western. Une autre provient de la période bruitiste d’Ennio Morricone. Quand il collaborait avec Dario Argento, donc purement giallesque expérimentale. Et une autre vient du giallo Qui l’a vue mourir ? (Aldo Lado, 1972) Le thème est assez atypique, avec des chœurs d’enfants. Et on l’a utilisé parce qu’on cherchait quelque chose d’un peu fiévreux pour la scène du duel. On avait essayé de l’utiliser à l’époque pour L’étrange couleur des larmes de ton corps mais ça ne collait trop au giallo et donc ça aurait eu ce côté hommage et référence qu’on ne voulait pas. Alors qu’ici, elle avait sa place et pouvait avoir une autre signification.

Le Dernier Face à face, plus qu’une source d’inspiration pour Hélène Cattet et Bruno Forzani

E.C. : N’est-ce pas trop difficile de faire des films à deux tout le temps ?

H.C. : Si, c’est super dur. (elle rit)

E.C. : Des conflits artistiques ?

H.C. : Oui, tout le temps. (elle rit)

B.F. : Après L’étrange couleur des larmes de ton corps, on ne pouvait plus se saquer. (il rit)

E.C. : Mais vous avez remis le couvert quand même…

B.F. : Oui, on a remis le couvert mais en partant sur une adaptation. On n’avait pas un scénario personnel.

H.C. : C’est la première fois qu’on adapte quelque chose mais c’était pour retrouver une manière plus légère de travailler. Comme les films précédents étaient très personnels et que, malgré tout, on a des points de vue et des univers différents, le but était de faire quelque chose où les deux soient satisfaits. Et parfois, c’est une lutte.

B.F. : Surtout que ce sont des films qui sont sensoriels, subjectifs, c’est donc assez difficile quand l’un ressent le truc et l’autre pas, parce que si tu ressens, tu ne peux pas expliquer à l’autre.

H.C. : C’est intéressant malgré tout, mais ce n’est pas la facilité.

Une carte blanche au Nova pour le duo de réalisateurs

E.C. : À partir de ce mercredi 10 janvier 2018, vous avez une carte blanche au Cinéma Nova. Quatre films seront projetés. J’aimerais terminer cette interview en vous demandant quelques mots sur chacun d’eux et sur ce qu’ils représentent pour vous.

B.F. : Il y a Bullet Ballet (Shin’ya Tsukamoto, 1998), un film au son assez puissant et au montage hyper « cut », dont tu ressors assez épuisé. Mais c’est une expérience que tu ne peux vivre qu’en salle. Les premiers films de Tsukamoto, je les avais d’ailleurs découverts au Nova. Tu parlais tout à l’heure de détails et j’avais lu une interview de Tsukamoto concernant Tetsuo 2 (1992) où il disait qu’un des grands maîtres japonais avait vu le premier Tetsuo (1989) et lui avait dit que ça manquait de détails. Il a donc fait Tetsuo 2 en y faisant plus attention et ça m’avait marqué.

H.C. : Il y a aussi Seul contre tous (Gaspar Noé, 1998, avec Philippe Nahon). C’est un film qui nous a réunis parce qu’on l’a vu ensemble au Nova, décidément, et c’est un film qui nous a donné quelque part le déclic pour commencer à faire des films sans argent. C’est un film qui est autoproduit et que Noé a fait par ses propres moyens. C’est en pellicule, c’est ingénieux, et la photo est magnifique.

B.F. : Et c’est en cinémascope ! (NDLR : ouiii : il l’a dit !) En termes de cadre, c’était hyper carré, fixe.

H.C. : Ça nous a beaucoup influencés dans la démarche et l’esthétique. Il est à la base de notre collaboration.

B.F. : C’est aussi une manière complètement transversale d’aborder le genre. C’est comme un « vigilante » mais raconté d’une autre manière.
Après, il y a Le Dernier Face à face de Sergio Sollima (1967) dont l’une des musiques se retrouve dans Laissez bronzer les cadavres. Par rapport aux westerns à l’italienne, il est moins graphique que les autres mais les personnages cassent un peu le mythe américain. Ils sont tous gris et tu n’as pas le gentil shérif et les méchants indiens. Au niveau de l’histoire, c’est aussi très prenant parce que c’est une autre manière de raconter cette histoire américaine.

