GOHAN : Un chien errant, trois destinshttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/07/001.jpg16001122Samantha PirardSamantha Pirardhttps://secure.gravatar.com/avatar/398744a57b688406542ada5514e2a49bd94bf7128710a8997e6f7f597e7ae6c8?s=96&d=mm&r=g
Gohan ★★★★
Réalisé par Chayanop Boonprakob, Atta Hemwadee et Baz Poonpiriya Avec Yasushi Kitajima, Poe Mamhe Thar, Jinjett Wattanasin, Tontawan « Tu » Tantivejakul
Drame, comédie feel-good
2h21
Sorti cette semaine sur nos écrans, Gohan s’impose comme un drame feel-good thaïlandais construit en trois volets et réalisés par un trio de cinéastes : Chayanop Boonprakob, Baz Poonpiriya et Atta Hemwadee.
Le film suit Gohan, un chien blanc abandonné, au fil de trois périodes de sa vie. Dès l’ouverture, alors qu’il n’est encore qu’un chiot (Kori), Gohan croise la route d’Hiro, un ingénieur japonais vieillissant interprété par Yasushi Kitajima. Rien d’extraordinaire en apparence, et pourtant tout le film commence dès ces premières minutes.
Il pose alors son idée centrale : un animal peut, sans mots mais avec beaucoup d’amour, transformer durablement une vie humaine.
Trois vies, trois volets : entre fiction et réalité
La deuxième partie change de décor et de tonalité. Gohan, devenu adulte et rebaptisé Brownie, est recueilli dans un refuge pour chiens pendant la Covid. Il y rencontre Namcha, une jeune Birmane, interprétée par Poe Mamhe Thar, employée clandestinement.
Jeune adulte, Gohan rencontrera Namcha, une jeune Birmane travaillant clandestinement en Thaïlande.
Cette partie aborde avec finesse des thématiques contemporaines : travail clandestin, crise sanitaire, mais aussi exploitation et monétisation des animaux sur les réseaux sociaux. Le film s’inspire d’ailleurs de la réalité, puisque Meechok, qui incarne Gohan adulte, est lui-même un chien devenu populaire sur TikTok.
La troisième vie du chien l’amène au seuil de la vieillesse auprès de deux étudiants en art, qui le rebaptisent Hima (« neige » en thaï). Cette dernière partie, plus douce, aborde le sujet du deuil. Elle est portée par Putthipong Assaratanakul et Tontawan Tantivejakul, déjà réunis dans How To Make Millions Before Grandma Dies. Le chien Hima, quant à lui, y joue son propre rôle. Ancien chien errant, il fut adopté par l’un des réalisateurs.
Une émotion maîtrisée
Malgré la diversité de ses thèmes (abandon, crise sociale, exploitation, deuil, résilience), Gohan ne se disperse jamais. Le récit reste cohérent. Le film fonctionne par vagues émotionnelles, alternant douceur, humour discret et moments plus sombres. L’humour étant omniprésent, il permet de ne jamais tomber dans le mélodrame. On s’attache rapidement à Gohan et on le suit avec beaucoup de plaisir dans ses différentes vies.
Au seuil de la vieillesse, Gohan trouvera un nouveau foyer auprès de jeunes étudiants en art.
Gohan est un film lumineux et délicat. À travers les trois vies de son héros canin, il interroge notre capacité à aimer, à réparer et à évoluer au contact de l’autre.
Comme le résume le réalisateur Baz Poonpiriya : « Un chien n’est pas seulement un animal de compagnie, c’est aussi le reflet de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains. ».
Un film simple en apparence, mais profondément humaniste.
Retour sur VALEUR SENTIMENTALE, dernier Grand Prix à Cannes, disponible sur Sooner, avec l’interview de son réalisateurhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/05/Valeur-Sentimentale.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Très grand succès dans nos salles, le film multi primé Valeur Sentimentale – entre autres Meilleur film européen aux Prix du Cinéma européen, Oscar du Meilleur film international (pour neuf nominations) et Grand Prix lors de la dernière édition du Festival de Cannes – est disponible sur Sooner.
Valeur Sentimentale parle, avec brio, des relations familiales, des traumatismes et de la reconstruction du lien. Nous avons rencontré son réalisateur, Joachim Trier.
Également coscénariste de Valeur Sentimentale, aux côtés de Eskil Vogt, et déjà auteur, notamment, de Julie (en 12 chapitres), le cinéaste dano-norvégien est entre autres revenu pour nous sur l’expérience cannoise, Festival dont la nouvelle édition – la 79e – débute aujourd’hui.
Le film est notamment interprété par le quatuor d’acteurs composé des comédiennes Renate Reinsve, Inga Ibsdotter Lilleaas et Elle Fanning, et du comédien Stellan Skårsgard, père de Bill Skårsgard, que nous avons interviewé il y a peu.
Le 44e BIFFF est mort, vive le BIFFF ! Retour sur le palmarès et critiques de films priméshttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/01-2.jpg18001200Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Le 44e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles (BIFFF) s’est clôturé le samedi 18 avril au Palais 10 du Heysel avec l’annonce du palmarès, suivie de la projection de Obsession, pépite horrifique réalisée par Curry Barker, dont nous vous proposerons la critique dans notre prochain article. La soirée s’est ensuite poursuivie avec le traditionnel Bal des Vampires.
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Accueillant plus de 60 000 spectateurs, soit une hausse de près de 30%, le BIFFF a, une nouvelle fois, mis à l’honneur une série d’œuvres audacieuses et innovantes du cinéma de genre, venant confirmer, une fois de plus, la richesse et la diversité du cinéma fantastique, mettant en lumière des talents émergents comme confirmés.
Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Le palmarès
Longs métrages
Compétition internationale
Golden Raven (Corbeau d’Or) : Never After Dark de Dave Boyle Silver Ravens (Corbeaux d’Argent) : Tristes Tropiques de Hoon-jung Park (voir critique ci-dessous) et Nirvanna The Band The Show The Movie de Matt Johnson
Compétition européenne
Silver Melies (Méliès d’Argent) : Nightborn de Hanna Bergholm Mention spéciale : Pinocchio Unstrung de Rhys-Frake Waterfield
Compétition Black Raven (Corbeau Noir – Compétition Thrillers)
Black Raven : Sicko (voir critique ci-dessous) de Aitore Zholdaskali Mention spéciale : Zhazha de Darkhan Tulegenov
Compétition Emerging Raven (Corbeau Émergeant – Compétition Premiers et deuxièmes films)
Compétition White Raven (Corbeau Blanc – Compétition présentant des films qualifiables de « singuliers »)
White Raven : You Are the Film de Makoto Ueda Mention spéciale :Yesterday Island de Sam Voutas (voir critique ci-dessous)
Prix de la Critique
Yesterday Island
Le Jury de la critique, composé de Francis De Laveleye, Jessica Matthys et Geoffrey Claustriaux, aux côtés de Jonathan Lenaerts, Communication manager et Film manager du Festival Crédit photo : En Cinémascope – Vincent Melebeck
Prix du Public
You Are the Film
Courts métages internationaux
The Quinta’s Ghost (El Fantasma de la Quinta) de James A. Castillo
Courts métrages européens
Méliès d’Argent : Bait (Señuelo) de Marta G. Ayerbe
Courts métrages belges
Grand Prix et Prix du Jury jeunesse : Drosera de Maud Carpentier et Boris Tilquin
Mention spéciale du Jury : Once in a Full Moon de la Bande James Bond
Mention spéciale du Jury jeunesse : Home Sweet Home de Émilie Devetter et Nicola Florin
Prix BeTV : Les Immaculés de Émilie Devetter et Baptiste Pelletier
Prix du Jury Cinergie : La Rivière des Ourses de Anaïs Mauzat
Jean-Philippe Thiriart
Nos critiques de films primés
Mārama ★★ Taratoa Stappard (Nouvelle-Zélande)
S’il possède de vraies qualités, ce film ne parvient pas à complètement convaincre. On ne peut pourtant pas lui retirer sa bonne volonté et son envie de traiter un sujet fort. L’actrice principale livre une prestation sensationnelle, portant le film avec intensité. Le récit suit, au 19e siècle, une femme d’origine maorie enquêtant sur son passé, dans une quête de vengeance personnelle. La photographie est belle et soignée, mettant bien en valeur les décors naturels. Cependant, le rythme se révèle très lent, parfois mou, et peine à maintenir l’attention sur la durée. Mārama ne dépasse pas l’heure et demie et parvient tout de même à ennuyer, ne décollant véritablement que dans sa dernière partie. L’ensemble n’est donc pas mauvais mais reste loin d’être extraordinaire.
