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Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY

Park Chan-wook, président du Jury du 79e Festival de Cannes : présentation du cinéaste sud-coréen et de son chef-d’œuvre, OLD BOY 1280 760 Jean-Philippe Thiriart

Tandis que la 79e édition du Festival de Cannes bat son plein, nous avons choisi de mettre en avant combien le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook se devait d’en être le président du Jury Longs Métrages. En se penchant sur son cinéma et sur la place majeure que le réalisateur coréen occupe au sein de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), ainsi que sur son film culte, Old Boy. Avec, entre autres, deux de nos vidéos : la Minute Cinéma qui leur est consacrée et l’interview du cinéaste lors du 35e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF).


Park Chan-wook au BIFFF, où il a été fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau
Crédit photo : 35e BIFFF – Francesco Serafini

Pourquoi Park Chan-wook est président du Jury à Cannes cette année

Vingt-deux ans après son Grand Prix à Cannes pour Old Boy, Park Chan-wook devient ainsi, cette année, le premier réalisateur sud-coréen à présider le Jury des Longs Métrages du Festival. Une consécration pour celui qui continue d’influencer le cinéma et la pop culture mondiale !

En 2004, surgissait un véritable ovni : Old Boy (올드보이). Un film choc à tous les niveaux : déflagration visuelle, humour noir, violence dérangeante et bande-son naviguant entre tango, valse et techno. Quentin Tarantino, alors président du Jury du Festival de Cannes, y défendit le film avec ferveur. C’est ainsi qu’à seulement deux voix près, Old Boy aurait décroché la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.

Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook retrouve la Croisette pour la cinquième fois, à présent en tant que président du Jury. Un moment historique pour ce cinéaste autodidacte, sans parcours académique en cinéma, devenu au fil des années l’un des habitués du Festival et de son palmarès : Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst, ceci est mon sang en 2009 et Prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022.

Pourquoi ce cinéma fascine-t-il autant ?

Après Old Boy, le cinéma coréen cesse d’être considéré comme marginal. Les productions sud-coréennes s’imposent désormais autant que les grandes productions occidentales. Park Chan-wook devient alors un des symboles majeurs de la Hallyu (la vague culturelle coréenne), aux côtés de Bong Joon-ho, le réalisateur de la Palme d’or 2019 : Parasite.

Leur point commun ? Des univers immédiatement reconnaissables : violence stylisée, intensité émotionnelle, critique sociale et récits imprévisibles. Mais, surtout, des films qui marquent durablement les spectateurs.

À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes pensées pour une standardisation mondiale des récits, le cinéma coréen a longtemps assumé sa singularité culturelle. Et c’est précisément cette identité forte qui lui a permis de devenir universel.

Une particularité qui influence le cinéma coréen

La Corée du Sud possède une particularité peu connue : les armes à feu y sont strictement interdites. Cette spécificité a fortement influencé le cinéma et les séries coréennes, poussant les scénaristes et réalisateurs à imaginer des scènes d’action plus physiques, inventives et chorégraphiées.

Les affrontements privilégient ainsi les poings, les couteaux ou les objets du quotidien plutôt que les fusillades classiques. Sans cette contrainte culturelle, la mythique scène du couloir de Old Boy n’aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.

À l’origine : un manga japonais

Pour la petite histoire, Old Boy est adapté d’un manga écrit par Garon Tsuchiya (alias Karibu Marei) et illustré par Nobuaki Minegishi, publié en 1997.


Park Chan-wook transformera profondément le personnage principal. Il renomme d’abord le héros Oh Dae-su, un nom pouvant être traduit par « avancer un jour à la fois », et en fait un homme pathétique, incapable de gérer correctement son enfermement. Une approche très différente du manga original, où le personnage apparaît beaucoup plus froid et impassible.

Autre changement majeur : dans le manga, le protagoniste n’est ni marié, ni père de famille. Deux détails loin d’être anodins puisqu’ils transforment profondément le récit… et surtout son final !

Quand BTS rend hommage à Old Boy

Depuis plus de vingt ans, la Corée du Sud développe une stratégie culturelle redoutablement efficace. Cinéma, séries, musique, mode ou jeux vidéo : la « K-culture » est devenue l’une des industries culturelles les plus influentes au monde.

Après Old Boy, le triomphe mondial de Parasite, Palme d’or en 2019, donc, puis Oscar du meilleur film l’année suivante, marque un nouveau tournant historique. Dans le même temps, Squid Game conquiert les plateformes mondiales, tandis que la K-pop devient un phénomène planétaire, porté notamment par le groupe BTS.

Difficile, dès lors, de ne pas voir un symbole dans le clip hommage de BTS reprenant le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy. Notez que le groupe y remplace le célèbre marteau du film par plusieurs objets emblématiques de la culture coréenne.

Le clip de BTS, hommage à Old Boy

Cette référence illustre parfaitement la manière dont la pop coréenne s’appuie sur le prestige du cinéma sud-coréen pour nourrir son propre imaginaire. Chaque succès renforce alors les autres, faisant de la Hallyu un véritable écosystème culturel.

La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et cette année, en le choisissant pour présider son Jury des Longs Métrages, le Festival de Cannes rend hommage à l’un de ses plus grands génies artistiques : Park Chan-wook !

Samantha Pirard

Un autre regard sur Old Boy

Avec notamment, au casting, le trio d’acteurs et d’actrice composé de Choi Min-sik, Yoo Ji-tae et Gang Hye-jung, Old Boy fait partie de la trilogie que Park Chan-wook a choisi de consacrer à son thème le plus cher : la vengeance. Initiée en 2003 avec Sympathy for Mr. Vengeance, cette saga comprend, outre Old Boy, le film Lady Vengeance, commis en 2005.

Précisons d’emblée que si chacun des films de cette trilogie est rudement efficace, Old Boy en est sans conteste la pièce maitresse.


Choi Min-sik, percutant pour le moins, est le Oh Dae-su de Park Chan-wook

Si Old Boy s’inscrit quelque peu dans la même lignée que Kill Bill : Volume 1, le film du réalisateur sud-coréen n’a rien à envier au travail de Tarantino. Il méritait d’ailleurs à Cannes, cette année-là, tellement plus la Palme d’Or que le très bon Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. On ne réécrit pas l’histoire.

Old Boy fait partie de ces œuvres qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Jouissif au possible, d’une grande violence – nécessaire à son scénario en béton –, clos par un final dantesque et porté par un acteur principal au sommet de son art en la personne de Choi Min-sik, qui avait déjà brillé dans le film Ivre de femmes et de peinture, le film mérite absolument les quatre étoiles que nous lui accordons !

Bienvenue en enfer !

Jean-Philippe Thiriart

Notre Minute Cinéma

N’hésitez pas à découvrir la Minute Cinéma de En Cinémascope dans laquelle nous vous proposons une présentation critique de Old Boy et de son réalisateur, ainsi que de l’expo qui célébrait, voici un peu plus de deux ans, au Cinéma Galeries, les 20 ans du film.

J.-Ph. T.

Notre interview de Park Chan-wook

Enfin, nous nous invitons à visionner notre interview de Park Chan-wook au 35e BIFFF. Non sans remercier Haetal Chung, du Centre Culturel Coréen de Bruxelles, interprète ce jour-là de Park Chan-wook !

J.-Ph. T.

Photo de couverture : Lee Seung-hee

Le 44e BIFFF est mort, vive le BIFFF ! Retour sur le palmarès et critiques de films primés

Le 44e BIFFF est mort, vive le BIFFF ! Retour sur le palmarès et critiques de films primés 1800 1200 Jean-Philippe Thiriart

Le 44e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) s’est clôturé le samedi 18 avril au Palais 10 du Heysel avec l’annonce du palmarès, suivie de la projection de Obsession, pépite horrifique réalisée par Curry Barker, dont nous vous proposerons la critique dans notre prochain article. La soirée s’est ensuite poursuivie avec le traditionnel Bal des Vampires.

Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Accueillant plus de 60 000 spectateurs, soit une hausse de près de 30%, le BIFFF a, une nouvelle fois, mis à l’honneur une série d’œuvres audacieuses et innovantes du cinéma de genre, venant confirmer, une fois de plus, la richesse et la diversité du cinéma fantastique, mettant en lumière des talents émergents comme confirmés.

Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Le palmarès

Longs métrages

Compétition internationale

Golden Raven (Corbeau d’Or) : Never After Dark de Dave Boyle
Silver Ravens (Corbeaux d’Argent) : Tristes Tropiques de Hoon-jung Park (voir critique ci-dessous) et Nirvanna The Band The Show The Movie de Matt Johnson

Compétition européenne

Silver Melies (Méliès d’Argent) : Nightborn de Hanna Bergholm
Mention spéciale : Pinocchio Unstrung de Rhys-Frake Waterfield

Compétition Black Raven (Corbeau Noir – Compétition Thrillers)

Black Raven : Sicko (voir critique ci-dessous) de Aitore Zholdaskali
Mention spéciale : Zhazha de Darkhan Tulegenov

Compétition Emerging Raven (Corbeau Émergeant – Compétition Premiers et deuxièmes films)

Emerging Raven : Mārama de Taratoa Stappard (voir critique ci-dessous)
Mention spéciale : Mum, I’m Alien Pregnant de THUNDERLIPS (voir critique ci-dessous)

Compétition White Raven (Corbeau Blanc – Compétition présentant des films qualifiables de « singuliers »)

White Raven : You Are the Film de Makoto Ueda
Mention spéciale :Yesterday Island de Sam Voutas (voir critique ci-dessous)

Prix de la Critique

Yesterday Island

Le Jury de la critique, composé de Francis De Laveleye, Jessica Matthys et Geoffrey Claustriaux, aux côtés de Jonathan Lenaerts, Communication manager et Film manager du Festival
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Prix du Public

You Are the Film

Courts métages internationaux

The Quinta’s Ghost (El Fantasma de la Quinta) de James A. Castillo

Courts métrages européens

Méliès d’Argent : Bait (Señuelo) de Marta G. Ayerbe

Courts métrages belges

Grand Prix et Prix du Jury jeunesse : Drosera de Maud Carpentier et Boris Tilquin



Mention spéciale du Jury : Once in a Full Moon de la Bande James Bond

Mention spéciale du Jury jeunesse : Home Sweet Home de Émilie Devetter et Nicola Florin

Prix BeTV : Les Immaculés de Émilie Devetter et Baptiste Pelletier

Prix du Jury Cinergie : La Rivière des Ourses de Anaïs Mauzat

Jean-Philippe Thiriart

Nos critiques de films primés

Mārama   ★★
Taratoa Stappard (Nouvelle-Zélande)

S’il possède de vraies qualités, ce film ne parvient pas à complètement convaincre. On ne peut pourtant pas lui retirer sa bonne volonté et son envie de traiter un sujet fort. L’actrice principale livre une prestation sensationnelle, portant le film avec intensité. Le récit suit, au 19e siècle, une femme d’origine maorie enquêtant sur son passé, dans une quête de vengeance personnelle. La photographie est belle et soignée, mettant bien en valeur les décors naturels. Cependant, le rythme se révèle très lent, parfois mou, et peine à maintenir l’attention sur la durée. Mārama ne dépasse pas l’heure et demie et parvient tout de même à ennuyer, ne décollant véritablement que dans sa dernière partie. L’ensemble n’est donc pas mauvais mais reste loin d’être extraordinaire.

Jules de Foestraets

Mum, I’m Alien Pregnant   ★★
Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)


Cette comédie trash est basée sur le court métrage Help, I’m Alien Pregnant, du même duo de réalisateurs. Mary, une jeune femme qui habite toujours chez sa mère, apprend que le fils d’une de ses voisines possède un pénis extraterrestre, ce qui l’émoustille fortement car son grand fantasme, ce sont les hentai remplis de tentacules phalliques. Après avoir croisé le timide jeune homme dans la buanderie collective, elle se retrouve accidentellement enceinte (on vous passe les détails…). Elle va tout faire pour avorter de ce bébé non désiré, mais la petite créature qui croît à un rythme anormal dans son ventre va s’accrocher à la vie. Avec cette mère loufoque qui ne laisse aucune intimité à sa fille, cette autre maman n’assumant pas avoir eu des relations sexuelles avec un être venu d’ailleurs et ces deux « Tanguy », les THUNDERLIPS dressent une petite galerie de personnages décalés. Au-delà de l’humour, il y est question de la notion de consentement, de la volonté ou non d’être parent et du devoir d’assumer pleinement son rôle de père. Les effets spéciaux, qui participent grandement au charme du film, font la part belle aux déformations du corps, aux organes génitaux « autres » (soulignés par maints gros plans) et aux effets qu’ils ont sur leur environnement direct. Mention spéciale au cocon, repris sur l’affiche du film. Un nouvel exemple réussi de body horror.

Sandy Foulon

Mum, I’m Alien Pregnant   ★★★
Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)

Mum, I’m Alien Pregnant est un très sympathique petit film, qui montre encore une fois la folle inventivité du cinéma néo-zélandais. C’est fun, les personnages sont très drôles et les situations souvent génialement absurdes. Tout est dans le titre et le film offre exactement ce que l’on est venu chercher. Les acteurs s’en donnent à cœur joie et semblent prendre un vrai plaisir à jouer, ce qui se ressent à l’écran. Ce n’est toutefois pas parfait. Le film est issu d’un court métrage et cela se ressent dans sa structure parfois répétitive. Mais ne boudons pas notre plaisir : il s’agit d’une œuvre originale et truffée de séquences très drôles. Le récit ne tombe jamais dans la vulgarité outrancière alors qu’il aurait pu facilement céder à ce piège. L’ensemble se révèle donc très divertissant et permet de passer un excellent moment.

J.d.F.