Venus in Furs, dont le réalisateur, Jess Franco, a réalisé plus de 200 films

H.C. : Et le dernier c’est Venus in Furs (Jess Franco, 1969) pour le côté psychédélique, pop, 70s.

B.F. : Personnellement, je trouve que c’est un des meilleurs films de Jess Franco, même si je ne les ai pas tous vus puisqu’il en a fait 180 (il rit) (NDLR : Jess Franco est en fait crédité pour plus de 200 réalisations.) Après, en termes de pop, de costumes, d’iconographie de l’héroïne, d’effets… c’est très créatif. Il y a aussi le côté jazzy du film par sa musique et sa construction. Et pour Laissez bronzer les cadavres, on a aussi abordé l’esthétique avec un côté pop. Donc ce genre de films nous a aussi inspirés.
La carte blanche du Nova met ainsi en évidence quatre films qui représentent autant de facettes de notre approche.

Propos recueillis par Guillaume Triplet, avec la participation de Jean-Philippe Thiriart

L’interview de Manu Dacosse

Manu Dacosse, directeur photo, notamment, de tous les longs métrages de fiction belges de Fabrice du Welz depuis que le réalisateur de Calvaire et lui ont travaillé ensemble sur Alleluia (Adoration, Inexorable et Maldoror) avait remporté, en 2015, aux Magritte du Cinéma, le Magritte de la Meilleure image pour sa direction photo sur le deuxième long métrage de Hélène Cattet et Bruno Forzani : L’étrange couleur des larmes de ton corps.

En Cinémascope : Comment avez-vous travaillé avec votre duo de réalisateurs, Hélène Cattet et Bruno Forzani, sur L’étrange couleur des larmes de ton corps ?

Manu Dacosse : Ça fait 15 ans que je travaille avec Hélène et Bruno. Nous avons fait plusieurs courts métrages ensemble, dès que je suis sorti de l’école. Puis on a reçu des subventions et leur premier long métrage, Amer, s’est monté, lequel m’a ouvert d’autres portes.

Amer, qui était en lice aux premiers Magritte du cinéma…

Tout à fait. Ensuite, Fabrice Du Welz a vu ce film et m’a appelé pour Alléluia.

L’étrange couleur des larmes de ton corps est un film que Vincent Tavier, producteur d’Alleluia, notamment, aurait beaucoup aimé produire…

On fait un peu partie de la même famille. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément, tout comme le style des films qu’il produit. Et c’est vrai que je pense qu’il nous aiderait sans doute si on faisait appel à lui. On fait partie de cette même petite famille-là du cinéma de genre en Belgique.

Comment traduisez-vous à l’image les idées de vos réalisateurs. Elles sont parfois complètement folles. Un challenge pour vous ?

Ils ont des idées complètement folles mais c’est pour ça que je les aime ! (il rit) Ils me poussent toujours dans mes derniers retranchements et je n’ai pas de limite avec eux. C’est pareil avec Fabrice (du Welz) : on ne se donne pas de limite. On va au bout, on cherche et on pousse. Je fais d’autres films que l’on pourrait qualifier de plus commerciaux. Ici, il s’agit vraiment d’un cinéma de genre qui veut, à mon sens, se démarquer des autres cinémas. On pousse donc dans les limites.

Un mot sur le BIFFF, le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, si vous le voulez bien ?

J’aimerais bien y voir un de nos films sélectionné. J’y vais souvent et je trouve que c’est un très bon festival à l’excellente programmation. Je serais heureux qu’ils m’invitent. (NDLR : Manu Dacosse avait été, peu après, invité par le Festival, mais n’a finalement pas pu s’y rendre en raison de son emploi du temps.) Ils ont fait une conférence de directeurs photo voici deux ans qui était vraiment très intéressante. Ce sont des gens qui aiment le cinéma.

Trois raisons pour lesquelles il faut aller voir Alleluia, cette fois ?

Parce que c’est vraiment du cinéma.
Parce qu’on ne sort pas indemne du film.
Et parce que c’est un film très fort sur l’amour et ses dérives.

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiriart

Avec le soutien de

En Cinemascope
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