Jules de Foestraets
Mum, I’m Alien Pregnant ★★ Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)
Cette comédie trash est basée sur le court métrage Help, I’m Alien Pregnant, du même duo de réalisateurs. Mary, une jeune femme qui habite toujours chez sa mère, apprend que le fils d’une de ses voisines possède un pénis extraterrestre, ce qui l’émoustille fortement car son grand fantasme, ce sont les hentai remplis de tentacules phalliques. Après avoir croisé le timide jeune homme dans la buanderie collective, elle se retrouve accidentellement enceinte (on vous passe les détails…). Elle va tout faire pour avorter de ce bébé non désiré, mais la petite créature qui croît à un rythme anormal dans son ventre va s’accrocher à la vie. Avec cette mère loufoque qui ne laisse aucune intimité à sa fille, cette autre maman n’assumant pas avoir eu des relations sexuelles avec un être venu d’ailleurs et ces deux « Tanguy », les THUNDERLIPS dressent une petite galerie de personnages décalés. Au-delà de l’humour, il y est question de la notion de consentement, de la volonté ou non d’être parent et du devoir d’assumer pleinement son rôle de père. Les effets spéciaux, qui participent grandement au charme du film, font la part belle aux déformations du corps, aux organes génitaux « autres » (soulignés par maints gros plans) et aux effets qu’ils ont sur leur environnement direct. Mention spéciale au cocon, repris sur l’affiche du film. Un nouvel exemple réussi de body horror.
Sandy Foulon
Mum, I’m Alien Pregnant ★★★ Sean Wallace et Jordan Mark Windsor (sous le nom de THUNDERLIPS) (Nouvelle-Zélande)
Mum, I’m Alien Pregnant est un très sympathique petit film, qui montre encore une fois la folle inventivité du cinéma néo-zélandais. C’est fun, les personnages sont très drôles et les situations souvent génialement absurdes. Tout est dans le titre et le film offre exactement ce que l’on est venu chercher. Les acteurs s’en donnent à cœur joie et semblent prendre un vrai plaisir à jouer, ce qui se ressent à l’écran. Ce n’est toutefois pas parfait. Le film est issu d’un court métrage et cela se ressent dans sa structure parfois répétitive. Mais ne boudons pas notre plaisir : il s’agit d’une œuvre originale et truffée de séquences très drôles. Le récit ne tombe jamais dans la vulgarité outrancière alors qu’il aurait pu facilement céder à ce piège. L’ensemble se révèle donc très divertissant et permet de passer un excellent moment.
J.d.F.
Pinocchio: Unstrung ★ Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)
Faisant partie d’un phénomène culturel plus large (cinéma, littérature, illustration, etc.) consistant à explorer la face sombre des personnages de contes et de dessins animés dont les droits sont tombés dans le domaine public, le cinéma d’exploitation a récemment trouvé un nouveau créneau avec cette multiplication de versions horrifiques à bas prix des personnages-clés ayant bercé notre enfance : Steamboat Willie: Blood on the Water, The Dark Domain: Mickey-vs-Winnie, Popeye the Slayer Man, etc. La société de production britannique Jagged Edge Productions est l’une des pourvoyeuses de cette vague de films avec son concept du Twisted Childhood Universe (ou Poohniverse), qui a débuté avec Winnie-the-Pooh: Blood and Honey, s’est prolongé avec la suite de celui-ci ainsi que Bambi: La Vengeance et Le Cauchemar de Peter Pan, et s’apprête à prendre de l’ampleur avec de nombreux projets annoncés, tels que Poohniverse: Monsters Assemble, Awakening Sleeping Beauty ou Snow White Returns. Pinocchio: Unstrung prend place dans cet univers mis en place par Rhys Frake-Waterfield et son associé Scott Chambers. Suite au décès d’un ami de son petit-fils James, Geppetto fabrique un pantin en bois doué de vie afin que James ait un ami qui ne soit plus soumis aux contingences de la mortalité. Pinocchio, mal conseillé par la fée et Jiminy Cricket, désirant être un garçon de chair et de sang et faisant de l’excès de zèle dans sa volonté de défendre James, va se mettre à tuer différentes personnes que croise son ami humain. La formule est déjà bien rodée : une introduction en animation, un personnage traditionnellement gentil qui, pour une raison X ou Y, commet un massacre, un univers sombre, du gore, une petite touche sexy… Tout est basique, on est dans l’antithèse de l’elevated horror. Ce qui sauve essentiellement ce Pinocchio, c’est sa générosité dans le gore et sa volonté manifeste de s’appuyer pour une bonne part sur des effets spéciaux pratiques. Un autre atout réside dans son cast, car Frake-Waterfield a réussi à obtenir Richard Brake (voir Sisu : Le Chemin de la vengeance) dans le rôle de Geppetto et Robert Englund pour la voix de Jiminy Cricket. Pas encore un vrai bon film, mais on note une amélioration par rapport à Winnie-the-Pooh: Blood and Honey.
S.F.
Pinocchio: Unstrung ★★★ Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni)
Dans la lignée des adaptations horrifiques de classiques tombés dans le domaine public, ce Pinocchio s’inscrit dans le fameux « Poohniverse ». Si les premiers essais étaient très médiocres, une nette progression se fait sentir. Se révélant étonnamment très sympathique, ce film est sans doute, jusqu’à présent, le meilleur de cet univers étendu. L’ensemble est drôle, très violent et particulièrement cruel. Les séquences d’hémoglobine sont d’une inventivité folle et vont très loin dans l’exagération. Les dialogues avec la version maléfique de Jiminy Cricket, doublé par le génial Robert Englund (l’interprète de Freddy Krueger dans Les Griffes de la nuit) sont particulièrement savoureux. Ce Pinocchio version horreur assume pleinement son côté ridicule et multiplie les idées absurdes avec une grande générosité. Les effets, notamment les animatroniques, sont, en outre, de très bonne qualité. Une proposition imparfaite mais vraiment divertissante.
J.d.F.
Sicko ★★ Aitore Zholdaskali (Kazakhstan)
Sicko nous invite à suivre un couple simulant un cancer pour obtenir des dons. Il démarre très bien, avec un traitement intelligent du thème de la corruption et une descente aux enfers d’une intensité marquante. Cependant, le film bascule progressivement dans une brutalité bien trop excessive et parfois de très mauvais goût. Les violences faites aux femmes apparaissent gratuites et ressemblent plus à du voyeurisme qu’à autre chose. Le réalisateur a l’air de prendre beaucoup de plaisir à nous montrer les sévices subit par l’épouse. Sous couvert de dénonciation, l’ensemble tombe dans une forme de complaisance très dérangeante et même inappropriée. Le propos perd ainsi en impact alors qu’il aurait pu être traité de manière bien plus subtile. C’est dommage car cette thématique aurait mérité mieux.
J.d.F.
Tristes Tropiques ★★ Hoon-jung Park (Corée du Sud)
Hoon-jung Park, scénariste de J’ai rencontré le diable, qui a aussi écrit et réalisé New World, met en scène un gang d’assassins surentraînés depuis leur enfance qui, à l’annonce de la mort de leur maître, se déchirent et tombent également sous les coups d’autres organisations criminelles. Le personnage principal est un jeune sourd-muet aux airs de benêt qui a un don : il entend des sons quelques secondes avant que ceux-ci ne se produisent, ce qui lui permet notamment d’anticiper bien des dangers. Les relations tissées entre les personnages sont intéressantes, parfois touchantes. Avec ses dialogues envahissants par moments et ses flash-backs, des longueurs se font ressentir. Ajoutés à cela, les ralentis utilisés à certains moments donnent franchement mal aux yeux. Heureusement, Tristes Tropiques compense cela, du moins partiellement, par de bonnes scènes d’action, bien filmées, violentes, voire généreusement sanglantes. Pour l’anecdote, « Tristes Tropiques », qui est le nom du gang principal, dont les membres ont été entraînés dans la forêt tropicale, est un clin d’œil au livre homonyme de Claude Lévi-Strauss.
S.F.
Yesterday Island ★★★ Sam Voutas (Australie)
Pour être honnête, nous nous attendions à un film ennuyeux et poussif et cela n’a pas été le cas. Ce film, qui nous restera en tête pendant longtemps, constitue une très bonne surprise. Encore une fois, nous avons affaire à un cinéaste qui parvient à faire des prouesses avec un très petit budget. Le film exploite le thème de la boucle temporelle, idée déjà exploitée de nombreuses fois dans le septième art, mais abordée ici avec ingéniosité et intelligence. Le récit fonctionne bien et parvient à maintenir l’intérêt en jouant avec les variations de son concept. On en vient facilement à se demander ce que l’on aurait fait à la place des personnages. On reste toujours au même endroit et, pourtant, on ne s’ennuie jamais. Sam Voutas exploite très bien cet environnement énigmatique et lui donne vie grâce à des décors très soignés. Très agréable surprise, cette proposition simple mais efficace et intelligente est à découvrir !