Pinocchio: Unstrung   ★
Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)


Faisant partie d’un phénomène culturel plus large (cinéma, littérature, illustration, etc.) consistant à explorer la face sombre des personnages de contes et de dessins animés dont les droits sont tombés dans le domaine public, le cinéma d’exploitation a récemment trouvé un nouveau créneau avec cette multiplication de versions horrifiques à bas prix des personnages-clés ayant bercé notre enfance : Steamboat Willie: Blood on the Water, The Dark Domain: Mickey-vs-Winnie, Popeye the Slayer Man, etc. La société de production britannique Jagged Edge Productions est l’une des pourvoyeuses de cette vague de films avec son concept du Twisted Childhood Universe (ou Poohniverse), qui a débuté avec Winnie-the-Pooh: Blood and Honey, s’est prolongé avec la suite de celui-ci ainsi que Bambi: La Vengeance et Le Cauchemar de Peter Pan, et s’apprête à prendre de l’ampleur avec de nombreux projets annoncés, tels que Poohniverse: Monsters Assemble, Awakening Sleeping Beauty ou Snow White Returns.
Pinocchio: Unstrung prend place dans cet univers mis en place par Rhys Frake-Waterfield et son associé Scott Chambers. Suite au décès d’un ami de son petit-fils James, Geppetto fabrique un pantin en bois doué de vie afin que James ait un ami qui ne soit plus soumis aux contingences de la mortalité. Pinocchio, mal conseillé par la fée et Jiminy Cricket, désirant être un garçon de chair et de sang et faisant de l’excès de zèle dans sa volonté de défendre James, va se mettre à tuer différentes personnes que croise son ami humain.
La formule est déjà bien rodée : une introduction en animation, un personnage traditionnellement gentil qui, pour une raison X ou Y, commet un massacre, un univers sombre, du gore, une petite touche sexy… Tout est basique, on est dans l’antithèse de l’elevated horror. Ce qui sauve essentiellement ce Pinocchio, c’est sa générosité dans le gore et sa volonté manifeste de s’appuyer pour une bonne part sur des effets spéciaux pratiques. Un autre atout réside dans son cast, car Frake-Waterfield a réussi à obtenir Richard Brake (voir Sisu : Le Chemin de la vengeance) dans le rôle de Geppetto et Robert Englund pour la voix de Jiminy Cricket. Pas encore un vrai bon film, mais on note une amélioration par rapport à Winnie-the-Pooh: Blood and Honey.

S.F.

Pinocchio: Unstrung   ★★★
Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)

Dans la lignée des adaptations horrifiques de classiques tombés dans le domaine public, ce Pinocchio s’inscrit dans le fameux « Poohniverse ». Si les premiers essais étaient très médiocres, une nette progression se fait sentir. Se révélant étonnamment très sympathique, ce film est sans doute, jusqu’à présent, le meilleur de cet univers étendu. L’ensemble est drôle, très violent et particulièrement cruel. Les séquences d’hémoglobine sont d’une inventivité folle et vont très loin dans l’exagération. Les dialogues avec la version maléfique de Jiminy Cricket, doublé par le génial Robert Englund (l’interprète de Freddy Krueger dans Les Griffes de la nuit) sont particulièrement savoureux.
Ce Pinocchio version horreur assume pleinement son côté ridicule et multiplie les idées absurdes avec une grande générosité. Les effets, notamment les animatroniques, sont, en outre, de très bonne qualité. Une proposition imparfaite mais vraiment divertissante.

J.d.F.

Sicko   ★★
Aitore Zholdaskali (Kazakhstan)

Sicko nous invite à suivre un couple simulant un cancer pour obtenir des dons. Il démarre très bien, avec un traitement intelligent du thème de la corruption et une descente aux enfers d’une intensité marquante. Cependant, le film bascule progressivement dans une brutalité bien trop excessive et parfois de très mauvais goût. Les violences faites aux femmes apparaissent gratuites et ressemblent plus à du voyeurisme qu’à autre chose. Le réalisateur a l’air de prendre beaucoup de plaisir à nous montrer les sévices subit par l’épouse. Sous couvert de dénonciation, l’ensemble tombe dans une forme de complaisance très dérangeante et même inappropriée. Le propos perd ainsi en impact alors qu’il aurait pu être traité de manière bien plus subtile. C’est dommage car cette thématique aurait mérité mieux.

J.d.F.

Tristes Tropiques   ★★
Hoon-jung Park (Corée du Sud)


Hoon-jung Park, scénariste de J’ai rencontré le diable, qui a aussi écrit et réalisé New World, met en scène un gang d’assassins surentraînés depuis leur enfance qui, à l’annonce de la mort de leur maître, se déchirent et tombent également sous les coups d’autres organisations criminelles. Le personnage principal est un jeune sourd-muet aux airs de benêt qui a un don : il entend des sons quelques secondes avant que ceux-ci ne se produisent, ce qui lui permet notamment d’anticiper bien des dangers. Les relations tissées entre les personnages sont intéressantes, parfois touchantes. Avec ses dialogues envahissants par moments et ses flash-backs, des longueurs se font ressentir. Ajoutés à cela, les ralentis utilisés à certains moments donnent franchement mal aux yeux. Heureusement, Tristes Tropiques compense cela, du moins partiellement, par de bonnes scènes d’action, bien filmées, violentes, voire généreusement sanglantes. Pour l’anecdote, « Tristes Tropiques », qui est le nom du gang principal, dont les membres ont été entraînés dans la forêt tropicale, est un clin d’œil au livre homonyme de Claude Lévi-Strauss.

S.F.

Yesterday Island   ★★★
Sam Voutas (Australie)

Pour être honnête, nous nous attendions à un film ennuyeux et poussif et cela n’a pas été le cas. Ce film, qui nous restera en tête pendant longtemps, constitue une très bonne surprise. Encore une fois, nous avons affaire à un cinéaste qui parvient à faire des prouesses avec un très petit budget.
Le film exploite le thème de la boucle temporelle, idée déjà exploitée de nombreuses fois dans le septième art, mais abordée ici avec ingéniosité et intelligence. Le récit fonctionne bien et parvient à maintenir l’intérêt en jouant avec les variations de son concept. On en vient facilement à se demander ce que l’on aurait fait à la place des personnages.
On reste toujours au même endroit et, pourtant, on ne s’ennuie jamais. Sam Voutas exploite très bien cet environnement énigmatique et lui donne vie grâce à des décors très soignés.
Très agréable surprise, cette proposition simple mais efficace et intelligente est à découvrir !

J.d.F.

Nos cotes
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Crédit photo de couverture : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Fantastique, le 44e BIFFF démarre aujourd’hui !

Fantastique, le 44e BIFFF démarre aujourd’hui ! 900 500 Jean-Philippe Thiriart

De ce vendredi 3 au samedi 18 avril, le Palais 10 du Heysel redevient l’épicentre d’un cinéma qui ne rentre dans aucune case. La 44e édition du Brussels International Fantastic Film Festival – le BIFFF pour les initiés, les fidèles, les convertis et les damnés – promet, une fois encore, de transformer Bruxelles en capitale mondiale du cinéma de genre. Avec, cette année, une véritable célébration du cycle de la vie… version fantastique !

Plus qu’un festival, une expérience

Le BIFFF, ce n’est pas qu’une programmation. C’est une expérience collective. Depuis 1983, le BIFFF cultive une identité unique : celle d’un cinéma vécu en salle, dans le bruit, les rires, les cris, les applaudissements… voire les hurlements à la lune. Ici, le public ne consomme pas un film, il le traverse.

Mais cette exubérance n’exclut pas l’engagement. Le festival rappelle avec force son code de conduite : inclusivité, respect, refus de toute discrimination. Une évidence aujourd’hui, mais aussi un positionnement essentiel dans un événement qui revendique une communauté ouverte, libre et profondément humaine. Le fantastique comme refuge, mais aussi comme miroir.

Une ouverture sous haute tension, une clôture… sous obsession !

Le coup d’envoi sera donné ce soir avec Ready or Not 2: Here I Come, suite musclée et attendue de Ready or Not, sorti en 2019. Un choix qui annonce clairement la couleur : spectaculaire, irrévérencieux, et totalement assumé.

En clôture, le 18 avril, Obsession, avec une promesse différente : celle d’un cinéma plus retors, plus insidieux, où l’horreur se niche dans les émotions et les désirs. Entre humour noir et tension psychologique, le film s’annonce comme un parfait résumé de ce que le cinéma de genre peut offrir de plus fin.

Entre ces deux pôles, une évidence : le BIFFF pense sa programmation comme un parcours.

Une programmation tentaculaire

Chaque année, le BIFFF aligne environ 75 longs métrages et 60 courts. 2026 ne déroge pas à la règle. Et surtout, il continue de défendre une diversité rare.

Compétition internationale, européenne, Black Raven, White Raven, Emerging Raven, Critics Award… autant de sections qui ne sont pas de simples catégories, mais de véritables identités éditoriales. Ici, on ne classe pas les films, on les confronte.

La compétition internationale, cœur du festival, rassemble des œuvres venues du monde entier, capables de décrocher le Golden Raven. À ses côtés, la compétition européenne, en partenariat avec la Méliès International Festivals Federation, continue de mettre en lumière un cinéma de genre européen en pleine effervescence.

Mais ce qui fait la singularité du BIFFF, ce sont aussi ses marges. Le Black Raven, plus sombre, plus radical. Le White Raven, laboratoire d’expérimentations. L’Emerging Raven, terrain de jeu des nouveaux talents. Et enfin, le Critics Award, où la critique belge vient trancher sans concession. Un équilibre rare entre découverte, exigence et plaisir pur.

Des films, mais aussi des nuits

Impossible d’évoquer le BIFFF sans parler de ses événements parallèles. La mythique Z Movie Night, véritable marathon de séries B décomplexées. The Night, où quatre films s’enchaînent jusqu’au petit matin. Les Little Night et Silent Screenings, qui proposent d’autres formes d’expériences.

Le BIFFF, c’est aussi ça : un festival qui déborde de son cadre pour devenir un terrain de jeu. Ajoutez à cela les concours (make-up, art, PIX Hell), les soirées thématiques, le Bal des Vampires ou encore les projections familiales, et vous obtenez un événement total. Un festival qui refuse de choisir entre cinéma et fête.

Le fantastique comme art total

Autre force du BIFFF : son ouverture aux autres disciplines. Les expositions en sont la preuve éclatante.

Massimo Mohy transforme des déchets métalliques en créatures fantastiques. Fullas déconstruit et recompose la matière avec une énergie quasi punk. C.F. Watt mélange pin-ups et monstruosités dans un univers aussi séduisant que dérangeant.

Le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il met en scène l’imaginaire.

Des invités, des légendes… et des rencontres

Chaque édition est aussi l’occasion de croiser celles et ceux qui font le cinéma de genre. Réalisateurs, acteurs, producteurs, scénaristes… Le festival multiplie les rencontres, les Q&A et les séances de dédicaces.

Mais au-delà des têtes d’affiche, ce qui frappe, c’est la diversité des profils. Du cinéaste indépendant au monteur expérimenté, de la jeune réalisatrice émergente à l’actrice internationale, le BIFFF crée un dialogue constant entre générations et pratiques.

Sans oublier les nouvelles chevaleresses de l’Ordre du Corbeau, distinction emblématique du festival, qui cette année met à l’honneur Adrienne Barbeau et Asia Argento.

L’an dernier, c’est Danny Boyle qui était venu donner une masterclass au BIFFF
Crédit photo: En Cinémascope – Vincent Melebeck

Un festival toujours vivant

Ce qui impressionne aussi, c’est la vitalité du BIFFF. À 44 ans, le festival ne se repose sur aucun acquis. Il continue d’évoluer, d’explorer, de provoquer.

Dans un paysage cinématographique souvent formaté, il reste un espace de liberté. Un lieu où le cinéma peut encore surprendre, déranger, faire rire ou choquer.

Plus d’infos sur le site du Festival.

Excellent BIFFF à toutes et tous !

Jean-Philippe Thiriart

Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascope

Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascope 2048 1363 Jean-Philippe Thiriart

Comme nous vous l’avions annoncé, la sixième édition du ARFF (le 7ème Aaaargh Retro Film Festival) s’est déroulée du 29 octobre au 2 novembre derniers. Cinq jours passés à regarder des longs métrages, anciens et nouveaux, mais aussi des courts, à écouter les invités parler de leur art, à admirer les œuvres des deux artistes plasticiens qui y exposaient, à goûter les bières de la brasserie Valduc, l’un des sponsors de l’événement, et, le samedi, à chiner des DVD, Blu-ray, fanzines, fumetti et autres objets lors de la petite bourse appelée ARFF’ifacts.


Pour en revenir aux invités, le réalisateur flamand Jonas Govaerts a introduit la projection de son Welp, alias Cub, puis, à l’issue de celle-ci, s’est prêté au jeu de la séance de questions-réponses. Son film n’ayant pas bénéficié d’une sortie en Wallonie à l’époque, le voir enfin sur grand écran en plein centre de la capitale wallonne tenait un peu, sur le plan symbolique, de l’injustice réparée. Jaume Balagueró, fer de lance de l’horreur espagnole moderne, était parmi nous le samedi, journée placée sous le signe du pays de Cervantès, au cours de laquelle était projeté notamment [REC]. Le Q&A qui suivit fut une franche réussite, Balagueró étant proche du public, avide de lui poser moult questions, le réalisateur catalan répondant systématiquement en français, attention pour le moins appréciable.

La compétition des courts métrages belges réunissait The Act de Nicolas Florin, Love Machine de Tresor Kataley, La Fille de Jorge Sermini, Cowboys de Robinson Van Hoof, À la limite de Clothilde Closon, Tetaniya de Patrice Mougeolle, Clairvoyance de Brandon Gotto et Éloge du Capitalisme Sauvage de Julien Cescotto. La Fille a remporté le Best Belgian Award et le Best Audience Award. Une mention spéciale a été attribuée à Cowboys.