Rencontre avec Bill Skarsgård pour la sortie de DEAD MAN’S WIRE, de Gus Van Santhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/01-1.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
À l’occasion de la sortie en salles belges et françaises, ce mercredi 15 avril, de Dead Man’s Wire (La Corde au cou), le nouveau long métrage du réalisateur américain Gus Van Sant, nous vous proposons de découvrir notre rencontre avec son comédien principal : Bill Skarsgård.
Face à la caméra de Gus Van Sant, figure incontournable du cinéma contemporain, Bill Skarsgård poursuit un parcours d’une rare intensité, lui qui est devenu un des visages les plus marquants de sa génération. En témoigne, notamment, son interprétation mémorable du clown Pennywise en 2017 dans It (Ça) et, deux ans plus tard, dans It: Chapter Two (Ça : Chapitre 2), adaptations du roman éponyme de Stephen King. Rien d’étonnant que ce rôle lui ait à nouveau été confié dans la série It: Welcome to Derry (Ça : Bienvenue à Derry)(2025), sa performance habitée, pour le moins troublante, ayant marqué nombre de spectateurs.
Dans l’interview vidéo que nous vous proposons aujourd’hui (en anglais, sous-titrée en français), le comédien revient sur son travail dans Dead Man’s Wire, sa collaboration avec Gus Van Sant, sa manière d’aborder ses personnages, et le souvenir qu’il garde du tournage du film.
Fantastique, le 44e BIFFF démarre aujourd’hui !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/04/BIFFF-2026.jpg900500Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
De ce vendredi 3 au samedi 18 avril, le Palais 10 du Heysel redevient l’épicentre d’un cinéma qui ne rentre dans aucune case. La 44e édition du Brussels International Fantastic Film Festival – le BIFFF pour les initiés, les fidèles, les convertis et les damnés – promet, une fois encore, de transformer Bruxelles en capitale mondiale du cinéma de genre. Avec, cette année, une véritable célébration du cycle de la vie… version fantastique !
Plus qu’un festival, une expérience
Le BIFFF, ce n’est pas qu’une programmation. C’est une expérience collective. Depuis 1983, le BIFFF cultive une identité unique : celle d’un cinéma vécu en salle, dans le bruit, les rires, les cris, les applaudissements… voire les hurlements à la lune. Ici, le public ne consomme pas un film, il le traverse.
Mais cette exubérance n’exclut pas l’engagement. Le festival rappelle avec force son code de conduite : inclusivité, respect, refus de toute discrimination. Une évidence aujourd’hui, mais aussi un positionnement essentiel dans un événement qui revendique une communauté ouverte, libre et profondément humaine. Le fantastique comme refuge, mais aussi comme miroir.
Une ouverture sous haute tension, une clôture… sous obsession !
Le coup d’envoi sera donné ce soir avec Ready or Not 2: Here I Come, suite musclée et attendue de Ready or Not, sorti en 2019. Un choix qui annonce clairement la couleur : spectaculaire, irrévérencieux, et totalement assumé.
En clôture, le 18 avril, Obsession, avec une promesse différente : celle d’un cinéma plus retors, plus insidieux, où l’horreur se niche dans les émotions et les désirs. Entre humour noir et tension psychologique, le film s’annonce comme un parfait résumé de ce que le cinéma de genre peut offrir de plus fin.
Entre ces deux pôles, une évidence : le BIFFF pense sa programmation comme un parcours.
Une programmation tentaculaire
Chaque année, le BIFFF aligne environ 75 longs métrages et 60 courts. 2026 ne déroge pas à la règle. Et surtout, il continue de défendre une diversité rare.
Compétition internationale, européenne, Black Raven, White Raven, Emerging Raven, Critics Award… autant de sections qui ne sont pas de simples catégories, mais de véritables identités éditoriales. Ici, on ne classe pas les films, on les confronte.
La compétition internationale, cœur du festival, rassemble des œuvres venues du monde entier, capables de décrocher le Golden Raven. À ses côtés, la compétition européenne, en partenariat avec la Méliès International Festivals Federation, continue de mettre en lumière un cinéma de genre européen en pleine effervescence.
Mais ce qui fait la singularité du BIFFF, ce sont aussi ses marges. Le Black Raven, plus sombre, plus radical. Le White Raven, laboratoire d’expérimentations. L’Emerging Raven, terrain de jeu des nouveaux talents. Et enfin, le Critics Award, où la critique belge vient trancher sans concession. Un équilibre rare entre découverte, exigence et plaisir pur.
Des films, mais aussi des nuits
Impossible d’évoquer le BIFFF sans parler de ses événements parallèles. La mythique Z Movie Night, véritable marathon de séries B décomplexées. The Night, où quatre films s’enchaînent jusqu’au petit matin. Les Little Night et Silent Screenings, qui proposent d’autres formes d’expériences.
Le BIFFF, c’est aussi ça : un festival qui déborde de son cadre pour devenir un terrain de jeu. Ajoutez à cela les concours (make-up, art, PIX Hell), les soirées thématiques, le Bal des Vampires ou encore les projections familiales, et vous obtenez un événement total. Un festival qui refuse de choisir entre cinéma et fête.
Le fantastique comme art total
Autre force du BIFFF : son ouverture aux autres disciplines. Les expositions en sont la preuve éclatante.
Massimo Mohy transforme des déchets métalliques en créatures fantastiques. Fullas déconstruit et recompose la matière avec une énergie quasi punk. C.F. Watt mélange pin-ups et monstruosités dans un univers aussi séduisant que dérangeant.
Le BIFFF ne se contente pas de projeter des films : il met en scène l’imaginaire.
Des invités, des légendes… et des rencontres
Chaque édition est aussi l’occasion de croiser celles et ceux qui font le cinéma de genre. Réalisateurs, acteurs, producteurs, scénaristes… Le festival multiplie les rencontres, les Q&A et les séances de dédicaces.
Mais au-delà des têtes d’affiche, ce qui frappe, c’est la diversité des profils. Du cinéaste indépendant au monteur expérimenté, de la jeune réalisatrice émergente à l’actrice internationale, le BIFFF crée un dialogue constant entre générations et pratiques.
Sans oublier les nouvelles chevaleresses de l’Ordre du Corbeau, distinction emblématique du festival, qui cette année met à l’honneur Adrienne Barbeau et Asia Argento.
L’an dernier, c’est Danny Boyle qui était venu donner une masterclass au BIFFF Crédit photo: En Cinémascope – Vincent Melebeck
Un festival toujours vivant
Ce qui impressionne aussi, c’est la vitalité du BIFFF. À 44 ans, le festival ne se repose sur aucun acquis. Il continue d’évoluer, d’explorer, de provoquer.
Dans un paysage cinématographique souvent formaté, il reste un espace de liberté. Un lieu où le cinéma peut encore surprendre, déranger, faire rire ou choquer.
Retour sur la dernière édition du ARFF, Festival où sera remis cette année le Prix des 15 ans de En Cinémascopehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2026/02/01.jpg20481363Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Comme nous vous l’avions annoncé, la sixième édition du ARFF (le 7ème Aaaargh Retro Film Festival) s’est déroulée du 29 octobre au 2 novembre derniers. Cinq jours passés à regarder des longs métrages, anciens et nouveaux, mais aussi des courts, à écouter les invités parler de leur art, à admirer les œuvres des deux artistes plasticiens qui y exposaient, à goûter les bières de la brasserie Valduc, l’un des sponsors de l’événement, et, le samedi, à chiner des DVD, Blu-ray, fanzines, fumetti et autres objets lors de la petite bourse appelée ARFF’ifacts.
Pour en revenir aux invités, le réalisateur flamand Jonas Govaerts a introduit la projection de son Welp, alias Cub, puis, à l’issue de celle-ci, s’est prêté au jeu de la séance de questions-réponses. Son film n’ayant pas bénéficié d’une sortie en Wallonie à l’époque, le voir enfin sur grand écran en plein centre de la capitale wallonne tenait un peu, sur le plan symbolique, de l’injustice réparée. Jaume Balagueró, fer de lance de l’horreur espagnole moderne, était parmi nous le samedi, journée placée sous le signe du pays de Cervantès, au cours de laquelle était projeté notamment [REC]. Le Q&A qui suivit fut une franche réussite, Balagueró étant proche du public, avide de lui poser moult questions, le réalisateur catalan répondant systématiquement en français, attention pour le moins appréciable.
La compétition des courts métrages belges réunissait The Act de Nicolas Florin, Love Machine de Tresor Kataley, La Fille de Jorge Sermini, Cowboys de Robinson Van Hoof, À la limite de Clothilde Closon, Tetaniya de Patrice Mougeolle, Clairvoyance de Brandon Gotto et Éloge du Capitalisme Sauvage de Julien Cescotto. La Fille a remporté le Best Belgian Award et le Best Audience Award. Une mention spéciale a été attribuée à Cowboys.
La compétition de courts métrages internationaux regroupait, quant à elle, Dans l’ombre de Jérémy Barlozo, Cursed Croman d’Andrés Damonte, Lost In Galactic Translation de Rasmus Lindkvist, Lavenza de Lauren Eden, Slasher d’Igor Belov, Menú Del Dia de Denim Candenza, Dévitalisée de Romane Eilahtan, The RVM de Gergely András Leipold, Rotten Faith de Flávio Carnielli et The Beneath de Lisette Vlassak. Dévitalisée a gagné le Best International Short et le Best Audience Award. Rotten Faith a récolté une mention spéciale. Pour l’ensemble de la compétition, Rotten Faith a remporté le Best Youth Award et Éloge du Capitalisme Sauvage a raflé à la fois le Prix Cinergie et le Grand Prix du Festival. Bravo à tou·te·s les gagnant·e·s et, en particulier, à Julien Cescotto !
Julien Cescotto, se voyant décerner le Prix Cinergie par Thierry Zamparutti, aux côtés du coordinateur du Festival, Frédéric Burlet, pour son film Éloge du Capitalisme sauvage Crédit photo : Sandy Foulon
Après ce palmarès et en attendant la prochaine édition du Festival, qui se tiendra du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre prochains, et dont l’une des nouveautés sera rien moins qu’un prix décerné par En Cinémascope, nous revenons pour vous sur la quasi-totalité des longs métrages projetés lors de l’événement !
Les Cloches de l’enfer (La Campana del infierno) ★★★ Claudio Guerín et Juan Antonio Bardem (Espagne/France)
Film à la réputation maudite, réalisé par Claudio Guerín, décédé très jeune pendant le tournage, et terminé par Juan Antonio Bardem (La Corruption de Chris Miller), Les Cloches de l’enfer (on trouve aussi le titre au singulier, La Cloche de l’enfer) est un petit bijou de l’horreur à l’européenne des années 70. Un jeune homme, Jean dans la version française, au passé très lourd, obtient la permission de sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il était interné et retourne dans son village natal pour reprendre contact avec sa tante, qui le voit d’un très mauvais œil, et ses trois cousines, dont l’une d’elles a eu une relation amoureuse avec lui. Il ourdit une terrible vengeance… Le personnage de Jean est fascinant, sorte de force chaotique qui fait ressurgir l’hypocrisie de la bonne société, tout en étant parcouru de pulsions destructrices. Il est magistralement interprété par l’acteur français Renaud Verley. Le reste de la distribution est également fort intéressante : le grand acteur espagnol Alfredo Mayo (le giallo Folie meurtrière), Viveca Lindfors (La Tempête, Creepshow) et les très jolies Christina von Blanc (Une vierge chez les morts-vivants), Nurio Gimeno (Les Orgies du Docteur Orloff) et Maribel Martín (La Résidence, La Mariée sanglante). La mise en scène est extraordinaire et très intelligente, les décors sont beaux, l’atmosphère qui s’en dégage est unique et le double final, qui mêle thriller, drame et horreur, est particulièrement marquant. Un vrai régal !
Les Crocs du diable (El Perro) ★★★ Antonio Isasi-Isasmendi (Espagne)
Dans une dictature d’Amérique du Sud, un mathématicien de génie, fait prisonnier politique, parvient à s’évader. Il sera inlassablement traqué par un chien dressé pour retrouver et tuer les prisonniers échappés. Au sortir de la période franquiste, l’Espagne accouchait de cet hallucinant thriller politique dans lequel le chien fonctionne comme une métaphore évidente. Le rôle principal est interprété de manière très investie par Jason Miller (le Père Karras dans L’Exorciste), tandis que d’autres noms importants apparaissent à l’écran : Lea Massari (L’Avventura, Peur sur la ville), grande actrice italienne décédée l’année dernière, Marisa Paredes (L’Échine du diable, de nombreux Almodóvar), Manuel de Blas (Le Monde des morts vivants, Christophe Colomb : La découverte), Aldo Sambrell (… Et pour quelques dollars de plus) et même le réalisateur Juan Antonio Bardem en leader de l’opposition clandestine… sans oublier le chien, terrifiante némésis du héros. Ce film offre de l’action, du suspense, de l’aventure, un peu d’érotisme, bref, fonctionne comme un bon divertissement, tout en ayant un réel propos politique. La première partie, qui se passe dans la nature et s’apparente à un survival, est supérieure à la seconde, qui se déroule, elle, en ville et voit son rythme se relâcher un peu, même si elle recèle aussi de sacrés moments. Dans tous les cas, c’est un film à (re)découvrir !
The Forbidden City (La Città proibita) ★★★ Gabriele Mainetti (Italie)
C’est sur cette excellente note que le festival s’est clôturé. Le réalisateur italien Gabriele Mainetti (On l’appelait Jeeg Robot, Freaks Out) était de retour en 2025 avec ce détonnant mélange de kung fu, de film de mafia et de romance à l’italienne. Un tel mix paraît improbable, mais le talent de Mainetti fait que tout cela fonctionne à merveille. Une jeune femme chinoise, experte en kung fu, est à la recherche de sa sœur disparue. Sa quête la mène dans le milieu de la pègre romaine. Un jeune Romain, fils d’un restaurateur endetté, est sans nouvelles de son père depuis un moment. Leurs routes respectives vont se croiser. Cette production est rafraîchissante et divertissante, tout en contenant quelques éléments plus durs (prostitution des immigrées, règlements de compte mafieux…). En sus, ses nombreuses scènes d’action impressionnantes sont très bien chorégraphiées et filmées (l’action reste toujours lisible). Et la ville de Rome est filmée avec amour, tant ses quartiers populaires que ses endroits « cartes postales ». La Cittá proibita mêle donc plusieurs genres, des cultures différentes et, enfin, traditions et modernité. Bref, un vrai film melting-pot qui met la banane !
Frankie Freako ★★ Steven Kostanski (Canada)
Frankie est un homme coincé, ennuyant et beaucoup trop investi dans son travail, au détriment de sa vie privée. Alors que sa femme le laisse seul à la maison pour quelques jours, il compose le numéro d’un service téléphonique qui va permettre à des gobelins d’une autre planète d’atterrir chez lui et de mettre le souk dans sa vie. Steven Kostanski (Psycho Goreman) signe une comédie fantastico-horrifique dans la veine des Gremlins, Ghoulies et autres Puppet Master. L’amour de ces productions des années 80 qui s’en dégage est tellement prégnant et leur esprit tellement bien respecté qu’on dirait un film perdu de cette décennie-là, qui aurait été miraculeusement retrouvé. Nostalgiques des 80’s, vous voilà prévenus ! Outre les petites créatures, figurées par des marionnettes, ayant chacune leur look bien défini et leur personnalité, tant et si bien qu’elles finissent par devenir attachantes, le film offre à voir des robots, un voyage vers un autre monde et un grand méchant, mégalomane comme il se doit. Les clins d’œil abondent : à Freddy Krueger via une réplique, à feu le réalisateur et créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler (Troll, Ghoulies III) via le nom d’un personnage, à Masters of the Universe via une des tenues du héros, etc. Précisons enfin que Kostanski ne joue pas ici la carte du gore, le film pouvant être vu par un public plus large et plus jeune que celui des splatters. Un tout petit budget, mais avec un cœur gros comme ça !
La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis) ★★ León Klimovsky (Espagne/Allemagne de l’Ouest)
La Furie des vampires fait partie de la série de films mettant en scène le personnage de Waldemar Daninsky, interprété par l’acteur Paul Naschy, grande figure du courant de l’horreur espagnole allant de la fin des années 60 au mitant des années 70 appelé « Fantaterror ». Daninsky est un noble d’origine polonaise mordu par un lycanthrope et, à la suite de cela, condamné à se transformer lui-même en loup-garou. À noter que La Furie…, qui date de 1971, n’est pas le premier film de cette saga. Il est précédé desVampires du Dr. Dracula (1968) et de Dracula contre Frankenstein (1969). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir vu ceux-ci avant de visionner La Noche de Walpurgis, les histoires étant plus ou moins indépendantes. Deux étudiantes, Elvira et Geneviève, sillonnent la campagne française à la recherche de la tombe de la comtesse Wandesa pour les besoins de la thèse universitaire de la première. Elles se perdent et finissent par être hébergées par le comte Daninsky. Elles vont trouver la tombe qu’elles cherchaient et ressusciter malencontreusement la comtesse, vampire de son état, qui voudra se constituer une troupe d’esclaves. Même si, globalement, les effets spéciaux et les maquillages sont datés, et qu’il existe des faiblesses narratives, le charme typique des années 70 opère et le film s’avère plaisant à regarder. De beaux décors, une touche d’érotisme de bon aloi et un amour palpable de Naschy (comme souvent, c’est lui qui est à l’origine du scénario) pour le bestiaire fantastique mettent dans le mille. Un grand succès de son époque.