La compétition de courts métrages internationaux regroupait, quant à elle, Dans l’ombre de Jérémy Barlozo, Cursed Croman d’Andrés Damonte, Lost In Galactic Translation de Rasmus Lindkvist, Lavenza de Lauren Eden, Slasher d’Igor Belov, Menú Del Dia de Denim Candenza, Dévitalisée de Romane Eilahtan, The RVM de Gergely András Leipold, Rotten Faith de Flávio Carnielli et The Beneath de Lisette Vlassak. Dévitalisée a gagné le Best International Short et le Best Audience Award. Rotten Faith a récolté une mention spéciale. Pour l’ensemble de la compétition, Rotten Faith a remporté le Best Youth Award et Éloge du Capitalisme Sauvage a raflé à la fois le Prix Cinergie et le Grand Prix du Festival. Bravo à tou·te·s les gagnant·e·s et, en particulier, à Julien Cescotto !


Julien Cescotto, se voyant décerner le Prix Cinergie par Thierry Zamparutti, aux côtés du coordinateur du Festival, Frédéric Burlet, pour son film Éloge du Capitalisme sauvage
Crédit photo : Sandy Foulon

Après ce palmarès et en attendant la prochaine édition du Festival, qui se tiendra du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre prochains, et dont l’une des nouveautés sera rien moins qu’un prix décerné par En Cinémascope, nous revenons pour vous sur la quasi-totalité des longs métrages projetés lors de l’événement !

Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno)   ★★★
Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem (Espagne/France)

Film à la réputation maudite, réalisé par Claudio Guerín, décédé très jeune pendant le tournage, et terminé par Juan Antonio Bardem (La Corruption de Chris Miller), Les Cloches de l’enfer (on trouve aussi le titre au singulier, La Cloche de l’enfer) est un petit bijou de l’horreur à l’européenne des années 70.
Un jeune homme, Jean dans la version française, au passé très lourd, obtient la permission de sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné et retourne dans son village natal pour reprendre contact avec sa tante, qui le voit d’un très mauvais œil, et ses trois cousines, dont l’une d’elles a eu une relation amoureuse avec lui. Il ourdit une terrible vengeance…
Le personnage de Jean est fascinant, sorte de force chaotique qui fait ressurgir l’hypocrisie de la bonne société, tout en étant parcouru de pulsions destructrices. Il est magistralement interprété par l’acteur français Renaud Verley. Le reste de la distribution est également fort intéressante : le grand acteur espagnol Alfredo Mayo (le giallo Folie meurtrière), Viveca Lindfors (La Tempête, Creepshow) et les très jolies Christina von Blanc (Une vierge chez les morts-vivants), Nurio Gimeno (Les Orgies du Docteur Orloff) et Maribel Martín (La Résidence, La Mariée sanglante). La mise en scène est extraordinaire et très intelligente, les décors sont beaux, l’atmosphère qui s’en dégage est unique et le double final, qui mêle thriller, drame et horreur, est particulièrement marquant. Un vrai régal !

Les Crocs du diable (El Perro)   ★★★
Antonio Isasi-Isasmendi (Espagne)


Dans une dictature d’Amérique du Sud, un mathématicien de génie, fait prisonnier politique, parvient à s’évader. Il sera inlassablement traqué par un chien dressé pour retrouver et tuer les prisonniers échappés. Au sortir de la période franquiste, l’Espagne accouchait de cet hallucinant thriller politique dans lequel le chien fonctionne comme une métaphore évidente. Le rôle principal est interprété de manière très investie par Jason Miller (le Père Karras dans L’Exorciste), tandis que d’autres noms importants apparaissent à l’écran : Lea Massari (L’Avventura, Peur sur la ville), grande actrice italienne décédée l’année dernière, Marisa Paredes (L’Échine du diable, de nombreux Almodóvar), Manuel de Blas (Le Monde des morts vivants, Christophe Colomb : La découverte), Aldo Sambrell (… Et pour quelques dollars de plus) et même le réalisateur Juan Antonio Bardem en leader de l’opposition clandestine… sans oublier le chien, terrifiante némésis du héros. Ce film offre de l’action, du suspense, de l’aventure, un peu d’érotisme, bref, fonctionne comme un bon divertissement, tout en ayant un réel propos politique. La première partie, qui se passe dans la nature et s’apparente à un survival, est supérieure à la seconde, qui se déroule, elle, en ville et voit son rythme se relâcher un peu, même si elle recèle aussi de sacrés moments. Dans tous les cas, c’est un film à (re)découvrir !

The Forbidden City (La Città proibita)   ★★★
Gabriele Mainetti (Italie)

C’est sur cette excellente note que le festival s’est clôturé. Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) était de retour en 2025 avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille.
Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser.
Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’action impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Cittá proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !

Frankie Freako   ★★
Steven Kostanski (Canada)

Frankie est un homme coincé, ennuyant et beaucoup trop investi dans son travail, au détriment de sa vie privée. Alors que sa femme le laisse seul à la maison pour quelques jours, il compose le numéro d’un service téléphonique qui va permettre à des gobelins d’une autre planète d’atterrir chez lui et de mettre le souk dans sa vie.
Steven Kostanski (Psycho Goreman) signe une comédie fantastico-horrifique dans la veine des Gremlins, Ghoulies et autres Puppet Master. L’amour de ces productions des années 80 qui s’en dégage est tellement prégnant et leur esprit tellement bien respecté qu’on dirait un film perdu de cette décennie-là, qui aurait été miraculeusement retrouvé. Nostalgiques des 80’s, vous voilà prévenus ! Outre les petites créatures, figurées par des marionnettes, ayant chacune leur look bien défini et leur personnalité, tant et si bien qu’elles finissent par devenir attachantes, le film offre à voir des robots, un voyage vers un autre monde et un grand méchant, mégalomane comme il se doit. Les clins d’œil abondent : à Freddy Krueger via une réplique, à feu le réalisateur et créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler (Troll, Ghoulies III) via le nom d’un personnage, à Masters of the Universe via une des tenues du héros, etc. Précisons enfin que Kostanski ne joue pas ici la carte du gore, le film pouvant être vu par un public plus large et plus jeune que celui des splatters. Un tout petit budget, mais avec un cœur gros comme ça !

La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis)   ★★
León Klimovsky (Espagne/Allemagne de l’Ouest)


La Furie des vampires fait partie de la série de films mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, interprété par l’acteur Paul Naschy, grande figure du courant de l’horreur espagnole allant de la fin des années 60 au mitant des années 70 appelé « Fantaterror ». Daninsky est un noble d’origine polonaise mordu par un lycanthrope et, à la suite de cela, condamné à se transformer lui-même en loup-garou. À noter que La Furie…, qui date de 1971, n’est pas le premier film de cette saga. Il est précédé desVampires du Dr. Dracula (1968) et de Dracula contre Frankenstein (1969). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir vu ceux-ci avant de visionner La Noche de Walpurgis, les histoires étant plus ou moins indépendantes.
Deux étudiantes, Elvira et Geneviève, sillonnent la campagne française à la recherche de la tombe de la comtesse Wandesa pour les besoins de la thèse universitaire de la première. Elles se perdent et finissent par être hébergées par le comte Daninsky. Elles vont trouver la tombe qu’elles cherchaient et ressusciter malencontreusement la comtesse, vampire de son état, qui voudra se constituer une troupe d’esclaves.
Même si, globalement, les effets spéciaux et les maquillages sont datés, et qu’il existe des faiblesses narratives, le charme typique des années 70 opère et le film s’avère plaisant à regarder. De beaux décors, une touche d’érotisme de bon aloi et un amour palpable de Naschy (comme souvent, c’est lui qui est à l’origine du scénario) pour le bestiaire fantastique mettent dans le mille. Un grand succès de son époque.

Hot Spring Shark Attack   ☆
Morihito Inoue (Japon)

Hot Spring Shark Attack constitue clairement la fausse note de cette sélection. Il est symptomatique de la dégénérescence du sous-genre appelé Sharksploitation filon du cinéma d’exploitation basé sur la figure du requin tueur – qui, notamment sous l’impulsion de sociétés de production telles que Nu Image et surtout The Asylum, s’enferre depuis trop longtemps dans une surenchère de concepts loufoques et d’effets spéciaux de mauvaise qualité. On en arrive à des requins évoluant sous le sable, sous la neige des montagnes, dans l’espace, des requins à six têtes ou encore possédés par le diable. Pour donner une idée, il existe réellement des films intitulés Sharkula, Sharkenstein, Shark Exorcist, Amityville Shark House, Shark Encounters of the Third Kind et Sharks of the Corn
Hot Spring Shark Attack s’inscrit donc dans cette veine. Une petite ville thermale japonaise subit les assauts de requins capables de remonter les canalisations d’eau pour s’en prendre aux gens un peu partout : dans les thermes, dans leur salle de bain, etc. Le budget est plus que riquiqui, et ça se voit, les effets spéciaux sont moches comme tout et la réalisation ne sauve pas les meubles. Certains films d’exploitation compensent leurs défauts en se montrant généreux en gore et/ou en érotisme, mais ce n’est même pas le cas ici. Ne subsiste qu’une accumulation d’idées farfelues.

Jimmy and Stiggs   ★★
Joe Begos (États-Unis)

Écrit et réalisé par Joe Begos (Almost Human, Bliss, VFW), Jimmy and Stiggs est un gros délire fiévreux à petit budget conçu dans un esprit « grindhouse ». Il est parrainé par Eli Roth, qui signe les deux fausses bandes-annonces qui ouvrent le film, intitulées The Piano Killer et Don’t Go In That House, Bitch!. Mises en bouche réjouissantes. Passé celles-ci, Begos se met lui-même en scène dans le rôle principal, Jimmy, aux côtés de Matt Mercer dans le rôle de Stiggs, son ancien ami avec lequel il s’est brouillé. Pur huis-clos, le film est entièrement tourné à l’intérieur de l’habitation de son auteur. Jimmy est cloîtré chez lui et passe son temps à consommer de l’alcool et d’autres drogues illégales. À partir d’un moment, il devient furieux, persuadé de se retrouver face à une invasion d’extraterrestres qui tenteraient de l’enlever. Réalité ou projections de son esprit sous influence ? Tout le film prend l’apparence d’un bad trip hystérique, aux couleurs fluorescentes, nourri de la paranoïa sous-jacente aux théories du complot, où tous les dialogues sont orduriers (tentative de rivaliser avec ceux de August Underground’s Mordum ?), et dans lequel le gore, à base de sang extraterrestre orangé, fuse abondamment dans tous les sens. Une expérience cinématographique intéressante par son côté « DIY », mais d’où l’on sort lessivé.

La Madre muerta   ★★★
Juanma Bajo Ulloa (Espagne)


L’une des belles découvertes de ce festival. Ce film des années 90 mêle drame et thriller en brassant des thèmes comme le meurtre, l’enlèvement et le handicap mental.
Un petit criminel, en plein vol d’une œuvre d’art, tue une restauratrice de tableaux et tire sur la fille de celle-ci. Vingt ans plus tard, la fillette, toujours vivante, est devenue jeune femme. Ne parlant pas et accusant un retard mental, elle passe beaucoup de temps dans un institut spécialisé. L’ancien cambrioleur la croise par hasard, la reconnaît et a dès lors peur qu’elle l’ait aussi reconnu et qu’elle le dénonce. Avec sa compagne, ils décident de l’enlever.
La Madre muerta brille d’une lueur sombre par l’intéressante complexité des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, par la qualité du jeu des acteurs et actrices et par sa réalisation classieuse. La distribution comprend Karra Elejalde, vu par exemple dans Action Mutante, La Secte sans nom et Timecrimes, Ana Álvarez (GAL), Silvia Marsó (Amour, Prozac et autres curiosités) et notre Lio nationale. Tout ce beau monde parvient à susciter une belle intensité d’émotion dans ce drame où Juanma Bajo Ulloa cherche l’humanité derrière le mal.

Mort de rire (Muertos de risa)   ★★★
Álex de la Iglesia (Espagne)

Film d’ouverture du festival, Mort de rire est une comédie noire de la fin des années 90 du célèbre réalisateur espagnol Álex de la Iglesia. Cette fiction raconte l’histoire d’un duo de comiques, Nino (Santiago Segura) et Bruno (El Gran Wyoming), des circonstances de leur formation dans les années 70 à leur duel à mort final (qui est montré d’entrée de jeu). Leur succès est dû à une baffe que le second donne au premier sur scène, ce qui ravit le public, et l’on voit comment leur jalousie, leur paranoïa et leur haine mutuelle enflent au fur et à mesure de leur célébrité grandissante. Ce film est parcouru d’une énergie folle, anarchisante, typique de son réalisateur. Celui-ci y va de sa critique des relations humaines et du show-business, montrant ses coulisses peu glorieuses et sa facticité, notamment via une idée de mise en scène assez géniale avec cette fausse fête sans fin organisée pour pourrir la vie du rival. On est pris dans un tourbillon d’émotions fort diversifiées, entre rire, grincement de dents et attendrissement. Une comédie qui n’est pas qu’une comédie, pourrait-on dire, et qui a des choses à dire.