Hot Spring Shark Attack ☆ Morihito Inoue (Japon)
Hot Spring Shark Attack constitue clairement la fausse note de cette sélection. Il est symptomatique de la dégénérescence du sous-genre appelé Sharksploitation – filon du cinéma d’exploitation basé sur la figure du requin tueur – qui, notamment sous l’impulsion de sociétés de production telles que Nu Image et surtout The Asylum, s’enferre depuis trop longtemps dans une surenchère de concepts loufoques et d’effets spéciaux de mauvaise qualité. On en arrive à des requins évoluant sous le sable, sous la neige des montagnes, dans l’espace, des requins à six têtes ou encore possédés par le diable. Pour donner une idée, il existe réellement des films intitulés Sharkula, Sharkenstein, Shark Exorcist, Amityville Shark House, Shark Encounters of the Third Kind et Sharks of the Corn… Hot Spring Shark Attack s’inscrit donc dans cette veine. Une petite ville thermale japonaise subit les assauts de requins capables de remonter les canalisations d’eau pour s’en prendre aux gens un peu partout : dans les thermes, dans leur salle de bain, etc. Le budget est plus que riquiqui, et ça se voit, les effets spéciaux sont moches comme tout et la réalisation ne sauve pas les meubles. Certains films d’exploitation compensent leurs défauts en se montrant généreux en gore et/ou en érotisme, mais ce n’est même pas le cas ici. Ne subsiste qu’une accumulation d’idées farfelues.
Jimmy and Stiggs ★★ Joe Begos (États-Unis)
Écrit et réalisé par Joe Begos (Almost Human, Bliss, VFW), Jimmy and Stiggs est un gros délire fiévreux à petit budget conçu dans un esprit « grindhouse ». Il est parrainé par Eli Roth, qui signe les deux fausses bandes-annonces qui ouvrent le film, intitulées The Piano Killer et Don’t Go In That House, Bitch!. Mises en bouche réjouissantes. Passé celles-ci, Begos se met lui-même en scène dans le rôle principal, Jimmy, aux côtés de Matt Mercer dans le rôle de Stiggs, son ancien ami avec lequel il s’est brouillé. Pur huis-clos, le film est entièrement tourné à l’intérieur de l’habitation de son auteur. Jimmy est cloîtré chez lui et passe son temps à consommer de l’alcool et d’autres drogues illégales. À partir d’un moment, il devient furieux, persuadé de se retrouver face à une invasion d’extraterrestres qui tenteraient de l’enlever. Réalité ou projections de son esprit sous influence ? Tout le film prend l’apparence d’un bad trip hystérique, aux couleurs fluorescentes, nourri de la paranoïa sous-jacente aux théories du complot, où tous les dialogues sont orduriers (tentative de rivaliser avec ceux de August Underground’s Mordum ?), et dans lequel le gore, à base de sang extraterrestre orangé, fuse abondamment dans tous les sens. Une expérience cinématographique intéressante par son côté « DIY », mais d’où l’on sort lessivé.
La Madre muerta ★★★ Juanma Bajo Ulloa (Espagne)
L’une des belles découvertes de ce festival. Ce film des années 90 mêle drame et thriller en brassant des thèmes comme le meurtre, l’enlèvement et le handicap mental. Un petit criminel, en plein vol d’une œuvre d’art, tue une restauratrice de tableaux et tire sur la fille de celle-ci. Vingt ans plus tard, la fillette, toujours vivante, est devenue jeune femme. Ne parlant pas et accusant un retard mental, elle passe beaucoup de temps dans un institut spécialisé. L’ancien cambrioleur la croise par hasard, la reconnaît et a dès lors peur qu’elle l’ait aussi reconnu et qu’elle le dénonce. Avec sa compagne, ils décident de l’enlever. La Madre muerta brille d’une lueur sombre par l’intéressante complexité des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, par la qualité du jeu des acteurs et actrices et par sa réalisation classieuse. La distribution comprend Karra Elejalde, vu par exemple dans Action Mutante, La Secte sans nom et Timecrimes, Ana Álvarez (GAL), Silvia Marsó (Amour, Prozac et autres curiosités) et notre Lio nationale. Tout ce beau monde parvient à susciter une belle intensité d’émotion dans ce drame où Juanma Bajo Ulloa cherche l’humanité derrière le mal.
Mort de rire (Muertos de risa) ★★★ Álex de la Iglesia (Espagne)
Film d’ouverture du festival, Mort de rire est une comédie noire de la fin des années 90 du célèbre réalisateur espagnol Álex de la Iglesia. Cette fiction raconte l’histoire d’un duo de comiques, Nino (Santiago Segura) et Bruno (El Gran Wyoming), des circonstances de leur formation dans les années 70 à leur duel à mort final (qui est montré d’entrée de jeu). Leur succès est dû à une baffe que le second donne au premier sur scène, ce qui ravit le public, et l’on voit comment leur jalousie, leur paranoïa et leur haine mutuelle enflent au fur et à mesure de leur célébrité grandissante. Ce film est parcouru d’une énergie folle, anarchisante, typique de son réalisateur. Celui-ci y va de sa critique des relations humaines et du show-business, montrant ses coulisses peu glorieuses et sa facticité, notamment via une idée de mise en scène assez géniale avec cette fausse fête sans fin organisée pour pourrir la vie du rival. On est pris dans un tourbillon d’émotions fort diversifiées, entre rire, grincement de dents et attendrissement. Une comédie qui n’est pas qu’une comédie, pourrait-on dire, et qui a des choses à dire.
Second long métrage de la journée « Mad in Belgium » consacrée à nos productions de genre nationales, Rabid Grannies est une comédie gore ayant l’honneur de figurer dans le catalogue de Troma Entertainment, la célèbre société de production américaine de films indépendants fondée par Lloyd Kaufman et Michael Herz. L’esprit de ce film n’est pas très éloigné de celui de Braindead de Peter Jackson, qui déboulera quelques années plus tard. Autant dire qu’il détonne dans le paysage cinématographique belge. Deux riches vieilles filles invitent les membres de leur famille à l’occasion de leur anniversaire. Tout le monde rapplique, en ayant comme principale préoccupation le futur héritage à toucher. Seul absent notable : la bête noire de la famille, un sataniste à la sinistre réputation. L’individu n’a cependant pas oublié les grand-tantes : une étrange femme vient apporter de sa part un mystérieux coffret en guise de cadeau d’anniversaire. Après avoir ouvert celui-ci, les gentilles mémés se transforment en monstres assoiffés de sang. Le carnage commence… Emmanuel Kervyn se fait un malin plaisir de pointer du doigt l’hypocrisie des convives, peints comme de véritables vautours tournant autour des naïves vieillardes avant d’être traqués dans le vieux château qui abrite les festivités. Le spectacle est réjouissant par son humour, sa galerie de personnages hauts en couleur, sa générosité dans le gore et son cadre bien belge (le film est tourné à Courtrai et au château d’Ingelmunster).
[REC] ★★★ Jaume Balagueró et Paco Plaza (Espagne)
Désormais classique du cinéma d’horreur des années 2000, [REC] constitue par la même occasion l’un des chefs-d’œuvre du style cinématographique appelé found footage. Pour rappel, nous y suivons la jeune journaliste Ángela et son caméraman (qui tient la caméra intradiégétique par laquelle nous découvrons les faits) qui, pour une émission de télévision, suivent pendant une nuit des pompiers dans l’exercice de leur fonction. Cela va les mener à l’intérieur d’un immeuble où la situation va vite tourner au cauchemar : le bâtiment est mis en quarantaine par les autorités, ils ne peuvent donc pas en sortir, et un terrible virus s’y propage. Le film fait preuve d’une efficacité redoutable, avec une tension qui va crescendo et une fin mémorable. Le jeu spontané et juste de Manuela Velasco dans le rôle principal contribue à la crédibilité du spectacle. Toujours concernant la question de la crédibilité, les scénaristes ont fourni une justification valable au fait que le personnage qui tient la caméra continue à filmer même lorsque tout dégénère, ce qui constitue parfois un point problématique dans certaines productions appartenant à cette catégorie. Un modèle pour de nombreux autres found footages ultérieurs et le point de départ d’une saga comprenant à ce jour quatre volets plus un remake américain.
Le Sadique à la tronçonneuse (Pieces / Mil Gritos tiene la noche) ★★ Juan Piquer Simón (Espagne)
De même que l’Espagne avait produit des giallos, genre typiquement italien, elle a également produit quelques slashers, genre associé au départ à l’Amérique du Nord. Le Sadique à la tronçonneuse, qui a connu des titres alternatifs divers et variés lors de son exploitation en VHS (Pieces, Un tueur au campus, Mutilator Man,Le Cri du Cobra…), en est un bon exemple, d’autant qu’il conserve vaguement quelques motifs giallesques (les gants noirs, par exemple). L’action se déroule sur le campus universitaire de Boston (même si, en dehors de quelques plans, tout le film a été tourné en Espagne). Un tueur y sévit, armé d’une tronçonneuse, découpant ses victimes en emportant chaque fois un morceau de celles-ci afin de reconstituer un puzzle sexy de son enfance. Mais quelle est l’identité de ce psychopathe ? La police patauge, au point de demander à l’un des étudiants de l’aider dans cette enquête. En clair, Pieces est un nanar qui fait passer un excellent moment, pour peu, bien sûr, qu’on soit amateur d’horreur bien « bis », grâce à sa générosité (gore outrancier, nudité) et à ses maladresses fort amusantes. Le summum du n’importe quoi est atteint lors de la scène de la policière infiltrée qui se fait agresser sans raison en pleine nuit par un prof de kung fu sorti de nulle part, séquence sans rapport avec l’intrigue, greffée là en dépit du bon sens pour le simple plaisir d’avoir un caméo de Bruce Le, qui tournait un autre film dans les parages à la même période. Cela donne une petite idée de l’esprit du film…
Último Deseo ★★ León Klimovsky (Espagne)
Un groupe de personnes appartenant à la haute société se réunit dans le sous-sol d’un château isolé pour y célébrer des réjouissances placées sous le signe du Marquis de Sade. Alors que la fête commence et que les jolies femmes payées pour prestations sexuelles spéciales se plient aux fantaisies des convives, une bombe nucléaire explose. C’est la guerre. Le groupe est sain et sauf, mais quelques domestiques qui n’étaient pas abrités dans la cave sont devenues aveugles. Craignant l’arrivée des radiations, quelques-uns se dépêchent de se rendre au village le plus proche afin de réunir un maximum de vivres. Là, ils découvrent que les habitants qui faisaient la fête dehors ont aussi perdu la vue. Des tensions entre les nantis et les humbles locaux vont éclater et la situation va dégénérer. On retrouve la paire de La Furie des vampires : León Klimovsky à la réalisation et Paul Naschy dans un des rôles-clés. Ce qui commençait comme un film de Sexploitation typique des années 70 se mue en autre chose. Le scénario réserve quelques surprises de ce genre, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Último Deseo tire aussi sa force de sa charge politique, très claire. Il met en scène à sa manière la lutte des classes, mettant en avant la dépravation et l’égoïsme de l’élite, en l’opposant au petit peuple malmené, qui a de quoi se révolter. Voilà un film à la fois ancré dans son époque et pourtant toujours d’actualité, malheureusement.
Welp ★★ Jonas Govaerts (Belgique)
Une meute de louveteaux flamands (les jeunes scouts, pas les animaux) s’en va en camp d’été dans les Ardennes. Sur place, ils ont maille à partir avec deux authentiques barakis wallons, mais surtout, ils sont confrontés à un garçon sauvage revêtu d’un masque d’écorce qui élimine tout intrus qui s’aventure dans ces bois. En tant que Wallons, nous pourrions nous offusquer de l’image peu reluisante que Welp, aussi sorti sous le titre Cub, renvoie de la population du sud du pays, mais laissons de côté la polémique et postulons qu’il ne s’agit que d’un pur prétexte pour construire une fiction d’horreur. Qui s’avère être un bon petit survival. D’une durée (1h24) convenant parfaitement à son sujet, bien rythmé, avec quelques moments nerveux et sans concession (adolescents, enfants, animaux, tout peut y passer), ce film est une bonne série B efficace comme il s’en produit malheureusement trop peu dans notre petit pays. Un modeste exemple à suivre. Souhaitons qu’entre ses nombreux tournages de clips musicaux et de séries télévisées, Jonas Govaert ait à nouveau l’occasion de se frotter au long métrage de genre.
MR. NOBODY a 15 ans : retour sur l’œuvre de Jaco Van Dormael avec notre Minute Cinéma et notre critique de son film majeurhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/12/0001.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Voici 15 ans, sortait dans nos salles Mr. Nobody. Nous avons dès lors choisi, en ce dernier jour de l’année, de vous inviter à revenir sur l’œuvre de celui qui fait partie de nos réalisatrices et réalisateurs de cœur, Jaco Van Dormael, en faisant un focus sur son film majeur. Cela à travers notre Minute Cinéma qui leur est dédiée, ainsi qu’en vous proposant une critique du film.
Notre Minute Cinéma
Notre critique de Mr. Nobody
« Quand on doit faire un choix, il n’y a jamais seulement deux options possibles mais une infinité qui découlent des deux premières. » Jaco Van Dormael
Mr. Nobody ★★★★
Réalisé par Jaco Van Dormael Avec Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley, Linh-Dan Pham
Science-fiction, drame
2h21 (film sorti en salles initialement) 2h38 (director’s cut : version longue sortie dans un second temps)
Le synopsis
Un enfant sur le quai d’une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlent de ce choix. Tant qu’il n’a pas choisi, tout reste possible.
Toutes les vies méritent d’être vécues.
Un coup de cœur énorme
Parmi les longs métrages que nous avons eu tantôt le bonheur, tantôt le déplaisir, de visionner, figurent, au top cinq de ceux qui nous ont le plus touché Le Grand Bleu, Le Temps des gitans, Old Boy, Le Premier jour du reste de ta vie et, en tête de ce quintet, depuis le 20 novembre 2009 et sa découverte en vision de presse, Mr. Nobody. L’avant-dernier long métrage de Jaco Van Dormael est depuis devenu notre film de chevet.
Le moins que l’on puisse écrire est que Jaco Van Dormael a su se faire rare. Voilà treize ans qu’on attendait, alors, la sortie du dernier bébé de ce perfectionniste : le complètement fou Mr. Nobody, film sur la vie, sur le doute, mais avant tout sur les choix et leur complexité.
Budgété à 50 millions d’euros, le film en aura finalement coûté un peu plus de 30. Il a été tourné en six mois, d’abord en Belgique, puis en Angleterre et au Canada et, enfin, en Allemagne. Un an de montage a ensuite été nécessaire pour finaliser l’œuvre.
Nous rejoignions entièrement Philippe Godeau, le producteur de Jaco Van Dormael depuis Toto le héros, lorsqu’il dit que son ami est d’abord un poète, avant d’être un metteur en scène : « Jaco ne fait pas de discours mais nous fait sentir, vivre et revivre. C’est un tour de force. ». Le cinéma étant l’art de montrer et non de dire, nous ne pouvons qu’abonder dans son sens. Les larmes viennent à plusieurs reprises lors du visionnage de Mr. Nobody. Nous avons tenté de les retenir, en vain…
Les acteurs et actrices
« C’est un cadeau merveilleux d’avoir été invité dans cette famille [qu’est l’équipe de Jaco] pour vivre cette aventure. » Jared Leto
L’interprétation des acteurs est très juste. À commencer par celle de Jared Leto, qui a mis à profit la fatigue pour réussir à atteindre ces moments de grâce où il perd le contrôle pour devenir son personnage, celui de Nemo Nobody, le personnage le plus complexe qui lui a été donné d’incarner.
Quant à Diane Kruger, Anna à l’écran, c’était la deuxième fois qu’elle interprétait un rôle de mère, après celui qu’elle avait incarné dans Pour elle, du Français Fred Cavayé. Et elle le fait avec un rare talent.
Sarah Polley est, elle, plus que crédible en mère dépressive. Très enthousiaste, elle dit n’avoir jamais été aussi heureuse sur un plateau que sur celui de Mr. Nobody alors qu’elle est en pleurs lors de pas mal de ses passages à l’écran.
« C’est dans ces moments-là que le métier d’actrice devient le plus beau métier du monde. » Sarah Polley
Sans oublier Linh Dan Pham, dont le personnage est, comme le dit Jaco Van Dormael, sans doute le plus dramatique du film.
Soulignons enfin la maturité du jeu des jeunes Toby Regbo et Juno Temple qui sont, à l’écran, Anna et Nemo adolescents.