Rabid Grannies (Les Mémés cannibales)   ★★
Emmanuel Kervyn (Belgique)

Second long métrage de la journée « Mad in Belgium » consacrée à nos productions de genre nationales, Rabid Grannies est une comédie gore ayant l’honneur de figurer dans le catalogue de Troma Entertainment, la célèbre société de production américaine de films indépendants fondée par Lloyd Kaufman et Michael Herz. L’esprit de ce film n’est pas très éloigné de celui de Braindead de Peter Jackson, qui déboulera quelques années plus tard. Autant dire qu’il détonne dans le paysage cinématographique belge.
Deux riches vieilles filles invitent les membres de leur famille à l’occasion de leur anniversaire. Tout le monde rapplique, en ayant comme principale préoccupation le futur héritage à toucher. Seul absent notable : la bête noire de la famille, un sataniste à la sinistre réputation. L’individu n’a cependant pas oublié les grand-tantes : une étrange femme vient apporter de sa part un mystérieux coffret en guise de cadeau d’anniversaire. Après avoir ouvert celui-ci, les gentilles mémés se transforment en monstres assoiffés de sang. Le carnage commence…
Emmanuel Kervyn se fait un malin plaisir de pointer du doigt l’hypocrisie des convives, peints comme de véritables vautours tournant autour des naïves vieillardes avant d’être traqués dans le vieux château qui abrite les festivités. Le spectacle est réjouissant par son humour, sa galerie de personnages hauts en couleur, sa générosité dans le gore et son cadre bien belge (le film est tourné à Courtrai et au château d’Ingelmunster).

[REC]   ★★★
Jaume Balagueró et Paco Plaza (Espagne)

Désormais classique du cinéma d’horreur des années 2000, [REC] constitue par la même occasion l’un des chefs-d’œuvre du style cinématographique appelé found footage. Pour rappel, nous y suivons la jeune journaliste Ángela et son caméraman (qui tient la caméra intradiégétique par laquelle nous découvrons les faits) qui, pour une émission de télévision, suivent pendant une nuit des pompiers dans l’exercice de leur fonction. Cela va les mener à l’intérieur d’un immeuble où la situation va vite tourner au cauchemar : le bâtiment est mis en quarantaine par les autorités, ils ne peuvent donc pas en sortir, et un terrible virus s’y propage. Le film fait preuve d’une efficacité redoutable, avec une tension qui va crescendo et une fin mémorable. Le jeu spontané et juste de Manuela Velasco dans le rôle principal contribue à la crédibilité du spectacle. Toujours concernant la question de la crédibilité, les scénaristes ont fourni une justification valable au fait que le personnage qui tient la caméra continue à filmer même lorsque tout dégénère, ce qui constitue parfois un point problématique dans certaines productions appartenant à cette catégorie. Un modèle pour de nombreux autres found footages ultérieurs et le point de départ d’une saga comprenant à ce jour quatre volets plus un remake américain.

Le Sadique à la tronçonneuse (Pieces / Mil Gritos tiene la noche)   ★★
Juan Piquer Simón (Espagne)

De même que l’Espagne avait produit des giallos, genre typiquement italien, elle a également produit quelques slashers, genre associé au départ à l’Amérique du Nord. Le Sadique à la tronçonneuse, qui a connu des titres alternatifs divers et variés lors de son exploitation en VHS (Pieces, Un tueur au campus, Mutilator Man, Le Cri du Cobra…), en est un bon exemple, d’autant qu’il conserve vaguement quelques motifs giallesques (les gants noirs, par exemple). L’action se déroule sur le campus universitaire de Boston (même si, en dehors de quelques plans, tout le film a été tourné en Espagne). Un tueur y sévit, armé d’une tronçonneuse, découpant ses victimes en emportant chaque fois un morceau de celles-ci afin de reconstituer un puzzle sexy de son enfance. Mais quelle est l’identité de ce psychopathe ? La police patauge, au point de demander à l’un des étudiants de l’aider dans cette enquête. En clair, Pieces est un nanar qui fait passer un excellent moment, pour peu, bien sûr, qu’on soit amateur d’horreur bien « bis », grâce à sa générosité (gore outrancier, nudité) et à ses maladresses fort amusantes. Le summum du n’importe quoi est atteint lors de la scène de la policière infiltrée qui se fait agresser sans raison en pleine nuit par un prof de kung fu sorti de nulle part, séquence sans rapport avec l’intrigue, greffée là en dépit du bon sens pour le simple plaisir d’avoir un caméo de Bruce Le, qui tournait un autre film dans les parages à la même période. Cela donne une petite idée de l’esprit du film…

Último Deseo   ★★
León Klimovsky (Espagne)


Un groupe de personnes appartenant à la haute société se réunit dans le sous-sol d’un château isolé pour y célébrer des réjouissances placées sous le signe du Marquis de Sade. Alors que la fête commence et que les jolies femmes payées pour prestations sexuelles spéciales se plient aux fantaisies des convives, une bombe nucléaire explose. C’est la guerre. Le groupe est sain et sauf, mais quelques domestiques qui n’étaient pas abrités dans la cave sont devenues aveugles. Craignant l’arrivée des radiations, quelques-uns se dépêchent de se rendre au village le plus proche afin de réunir un maximum de vivres. Là, ils découvrent que les habitants qui faisaient la fête dehors ont aussi perdu la vue. Des tensions entre les nantis et les humbles locaux vont éclater et la situation va dégénérer.
On retrouve la paire de La Furie des vampires : León Klimovsky à la réalisation et Paul Naschy dans un des rôles-clés. Ce qui commençait comme un film de Sexploitation typique des années 70 se mue en autre chose. Le scénario réserve quelques surprises de ce genre, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Último Deseo tire aussi sa force de sa charge politique, très claire. Il met en scène à sa manière la lutte des classes, mettant en avant la dépravation et l’égoïsme de l’élite, en l’opposant au petit peuple malmené, qui a de quoi se révolter. Voilà un film à la fois ancré dans son époque et pourtant toujours d’actualité, malheureusement.

Welp   ★★
Jonas Govaerts (Belgique)

Une meute de louveteaux flamands (les jeunes scouts, pas les animaux) s’en va en camp d’été dans les Ardennes. Sur place, ils ont maille à partir avec deux authentiques barakis wallons, mais surtout, ils sont confrontés à un garçon sauvage revêtu d’un masque d’écorce qui élimine tout intrus qui s’aventure dans ces bois.
En tant que Wallons, nous pourrions nous offusquer de l’image peu reluisante que Welp, aussi sorti sous le titre Cub, renvoie de la population du sud du pays, mais laissons de côté la polémique et postulons qu’il ne s’agit que d’un pur prétexte pour construire une fiction d’horreur. Qui s’avère être un bon petit survival. D’une durée (1h24) convenant parfaitement à son sujet, bien rythmé, avec quelques moments nerveux et sans concession (adolescents, enfants, animaux, tout peut y passer), ce film est une bonne série B efficace comme il s’en produit malheureusement trop peu dans notre petit pays. Un modeste exemple à suivre. Souhaitons qu’entre ses nombreux tournages de clips musicaux et de séries télévisées, Jonas Govaert ait à nouveau l’occasion de se frotter au long métrage de genre.

Sandy Foulon

Photo de couverture : Jaume Balagueró

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Le Festival Cinéma Interdit revient à Bruxelles ce week-end !

Le Festival Cinéma Interdit revient à Bruxelles ce week-end ! 1439 2048 Jean-Philippe Thiriart

Nos lecteurs assidus connaissent désormais l’existence du Festival Cinéma Interdit puisque nous avions publié un article sur ce jeune festival l’année dernière. Aujourd’hui, vendredi 5 septembre, dès 18h30, débute la nouvelle édition bruxelloise de cet événement plutôt orienté underground.

Il en existe, pour rappel, deux déclinaisons différentes : une parisienne, qui a lieu à la fin du printemps au Club de l’Étoile et qui en était cette année à sa troisième édition, et une qui se tient dans la capitale belge, au Cinéma Aventure, à deux pas de la Grand-Place et qui, elle, en sera à sa deuxième édition. Cette particularité permet de toucher des publics différents.

L’organisateur du Festival, connu sur YouTube sous le pseudonyme d’Azz l’épouvantail, porte à lui seul ce projet à bout de bras. Son but ? Partager sa passion pour le cinéma d’horreur radical et faire ainsi découvrir au public des films qu’il n’aura souvent pas l’occasion de voir ailleurs sur grand écran.

Ces 5, 6 et 7 septembre, l’Aventure se transformera donc en temple de l’Horreur. L’invité principal sera le réalisateur japonais Noboru Igushi, là tout au long du week-end, qui viendra présenter The Machine Girl, Cannibal Girls, Hypertrophy Genitals Girl et Tales of Bliss and Heresy, et reviendra sur sa carrière lors d’une masterclass.

Toujours du côté du Japon, les spectateurs pourront aussi venir découvrir The Unsolved Love Hotel Murder Case Incident, qui sera accompagné du court métrage 2 Girls 1 Gut (à ne pas confondre avec la vidéo 2 Girls 1 Cup).

Le reste du monde sera représenté par la suite sud-africaine du film gore culte Street Trash, 1978, des frères argentins Luciano et Nicolás Onetti (Abrakadabra), l’allemand Bark, de Marc Schölermann et, enfin, le français Que ton règne vienne, documentaire de Mathias Averty.

Pour plus d’informations, nous vous renvoyons vers la page de l’événement, sur le site du Cinéma Aventure.

Bon Festival !

Sandy Foulon

Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgique

Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgique 904 1320 Jean-Philippe Thiriart

Voici un peu plus de trois mois, se clôturait la 18e édition de l’Offscreen Film Festival, qui s’est déroulée du 12 au 30 mars à Bruxelles, avec quelques prolongements en avril via ses délocalisations (Offscreen Liège du 1er au 11 avril, double séance namuroise le 6 avril). Ce fut l’occasion de s’immerger dans le côté sombre du folklore britannique et irlandais, d’explorer les facettes étranges et provocatrices du cinéma grec, de se souvenir que la Belgique possède aussi ses sympathiques trublions (Picha, Boris Szulzinger) et, en plus de ces importants volets rétrospectifs, de découvrir de nouvelles productions de diverses contrées, souvent hors normes, en avant-première. Un bon cocktail d’ancien et de récent, d’underground et de classiques, de longs et de courts, le tout servi en des lieux, eux aussi, fort variés (le cinéma Nova, Cinematek, l’Aventure, le Ritcs : plusieurs salles, plusieurs ambiances).

Ce fut aussi l’opportunité de rencontrer toute une série d’invités. Le réalisateur Thibault Emin est par exemple venu présenter Else, l’équipe de Reflet dans un diamant mort a assisté à la belle avant-première de ce nouveau film de Hélène Cattet et Bruno Forzani, le Britannique Robert Wynne-Simmons a introduit son The Outcasts ainsi que La Nuit des maléfices de Piers Haggard, dont il a signé le scénario, Miguel Llansó est venu pour son nouveau film, Infinite Summer, mais était aussi présent pour une mini rétrospective en son honneur, sans oublier notre Picha national ! Le samedi 15 mars après-midi, des conférenciers se sont succédé pour parler de folk horror sous différents angles. Jacques Spohr, quant à lui spécialiste du cinéma d’exploitation grec, a captivé le public avec ses connaissances pointues et son art de la présentation, notamment lors de séances organisées en partenariat avec le Wet Kingdom Film Club.

Côté pratique, certains soirs, les festivaliers pouvaient se restaurer au bar du Nova, qui faisait, pour ces occasions, table d’hôtes. De la bonne nourriture saine servie à un prix démocratique. Un concept convivial pas assez mis en avant. Nous souhaitions préciser cela.

La petite bourse de cinéma d’occasion, organisée dans le sous-sol du Nova, a permis de chiner des DVD, Blu-ray, affiches et livres. Un rendez-vous qui fait toujours plaisir aux collectionneurs !

Mais revenons aux films en eux-mêmes, avec un retour sur une sélection choisie de la programmation de cette 18e édition du Festival.


All You Need Is Death   ★★
Paul Duane (Irlande)

Un jeune couple, Anna et Aleks, collecte les chansons traditionnelles irlandaises. Un jour, ils tombent sur une piste qui a l’air particulièrement intéressante : une mystérieuse dame âgée connaîtrait une très vieille chanson dont les paroles sont dans une langue antérieure au gaélique. Mais leur quête va les mettre en danger, car une malédiction est attachée à cet ancien chant.

Paul Duane, qui a essentiellement réalisé des courts métrages, des épisodes de séries télévisées, des clips et des documentaires musicaux, signe un film d’épouvante original et immersif. Il mêle folk horror et épouvante gothique, avec une touche de body horror. Bien entendu, la dimension musicale est importante et bien travaillée. On ne saurait trop conseiller de regarder All You Need Is Death en V.O. afin de maximaliser le « bain linguistique », vu l’importance accordées aux sonorités langagières. À mentionner tout de même, une légère déception quant à la fin, qu’on aurait espérée plus impressionnante, même si la proposition de Duane (réalisateur, mais aussi scénariste du film) se défend également.

Arcadia   ★★
Paul Wright (Royaume-Uni)

Arcadia est un documentaire expérimental que l’on doit à Paul Wright, réalisateur, producteur et scénariste britannique auteur de plusieurs courts métrages et du long métrage de fiction For Those In Peril, présenté à Cannes dans le cadre de la 52e Semaine de la Critique en 2013. Datant de 2017, Arcadia consiste en un montage d’images d’archives notamment tirées du British Film Institute (téléfilms, public information films, etc.) qui retrace l’évolution de la relation entre les Britanniques et leur terre sur un siècle. Le sens est assez cryptique, le spectateur n’est pas pris par la main, c’est à lui à deviner ce que le réalisateur veut signifier par cette accumulation tumultueuse d’images. On y voit, par exemple, des nudistes, des danseurs Morris, des paysans travailler les champs au début du vingtième siècle, des personnes s’adonnant à quelques rites païens, des rave parties… Le tout est accompagné de musiques produites par Adrian Utley (Portishead) et Will Gregory (Goldfrapp), musiques qui aident grandement le spectateur à se laisser bercer – presque hypnotiser – par ces images. Wright joue du contraste entre une certaine nostalgie du rapport primitif à la terre et une crainte liée aux conséquences de l’industrialisation du pays. Un propos identitaire et écologique coulé dans une forme originale. Arcadia, c’est une œuvre filmique qui se vit et ne se raconte pas. Une expérience bizarre dont l’Offscreen Film Festival a le secret.


Arcadia   ★★★
Yorgos Zois (Grèce/Bulgarie/États-Unis)

Il ne s’agit pas d’une erreur de notre part, il y a bien eu deux films différents intitulés « Arcadia » programmés cette année. Celui-ci est une pure fiction, une avant-première qui avait sa place dans le module « Weird Greece » qui regroupait aussi bien des films plus ou moins récents du courant appelé « Greek Weird Wave » (Canines de Yorgos Lanthimos, Pity de Babis Makridis…) que de purs films d’exploitation des années 60 et 70 (Island of Death de Nico Mastorakis, The Wild Pussycat de Dimis Dadiras…). Yorgos Zois conte l’histoire d’un couple qui se rend dans un village côtier grec afin d’identifier le corps d’un accidenté de la route. Dans ce long métrage, on apprend que les fantômes ne savent pas ôter les chaussures qu’ils portaient de leur vivant et qu’ils doivent s’adonner à des actes sexuels pour pouvoir se remémorer leur passé. Des idées loufoques pour une comédie ? Non, il s’agit bien d’un drame fantastique dans lequel le réalisateur fait montre d’une jolie sensibilité qui rend l’ensemble touchant malgré ce côté décalé. Le ton du film est donc sérieux, la démarche de Zois, sincère, et la direction d’acteurs, tout à fait adéquate. Vangelis Mourikis, qui a déjà une carrière de plusieurs décennies derrière lui, possède une bonne présence physique ; on se souviendra de son visage.

Dead Mail   ★★★
Joe DeBoer et Kyle McConaghy (États-Unis)

Dans les années 80, un employé de la poste spécialisé dans les courriers perdus reçoit un bout de papier maculé de sang sur lequel est écrit un appel à l’aide. Il va tout mettre en œuvre pour trouver d’où provient cette singulière missive. Super bien écrit, Dead Mail nous fait passer du point de vue d’un personnage à l’autre et mêle différents genres ainsi que différentes émotions. Étonnant, malin, original et touchant, ce film bénéficie d’une interprétation savoureuse de la part des multiples acteurs principaux et d’un joli rendu d’image à l’ancienne mimant le grain de la pellicule 16 mm. Les personnages sont attachants, la direction artistique, adéquate (même les affreux papiers peints lui confèrent un certain charme), et le rythme ne faiblit pas, tout comme l’intérêt du spectateur, qui est constamment relancé. Il y est question, entre autres, de passion (passion pour les synthétiseurs, passion pour son travail…), de solitude, de débrouillardise et de volonté de contrôle. Une très sympathique découverte parmi les « Offscreenings », le module qui regroupe les avant-premières.


Else   ★★
Thibault Emin (Belgique/France)

Multirécompensée, notamment au festival de Sitges, cette coproduction belgo-française a été mise à l’honneur par les organisateurs de l’Offscreen Film Festival en tant que film d’ouverture de cette 18e édition. Elle faisait partie, elle aussi, du module « Offscreenings ». L’histoire est celle d’Anx et Cass, qui vivent les débuts d’une idylle ensemble dans un monde comme le nôtre, si ce n’est qu’ils peuvent se connecter en deux clics à un vaste système de surveillance par caméras, appelé sans surprise « Big Brother ». Un étrange virus va faire son apparition, se transmettant par le regard et faisant fusionner le vivant à l’inanimé. Bravant le confinement qui s’est rapidement imposé, Cass va s’installer chez son nouvel amoureux afin de vivre à deux cette situation chaotique. Premier long métrage de Thibault Emin, qui adapte son propre court métrage, Else est une intéressante variation autour de la thématique du body horror, qui donne lieu à des visions impressionnantes (un chien ayant fusionné avec l’intérieur d’un mur, par exemple). Le réalisateur s’adonne à de nombreuses expérimentations visuelles (couleurs vs. noir et blanc, flou…), tandis que l’actrice Edith Proust (Cass) apporte une belle plus-value par son jeu d’une fraîcheur épatante. La fin, elle, nous a laissé plus dubitatif avec son esthétique qui tranche trop avec le reste.


Le Big Bang   ★★
Picha (France/Belgique)

Le Belge Picha (pseudonyme de Jean-Paul Walravens) ainsi que son comparse Boris Szulzinger, étaient célébrés par le festival via une rétrospective de leurs principaux faits d’armes et le documentaire de Luc Jabon Picha, envers et contre tout. On en a profité pour zieuter Le Big Bang (1987), sur lequel Picha est réalisateur et Szulzinger producteur. Dans ce film d’animation pour adultes, la surface de la Terre, bien amochée par la Troisième Guerre mondiale, est désormais divisée en deux continents : l’USSSR, peuplé par des hommes mutants russo-américains et Vaginia, où vivent uniquement des femmes. Fred, un super héros looser, qui gagne sa croûte en tant qu’éboueur de l’espace, est envoyé sur notre planète par les plus hautes instances afin d’éviter à tout prix une Quatrième Guerre mondiale qui apparaît comme imminente. Il croisera sur son chemin un dictateur obsédé par les postérieurs, des robots-Hitler, des robots-Valkyries, des danseuses de ballets parachutées du ciel, et on en passe. Un film d’animation irrévérencieux, grossier et ne s’excusant pas de l’être, où tout tourne autour du sexe et dont l’humour fonctionne souvent, mais pas toujours. Il se situe en dessous du niveau de Tarzoon, la honte de la jungle : il est tout à fait dans la même veine, mais en recycle plusieurs éléments (leader féminin aux innombrables seins…), ce qui le rend un peu moins novateur.


Reflet dans un diamant mort   ★★★
Hélène Cattet et Bruno Forzani (Belgique/Luxembourg/Italie/France)

C’est lors de cette édition du Festival qu’a eu lieu la première Bénélux de Reflet dans un diamant mort, en présence d’une grande partie de l’équipe du film.

N’hésitez pas à découvrir notre critique ici !

Vous retrouverez également, sur En Cinémascope, un article reprenant la critique de leur film précédent – Laissez bronzer les cadavres et du combo Blu-ray – DVD de celui-ci, ainsi qu’un long entretien avec les réalisateurs. Avec, en bonus, une interview express de Manu Dacosse, le directeur photo de tous les longs métrages qu’ils ont commis, leur premier film, Amer, inclus, dans le cadre de la présence aux Magritte du Cinéma de leur deuxième bébé : L’étrange couleur des larmes de ton corps.

Reflet dans un diamant mort

The Outcasts   ★★★
Robert Wynne-Simmons (Irlande/Royaume-Uni)

The Outcasts fait partie du module « The haunted isles : folk horror and the wyrd in the UK and Ireland », l’une des thématiques principales de cette dix-huitième édition de l’Offscreen Film Festival. Réalisée par le trop rare Robert Wynne-Simmons, scénariste de La Nuit des maléfices (Blood on Satan’s Claw), également programmé cette année, cette petite perle sombre constitue une bonne immersion dans l’Irlande rurale du début du dix-neuvième siècle et son folklore. Maura, jeune femme marginalisée, ne parlant presque pas, rencontre Scarf Michael en pleine forêt, lors de la nuit du mariage de sa sœur. Ce Scarf Michael est un violoniste itinérant faisant l’objet d’une légende rurale dont l’évocation fait frémir de terreur les villageois. Suite à des circonstances malheureuses, Maura sera accusée de sorcellerie… Avec sa beauté rugueuse, le film fait bien sentir la dureté de la vie de l’époque et parle de la peur de l’inconnu, du rejet de la différence et de la difficulté à s’affirmer. Bercé par une superbe B.O. folk, se déroulant sur un rythme posé et aidé par une interprétation pleine d’authenticité, il conjugue amour et mort en un tableau grave et touchant.


Sandy Foulon

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture :
Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisatrice et réalisateur de Reflet dans un diamant mort, au Nova
Crédit photo : Offscreen Film Festival

Le 43e BIFFF en près de 20 nouvelles critiques de films !

Le 43e BIFFF en près de 20 nouvelles critiques de films ! 2048 1152 Jean-Philippe Thiriart

« Y en a en a un peu plus… j’vous l’mets ? »

Non non, vous n’êtes pas à la boucherie, mais bien sur En Cinémascope !

C’est que nous vous proposons, aujourd’hui, de jeter un autre coup d’œil sur le 43e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF), qui s’est clôturé dimanche au Palais 10 du Heysel. Cette fois à travers vingt nouvelles critiques de films découverts cette année à la grand-messe belge du cinéma de genre, une des plus importantes au monde.

Après notre article revenant sur le palmarès 2025 et proposant dix critiques de films primés, voici, donc, notre regard sur d’autres œuvres qui nous ont marqués, positivement… ou pas !

Ah oui, nous avons failli oublier : à vos agendas : la prochaine édition du BIFFF aura lieu du 14 au 26 avril 2026. Qu’on se le dise !

Control Room   ★
Luiso Berdejo (Espagne)

Ce film de science-fiction suit Olivia (Alexandra Masangkay, vue notamment dans La Plateforme et sa suite) et son collègue Arlo, en charge de la salle de contrôle d’une colonie humaine basée sur une planète lointaine. Lorsque l’endroit est assiégé par des extraterrestres sans pitié, ils vont devoir faire des choix cornéliens pour sauver ce qui peut l’être.
Ne tournons pas autour du pot : Control Room est une franche déception. N’ayant clairement pas les moyens de mettre en scène le monde dans lequel se déroule l’histoire, Berdejo se contente de filmer une pièce unique (à l’exception de quelques plans), la salle de contrôle du titre, et ce qui apparaît sur ses écrans. Les personnages secondaires sont constamment figurés par des petits points évoluant sur ces écrans. Ce qui peut s’avérer astucieux l’espace d’une ou deux scène(s) peut être perçu comme une arnaque quand cela se fait sur toute la durée d’un long métrage. Même les créatures belliqueuses, qui auraient pu constituer le point fort du film, sont décevantes, apparaissant comme des silhouettes transparentes. De surcroît, les influences (Aliens en tête) sont trop patentes. À notre humble avis, il eût été plus pertinent de développer ce concept scénaristique sous la forme d’un jeu vidéo.

Sandy Foulon

The Creeps   ★★
Marko Mäkilaakso (Finlande)

À défaut d’être un chef-d’œuvre, cette comédie horrifique décomplexée et sans prétention nous a apporté son bon lot de fun. Les personnages sont drôles et brisent régulièrement le quatrième mur.
Une allusion directe au festival est présente dans le film, ce qui n’a bien sûr pas manqué de faire réagir le public. Le réalisateur a incorporé celle-ci car il était conscient que c’est au BIFFF que The Creeps allait être présenté en avant-première mondiale.
Marko Mäkilaakso s’est fait plaisir et semble avoir placé dans son film ses références préférées. Voir Christophe Lambert apparaître et déclamer sa réplique, devenue culte, de Highlander – « Il ne peut en rester qu’un » – fut, avouons-le, assez jubilatoire.
Le film ne vole pas très haut, l’humour est souvent graveleux et il faut fréquemment mettre son cerveau sur OFF mais impossible de ne pas éprouver un certain attachement pour lui, tant le réalisateur est sincère dans ses intentions. La présence de Christophe Lambert lors de la projection du film a réellement enflammé le public. Un des plus beaux moments de ce 43e BIFFF !

Jules de Foestraets

Daniela Forever   ★★
Nacho Vigalondo (Espagne/États-Unis/Belgique/France/Finlande)

Nacho Vigalondo : un nom bien connu des Bifffeurs, qui avaient pu découvrir en leur temps son Timecrimes (BIFFF 2008) et Extraterrestre (BIFFF 2012). Cette fois, il s’aventure sur les terres du drame romantique avec un argument légèrement science-fictionnel. Dévasté par la mort soudaine de sa copine Daniela, Nick va accepter de suivre une thérapie à base de drogue expérimentale, qui permet de très facilement contrôler ses propres rêves. Le but est de l’aider à faire son deuil en se détachant progressivement de l’image de Daniela, mais lui va l’utiliser pour continuer à vivre avec elle dans ses rêves.
Cette combinaison de thématiques – deuil et rêves lucides – est très intéressante. Le script explore bien les différentes phases de contrôle des rêves, avec les limites de ceux-ci et les moyens de les repousser. Sur le plan formel, le réalisateur aide le spectateur à s’y retrouver en filmant la réalité en format vidéo carré, avec une photo assez moche (choix symbolique), tandis que les rêves de Nick sont filmés en format très large, avec une image plus travaillée où les couleurs ressortent très bien. Un film qui fait un peu penser à Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, mais il lui manque l’intensité émotionnelle de ce dernier.

S.F.

Dead by Dawn   ★★
Dawid Torrone (Pologne)

Une petite troupe, qui répète une pièce du légendaire Heissenhoff, se retrouve coincée dans un théâtre à la merci d’un tueur masqué. Ce pitch fait immanquablement penser à Bloody Bird de Michele Soavi. Et, de fait, Dead by Dawn apparaît comme une agréable variation de celui-ci. Bonne surprise nous venant de Pologne, pays peu familier de l’horreur, ce slasher soigné et respectueux des codes du genre fournit son lot de meurtres gores, avec un psychopathe au look marquant (le masque composé d’innombrables yeux) et des éclairages créant une ambiance cauchemardesque colorée.
Torrone y multiplie les hommages aux classiques de l’horreur dont il est fan, notamment à L’Exorciste, mais aussi, et surtout, au giallo comme, par exemple, le dispositif des aiguilles scotchées sous les paupières d’une actrice, qui renvoie directement à Terreur à l’opéra de Dario Argento. Outre ces notes giallesques, Dead by Dawn se singularise des autres slashers par une dimension d’occultisme amenant une fin monstrueuse, dans la veine de ce qu’avait fait le japonais Evil Dead Trap. Voilà donc une pure série B horrifique généreuse, faite à l’ancienne, telle qu’on aimerait en voir plus dans ce genre de manifestations.