Toby Regbo et Juno Temple
La musique
Pierre Van Dormael a composé la bande originale du film « Le son s’adresse à l’inconscient, il change l’image et laisse imaginer tout ce que l’on ne voit pas. » Jaco Van Dormael
La musique originale du film a été composée par le frère de Jaco Van Dormael, qui n’est autre que le grand jazzman Pierre Van Dormael. Décédé peu avant la finalisation du film, Pierre Van Dormael est l’orchestrateur de la musique des trois premiers longs métrages de son frère. Il est parvenu à apporter au film un savant mélange de simplicité et de complexité. Deux morceaux reviennent à plusieurs reprises, interprétés par des musiciens différents : Mr. Sandman et la Pavane op. 50. Si Mr. Sandman était présent dès l’écriture du scénario, la majorité des autres morceaux du film sont venus s’ajouter par après.
L’image
Le film, qui a bénéficié d’un montage de un an, est littéralement époustouflant au niveau visuel. Avec Mr. Nobody, Jaco Van Dormael réinvente le terme « flash-back ». Nous avons été frappés par les très beaux procédés filmiques auxquels le réalisateur a eu recours dans cette petite merveille pour les yeux. Jaco Van Dormael a tout pensé avec une précision incroyable : une vie filmée de façon à obtenir à l’écran une fusion de deux charges amoureuses, une dans laquelle on joue sur la distance, une maniant avec efficacité la technique du hors-champ, une entièrement floue ou encore une où tout est net. Jaco Van Dormael est en outre parvenu à proposer un futur très crédible. Pour ce faire, il a surtout pu compter sur l’aide de trois personnes-clés : la décoratrice Sylvie Olivé, le dessinateur François Schuiten, qui a imaginé ce futur, et Louis Morin, responsable des effets spéciaux et réalisateur deuxième équipe.
Le choix de l’anglais
Un travail important a été effectué au point de vue de la traduction du scénario et des dialogues du film. Celui-ci semble en effet avoir été écrit et dialogué directement en anglais alors que Jaco Van Dormael a écrit le film en français, sauf quand certaines idées ou certains dialogues lui venaient directement en anglais.
« Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix mais seulement la manière de les vivre. » Jaco Van Dormael
Laissez la magie opérer !
Crédit photos, hormis celle de Pierre Van Dormael : Pan-européenne – Chantal Thomine Desmazures
Toute l’équipe de En Cinémascope vous souhaite un excellent réveillon de nouvel an et vous dit… à l’année prochaine, sur notre site, encinemascope.be, et sur les réseaux sociaux : Instagram, YouTube et Facebook.
Une année lors de laquelle nous fêterons, à l’instar du film culte mis en avant ce jour, nos quinze ans !
Retour sur la sortie Blu-ray de LEE MILLER, avec… notre interview de Kate Winslet !https://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/12/LEE-MILLER-Interview-de-Kate-Winslet.jpg19201080Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
En cette période très spéciale qu’est Noël, article… spécial, lui aussi, aujourd’hui, avec l’interview de celle qui est incontestablement, à nos yeux notamment, la plus grande actrice de sa génération : une certaine Kate Winslet !
Les Blu-ray et DVD d’un de ses tout derniers films, Lee Miller, sortis voici quelques mois, est l’occasion pour nous de publier notre rencontre avec celle qui a initié ce film et le porte véritablement sur ses épaules.
LA BONNE ÉTOILE : interviews de Benoît Poelvoorde et de Pascal Elbéhttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/11/001.jpg18001200Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Ce mois-ci, sort en salles La Bonne Étoile, le nouveau film de Pascal Elbé. Le Français y porte plusieurs casquettes : celles de réalisateur, de scénariste, de coproducteur, mais aussi d’acteur.
Il interprète en effet un des rôles principaux de cette comédie dramatique, aux côtés, entre autres, de notre Benoît Poelvoorde national, et des comédiennes françaises Audrey Lamy et Zabou Breitman.
Nous sommes partis à la rencontre des deux comparses.
Résultat ? Des interviews fort différentes mais qui s’avèrent, toutes deux, riches d’enseignement.
Avec un Benoît Poelvoorde en grande forme, c’est peu de le dire, et un Pascal Elbé, certes plus posé, mais pas moins intéressant pour autant !
Retour sur la dernière édition de l’Offscreen Film Festival : de l’étrangeté grecque au folklore britannique, en passant par la Belgiquehttps://encinemascope.be/wp-content/uploads/2025/07/Offscreen-Film-Festival-2025-1.jpg9041320Jean-Philippe ThiriartJean-Philippe Thiriarthttps://secure.gravatar.com/avatar/c1e52182d388231644a2b054c89f7957cca0b17f0ba141922338c3e805f85229?s=96&d=mm&r=g
Voici un peu plus de trois mois, se clôturait la 18e édition de l’Offscreen Film Festival, qui s’est déroulée du 12 au 30 mars à Bruxelles, avec quelques prolongements en avril via ses délocalisations (Offscreen Liège du 1er au 11 avril, double séance namuroise le 6 avril). Ce fut l’occasion de s’immerger dans le côté sombre du folklore britannique et irlandais, d’explorer les facettes étranges et provocatrices du cinéma grec, de se souvenir que la Belgique possède aussi ses sympathiques trublions (Picha, Boris Szulzinger) et, en plus de ces importants volets rétrospectifs, de découvrir de nouvelles productions de diverses contrées, souvent hors normes, en avant-première. Un bon cocktail d’ancien et de récent, d’underground et de classiques, de longs et de courts, le tout servi en des lieux, eux aussi, fort variés (le cinéma Nova, Cinematek, l’Aventure, le Ritcs : plusieurs salles, plusieurs ambiances).
Ce fut aussi l’opportunité de rencontrer toute une série d’invités. Le réalisateur Thibault Emin est par exemple venu présenter Else, l’équipe de Reflet dans un diamant mort a assisté à la belle avant-première de ce nouveau film de Hélène Cattet et Bruno Forzani, le Britannique Robert Wynne-Simmons a introduit son The Outcasts ainsi que La Nuit des maléfices de Piers Haggard, dont il a signé le scénario, Miguel Llansó est venu pour son nouveau film, Infinite Summer, mais était aussi présent pour une mini rétrospective en son honneur, sans oublier notre Picha national ! Le samedi 15 mars après-midi, des conférenciers se sont succédé pour parler de folk horror sous différents angles. Jacques Spohr, quant à lui spécialiste du cinéma d’exploitation grec, a captivé le public avec ses connaissances pointues et son art de la présentation, notamment lors de séances organisées en partenariat avec le Wet Kingdom Film Club.
Côté pratique, certains soirs, les festivaliers pouvaient se restaurer au bar du Nova, qui faisait, pour ces occasions, table d’hôtes. De la bonne nourriture saine servie à un prix démocratique. Un concept convivial pas assez mis en avant. Nous souhaitions préciser cela.
La petite bourse de cinéma d’occasion, organisée dans le sous-sol du Nova, a permis de chiner des DVD, Blu-ray, affiches et livres. Un rendez-vous qui fait toujours plaisir aux collectionneurs !
Mais revenons aux films en eux-mêmes, avec un retour sur une sélection choisie de la programmation de cette 18e édition du Festival.
All You Need Is Death ★★ Paul Duane (Irlande)
Un jeune couple, Anna et Aleks, collecte les chansons traditionnelles irlandaises. Un jour, ils tombent sur une piste qui a l’air particulièrement intéressante : une mystérieuse dame âgée connaîtrait une très vieille chanson dont les paroles sont dans une langue antérieure au gaélique. Mais leur quête va les mettre en danger, car une malédiction est attachée à cet ancien chant.
Paul Duane, qui a essentiellement réalisé des courts métrages, des épisodes de séries télévisées, des clips et des documentaires musicaux, signe un film d’épouvante original et immersif. Il mêle folk horror et épouvante gothique, avec une touche de body horror. Bien entendu, la dimension musicale est importante et bien travaillée. On ne saurait trop conseiller de regarder All You Need Is Death en V.O. afin de maximaliser le « bain linguistique », vu l’importance accordées aux sonorités langagières. À mentionner tout de même, une légère déception quant à la fin, qu’on aurait espérée plus impressionnante, même si la proposition de Duane (réalisateur, mais aussi scénariste du film) se défend également.