S.F.

Dead Talents Society   ★★★
John Hsu (Taïwan)

Dans ce film au concept bien pensé, nous partons à la rencontre d’une société de fantômes qui ont pour objectif d’effrayer les vivants autant que faire se peut.
L’idée de départ est très bien exploitée, et le film est inventif et regorge de séquences assez drôles. Allant à du cent à l’heure, Dead Talents Society nous embarque dans un univers loufoque et déjanté.
Les personnages sont amusants et décalés, ce qui permet au spectateur de pénétrer facilement dans leur monde, avec un plaisir certain.
La durée du film, sans doute légèrement excessive, ne nuit pas à son rythme.
Les Américains ayant la parfois mauvaise habitude de faire des remakes de films étrangers, cela ne nous étonnerait pas qu’une version US de Dead Talents Society voit le jour, tant sa thématique est intéressante.

J.d.F.

Don’t Leave the Kids Alone (No dejes a los niños solos)   ★★
Emilio Portes (Mexique)

Venu présenter son Belzebuth au BIFFF en 2018, Emilio Portes signe aujourd’hui un thriller dans la mouvance de Maman, j’ai raté l’avion, en plus sombre, qui vire au film d’horreur dans son dernier acte. Sa baby-sitter s’étant décommandée à la dernière minute, Catalina est acculée à laisser ses deux fils seuls dans leur nouvelle demeure le temps d’une soirée. Les turbulents frères ne vont pas arrêter de se chamailler, leur dispute prenant au fil des heures des proportions alarmantes. Un chien agressif et affamé, abandonné aux abords de la villa, va mettre son grain de sel et, last but not least, quelqu’un ou quelque chose qui est lié au passé de la maison semble exercer son influence maléfique. Ça fait beaucoup pour deux garnements ! Le film prend trop de temps avant de se lancer vraiment et les incessantes querelles des enfants peuvent crisper par moments, mais la radicalité de la fin compense ce qui précède.

S.F.

Fury (La Furia)   ★★★
Gemma Blasco (Espagne)

Vu le point de départ du script (une jeune femme qui se fait violer lors d’une fête), le choix du titre et le fait qu’il ait été sélectionné au BIFFF, on aurait pu s’attendre à un rape and revenge, mais Gemma Blasco évite la case « film d’exploitation » pour privilégier le pur drame réaliste. On comprend sa démarche quand on sait qu’il s’agit d’un projet qu’elle porte depuis longtemps, inspiré de son vécu.
Tout sonne juste dans Fury, notamment le jeu de l’actrice principale, Ángela Cervantes, qui connaît la réalisatrice de longue date et s’est beaucoup investie dans son rôle. Les réactions du personnage principal, Alexandra, sont difficilement compréhensibles pour quelqu’un d’extérieur : elle ne prévient pas la police et n’en parle même pas à son entourage. Seul son frère sera, plus tard, partiellement mis dans la confidence. Cette négation de l’événement traumatisant et ce mutisme sont bien développés. La différence entre la réaction de la victime et celle de son frère quand il apprend la vérité permet à la réalisatrice d’opposer deux sensibilités différentes. L’investissement d’Alexandra dans le rôle de Médée, pour la pièce de théâtre du même nom, apporte une nouvelle phase psychologique au personnage et une dimension symbolique forte au film. Il y aurait encore beaucoup à dire sur Fury mais nous conclurons en précisant que, s’il s’agit d’un bon film, nous l’aurions davantage vu figurer à la programmation d’un festival généraliste qu’au BIFFF.

S.F.

Get Away   ★★
Steffen Haars (Royaume-Uni)

L’année passée, le Néerlandais Steffen Haars était venu présenter le film Krazy House (voir notre critique), qu’il avait coréalisé avec Flip Van der Kuil et qui mettait en scène Nick Frost. Cette année, le duo réalisateur/acteur est de retour, avec cette fois Haars seul aux commandes et Frost qui, non seulement, joue dedans, mais a aussi écrit le scénario. Un nouveau rôle de père de famille, forcément taillé sur mesure pour ce dernier, qui emmène les siens en vacances sur une petite île suédoise, alors que les quelques habitants de celle-ci s’apprêtent à célébrer la Karantän, tradition locale vieille de 200 ans où il est question de colons, de meurtres et de cannibalisme.
Cette comédie horrifique inverse avec jubilation une donnée essentielle du sous-genre folk horror. Hostilité vis-à-vis des étrangers, esprit revanchard, perversions : les personnages possèdent tous leurs gros défauts. Une vraie galerie de détraqués ! Avec son humour qui désamorce quelque peu le côté inquiétant des personnages, son scénario simple et efficace et ses généreux jets de sang, Get Away s’avère fun, mais sans jamais se hisser au niveau des films qui ont fait connaître Nick Frost (Shaun of the Dead, Hot Fuzz…), ce qui pourra décevoir ses fans.

S.F.

Handsome Guys (Haen-seom-ga-i-jeu)   ★★
Dong-hyup Nam (Corée du Sud)

Deux péquenots, gentils mais au physique peu avenant, se rendent dans une maison délabrée, située au milieu des bois, dans le but de l’acheter. Quelques étudiants en vacances juste à côté vont les prendre pour de dangereux criminels, tout comme les deux agents de police qui patrouillent dans les environs. Accidentellement, le sang va commencer à couler, ce qui va réveiller une force maléfique tapie dans la cave de la vieille maison.
Si ce pitch vous semble familier, c’est normal : Handsome Guys est le remake coréen de Tucker & Dale fightent le mal de l’Américain Eli Craig. Modèle de comédie horrifique, il repose sur une série de quiproquos et de détournements de situations clichés du genre. La mécanique est bien huilée et l’on rit de bon cœur. De plus, cette version a la bonne idée d’insister sur le message selon lequel « il ne faut pas se fier aux apparences ». Mix de survival redneck à la mode coréenne et d’Evil Dead, ce film pèche juste par quelques effets spéciaux perfectibles.
Handsome Guys est un film parfait pour le BIFFF et son ambiance unique.

S.F.

Hidden Face   ★★
Dae-woo Kim (Corée du Sud)

Alors que le chef d’orchestre Seong-jin est sur le point de se marier avec sa violoncelliste Soo-yeon, cette dernière disparaît en laissant derrière elle une vidéo d’adieu. Sans aucune nouvelle de la jeune femme, l’orchestre la remplace par Mi-joo, dans les bras de laquelle Seong-jin va trouver du réconfort…
Officiellement, Hidden Face est l’un des nombreux remakes d’Inside (Andrés Bais, 2011), mais son dispositif rappelle des films encore plus anciens : le grec The Wild Pussycat (1969) et son remake italien Emmanuelle et Françoise (1975). Plus généralement, il nous ramène à la vague des thrillers érotiques des années 80 et 90 (Liaison fatale, Body of Influence, Sliver, Harcèlement, etc.). Au fonds, pourquoi pas, c’est vrai que ça manquait un peu !
Personnages duplices, plan machiavélique, passion torride… : les constantes du sous-genre sont bien représentées. Les scènes érotiques, joliment filmées, font leur petit effet et ne sont pas gratuites, ce dont on s’apercevra plus tard. Les potentialités de la maison dans laquelle le couple emménage, lieu-clé de l’histoire, sont correctement exploitées. Pour un thriller coréen, ça manque d’un soupçon de viscéralité, mais Hidden Face ne nous en fait pas moins passer un moment agréable.

S.F.

It Feeds   ★★★
Chad Archibald (Canada)

It Feeds, du réalisateur, producteur et scénariste canadien Chad Archibald (Vicious Fun, qui faisait partie de la sélection du BIFFF 2021 et y avait remporté le Prix du Public, compte parmi les films qu’il a produits), coche toutes les cases du bon film d’horreur mainstream contemporain : des jumpscares, des scènes cauchemardesques, une atmosphère effrayante, une créature flippante…
Thérapeute d’un genre bien particulier, Cynthia, assistée par sa fille Jordan, a le don de se projeter dans les recoins sombres de l’esprit de ses patients afin de les aider à guérir de leurs traumatismes. Un jour, une fille à laquelle est accrochée une entité démoniaque débarque chez elle à l’improviste, réclamant son aide.
Rythmé de sorte qu’il ne perd jamais l’attention du spectateur, It Feeds est efficace, mais sans pour autant se montrer novateur. Ainsi, les endroits psychiques torturés que visite Cynthia (qui donnent lieu aux meilleures scènes du film) peuvent être vus comme des variantes du « Lointain » de la franchise Insidious. De quoi, en définitive, satisfaire les fans du genre.

S.F.

Locked   ★★
David Yarovesky (États-Unis)

Film qui se laisse regarder mais qui ne casse pas trois pattes à un canard et qui manque clairement de nouveauté, Locked raconte l’histoire d’un voleur qui se retrouve piégé dans la voiture d’un psychopathe, lequel va le forcer à participer à un jeu vicieux. Ultra classique et donnant une forte impression de déjà vu, ce film n’est jamais ennuyeux. Nous aurions cependant préféré être davantage surpris.
Tout est cousu de fil blanc et donne l’impression que le film a été écrit avec une intelligence artificielle, tant cela manque de personnalité.
Anthony Hopkins s’amuse, en revanche, comme un fou dans le rôle du bad guy. Quel plaisir de voir cet acteur, à l’âge de 87 ans, prendre toujours autant son pied à interpréter ce type de personnages ! Quant au jeune Bill Skarsgård, il mérite d’apparaître dans des œuvres plus ambitieuses que celle-ci. Si la découverte de Locked ne nous a pas fait passer un mauvais moment en soi, nous aurons néanmoins tôt fait d’oublier le film.

J.d.F.

The Old Woman with the Knife (Pa-gwa)   ★★★
Kyu-dong Min (Corée du Sud)

Ce thriller est une adaptation d’un roman à succès sud-coréen. Il est mis en scène par Kyu-dong Min, qui avait fait ses débuts à la fin des années 90 avec Memento Mori, le deuxième opus de la série de films Whispering Corridors, coréalisé avec Tae-yong Kim.
The Old Woman with the Knife raconte l’histoire d’une dame âgée, assassin depuis des décennies pour une société secrète dont le but est d’éliminer les pires raclures de la société. Un jour, son employeur recrute un jeune homme surdoué qui veut absolument travailler avec elle. Que lui veut-il exactement ?
Il faut tout d’abord souligner la belle prestation de Hye-yeong Lee, actrice active depuis les années 80 et donc pour ainsi dire aussi expérimentée dans le cinéma que son personnage l’est dans l’art de tuer. Et puis c’est sympa d’avoir un film qui propose un tel rôle à une femme d’âge mûr. Ensuite, le mélange d’action et d’émotion fonctionne bien. Enfin, sur le plan technique, la réalisation est d’un bon niveau. Encore un bon cru made in Korea !

S.F.

Parvulos   ★★
Isaac Ezban (Mexique)

Isaac Ezban est un des chouchous du BIFFF : c’est bien simple, tous ses films y sont passés, que l’on se souvienne par exemple de The Incident, projeté en 2015 ou encore de L’œil du mal (Mal de Ojo) (voir notre critique), programmé voici deux ans. Cette année, il nous a concocté un film d’horreur postapocalyptique dans lequel trois jeunes frères tentent de survivre dans leur maison sise au milieu des bois suite à une pandémie qui a détruit la civilisation et à un vaccin expérimental qui a rendu les infectés dangereux. Les garçons gardent enfermé dans leur cave ce qui semble être un monstre affamé, le nourrissant de viande de chiens et de rats. Outre les dangers déjà cités, des groupes de fanatiques religieux parcourant le pays constituent également une sérieuse menace.
Parvulos se focalise surtout sur la débrouillardise des jeunes pour survivre, sur les dilemmes moraux inévitables dans ce genre de situations et sur le sens de la famille. Il contient des scènes intenses, parfois dégoûtantes, qui ne conviendront pas à tout le monde. Les fans d’horreur à la The Walking Dead s’y retrouveront parfaitement. On regrettera juste, pour notre part, un choix d’image désaturée, terne, qui ne fait pas parfaitement honneur à la beauté des paysages naturels où se déroule l’action.

S.F.

Sew Torn   ★★
Freddy Macdonald (Suisse/États-Unis)

Version longue d’un court métrage homonyme de 2019, Sew Torn montre les différents scénarios possibles découlant des choix de Barbara, jeune couturière prodige qui se retrouve face à deux criminels blessés sur le bord de la route se disputant une mallette remplie de gros billets.
Mélange de thriller et de comédie noire sous patronage des frères Coen, ce film se montre particulièrement inventif quand il s’agit de mettre en scène tout ce dont est capable l’héroïne avec une simple aiguille et du fil à coudre. Une véritable petite MacGyver de la couture ! Dans ce rôle, Eve Connolly, vue notamment dans Muse de Jaume Balagueró et dans la série Vikings, apporte une combinaison de fraîcheur, de charme, de fragilité apparente et de force insoupçonnée. Le personnage du patriarche mafieux qui va donner du fil à retordre à Barbara est tenu, lui, par John Lynch, acteur britannique à la belle carrière : il a, par exemple joué dans Hardware, dans Les Guetteurs et apparaît régulièrement dans les films de Christopher Smith, tels Black Death et Detour.
Les superbes lieux de tournage suisses offrent, quant à eux, une plus-value visuelle certaine. Espérons que dans la suite de sa carrière, le jeune Freddy Macdonald conserve l’ingéniosité dont il fait preuve avec ce premier long métrage.

S.F.

Touch Me   ★
Addison Heimann (États-Unis)

Joey et son ami gay Craig acceptent avec enthousiasme l’invitation de Brian à venir vivre dans sa très luxueuse villa. La particularité de ce Brian ? Il affirme être un extraterrestre souhaitant sauver notre monde avec leur aide. Son toucher permet d’évacuer tout stress, tandis qu’avoir des relations sexuelles avec lui, et ses multiples tentacules, procure un plaisir totalement inédit. Ce qui peut bien vite s’avérer très addictif…
Touch Me contient quelques éléments intéressants, comme la volonté de rendre hommage au genre japonais du Hentai, et l’exécution des scènes où Brian se manifeste sous sa vraie apparence, à base d’effets spéciaux pratiques réjouissants (assurément l’attrait principal de cette production). À travers cette histoire farfelue, Heimann entend parler du phénomène problématique de l’addiction, de la manipulation et du rapport à la vérité mais son propos est désamorcé par un ton humoristique malvenu, avec trop de scènes tout simplement ridicules. On aurait préféré une approche plus sérieuse et onirique (un potentiel entrevu dans quelques plans érotiques).

S.F.

Tummy Monster   ★★★
Ciaran Lyons (Royaume-Uni)

Très étrange petit film, Tummy Monster est un huis clos maîtrisé qui ne manque pas d’originalité. Le réalisateur nous donne à voir la descente aux enfers d’un homme. Ce film qui se déroule dans une même unité de lieu a été réalisé avec deux bouts de ficelle et tourné en cinq jours, de quoi forcer le respect.
Très travaillée, la photo du film est de grande qualité. Quant aux acteurs, ils font du bon boulot. Quelques longueurs sont, certes, à déplorer et Tummy Monster est parfois lourd, agaçant même, mais il s’agit là, selon nous, d’une des volontés du réalisateur, qui souhaite nous faire ressentir ce que le personnage principal traverse. Rien d’étonnant, dès lors, que le spectateur finisse, par moments, par décrocher. Au bout du compte, la découverte de cet exercice de style s’est avérée pour le moins intéressante.

J.d.F.

Vampire Zombies… From Space!   ★★★★
Michael Stasko (États-Unis)

Magnifique surprise dont le titre pouvait laisser présager un navet, ce film était, au contraire, une des pépites de ce 43e BIFFF.
À la fois parodie des films d’horreur et de science-fiction des années 50 et hommage à ceux-ci, Vampire Zombies… From Space nous plonge avec brio dans l’ambiance de l’époque.
L’humour distillé dans ce film complètement absurde fonctionne à merveille. Délire total, ce métrage rend hommage à Plan 9 From Outer Space, de Ed Wood, considéré comme l’un des plus grands nanars du cinéma. Le film reproduit très bien les effets spéciaux catastrophiques, avec des soucoupes volantes tenues par des fils.
Les références, plus drôles les unes que les autres, s’enchaînent à toute vitesse. Ce que l’équipe du film est parvenue à faire avec un si petit budget relève du génie. Enfin, signalons que cette vraie œuvre de passionnés possède une photographie étonnamment soignée bénéficiant d’un très beau noir et blanc.

J.d.F.

Zero   ★★★
Jean-Luc Herbulot (Sénégal, USA)

Dakar, deux hommes se réveillent, une bombe accrochée au corps. Ils vont devoir suivre les instructions d’un maître-chanteur, qui menace de les faire exploser s’ils ne réalisent pas les missions qu’il leur donne.
Le thème est classique, certes, mais il est aussi très bien traité. Ne souffrant de quasiment aucun temps mort, Zero nous met en présence de personnages très bien écrits.
C’est alors parti pour une heure et demie de course contre la montre, qui visse le spectateur à son siège du début à la fin. Nul besoin d’en faire plus pour captiver pleinement le spectateur.
Ajoutons que Zero renferme un vrai message politique.
Willem Dafoe prête magistralement sa voix à l’antagoniste. Il en impose, avec son timbre et sa façon de s’exprimer reconnaissables entre mille. Un vrai plaisir que de le retrouver dans ce type de projets !

J.d.F.

Jean-Philippe Thiriart, Sandy Foulon et Jules de Foestraets

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Dead Talents Society

L’équipe BIFFF 2025 de En Cinémascope au grand complet !
Crédit photo : En Cinémascope – Sandy Foulon

Le 43e BIFFF a vécu : retour sur le palmarès et critiques de films primés

Le 43e BIFFF a vécu : retour sur le palmarès et critiques de films primés 1920 1080 Jean-Philippe Thiriart

Le 43e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) s’est clôturé ce dimanche 20 avril au Palais 10 du Heysel, accueillant plus de 45 000 spectateurs.

Le palmarès de cette édition est pour le moins robuste, en témoignent, notamment, nos critiques de films primés. Il vient souligner combien le cinéma de genre fait preuve d’inventivité et n’a de cesse de se renouveler.

Pour reprendre les mots de Christophe Gans, président, cette année, du Jury International, « le cinéma, c’est la vie » Jean-Luc Godard disait, lui, que « c’est la vérité 24 fois par seconde » Nous sommes bien d’accord avec eux !

Le palmarès

Longs métrages

Compétition internationale

Golden Raven (Corbeau d’Or) : Twilight of the Warriors: Walled In de Soi Cheang

Silver Ravens (Corbeaux d’Argent) : The Ugly Stepsister d’Emilie Blichfeldt, et Honey Bunch de Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli

Mention spéciale : The Surfer de Lorcan Finnegan

Compétition européenne

Méliès : The Home de Mattias J. Skoglund
Mention spéciale : Un Monde merveilleux de Giulio Callegari

Compétition Black Raven (Corbeau Noir – Compétition Thrillers)

Black Raven : The Rule of Jenny Pen de James Ashcroft
Mention spéciale : Tabula Rasa de Juanfer Andrés et Esteban Roel

Compétition Emerging Raven (Corbeau Émergeant – Compétition Premiers et deuxièmes films)

Emerging Raven : A Girl with Closed Eyes de Sunyoung Chun
Mention spéciale : The Wailing de Pedro Martín-Calero



Compétition White Raven (Corbeau Blanc – Compétition présentant des films qualifiables de « singuliers »)

White Raven : Dead Lover de Grace Glowicki
Mention spéciale : Sister Midnight de Karan Kandhari

Prix de la Critique

Hallow Road de Babak Anvari

Prix du Public

The Ugly Stepsister d’Emilie Blichfeldt

Courts métrages européens

Méliès d’Argent : The Musical Spider

Courts métrages belges

Grand Prix et Prix BeTV : Corps étranger de Cécile Delberghe et Mathieu Mortelmans
Prix La Trois : La Mue de Elodie Lebrun
Prix du Jury jeunesse et Prix Cinergie : De Leider Komt de Michiel Geluykens et Manuel Janssens
Mention spéciale du Jury jeunesse : Autokar de Sylwia Szkiladz

Le Prix Cinergie a été décerné à De Leider Komt de Michiel Geluykens (à droite sur la photo) et Manuel Janssens (au centre), film qui a également été récompensé du Prix du Jury jeunesse
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Nos critiques de films primés

A Girl with Closed Eyes (Nun-eul gam-eun ai)   ★★★
Sun-young Chun (Corée du Sud)

Écrit, réalisé et produit par la Coréenne Sun-young Chun, dont c’est le premier long métrage, A Girl with Closed Eyes est un thriller policier qui explore finement tout le potentiel dramatique de son script. C’est là une de ses grandes forces.
Arrêtée, arme aux poings, sur les lieux mêmes du meurtre d’un auteur à succès, Min-joo affirme à la police qu’elle ne parlera qu’à une certaine inspectrice de Séoul, qui la connaîtrait. Avouant l’homicide, elle déclare que le romancier, qui a retracé dans son dernier livre l’histoire de l’enlèvement dont elle a été victime dans sa jeunesse, était son kidnappeur de l’époque. Allant d’impasses en rebondissements, l’enquête réservera quelques surprises…
Le niveau des actrices et acteurs est excellent et la réalisation est solide également. Seuls certains éléments du script peuvent être discutés quant à leur crédibilité. Vu la qualité globale, on peut affirmer que la sortie de ce film signe l’émergence d’un nouveau talent coréen.

Sandy Foulon

City of Darkness (Twilight of the Warriors: Walled In)   ★★★★
Soi Cheang (Hong Kong)

Soi Cheang, qui avait signé l’un des principaux coups de cœur de En Cinémascope lors de la 40e édition du BIFFF avec Limbo, film ayant reçu une Mention spéciale du Jury Black Raven (voir notre critique), était de retour dans la sélection du BIFFF de cette année avec Twilight of the Warriors: Walled In, retitré City of Darkness en France.
Avec ce film d’action suivant le jeune Chan Lok-kwun, immigré clandestin cherchant à amasser de l’argent afin d’acheter les papiers nécessaires pour se mettre en règle auprès des autorités de Hong Kong, et se réfugiant dans la citadelle de Kowloon alors qu’il est pris en chasse par des triades, le réalisateur hongkongais confirme une nouvelle fois sa maestria. Ce qui le distingue du tout-venant du genre ? Une dimension humaine forte, un soin fou apporté à ses décors absolument extraordinaires (son amour pour l’histoire de cette « citadelle » est palpable, voir pour s’en convaincre les scènes de la vie quotidienne ajoutées lors du générique de fin) et, bien sûr, une grande maîtrise des scènes de combats. Un film d’action à la fois ébouriffant et touchant.

S.F.

Hallow Road   ★★
Babak Anvari (Royaume-Uni / Irlande / République tchèque)


Le réalisateur de Under the Shadow est de retour avec ce thriller intelligent porté par Rosamund Pike (Meurs un autre jour, Le Dernier Pub avant la fin du monde, Gone Girl) et Matthew Rhys (La Tranchée, Crazy Bear). Ces derniers y forment un couple qui reçoit, en pleine nuit, un appel téléphonique de leur fille désespérée. Celle-ci vient de renverser une personne ayant surgi juste devant elle sur une route déserte qui traverse un bois. Catastrophés, les parents prennent la voiture pour se rendre sur les lieux de l’accident afin d’aider leur enfant. Commence alors une course contre la montre.
Tout le film joue sur l’urgence de la situation et sur le hors-champ : à l’exception de quelques scènes, la caméra ne quittera pas la voiture dans laquelle se trouve le couple. On ne prendra connaissance de tout ce que vit la fille que par conversations téléphoniques, astuce de mise en scène diabolique, l’imagination du spectateur étant rudement mise à contribution. Surtout quand quelques répliques étranges amènent le film aux frontières du fantastique. Quelques indices sont jetés en pâture mais l’ambiguïté persistera jusqu’à la fin. Plusieurs interprétations des faits sont possibles. Un thriller efficace et stimulant.

S.F.

Hallow Road   ★★★★
Babak Anvari (Royaume-Uni / Irlande / République tchèque)

Thriller incroyablement nerveux et d’une efficacité redoutable, qui se déroule presqu’exclusivement dans une voiture, Hallow Road constitue l’un de nos gros coups de cœur du Festival.
On y suit l’échange téléphonique entre deux parents et leur fille après un évènement tragique. Sans rien dévoiler, signalons que l’ambiance de l’œuvre est oppressante et, la tension, extrêmement forte, et gérée à la perfection, scotchant le spectateur à son siège.
Nous restons dans le même environnement pendant tout le film et, avec un procédé fort simple et très peu de moyens, le réalisateur parvient, avec brio, à nous tenir en haleine en nous prenant aux tripes.
Rosamund Pike est sensationnelle, livrant une performance d’une intensité inouïe. Une très belle réussite et l’un des plus grands films de cette édition que ce Hallow Road !

Jules de Foestraets

The Home (Hemmet)   ★★
Mattias Johansson Skoglund (Suède/Islande/Estonie)


Joel est de retour dans sa petite ville natale pour placer sa vieille maman dans une maison de retraite suite à l’AVC qu’elle a subi et dont elle n’est pas sortie tout à fait indemne. Au fur et à mesure, il semble de plus en plus évident que la dame âgée est possédée par une force maléfique.
Skoglund déroule son film d’épouvante sur un rythme posé, avec une tonalité de drame dépressif. Tant le personnage de la mère que celui du fils ont leurs traumatismes et leurs démons intérieurs (mari/père abusif décédé, inclination pour la boisson…).
The Home joue sur la peur du vieillissement et son lot de détériorations physiques et mentales. Essentiellement psychologique, il se laisse tout de même aller à un ou deux jumpscares bien sentis. Face à une durée de films qui a fort tendance à s’allonger ces dernières années, celui-ci a le mérite de ne pas en faire trop avec son heure et demie qui convient bien au genre. Une production nordique intéressante et inquiétante, par les thématiques qu’elle brasse notamment.

S.F.

Honey Bunch   ★★
Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli (Canada)

Le duo qui avait réalisé Violation, sélectionné à l’édition du BIFFF online (2021), est de retour avec ce Honey Bunch concourant dans la compétition internationale. L’actrice principale, Grace Glowicki, est également réalisatrice et actrice de Dead Lover, film projeté lui aussi cette année au BIFFF.
Après un accident de voiture qui l’a laissée amnésique, Diana est emmenée par son mari dans une clinique privée qui propose des thérapies révolutionnaires. Au fur et à mesure, leur couple va être mis à rude épreuve.
Mélange de romance et de thriller sur fonds d’expérimentations médicales, ce film brille par son esthétique, notamment la superbe photo d’Adam Crosby, qui sublime les décors naturels qui entourent la clinique, et par l’interprétation impressionnante de Grace Glowicki. La nature exacte de la thérapie suivie, qu’on ne révélera pas car elle fait partie des surprises que réserve le scénario, ouvre des perspectives passionnantes et l’on gage qu’elle pourrait intéresser David Cronenberg. À la fois beau, touchant et perturbant, Honey Bunch est une œuvre atmosphérique et psychologique qui mérite d’être découverte. Signalons, néanmoins, qu’elle ne s’adresse pas aux inconditionnels de l’action débridée.