Arcadia ★★ Paul Wright (Royaume-Uni)
Arcadia est un documentaire expérimental que l’on doit à Paul Wright, réalisateur, producteur et scénariste britannique auteur de plusieurs courts métrages et du long métrage de fiction For Those In Peril, présenté à Cannes dans le cadre de la 52e Semaine de la Critique en 2013. Datant de 2017, Arcadia consiste en un montage d’images d’archives notamment tirées du British Film Institute (téléfilms, public information films, etc.) qui retrace l’évolution de la relation entre les Britanniques et leur terre sur un siècle. Le sens est assez cryptique, le spectateur n’est pas pris par la main, c’est à lui à deviner ce que le réalisateur veut signifier par cette accumulation tumultueuse d’images. On y voit, par exemple, des nudistes, des danseurs Morris, des paysans travailler les champs au début du vingtième siècle, des personnes s’adonnant à quelques rites païens, des rave parties… Le tout est accompagné de musiques produites par Adrian Utley (Portishead) et Will Gregory (Goldfrapp), musiques qui aident grandement le spectateur à se laisser bercer – presque hypnotiser – par ces images. Wright joue du contraste entre une certaine nostalgie du rapport primitif à la terre et une crainte liée aux conséquences de l’industrialisation du pays. Un propos identitaire et écologique coulé dans une forme originale. Arcadia, c’est une œuvre filmique qui se vit et ne se raconte pas. Une expérience bizarre dont l’Offscreen Film Festival a le secret.
Il ne s’agit pas d’une erreur de notre part, il y a bien eu deux films différents intitulés « Arcadia » programmés cette année. Celui-ci est une pure fiction, une avant-première qui avait sa place dans le module « Weird Greece » qui regroupait aussi bien des films plus ou moins récents du courant appelé « Greek Weird Wave » (Canines de Yorgos Lanthimos, Pity de Babis Makridis…) que de purs films d’exploitation des années 60 et 70 (Island of Death de Nico Mastorakis, The Wild Pussycat de Dimis Dadiras…). Yorgos Zois conte l’histoire d’un couple qui se rend dans un village côtier grec afin d’identifier le corps d’un accidenté de la route. Dans ce long métrage, on apprend que les fantômes ne savent pas ôter les chaussures qu’ils portaient de leur vivant et qu’ils doivent s’adonner à des actes sexuels pour pouvoir se remémorer leur passé. Des idées loufoques pour une comédie ? Non, il s’agit bien d’un drame fantastique dans lequel le réalisateur fait montre d’une jolie sensibilité qui rend l’ensemble touchant malgré ce côté décalé. Le ton du film est donc sérieux, la démarche de Zois, sincère, et la direction d’acteurs, tout à fait adéquate. Vangelis Mourikis, qui a déjà une carrière de plusieurs décennies derrière lui, possède une bonne présence physique ; on se souviendra de son visage.
Dead Mail ★★★ Joe DeBoer et Kyle McConaghy (États-Unis)
Dans les années 80, un employé de la poste spécialisé dans les courriers perdus reçoit un bout de papier maculé de sang sur lequel est écrit un appel à l’aide. Il va tout mettre en œuvre pour trouver d’où provient cette singulière missive. Super bien écrit, Dead Mail nous fait passer du point de vue d’un personnage à l’autre et mêle différents genres ainsi que différentes émotions. Étonnant, malin, original et touchant, ce film bénéficie d’une interprétation savoureuse de la part des multiples acteurs principaux et d’un joli rendu d’image à l’ancienne mimant le grain de la pellicule 16 mm. Les personnages sont attachants, la direction artistique, adéquate (même les affreux papiers peints lui confèrent un certain charme), et le rythme ne faiblit pas, tout comme l’intérêt du spectateur, qui est constamment relancé. Il y est question, entre autres, de passion (passion pour les synthétiseurs, passion pour son travail…), de solitude, de débrouillardise et de volonté de contrôle. Une très sympathique découverte parmi les « Offscreenings », le module qui regroupe les avant-premières.
Else ★★ Thibault Emin (Belgique/France)
Multirécompensée, notamment au festival de Sitges, cette coproduction belgo-française a été mise à l’honneur par les organisateurs de l’Offscreen Film Festival en tant que film d’ouverture de cette 18e édition. Elle faisait partie, elle aussi, du module « Offscreenings ». L’histoire est celle d’Anx et Cass, qui vivent les débuts d’une idylle ensemble dans un monde comme le nôtre, si ce n’est qu’ils peuvent se connecter en deux clics à un vaste système de surveillance par caméras, appelé sans surprise « Big Brother ». Un étrange virus va faire son apparition, se transmettant par le regard et faisant fusionner le vivant à l’inanimé. Bravant le confinement qui s’est rapidement imposé, Cass va s’installer chez son nouvel amoureux afin de vivre à deux cette situation chaotique. Premier long métrage de Thibault Emin, qui adapte son propre court métrage, Else est une intéressante variation autour de la thématique du body horror, qui donne lieu à des visions impressionnantes (un chien ayant fusionné avec l’intérieur d’un mur, par exemple). Le réalisateur s’adonne à de nombreuses expérimentations visuelles (couleurs vs. noir et blanc, flou…), tandis que l’actrice Edith Proust (Cass) apporte une belle plus-value par son jeu d’une fraîcheur épatante. La fin, elle, nous a laissé plus dubitatif avec son esthétique qui tranche trop avec le reste.
Le Big Bang ★★ Picha (France/Belgique)
Le Belge Picha (pseudonyme de Jean-Paul Walravens) ainsi que son comparse Boris Szulzinger, étaient célébrés par le festival via une rétrospective de leurs principaux faits d’armes et le documentaire de Luc Jabon Picha, envers et contre tout. On en a profité pour zieuter Le Big Bang (1987), sur lequel Picha est réalisateur et Szulzinger producteur. Dans ce film d’animation pour adultes, la surface de la Terre, bien amochée par la Troisième Guerre mondiale, est désormais divisée en deux continents : l’USSSR, peuplé par des hommes mutants russo-américains et Vaginia, où vivent uniquement des femmes. Fred, un super héros looser, qui gagne sa croûte en tant qu’éboueur de l’espace, est envoyé sur notre planète par les plus hautes instances afin d’éviter à tout prix une Quatrième Guerre mondiale qui apparaît comme imminente. Il croisera sur son chemin un dictateur obsédé par les postérieurs, des robots-Hitler, des robots-Valkyries, des danseuses de ballets parachutées du ciel, et on en passe. Un film d’animation irrévérencieux, grossier et ne s’excusant pas de l’être, où tout tourne autour du sexe et dont l’humour fonctionne souvent, mais pas toujours. Il se situe en dessous du niveau de Tarzoon, la honte de la jungle : il est tout à fait dans la même veine, mais en recycle plusieurs éléments (leader féminin aux innombrables seins…), ce qui le rend un peu moins novateur.
Reflet dans un diamant mort ★★★ Hélène Cattet et Bruno Forzani (Belgique/Luxembourg/Italie/France)
C’est lors de cette édition du Festival qu’a eu lieu la première Bénélux de Reflet dans un diamant mort, en présence d’une grande partie de l’équipe du film.
Vous retrouverez également, sur En Cinémascope, un article reprenant la critique de leur film précédent – Laissez bronzer les cadavres – et du combo Blu-ray – DVD de celui-ci, ainsi qu’un long entretien avec les réalisateurs. Avec, en bonus, une interview express de Manu Dacosse, le directeur photo de tous les longs métrages qu’ils ont commis, leur premier film, Amer, inclus, dans le cadre de la présence aux Magritte du Cinéma de leur deuxième bébé : L’étrange couleur des larmes de ton corps.
Reflet dans un diamant mort
The Outcasts ★★★ Robert Wynne-Simmons (Irlande/Royaume-Uni)
The Outcasts fait partie du module « The haunted isles : folk horror and the wyrd in the UK and Ireland », l’une des thématiques principales de cette dix-huitième édition de l’Offscreen Film Festival. Réalisée par le trop rare Robert Wynne-Simmons, scénariste de La Nuit des maléfices (Blood on Satan’s Claw), également programmé cette année, cette petite perle sombre constitue une bonne immersion dans l’Irlande rurale du début du dix-neuvième siècle et son folklore. Maura, jeune femme marginalisée, ne parlant presque pas, rencontre Scarf Michael en pleine forêt, lors de la nuit du mariage de sa sœur. Ce Scarf Michael est un violoniste itinérant faisant l’objet d’une légende rurale dont l’évocation fait frémir de terreur les villageois. Suite à des circonstances malheureuses, Maura sera accusée de sorcellerie… Avec sa beauté rugueuse, le film fait bien sentir la dureté de la vie de l’époque et parle de la peur de l’inconnu, du rejet de la différence et de la difficulté à s’affirmer. Bercé par une superbe B.O. folk, se déroulant sur un rythme posé et aidé par une interprétation pleine d’authenticité, il conjugue amour et mort en un tableau grave et touchant.
Photo de couverture : Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisatrice et réalisateur de Reflet dans un diamant mort, au Nova Crédit photo : Offscreen Film Festival