S.F.

Les Maudites (El Llanto)   ★★★
Pedro Martín-Calero (Espagne/Argentine/France)


Présenté sous son titre international The Wailing, Les Maudites témoigne une fois encore du savoir-faire de l’Espagne en matière de cinéma fantastique. Coscénarisé par Isabel Peña (scénariste qui travaille régulièrement avec Rodrigo Sorogoyen – voir El Reino, The Beasts…), il s’agit du premier film de Pedro Martín-Calero, un réalisateur à tenir à l’œil.
Dans les années 2020, à Madrid, Andrea se rend compte qu’une silhouette masculine, qu’elle ne voit pas en vrai, apparaît systématiquement en arrière-plan des vidéos qu’elle fait d’elle-même. Fin des années 90, en Argentine, l’étudiante en cinéma Camila, qui filme à son insu Marie, une jeune femme d’origine française qui l’obsède, observe qu’une silhouette masculine est visible sur tous les plans où figure Marie… Trois portraits de jeunes femmes (Andrea, Camila et Marie), trois actrices (Ester Expósito, Malena Villa et Mathilde Ollivier) bien choisies, tant pour leur jeu que pour leur physique.
Le réalisateur insiste sur les aspects dramatiques et humains de cette histoire surnaturelle, avec quelques touches d’épouvante. De bonne facture, Les Maudites laisse une agréable impression générale, avec juste un petit goût de « pas assez », dû notamment à une fin un peu abrupte.

S.F.

Sister Midnight   ★★
Karan Kandhari (Inde)

Découverte intéressante que ce film indien, bien qu’il s’agisse d’une œuvre qui ne se voit qu’une seule fois, son visionnage étant assez éprouvant. Nous immergeant dans le quotidien froid et déprimant d’une jeune mariée, le film dénonce la condition de la femme en Inde, nous mettant en présence d’un personnage féminin malheureux, obligée de vivre avec un mari qu’elle n’aime pas.
Sister Midnight comporte, volontairement selon nous, de vraies longueurs, afin que le spectateur ressente au mieux l’ennui que vit cette femme au quotidien. Cela rend parfois le film difficile à suivre. Signalons aussi que la touche fantastique met un certain temps à arriver.
L’actrice principale est excellente et porte véritablement le film sur ses épaules.
Lent dans l’ensemble, le film possède, paradoxalement, une série de passages très dynamiques parfois délirants, qui contrastent avec l’atmosphère globalement morne de l’œuvre.

J.d.F.

The Surfer   ★★
Lorcan Finnegan (Australie/Irlande/États-Unis)


Ce nouveau film du réalisateur de Vivarium et de The Nocebo Effect est un thriller dramatique mettant en vedette Nicolas Cage. Ce dernier y campe un père se rendant sur la plage australienne qui a marqué sa jeunesse afin de la faire découvrir à son fils adolescent et de surfer avec lui. Il veut également en profiter pour lui annoncer une bonne nouvelle : il est en tractations avec sa banque et un agent immobilier pour acheter la maison qu’il a connue à l’époque et qui donne sur la mer. Mais rien ne va se passer comme prévu : un groupe de locaux va leur interdire l’accès à la plage, menaçant et humiliant ce père qui ne va pas vouloir lâcher l’affaire…
Avec ce film, la volonté de Finnegan est de proposer un équivalent moderne des films dits d’Ozploitation des années 70 et 80, en particulier dans le sillage de Réveil dans la terreur (Ted Kotcheff, 1971). Il y parvient plutôt bien, avec un Nicolas Cage en forme et une réalisation insistant sur les effets du cagnard australien (allant jusqu’à des effets psychédéliques) et sur la déchéance totale du personnage principal. Du petit-lait pour les fans de Cage !

S.F.

The Ugly Stepsister (Den stygge stesøsteren)   ★★
Emilie Blichfeldt (Danemark/Norvège/Pologne/Roumanie/Suède)

Pour ses débuts dans la cour des longs métrages, Emilie Blichfeldt a choisi une revisite trash du conte de Cendrillon vu par l’une des deux demi-sœurs de la belle. Voulant absolument attirer l’attention du Prince du Royaume lors du bal qu’il donnera, Elvira va utiliser des moyens extrêmes pour devenir plus belle. Un mariage avec l’homme le plus en vue du pays permettrait en effet de résoudre tous les gros problèmes financiers de la famille, et la jeune fille est d’autant plus motivée qu’elle est amoureuse des poèmes écrits par le Prince. Mais la concurrence est rude, surtout que la sublime Agnès, rebaptisée Cendrillon une fois tombée en disgrâce, est aussi sur le coup.
Le point de vue adopté pour raconter cette histoire est intéressant. Il permet d’avoir un autre regard sur le personnage de Cendrillon et, surtout, offre l’opportunité de tenir un discours sur le culte de la beauté physique envers et contre tout, thématique très actuelle (pensons par exemple à la banalisation de la chirurgie esthétique). Visuellement soigné, le film étonne, en outre, par ses quelques plans crus concernant les actes sexuels, tandis que les scènes gores font « mal » (pieds coupés au hachoir, par exemple). On est donc loin de la vision disneyenne du conte !

S.F.

Jean-Philippe Thiriart, Sandy Foulon et Jules de Foestraets

Nos cotes :
☆              Stérile
★              Optionnel
★★          Convaincant
★★★       Remarquable
★★★★    Impératif

Photo de couverture : Twilight of the Warriors: Walled In

Adoubé Chevalier de l’Ordre du Corbeau lors de ce 43e BIFFF, le réalisateur britannique Danny Boyle y a donné une masterclass passionnante
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck

Fantastique : le BIFFF, c’est reparti !

Fantastique : le BIFFF, c’est reparti ! 1810 2560 Jean-Philippe Thiriart

À partir de ce mardi 8 avril et jusqu’au dimanche 20 de ce mois, arrêtez tout ce que vous faites car le « Brussels International Fantastic Film Festival » (BIFFF), événement incroyable, est de retour au Palais 10 du Heysel. Cet événement iconique de la ville de Bruxelles, qui ravit les amateurs de cinéma fantastique depuis maintenant 42 ans revient avec un nouveau programme d’anthologie ! Malheureusement, ce festival est en danger : s’il manque de financements, il pourrait ne pas revenir l’année prochaine…

L’ambiance qui règne au BIFFF est chaleureuse et complètement unique ! Découvrir un film là-bas est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie. Le public réagit lors des séances, les gens rigolent, crient parfois. On y vit des moments merveilleusement humains. Des films de genres très différents et des quatre coins du monde y sont mis à l’honneur. De l’horreur à la comédie noire, en passant par des films d’action survitaminés, il y en a pour tous les goûts !

Le BIFFF, c’est aussi un lieu de rencontres extraordinaires. Des passionnés de cinéma fantastique s’y retrouvent chaque année et on y croise aussi de nombreux acteurs du métier. Le Festival accueille ainsi chaque année plusieurs invités de marque. Cette fois, le réalisateur Danny Boyle, à qui l’on doit des œuvres cultes comme Trainspotting, 28 jours plus tard ou encore Slumdog Millionnaire, sera présent au Festival. Il sera fait Chevalier de l’Ordre du Corbeau, au même titre que le réalisateur français Christophe Gans et un autre Français : le comédien Christophe Lambert.

Les événements

Au BIFFF, on ne voit pas seulement des films : c’est aussi la chance de pouvoir assister à de magnifiques événements ! Arrêtons-nous sur trois d’entre eux…

Le 9e Art Contest

Du 10 au 13 avril, se déroulera le 9e Art Contest. Il s’agit d’une compétition qui invite les candidats à exploiter pleinement leur potentiel créatif. L’objectif est de réaliser, en cinq heures, une toile sur le thème de l’art fantastique. Les œuvres sont ensuite exposées pendant le reste du Festival.

Le Bal des Vampires

Le 19 avril, à partir de 22h, jusqu’au lendemain matin, six heures, le mythique Bal des Vampires redébarque au BIFFF ! Cela fera 40 ans que cette grande soirée costumée du Festival endiable Bifffeurs et Bifffeuses. Si on y retrouve des costumes plus dingues et somptueux les uns que les autres, c’est aussi l’occasion de danser toute la nuit aux côtés de créatures tout droit sorties droit de films d’horreur !


La Nuit Fantastique

Rayon films, le 12 avril, se déroulera l’emblématique Nuit Fantastique. Au programme : une nuit complète de folie, en compagnie d’un public enflammé prêt à découvrir quatre courts métrages et autant de longs, choisis spécialement par les organisateurs pour rendre ce moment inoubliable. Au bout de ce marathon filmique, un petit-déjeuner salutaire compris dans le prix de cette Nuit Fantastique.

Mais ce n’est pas tout : nombreuses sont les autres activités qui auront lieu lors du Festival !

Le BIFFF en danger !

Ce merveilleux événement, tellement important pour le cinéma et notre patrimoine pourrait malheureusement ne pas revenir l’année prochaine. Sans garantie de financements, notamment au niveau des subsides régionaux, il est possible qu’il n’y ait pas de 44e édition en 2026 ou, pire, que le Festival disparaisse purement et simplement. Il est donc impératif d’apporter tout notre soutien au BIFFF et à ses organisateurs tant ce serait une perte énorme si cet événement venait à s’arrêter. En rejoignant la Guilde de l’Ordre du Corbeau, par exemple, ce qui consiste en un soutien financier au Festival en l’échange de chouettes contreparties. Et ce à partir de 20 euros. À vous de voir, alors, si vous vous situez du côté lumineux de la force ou de son côté… obscur !

La programmation 2025

Quelques lignes, à présent, sur différents films qui seront diffusés au Festival cette année et qui méritent, selon nous, une mise en avant.

Planète B

Ce film de science-fiction français, mettant en scène les comédiennes de renom Adèle Exarchopoulos et Souheila Yacoub, raconte l’histoire d’une France dominée par un gouvernement autoritaire qui enferme les insoumis dans des prisons virtuelles.
10 avril – 21h30


The Surfer

Le nouveau film de ce bon vieux Nicolas Cage, réalisé par l’Irlandais Lorcan Finnegan. Ici, notre Nico préféré joue un surfer qui casse la figure à des gangsters sur une plage australienne. Tout un programme !
11 avril – 19h


Screamboat

Devenu libre de droit, Winnie l’ourson est apparu dans plusieurs films d’horreur. À présent, c’est au tour de la toute première version dark de Mickey Mouse de se retrouver en tête d’affiche d’un film d’épouvante fauché. On y retrouvera David Howard Thornton, qui jouera la souris tueuse, lui qui avait déjà interprété le clown Art dans la saga Terrifier. C’est évident, ce sera tout sauf du Shakespeare. Mais découvrir une farce pareille avec le public en délire du BIFFF promet d’être une expérience incroyable !
12 avril – Nuit Fantastique


Hallow Road

Un thriller nerveux et intense, mettant en vedette l’actrice Rosamund Pike. On y suivra des parents qui vont devoir gérer une situation dramatique et tragique après que leur fille a provoqué un grave accident de voiture.
16 avril – 19h

Atoman

Le premier film de super-héros marocain ! Un projet original qui voit la création d’un super-héros marocain ancré dans la mythologie locale. L’acteur Samy Naceri, révélé au grand public via la franchise culte Taxi, fait partie du casting.
19 avril – 15h


Get Away

On retrouve Nick Frost, l’acteur fétiche du réalisateur Edgard Wright et éternel comparse du comédien Simon Pegg, dans cette comédie horrifique britannique. Il y joue un père de famille devant affronter un tueur en série qui rôde sur l’île où lui et ses proches ont élu domicile pour les vacances. Cela promet d’être un spectacle fun et jouissif, idéal à découvrir en compagnie des Bifffeurs et des Bifffeuses !
19 avril – 19h

Plus d’infos sur le site du Festival.

Excellent BIFFF à toutes et à tous !

Jules de Foestraets et Jean-Philippe Thiriart

Le 18e Offscreen Film Festival démarre ce soir au Nova !

Le 18e Offscreen Film Festival démarre ce soir au Nova ! 350 494 Jean-Philippe Thiriart

Outre le Cinéma Nova, où cette 18e édition d’Offscreen s’ouvrira aujourd’hui sur le coup de 19h, le Festival investira, jusqu’au 30 mars, trois autres lieux bruxellois : le Cinémas RITCS, le Cinéma Aventure et CINEMATEK.

Des décentralisations auront également lieu à Namur, à Mons et en Flandre. Plus tard, Liège prendra le relais, du 1er au 11 avril, avec la 11e édition d’Offscreen Liège.

Au programme cette année, notamment :
– un focus majeur sur la Folk Horror britannique et irlandaise,
– « Weird Greece », mise à l’honneur du cinéma d’exploitation grec avec la projection de films introduits par le spécialiste Jacques Spohr, créateur de L’Insatiable,
– un hommage au dessinateur, scénariste et réalisateur de films d’animation belge Picha, avec la programmation notamment de Tarzoon, la honte de la jungle, Le chaînon manquant et Le big bang,
– la projection du légendaire huitième épisode de la troisième saison de Twin Peaks, en hommage au regretté David Lynch, épisode coréalisé avec Mark Frost, et
– une bourse aux films d’occasion d’Offscreen.

Le huitième épisode de la troisième saison de Twin Peaks sera projeté

Cette 18e édition de l’Offscreen Film Festival sera à nouveau l’occasion pour les festivaliers de découvrir bon nombre de films en rétrospectives ou en avant-premières, des avant-premières qui seront au nombre de… 18. Forcément !

Alors… join the cult !

Plus d’infos sur le site du Festival.

Jean-Philippe Thiriart, avec la participation de Sandy Foulon

Avec le soutien de

En Cinemascope
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